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SC4 RÉGENCES L'UN

parlement, fier d'avoir fait un acte d'autorité et de révoquer chaque jour des condamnations, accueillait encore dans son sein tous ceux qu'on en avait éloignés, même le président le Coigneux, qui venait siéger à côté de son successeur. Le peuple attendait la paix, et,

f)our patienter , il s'enorgueillissait de a victoire. Tout cela ressemblait singulièrement à ce qu'on appelle le bonheur public, et les satisfactions particulières ne manquaient pas pour se mêler à la joie universelle. « On donnait tout, on « ne refusait rien , » dit le cardinal de Retz. Un courtisan déclarait que toute la langue française se réduisait mainte* nant à ces cinq petits mots : « La reine « est si bonne !» Il y avait alors peu de gens pour témoigner qu'ainsi avait commencé la régence de Marie de Médicis ; et s'ils s'étaient avisés de ce souvenir, on ne les eût certainement pas écoutés; ils n'auraient fait que de l'histoire (*). «

En effet, cette satisfaction universelle devait être bientôt troublée. La reine se brouilla avec ses anciens amis , et fut tout entière dominée par Mazarin. Cet étranger que Ton n'aima pas de son temps, malgré les services qu'il rendit, s'aliéna le peuple , le parlement, la noblesse et les princes. En 1643, le duc de Beaufort fut emprisonné. En 1644, l'édit du toisé souleva Paris. En 1645, l'assemblée du clergé, où siégeait le coadjuteur, blâma quelques actes de la cour. En 1647, de vifs débats s'élevèrent entre le ministre et le parlement pour l'édit du tarif. En 1648, de nouveaux édita de finance et l'arrêt d'union achevèrent d'exaspérer le parlement et la population parisienne. La Fronde commença.

Au dehors, rien n'est plus brillant que les cinq premières années de la régence d'Anne d'Autriche. La victoire de Rocroy, remportée trois jours après l'avénement de Louis XIV, est suivie de la prise de Thionville (1643). En 1644 , les négociations s'ouvrent à Munster, tandis nue Condé multiplie, par ses victoires oc Fribourg et de Nordlingen ( 1 645), les chances favorables à une bonne et glorieuse paix. En 1646, prise deCourtray et de Dunkerque. En 1648, victoire

M. Ba/.in, ta Fronce sons Mazarin, L I,

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deLens, conclusion de la paix de Westphalie.

C'est là un exemple unique de grandes victoires remportées au dehors, d'un traité européen conclu avec avantage sous une régence. La minorité d> Louis XIII n'avait pas présenté de tels résultats. C'est que Richelieu, en donnant l'impulsion a la politique française, avait laissé un homme capable de h continuer. « Mazarin, dit M. Mignet ;* , était dans une position moins favorablf encore que Richelieu ; il était étranger et il avait à gouverner pendant une rrgence. Cependant il remplit les vuesiii son prédécesseur, et il termina ses entreprises en déployant une dextérité et une persévérance qui rendirent à la Gn son pouvoir incontesté, et qui élevèrent l'État au faite de la grandeur. Deux hommes d'église illustrèrent ainsi la faiblesse d'un prince majeur et l'enfance d'un prince mineur, remplissant la tache que le pays exigeait de la couronne, mais qui était au-dessus de la volonté ou de l'âge du roi. » Nous ne pouvons nous empêcher de citer encore le portrait, tracé par M. 'Mignet, du cardinal Mazarin , où ses qualités de politique rt d'homme d'État sont si nettement appréciées , et qui complète ce que nous en avons dit aux articles Fronde et Mazarin. •< Mazarin avait coutume de dire que « quand on a le cœur, on a tout. - Il s'assura dès lors du cœur de la régente. Richelieu s'était adressé au bon sens de Louis XIII, qui avait reconnj son indispensable utilité; Mazarin s'appuya sur la passion d'Anne d'Autriche, qui ne put jamais consentir à se sépa rer de lui. Pour gouverner , l'un s'im posa, l'autre se Gt aimer. Mazarin avait f'espritgrand, prévoyant, inventif, leseus simple et droit, le caractère plus souple que facile, et moinsTerme que persévérant. Sa devise était, le temps et moi. Il se conduisait, non d'après ses réflexion* ou ses répugnances, mais d'après ses calculs. L'ambition l'avait mis au-dessus de Pamour-propre, et il étaitd'avis de laissa dire, pourvu qu'on le laissât faire. Auw était-il insensible aux injures et nVvitait-il que les échecs. Ses adversaires n'étaient pas même des ennemis pour U-

(*) Itttrod. à Chitt. de la succession 4*E*pa^- Mémoires historiques, t. II, p. 464.

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s*il sa croyait faible, il leur cédait sans norité. La mort avait envahi si violent*

honte; s'il était puissant, il les empri- ment la famille de Louis XIV, que de

sonnait sans haine. Richelieu avait tué tous les princes que le grand roi es-

ceux qui s'opposaient à lui : Mazarin se pérait laisser après lui, il ne restait plus,

contenta de les enfermer. Sous lui, Té- en exceptant le roi d'Espagne, qu'un

chafaud fut remplacé par la Bastille. Il enfant de cinq ans et demi , qui devint

jugeait les hommes avec une rare pé- roi sous le nom de Louis XV (1er sept,

nétration , mais il aidait son propre ju- 1715). Le vieux roi avait par son testa-

gement du jugement que la vie avait ment réglé la régence de manière à neu-

déja prononcé sur eux. Avant d'accor- traliser l'influence du duc d'Orléans, son

der sa confiance à quelqu'un, il demnn- neveu, en conÛant les affaires à un cou-

dait : Est-il heureux} Ce n'était point seil. Mais il avait prévu l'inutilité d'un

de sa part une aveugle soumission aux tel acte, et, en le déposant entre les mains

chances du sort ; pour lui, être heureux du premier président, en présence des

signifiait avoir l'esprit qui prépare la fortune, et le caractère qui la maîtrise. Il était incapable d'abattement, et il avait une constance inouïe, malgré ses variations apparentes. Résister dans certains cas et à certains hommes, ne lui paraissait pas de la force , mais de la maladresse. Aussi ce qu'il cédait , c'était pour le reprendre, et lorsqu'il partait c'était pour revenir. Un de ses plus spirituels antagonistes, la Rochefoucauld, a dit de lui, « qu'il avait plus ■ de hardiesse dans le cœur que dans « l'esprit; au contraire de Richelieu,

pairs assemblés, il avait dit, suivant Saint-Simon : « Voici mon testament.

« L'exemple des rois mes prédécesseurs, « et du roi mon père, ne me laisse pas « ignorer ce que celui-ci pourra devenir ; « mais on l'a voulu , on m'a tourmenté, « on ne m'a donné ni paix ni patience « qu'il ne fût fait. J'ai clone acheté mon « repos; prenez-le , emportez-le. Il de- « viendra ce qu'il pourra; mais au moins « je serai tranquille , et je n'en enten- « drai plus parler. «

Il disait vrai : le lendemain de sa mort, le duc d'Orléans se rendit au parlement

• qui avait l'esprit hardi et le cœur ti- avec un cortège considérable, et en pro- « mide. » Si le cardinal de Richelieu, testant de sa déférence et de son respect qui était sujet à des accès de découra- pour cette compagnie, où il comptait gement, était tombé du pouvoir, il n'y beaucoup de partisans, en prodiguant serait pas remonté; tandis que Mazarin, habilement des éloges et des promesses, deux rois fugitif, ne se laissa jamais en se vantant d'avance d'être désigné abattre, gouverna du lieu de son exil, comme régent par le testament du feu et vint mourir dans le souverain com- roi , il détermina le parlement à lui démandement et dans l'extrême gran- férer ce titre. L'ouverture du testament deur(*). » Tel fut le négociateur des trai- causa quelque surprise, quand on vit tés de Westphalie et des Pyrénées , l'ad- que le duc n y était désigne que comme versa ire de Condé et du cardinal de chef du conseil de régence; mais le par- Retz. Mazarin resta maître de la France lement, qui n'aimait pas Louis XIV, qui

pendant vingt ans ; sa domination, troublée momentanément par la Fronde , se raffermit et se perpétua longtemps après la déclaration de la majorité du roi. Cette déclaration fut faite le 6 septembre 1651, dans les plus tristes circonstances , lorsque le prince de Condé quittait la cour pour la combattre. Ainsi, le jeune roi trouvait son royaume en pleine guerre civile : mais le temps et Mazarin remédièrent à tout.

L'avant-dernier règne de l'ancienne monarchie s'ouvrit encore par une mi-

(*) Sotices et mêmoitr», hhtor., t. II, p. 454.

tenait à recouvrer quelque importance après tant d'abaissement , qui espérait reconquérir, sous un régent de sa façon, le droit de remontrance, annula les dernières volontés du roi le plus absolu qui eût jamais été , et maintint sa première décision. Le régent compléta sa victoire en faisant nommer le duc de Bourbon chef du conseil, et en réduisant le duc du Maine à la simple surintendance de l'éducation du jeune roi. Quanta la composition du conseil , il ne se montra pas difficile et y appela presque tous ceux que Louis XIV avait désignés : le duc de Bourbon, chef du conseil ; le duc du

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Maine et le comte de Toulouse , bâtards légitimés; le chancelier Voisins; les maréchaux de Villars , de Villeroi,d'Uxelles, d'Harcourt , de Bezons : le duc de Saint Simon et les marquis de Torcy et d'Efflat.

Alors commença l'époque appelée la Régence, et qui fut une réaction complète dans l'ordre administratif, politique et moral, contre le règne précédent. Le parlement reprit de l'importance, les ministères furent abolis , les Stuarts abandonnés , l'alliance de l'Espagne délaissée pour celle de l'Angleterre ; l'austérité de l'ancienne cour fut remplacée par une gaîté licencieuse, la religion par la philosophie : le dix-huitième siècle venait de naître. Mais par un singulier contraste, le premier acte de la régence fut une sorte de restauration de la noblesse au détriment du tiers état; mesure qui ne tarda pas à être jugée impossible, et qui devait être si rudement démentie en 1789. Cédant aux conseils de Saint-Simon , le régent se mit en tête « de mettre la noblesse dans le ministère, avec la dignité et l'autorité qui lui convenaient, aux dépens delà robe et de la nlume; d'écarter cette roture de tous les emplois supérieurs, et de soumettre tout à la noblesse en toute espèce d'administration. »

En conséquence , on supprima les secrétaires d'État et on leur substitua des conseils sous la surveillance du conseil de régence, savoir : un pour la politique, un pour la guerre, un pour la marine, un pour les finances, un pour les affaires ecclésiastiques, un pour celles de l'intérieur , et quelque temps après, un pour le commerce dont la détresse était extrême. « Rien de plus simple et de plus utile en apparence que cette distribution des affaires en autant de conseils, où ce qu'il y avait de plus distingué dans le royaume était appelé au gouvernement, et qui pouvait être une école pour former durant la régence des ministres au nouveau roi. Mais ni les détails de l'administration , ni la suite et l'enchaînement des affaires, n'étaient assez familiers à des hommes incapables d'application, et

3ui presque tous avaient plus l'habitude 'agir que de délibérer, et l'ambition de se rendre agréables que celle de se ren-

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