RÉGENCES L'UNIVERS. REG
moins d'alarmes et est moins exposée
aux troubles et aux réactions ; mais de telles régences sont plus rares que les premières, et elles sont elles-mêmes loin de garantir le peuple des maux ordinaires qui sont la suite de ces éclipses de la royauté.
L'histoire des régences atteste la vérité de ces assertions. Quatre régences consécutives ont arrêté en fccosse l'essor du pouvoir royal et amené la subordination de cette contrée à un royaume voisin ; en Angleterre , les minorités de Henri III et de Henri VI ont été pour la France des causes et des moments de triomphe. En France, aucune régence n'a été à l'abri de ces inconvénients généraux que nous avons signalés , c'est-àdire des troubles intérieurs qui compromettent la tranquillité au dedans et la force au dehors. Ce fut par des minorités que la famille mérovingienne- succomba. La minorité de Lothaire fut très-favorable à l'agrandissement des ducs de France et contribua avec d'autres causes à la chute de la dynastie carlovingienne. La minorité de Philippe 1er livra les intérêts de la dynastie naissante des Capétiens à l'influence d'un vassal puissant, le comte de Flandre. La minorité de saint Louis fut violemment agitée par la coalition des seigneurs jaloux de reconquérir tous les avantages ue la royauté leur avait déjà fait perre. Pendant la captivité du roi Jean, la régence du dauphin Charles fut troublée par les prétentions des états généraux. La régence des oncles de Charles VI déchira le royaume, et la démence de ce roi, qui nécessita une régence près-
Îuc continuelle, le livra à l'Angleterre. ,'enfance de Charles VIII faillit cornpromettre tous les résultats du règne de Louis XI; celle de Charles IX vit naître les guerres de religion. La ré»
gence de Marie de Medicis, sous Louis XIII , Gt descendre la France du rang où l'avait placée Henri IV , exposa la royauté aux attaques des grands et des huguenots , et suspendit l'abaissement de la maison d'Autriche.
La régence d'Anne d'Autriche, sous Louis XIV, fut le temps de la Fronde; enfin, la régence du duc d'Orléans, sous Louis XV , la moins troublée de toutes les régences que présente notre histoire,
engagea la France dans une politiqu?
contraire à celle de Louis XIV , et ta détacha de l'Espagne avec laquelle eik avait jusque-là combattu, et dont tlU devait se rapprocher plus tard.
Nous avons déjà consacré de lonts développements aux différentes minorités des rois et à l'histoire de leurs régences: nous nous contenterons dans cet article de donner un résumé rapide rt complet de ces époques pour que le lec teur puisse juger, par leur réunion et leur ensemble, de ce qu'il faut craimlrr du retour d'un semblable état <k choses.
Les premières régences que Ton ren contre dans l'histoire de France son:
celle de Brunehaut pendant la minorité de Childebert , et celle de FrédéjroneV pendant la minorité de Clotaire 11. La première gouverna en Australie ; la seconde en Neustrie. Nous avons fait connaître l'histoire de ces deux femmes, dont les passions furent si violentes et le caractère si résolu. Il nous suffira ici de caractériser leur administration par ces citations empruntées à Montesquieu (* ), « Les régences mâles, hardies et insolentes de Frédégonde et Brunehaut avaient moins étonné la nation qu'elles ne l'avaient avertie. Frédégonde avait défendu ses méchancetés par ses méchancetés même ; elle avait justifié le poison et l'assassinat par k* poison et les assassinats ; elle s'était conduite de manière que ses attentats avaient été plus particuliers que publics. Frédégonde fit plus de maux .
Brunehaut en fit craindre davantage.
Dans cette crise, la nation ne se contenta pas de mettre ordre au gouvernement féodal , elle voulut aussi assurer soc gouvernement civil ; car celui-ci était encore plus corrompu que l'autre, et cette corruption était d'autant plus dangereuse qu'elle était plus ancienne .
et tenait plus, en quelque sorte, à l'abus des mœurs qu'à l'abus des lois * « C'était la funeste régence de Brunehaut qui avait surtout effarouché b nation. Tandis que les lois subsistaient dans leur force, personne ne put «c plaindre de ce qu'on lui otait un fief puisque la loi ne le lui donnait pas pour
(♦) Esprit des fois, I. XXXf, c. I et «5.
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FRANCE
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matique contre l'autorité des rois mérovingiens , nu profit des chefs de l'aristocratie militaire. Les mères sont les tutrices naturelles de leurs enfant» orpiieiiu*, penuu
la plupart du temps, ce principe de la constitution domestique a été applique dans la constitution des monarchies.
a corruption ; on réclamait les biens du ^XrUrenïïAo An celles dont toc, pour prodiguer les SuS dan. les affaires la ten-
toujours : mais quand l'avarice, les mauvaises pratiques, la corruption firent donner des fiefs , on se plaignit de ce qu'on était privé par de mauvaises voies , des choses que souvent on avait acquises de même. Peut-être que si le bien public avait été le motif de la révocation des dons on n'aurait rien dit; maison montrait l'ordre sans cacher
I ' lise
sa fantaisie ; les dons ne furent plus la récompense ou l'espérance des services. Brunehaut, par un esprit corrompu, voulut corriger les abus de la corruption ancienne. Ses caprices n étaient point ceux d'un esprit faible ; les leudes et les grands officiers se crurent perdus -, ils la perdirent. » Ces graves paroles donnent une haute idée de la capacité des deux femmes à qui leur qualité de reines mères donna la direction des affaires générales des Francs. Mais que résulta-t-il de cette substitution de deux régentes à l'action directe des rois ? la fondation de ladignité de maire du palais et le progrès de la puissance des leudes. Brunehaut, maigre son génie, succomba devant ces deux forces, et
ils redoutaient dans les affaires la tendresse et la vigilance maternelles.
Il en fut de môme sous les règnes suivants ( 654 ). Les trois filsdeClovis II étaient encore dans un âge très-tendre lorsque leur père mourut. Le maire Erchinoald laissa la royauté indivise, pour conserver toute la puissance.
Après lui l'Austrasie voulut un roi; elle proclama Childéric II , et le plaça soucia tutelle de Wulfoald (660). Clotaire III régna en Neustrie avec Ebroin. Que devenait, au milieu de ces agitations violentes , où l'intérêt des rois mineurs touchait si peu les chefs ambitieux
3ui s'arrachaient leurs héritages , que evenait la mère de ces malheureux enfants? Bathilde, cette pieuse esclave
ft * I »... frniMnAfnxAll^ I 1
succomba devant ces aeuv lorecs, ci ~ » .-tue t»mnprôront la
traditions de sa mère, héritier de sa par llian ne te o « v <
haine .contre CMlt dans' .a* vie rellg^use, la
sa position politique, Clotaire ht plus J consolation qui fût offerte à ses
encore : il se ligua avec les leudes pour sei e ce insni *
ruiner Brunehaut et subit les volontés f>» eurs de reine et de
de cette formidable conjuration , qu'i i^^^^'^L. les mi-
avait provoquée. Ainsi , S continua deVégner comme
d/s maires et des grands qui , avec le reeueil,it les fruits
temps , devaient la renverser. « ° » . ..glucjeuse el la cou.
De nouvelles minorités servirent en- de cet upom £™ ,., ,aca sur
core l'ambition des maires du palais et il re.
l'avidité des possesseurs de bénéfices.
Les fils de Dagobert 1er. dont le plus âgé n'avait que neuf ans, turent confiés a la tutelle de deux maires du palais :
Pépin gouverna l'Austrasie au nom de Sisebert III ; Clovis II , roi de Neustne et de Bourgogne , eut pour tuteur Ega , maire - de Neustrie seulement. La reine mère Nantilde était presque entièrement effacée , circonstance qui demontre une sorte de conspiration systé-
le trône, n'étaientquc des enfants: il reconnut Clovis III àdix ans , Childebert III à douze ans , Dagobert III à onze ans. A la mort de Pépin, sa famille faillit succomber par la faiblesse d'une minorité et sous la régence d'une femme. Pépin lai ssa la mairie à son petit-fils Théodoald . « 11 l'établit, dit Montesquieu , sur uu certain Dagobert, et mit un fantôme sur un fantôme (*). » Mais Théodoald était
(*) Esprit des lois, 1. XXXI, C «.