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lui une occasion de les voir, de les consulter sur son art et de se lier avec eux. Il se hâta de terminer cette tragédie des Frères ennemis, qu'il avait entreprise pendant son séjour à Uzès. La pièce fut jouée en 1664 et eut quelque succès. L' Alexandre, qui suivit de près, en eut beaucoup; l'un et l'autre ouvrage étaient conçus en partie dans ce gout faux que Corneille lui-même, par ses dernières pièces, avait contribué à entretenir dans le public, et offraient de nombreuses traces d'inexpérience et de jeunesse, mais annonçaient un poète par le style, où les connaisseurs remarquaient dès lors une facilité, une richesse peu communes et une souplesse que Corneille, même dans son plus beau temps, n'avait jamais eue.
V Alexandre brouilla Racine avec Molière ; cette tragédie avait d'abord été conflée à la troupe du Palais-Royal, que Molière dirigeait; mais Racine, mécontent des acteurs, leur retira tout à coup son ouvrage, après quelques représentations, et le porta a l'hôtel de Bourgogne. Molière fut vivement blessé de ce procédé , rendu plus sensible encore par le départ d'une de ses meilleures actrices , qui suivit à l'hôtel de ftourgogneV Alexandre, où elle avait un rôle : de là entre les deux poètes un refroidissement, qui, sans amener entre eux aucune inimitié, mit tin pour jamais à leur liaison. Animé par le succès de V Alexandre , éclairé par les conseils de Boileuu, qui ne faisait du reste que seconder le progrès rapide de son esprit, Racine entreprit une nouvelle tache qu'il acheva en moins de deux ans. En 1667 parut Andromaque, son vrai début, puisque c'est le
f)remier ouvrage qui révèle clairement a puissance et le caractère particulier de son génie.
La partie de la vie de Racine qui s'étend d'Andromague (1667) à Phèdre (1677), c'est-à-dire depuis son premier chef-d'œuvrejusqu'à sa retraite du théâtre, cette période si remplie et si éclatante, est celle sur laquelle lesmémoires du temps et ceux de son fils nous ont transmis le moins de détails. Les dates de ses pièces, et un certain nombre de faits relatifs aux circonstances de leur première apparition sur la scène, aux
critiques qui en furent faites, et aux q*if> relies littéraires dont elles furent l'occasion, voilà tous les matériaux qui ont été laissés aux biographes pour cet espace de temps. Du reste, il ne nous est venu presque aucun détail sur la vie intérieure de Racine pendant ces dix années, ni sur les relations qu'il entretint avec k monde en dehors de ses triomphes et de ses luttes d'auteur. On ne peut combler cette lacune en recourant au recueil de sa correspondance, puisque, par un singulier hasard , de toutes les lettres qu'il écrivit pendant cet intervalle de dix ans, aucune n'a été conservée. Louis Racine, quoiqu'il se dise peu instruit des particularités de cette période de l'histoire paternelle , eût po sans doute nous en révéler plus cTuq détail intime qu'il lui était difficile d'ignorer : mais un scrupule de religion et de piété filiale l'a retenu; il n'a pas voulu initier la postérité au secret de ces années d'agitations , de gloire et de faiblesses que Racine lui-même avait condamnées, qu'il avait voulu expier en réformant sa vie et en renonçant an théâtre pour jamais. Paraustérite de janséniste et par respect pour le long repentir de son père, arrivé aux chapitres où la postérité eût été si curieuse d'étudier l'âme et le cœur de Racine , il écarte et cherche à oublier lui-même ce qu'il sait ; et il jette sur cette précieuse moitié d'une si touchante histoire un voile que nos regards voudraient en vain percer. Nous en sommes réduits à un petit nombre d'indications fugitives, par lesquelles les contemporains, trop peu soigneux de recueillir pour la postérité toutes les circonstances de la vie du grand homme, ont trahi par hasard quelques mots du secret que la piété filiale a gardé. C'est ainsi que madame de Seviçné,dont le gracieux bavardage tourbe a tout , nous a révélé par quelques indiscrétions malheureusement très-raptd- s la passion du poète pour la Champ meslé.
lies souvenirs recueillis sur les rapports du poète avec le public , les traits et les anecdotes conservés sur la représentation de ses ouvrages et sur ses démêlés avec les auteurs , sont si connus, qu'on juge inutile d'y revenir ici. L'opposition que la ligue dès auteurs
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FRANCE
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jaloux fit au succès de Brilannicus; les vicissitudes de la comédie des Plaideurs, d'abord condamnée par le parterre, puis sauvée par les rires de Louis XIV; la résolution que prit le roi, après avoir vu Britannicus , de ne plus ligurer dans les ballets de lacour; la lutte entreprise avec Corneille sur le sujet de Bérénice, indiqué ou pour mieux dire imposé aux deux poètes par la duchesse d'Orléans ; les critiques de madame de Sévigné sur Bajazet ; les menées de madame Deshoulières et du duc de Nevers en faveur de Pradon , la concurrence qui s'établit durant quelques jours entre les deux Phèdres : tous ces détails ont été lus mille fois, et sont présents à la mémoire de tous les amis des lettres. On n'essayera pas non plus ici de présenter une analyse et un jugement de chacun des ouvrages de Racine. Outre qu'un semblable travail exigeraittropde place, on ne pourrait s'y engager sans s'exposer à des redites sur des beautés depuis si longtemps admirées et tint de fois appréciées. On aime mieux considérer ici d'une vuegénéralelegénie de Racine, et marquer, s'il se peut, les caractères généraux de son théâtre , en recherchant quel but il se proposa, à quelles règles il s'assujettit , et quels procédés de composition et de style il employa.
De même que Corneille, Racine se propose la peinture du cœur humai n considéré abstraitement; c'est-à-dire qu'il a pour but de peindre la passion prise en elle-même, isolée du mouvement de la vie réelle, ou du moins séparée de toutes les circonstances, de tous les accidents et de tous les objets extérieurs qui ne sont pas absolument indispensables pour la faire naître et pour l'entretenir. (I ne cherche point à présenter sur la scène un tableau complet de la vie humaine : l'homme, pour lui , est tout entier dans les mouvements de la passion : a tragédie, pour lui , est une analyse du xeur humain présentée sous la forme l'une action très-simple. Par conséjuent, il ne cherche pas non plus à faire •evivre sur le théâtre une époque histo- -iqueavec la plupart de ses événements ntéressants, avec tous les traits de sa ihysionomie particulière. Quelques faits lonnés par l'histoire ou par la mytholo- ;ie, quelques événements Actifs ajoutés
à ces faits , lui servent h composer le cadre où il place ses quelques personnages. Il s'attache beaucoup moins à mettre sur la scène des hommes qu'à y peindre l'homme; et encore l'homme pour lui n'est-il pas un foyer de passions nombreuses et diverses se succédant, se mêlant, ou se livrant entre elles de bizarres luttes. L'homme , tel qu'il le représente, est lui-même très-simplilié.
Chacun de ses personnages n'agit et ne se révèle que par un nombre limité de passions , parmi lesquelles il s'en trouve une plus agissante, plus développée que les autres et destinée à attirer de préférence les regards.
Mais à ce travail d'abstraction dont on vient d'essayer de donner l'idée , le poète en ajoute un autre dont il importe également de se rendre compte, il vient de placer ses personnages dans une action simple et dégagée de la plupart des incidents qui s'accumulent dans le tumulte de la vie réelle; il les a encadrés dans une scène non moins simple , qui ne présente aux yeux qu'un petit nombre d'objets et n'emprunte nullement à la vie réelle cette variété de spectacles dont elle est chargée. Kii même temps il a eu soin de taire ses personnages moins complexes qu'ils ne le sont dans la réalité : il a réduit chacun d'eux à certains traits choisis , qui se subordonnent tous à un trait principal. Maintenant, pour que la transformation qu'il juge nécessaire, soit complète , sur ces personnages ainsi réduits a un petit nombre d'éléments essentiels, il répand un caractère de grandeur, de noblesse et d'élégance, que l'imagination idéale lui a tait concevoir, dont la réalité n'aurait pu lui fournir le modèle. A ces passions distinctes, peu nombreuses, et groupées autour d'une passion principale , qui composent chacun de ses caractères, il prête un langage élevé, pompeux, délicat, qui réunit àla beauté idéale des expressions le charme d'une harmonie divine. S'agit-il de penchants criminels, de passions mauvaises, il adoucit par un art ingénieux l'horreur des excès qu'il est obligé de retracer; il tempère la laideur du mal par l'énergie savante et chaste de la peinture. Nonseulement il se plaît à parer la nature humaine de dehors majestueux, impo-