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NAPOLEON L'UNIVERS. NAPOLÉON

berdi, mais il est aussi \e sultan grand et juste. Il soumet, il administre ces vastes provinces; il dirige les explorations scientifiques de l'Institut, qu'il a lui-même créé sur cette terre des Pharaons; il porte ses regards vers l'Inde, et songe à allery attaquer la puissance anglaise. Mais if ne perd pas de vue un instant sa patrie livrée aux dissensions intérieures ; et, comme il sent en lui la force de fonder et de défendre l'unité et la nationalité françaises menacées, il n'hésitera pas à quitter cette terre d'Égypte, il renoncera à ses rêves splendides, à ses projets immenses. Là, comme à Marengo , comme à Léoben, comme à Campo-Formio, c'est toujours la gloire de la patrie qui le préoccupe, c'est toujours sa grandeur qu'il poursuit, sa dignité dont il est jaloux.

Les souvenirs des antiques splendeurs de l'Egypte réveillent en lui les plus nobles ambitions ; ce vaste projet d'union des deux mers par l'isthme de Suez , projet colossal qui , aujourd'hui encore , effraye la puissance industrielle de l'Europe et le génie de Méhémet-Ali, il l'étudié, il songe aux moyens de le réaliser. Suivi de Monge, de Berthollet et de quelques officiers , il remonte le Nil, se rend à Suez , et étonne , par la profondeur et la justesse de ses aperçus, les savants qui l'accompagnent.

Il veut visiter les sources de Moïse, traverse la mer Rouge, et un guide parvient à peine à l'arracher aux flots de la marée montante : « J'ai failli périr « comme Pharaon, » s'écria-t-il gaiement.

Mais les Anglais,.jaloux de ses triomphes et inquiets des succès de cette expédition, dont ils avaient d'abord jugé la ruine certaine, lui suscitèrent des obstacles , des difficultés sans nombre.

Au lieu de le seconder par sa diplomatie à Constantinople, le gouvernement français laissa le champ libre aux manœuvres des Anglais; et, aidés par ceuxci, les Turcs effectuèrent un débarquement de troupes à Aboukir, dont le nom seul rappelle un des plus beaux et des plus sanglants faits d'armes de cette glorieuse campagne.

Mais, pendant que Bonaparte accomplissait ces grandes choses, la France était déchirée à l'intérieur par les partis que la faiblesse du pouvoir ne pou-

vait réprimer, et humiliée au dehors par la défaite de nos armées. Une lettre de Lucien Bonaparte et quelques journaux que des officiers anglais, dit«on, lui firent tenir, dans l'espoir de le railler peut-être, l'instruisirent de cette situation désespérée. Il n'hésita pas un instant ; son départ fut résolu et préparé en une nuit: il confia à Kléber le commandement de l'armée, et, dans les derniers jours du mois d'août , il s'embarqua à bord de la frégate le Mwron, vieux bâtiment qui sert encore dans le port de Toulon de vaisseau amiral, et que les marins montrent aux étrangers avec une sorte de vénération et d'orgueil. Le Muiron était accompagné de trois autres petits bâtiments commandés par l'amiral Gantheaume.

Que cette petite flottille ait échappé aux flottes anglaises qui croisaient dans la Méditerranée, c'est un fait presque miraculeux que la fortune de Bonaparte peut seule expliquer. Il arriva devant Fréjus sans avoir aperçu une voile ennemie.

La quarantaine imposée aux survenances du Levant l'inquiétait; car il n'y avait pas un instant à perdre, et il ne se dissimulait pas la gravité de l'acte qu'il avait accompli en abandonnant sur la terre étrangère l'armée confiée à son commandement; le succès

f>ouvait seul le justifier, et ce succès e moindre retard pouvait le compromettre. Il se décida à violer les règlements sanitaires, et les habitants de Fréjus autorisèrent eux-mêmes cette violation.

Telle était alors la renommée qui entourait le nom de Bonaparte, que le peuple le considérait comme seul capable de sauver la France. « Plutôt la « peste que les Autrichiens chez nous ! (Puléou la pesta que leis fmpériaous!)* criaient les Provençaux, en l'accueillant avec transport. Le général était à Paris avant même que le Directoire eût pu prévoir les dangers que sa présence allait lui susciter.

Il arriva, et trouva sa petite maison de la rue Chantereine déserte. Joséphine, instruite de son arrivée à Toulon, était allée au-devant de lui , mais ils s'étaient croisés en route. Bonaparte en fut vivement contrarié. Il se rendit aussitôt chez Gohier, président

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