RACINE L'UNIVERS
RACINE
pour demander le jour de la profession d'une jeune personne où elle voulait assister, ajoute : Racine, qui veut pieu» rer , viendra à la profession àe la sœur Lalie Cette facilité à ver-
ser des larmes fait connaître la bonté d'un caractère, suivant cette maxime des anciens : «fatal ^'àpt^axpus; âvfyi;. » Oui , ceux qui ont dans le cœur beaucoup de larmes, sont généreux et bons : mais , d'ordinaire, ils ne sont point heureux : une sensibilité si vive est souvent un présent funeste, surtout quand la puissance du génie et de l'imagination l'accompagne.
Racine ne se trouvait mieux nulle part que chez lui , soit au milieu de sa famille , soit dans la retraite où il s'enfermait pour lire la Bible et pour prier. Cependant c'était un besoin pour lui d'aller de temps eu temps à la cour; un reste d'amour de la gloire qu'il n'avait pu arracher de son âme, lui rendait précieuses et douces les marques d estime et d'amitié que ne manquait jamais de lui donner le roi. 11 se plaisait à contempler les splendeurs de la cour. Ce spectacle imposant, le contraste de son humble foyer avec cette magnificence, charmaient son imagination toujours active, toujours passionnée pour le grand et le beau. Quand il perdit la faveur du monarque, il ne put se défendre d'une vive douleur. A partir de sa disgrâce, il y eut dans sa vie un vide auquel, malgré toute sa puissance de résignation, il ne put s'accoutumer, tin même temps qu'il s'attristait pour luimême du refroidissement de Louis XIV, il s'en affligeait pour ses enfants, dont il allait être, désormais, moins en état d'assurer l'avenir. Sa mélancolie habituelle s'accrut sans que sa douceur s'altérât, il devint plus silencieux et plus sombre. Il tomba malade à la Gn de 1698 , d'une fièvre qui résista aux remèdes. Un abcès au foie se déclara , et le mal fit en peu de temps des progrès rapides. Racine mourut le 21 avril 1699 avec un courage et une tranquillité dignes de son caractère et de sa vie.
On sait que, conformément à ses dernières volontés , il fut enseveli dans le cimetière de Port-Royal , à côté de M.
Kamon , un de ses anciens maîtres. En 1711 , après la destruction de l'abbaye,
ses restes furent exhumés et transportés dans l'église de Saint-Étienne du Mont, où ils sont encore. L'épitaphe, composée par Boileau et gravée sur une faces du tombeau de Port-Royal , était des restée, à demi brisée, parmi les décombres du cimetière ; retrouvée plus tard, elle fut conservée dans l'église de Magny-Lessart , d'où on la transporta en 1811 à Saint-Étienne du Mont, pour la placer à l'endroit où était déposé le corps de Racine, à côté du tombeau de Pascal. On ne peut sans attendrissement contempler ce précieux débris, et lire cette inscription à demi effacée qui rappelle à la fois l'amitié des deux poètes , les malheurs de Port-Royal , la reconnaissance de Racine pour ses anciens maîtres, son génie et sa gloire, son sacrifice , ses vertus , sa sainte mort , tous les souvenirs qui font admirer et chérir en lui le grand poète et l'homme de bien.
Racine (Louis), fils du précédent, naquit à Paris en 1692. Privé de bonne heure des soins paternels , il fut confie à ceux du vénérable Rollin, alors principal du collège de Beau v lis, qui se plut , ainsi que Mésenguy , à le diriger clans ses études. Il s'attacha , au sortir du collège, à l'étude du droit, et se fit recevoir avocat; mais le penchant qu'il avait toujours eu {pour la poésie le dégoûta bientôt de cette profession. Ce fut en vain que Boileau , qu'il consulta sur ses premiers essais, chercha à le détourner du commerce des Muses ; il entra comme pensionnaire dans la congrégation de l'Oratoire, et commença dès lors son poème de la Grâce, qui lui fit quelque réputation. En se retirant dans la solitude, le jeune poète semblait avoir eu le dessein de s'y fixer : les chagrins q ue son père avait essuyés dans le monde n'étaient pas propres à le réconcilier avec lui ; mais le chancelier d'Aguesseau parvint à changer ses résolutions.
Reçu à l'académie des inscriptions en 1719, Racine partit pour Marseille en 1722, avec le titre d'inspecteur général des fermes. Il passa ensuite successivement en la même qualité à Salins, à Moulins, à Lyon, se maria dans celte dernière ville , puis fut envoyé à Soissons, où il demeura plusieurs années.
Sa retraite, qu'il obtint au bout de 24 ans de services, le ramena enfin à Paris,
AADBERT FRANCE. RADEGONDE 820
et lui permit de se consacrer entièrement aux lettres , que pourtant il n'avait point cessé de cultiver. Mais la perte de son fils unique, jeune homme de la plus grande espérance, qui fut englouti dans les flots, à Cadix , lors de l'inondation produite par le tremblement de terre
3ui détruisit Lisbonne en 1 755, le frappa 'un coup si sensible qu'il renonça dès lors à toutes ses occupations favorites pour se livrer uniquement à des lectures pieuses. 11 mourut le 29 janvier
Outre le poème de la Grâce, publié en 1722, on a de lui le poème de la Religion, ouvrage estimable , que La Harpe regarde comme un de nos meilleurs poèmes du second ordre ( il a été traduit en vers anglais, en vers allcm., deux fois en vers ital. et plus, fois en vers latins) ; des odes tirées des livres saints ;, des Épilres sur l'homme , sur l'âme des bêtes, etc. , adressées au chevalier Ramsay ; et des poésies diverses parmi les* quelles on distingue une Ode sur l'harmonie. Il a encore publié des Réflexions sur la poésie, 2 vol. in- 12; des Mèm. sur (a vie de J. Racine , avec ses lettres et selles de Boileau, 2 vol. in- 12; des Remarques sur les tragéd. de Racine, avec im Traité de la poésie dramatique et noderne, 1752, 3 vol. in-12; une traluction du Paradis perdu de Milton, ivec les notes et remarques d'Addison ; it un Discours sur le po€me épioue, 755, 3 vol. in-12. On a imprime en 784 , sous son nom , des pièces fugitives que sa veuve et ses amis ont lésa vouées. Ses Œuvres complètes ont té publiées à Paris en 1808, 6 vol.
Radbert (Paschase) , abbé de Corie, se distingua par sa vaste érudition t la variété de ses connaissances dans n temps où les lumières étaient encore eu répandues. Il mourut vers 865, et fut anonisé. Ses Œuvres ont été publiées Paris ,1618, in-fol., par le P.Sirmond.
>n y trouve : un Commentaire sur évangile de St. Matthieu; trois livres 'Expositions du psaume 44; cinq livres jr les Lamentations de Jérémie ; un li- *e du Sacrement de l'Eucharistie ; une 'ie de St. Adelard , abbé de Corbie ; les des des martyrs Ru fin et t'alérius;
ru de rata, abbé de Corbie; un
Traité sur la foi, Fespérancê et la charité ; enfin , un Trotté de Venfan»
tentent de la Vierge.
Radegonde, naquit en Thuringe vers l'an 519. Son père Berthaire, roi du pays de Tongres , ayant été vaincu parles Francs en 529, elle fut emmenée prisonnière par Clotaire : elle n'avait alors que dix ans; mais le voluptueux monarque prévit qu'elle serait belle; il la fit élever dans le christianisme, lui flt donner l'éducation des princesses d'alors , et lorsqu'elle fut en âge, il épousa sa captive, qu'il crut rendre trop heureuse en la faisant reine, d'esclave qu'elle était.
Cependant Radegonde , douée des plus pures vertus du christianisme, eut bientôt horreur du monstre cruel auquel la liait la destinée. D'ailleurs, femme de Clotaire, elle ne se voyait traitée par lui que comme la première de ses concubines : elle résolut de fuir un monde qui ne lui offrait que des scènes de dé' bauche et de carnage, et alla trouver saint Médard, évéque de Noyon,pour lui confier le projet qu'elle avait formé de se retirer dans un monastère. Moins courageux que la faible femme, l'évéque, craignant la rage de Clotaire, refusa d'abord de se prêter à ce dessein ; mais bientôt , la reine , après s'être rasé les cheveux, revint vers lui la tête couverte d'un voile, et lui demanda instamment de la consacrer à Dieu. Alors Médard, touché de sa persistance, l'ordonna chanoinesse, bien qu'elle n'eût pas atteint l'âge prescrit par les canons. On apaisa Clotaire, et Radegonde fonda à Poitiers le monastère de Sainte-Croix, en lui donnant une abbesse à laquelle elle-même resta souir.ise comme une simple religieuse.
Les couvents étaient alors les seuls lieux où se fût conservée quelque culture intellectuelle; celui de Poitiers devint célèbre sous ce rapport, et Radegonde s'y montra au premier rang parmi les religieuses qui cultivaient les lettres sacrées , les seules qui fussent échappées au naufrage général qu'avaient amené les invasions des barbares. Elle devint savante dans la connaissance des Pères grecs et latins, dans celle des historiens, et ne négligea , dit-on, pas même l'étude des poètes, alors si oubliés.
8^,0 EAGL'SE
L'UNIVFUS. EACISE
Un des hommes les plus distingués de ee temps de barbarie, Fortunat, lui fut attaché en qualité de secrétaire et de chapelain; et c'est par lui et par une reliçieusedumonastèrede Poitiers, Baudonivie, que nous ont été transmis les rares détails qui nous sont restés sur Radegonde, dont les cendres furent déposées dans une église qu'elle faisait bâtir, et qui prit son nom en même temps que la ville de Poitiers la reconnaissait pour patronne.
Il reste de Radegonde un testament en forme de lettre, adressé aux évéques de France. L'histoire contemporaine fait mention de plusieurs autres lettres de cette femme éminente; mais cellelà seule est parvenue jusqu'à nous.
Râdbt (Étienne) , né en 1761 dans la Lorraine, était colonel de la 24e légion de la gendarmerie , lorsqu'il présenta à Bonaparte , sur l'organisation de cette arme , un Mémoire qui fut approuvé, et dont le premier consul le chargea d'exécuter les vues. Il fut à cet effet appelé à Paris, plus tard envoyé en Corse, et de là en Piémont, puisa Gènes. Ce fut lui qui fut chargé, en 1809, d'enlever le pape Pie VII et de l'amener. à Paris. Il ne l'accompagna que jusqu'à Florence, et retourna a Rome, où il reçut de l'empereur le titre de baron. Après la première restauration il cessa d'être employé activement; mais s'étant rangé des premiers sous les drapeaux de Napoléon, il eut, au mois de mars 1815, le commandement de l'escorte chargée de conduire le duc d'Angouléme à Cette , où ce prince s'embarqua. Il fut nommé, au mois de juin , inspecteur général de la gendarmerie et grand prévôt de l'armée; mais il perdit ces titres après la retraite de l'armée sur les bords de la Loire , et fut arrêté à Vincennes, puis conduit à la citadelle de Besançon, et condamné à 9 ans de détention par le conseil de guerre de la 6" division militaire. Une ordonnance royale de décembre 1818 le rendit à la liberté. Il mourut à Varennes en 1825.
Raguse ( attaque de). La France s'était fait céder par l'Autriche les lies ioniennes et les bouches du Cattaro dans la Dalmatie vénitienne; mais elle eut bientôt à combattre, dans ce pays les Russes, qui désiraient se maintenir eu
Dalmatie. Ceux-ci recurent au mois de juin 1806 des renforts considérables cl se réunirent à dix mille Grecs et Monté* négrins. Le général Lauristoo, qui commandait les troupes françaises, n'avant sous ses ordres que deux mille nommes, pensa qu'il ne pourrait tenir II campagne et se reuferma dans Raguse.
Mais cette place fut bientôt investi*.
Lauriston fit alors occuper la position de St.-Marc et mettre quarante pièces de canon en batterie du côté de la mer. Après vingt jours de blocus, les Monténégrins et les Russes commencèrent le siège. Vingt pièces de canon furent débarquées par eux avec des mortien; la canonnade et le bombardement durèrent dix-sept jours. Cependant le général Molitor, qui s'était porté a StasÂo avec tout ce qui n'était pas strictement nécessaire à la défense de la Dalmatie, avait, dès les premiers jours de juillet, réuni sur ce point une quantité considérable de troupes. Il se mit en marche le 4 juillet et arriva vis-à-vis de la rade de Malti, où il découvrit les Monténégrins. Leur avant-garde fut sur-le-champ attaquée , culbutée et jetée dans la mer ; et Molitor, prévoyant quil-rencontreraitle gros de ramée ennemie le lendemain, donna le commandement de Tarantgarde au colonel Minai , celui du corps de bataille au général Dclzous, et enfin celui de la réserve au colonel Boute:
puis il marcha vers le canal d'Ombli et doubla la baie. L'armée des Russes et des Monténégrins était flanquée à gauche par les vaisseaux et les frégates russes, et avait sa droite appuyée à des montagnes à pic. Dès que les Monténégrins virent l'armée française, ils marchèrent à elle ; mais ils furent defaits et rejetés sur les vaisseaux russet Le village de Bergaro fut occupé surle-champ par les troupes françaises. £ on découvrit le camp des Russes. 0« marcha aussitôt sur eux ; mais ils n'attendirent pas qu'on les attaquât, ils # replièrent en abandonnant leur artillerie, et gagnèrent en désordre leurs vaisseaux pour se rembarquer. On leur pnt une vingtaine de pièces de canon, s* mortiers, et beaucoup de caronadesavec une grande quantité de munitions de guerre. A sept heures du soir, le^ral Molitor se trouva aux portes de h>