‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 56 sur 434 · NESLE · texte numérisé non relu

NESLE

tre Philippe Auguste , pour le forcer à se séparer d'Agnès de Méranie, et à reprendre Ingcburge, qu'il avait répudiée.

Charles le Téméraire était à Peronne, lorsqu'il apprit la mort du duc de Guienne (1492). Il n'hésita pas à accuser le roi d'avoir fait empoisonner son frère, et, dans l'excès de sa colère, il passa aussitôt la Somme , et entra dans le royaume , en jurant de mettre tout à feu et à sang. Quoique la trêve qu'il avait conclue avec Louis XI ne dût expirer que le 15 juin , il se présenta le 1 1 devant Nesle. Un brave capital ae, nommé le Petit Picard, y commandait 500 francs archers , avec lesquels il repoussa vigoureusement la première attaque des Bourguignons ; mais la place n'était pas tenante: le lendemain, il se rendit auprès du Bâtard de Bourgogne, pour capituler. 11 ne put obtenir qu'on promit a ses archers la vie sauve, qu'autant qu'ils abandonneraient au vainqueur tous leurs bagages , leurs armes et même leurs habits. Tandis qu'il acceptait ces dures conditions, un de ses archers tua un des hérauts du duc. Ce fut un prétexte aux Bourguignons de se précipiter par la porte que les bourgeois avaient ouverte, de déclarer la capitulation rompue, et de commencer un horrible carnage.

■ Les doyens, chanoines, chapelains, vicaires et enfants de chœur de l'église collégiale , et plusieurs des manans et principaux habitans de la ville qui s'estoient préparés et partis d'ycelle ville en état processionnal, et alloient au devant lui duc Charles , pour lui faire la Éiérence et obéissance , furent tous n'olentement prias et constitués prisonniers, et mesmement lesdits gens cf église, liés deux à deux, et menés jusqu'à la rivière dudit Nesle, pour les y noyer, ce qui eust été fait, n'eust été la supplication et requeste de monsieur le grand Bastard de Bourgongne, faite audit dnc Charles , son frère. Au moven de laquelle requeste, yceulx gens d'église eurent leurs vies saulves.

« La plus part des habitans s'estoient retirés en 1 église Notre-Dame , pour eulx mettre en sauveté; néantmoins,

ailleurs, tellement que la nef estoit pleine de sang et de corps morts. Ledit duc de Bourgongne arriva en ycelle ville après disné, quand ses çens eurent fait ladite occision; il vint a cheval dedans ladite église Notre-Dame , où il y avoit grande effusion de sang et quasi à la hauteur d'un demi-pied, et il dit ces mots: Saint Georges ! veci belle boucherie ; j'ai de bons bouchers !

« Et non content de ce, fit pendre le capitaine, nommé le Petit Picard, avec plusieurs de ses gens, desquels il en fit noyer 12, à auttre 12 crever chacun un œil, et à 12 auttres coupper les mains ; et ce fait, le dimanche suivant, fit, en disant ces mots : Tels fruits porte C arbre de la guerre! bouter le feu à ladite ville et ès églises, qui furent totalement brillées etdesmolies(*). » Philippe de Comines, qui fut , ainsi que les auteurs du récit qu'on vient de lire, témoin oculaire du massacre des habitants de Nesle, termine ainsi sa relation: « Il medes- « plaist de dire cette cruauté, mais j'es- « tois sur le lieu, et il en faut dire quel- « que chose. »

On compte aujourd'hui à Nesle 1800 habitants; c'est la patrie du fameux ménestrel Blondel ou Blondeau de Nesle.

Nesle ( maison de ). La seigneurie de Nesle, après avoir appartenu aux anciens châtelains de Bruges , passa , par le mariage de Gertrude, dame de Nesle, avec Raoul de Clermont, seigneur d'Alby, dans la maison de Clermont.

Raoul II de Clermont et de Nesle devint connétable de France en 1287, et fut tué à la bataille de Courtrav, en 1302, ne laissant que des filles. La seigneurie de Nesle échut à Béatrix, l'aînée, qui épousa Inguger /«* dTAmbohe.

Jean de Sainte-Maure, comte de Benaon, son petit-fils, fut père de Charles de Sainte-Maure , en faveur duquel la seigneurie de Nesle fut érigée en comté, en 1466.

IjouU, fils de Jean II, comte de Nesle et de Joigny, et arrière-petit-fils du précédent, fit ériger le comté de Nesle en marquisat, en 1545. Mais il mourut sans

(*) Procès-verhattx du massacre des Itali-

lesdits Bourguignons qui les y trouvé- ^ tants et du sac de la ville de Nesle, publiés rent, Jes OCCirent et mirent à mort en' dans le tome I" du Bulletin de la Société de. grand nombre, tant sur les autels que l 'Histoire de France, a* partie, p. ik et

T. if. 10* Uvraison. (Dict. iucycl., etc.) 10

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postérité, et ce marquisat passa , par le mariage de sa sœur, Louise de Sainte- Maure, avec Gilles II de Laval, dans la maison de ce seigneur.

Gilles //, seigneur de Laval , n'eut qu'un fils nommé Gui, lequel mourut sans postérité, en 1590.

René aux Épaules, cousin germain de Gui, lui succéda et épousa Marguerite de Montluc. Il eut pour héritière, en 1650, Madeleine de Laval, qui épousa Bertrand- André de Monchi, seigneur de Montcarvel , et lui porta le marquisat de Nesle.

Le fils de celui-ci , Jean-Baptiste de Monchi, marquis de Nesle , vendit, en 1666, son marquisat à sa sœur Jeanne de Monchi, dont le mari , Louis-Charles de Mailly, obtint du roi des lettres patentes (170! ) , portant confirmation de la substitution masculine, graduelle et perpétuelle du marquisat de Nesle et des terres y jointes , en faveur des aînés de la maison de Mailly -Nesle; et sa femme étant issue de Charlotte de Chalon, il joignit à ses titres celui de prince d'Orange, et transmit ses droits à ses héritiers. Voy. Mailly.

Neslb (monnaie de). Il est quelquefois question dans les textes des onzième et douzième siècles, de la monnaie de Nesle. Les espèces auxquelles se rapportent ces textes nous sont inconnues; mais on en connaît de plus anciennes et qui remontent à la période carlovingienne; en voici la description: monetà in nigella; dans le champ, une croix à branches égales, ^.—gbatia di bex; dans le champ, un monogramme carolin. Inutile de dire que cette pièce doit être classée au règne de Charles le Chauve. La formule mon et a in nigella, est peu usitée. Quant à la pièce elle-même, elle est très -rare; car on n'en connaît jusqu'ici qu'un exemplaire, qui a été publié par la Revue de Numismatique.

Nesle (gros de). Voyez Henri m (monnaies de).

Nesmond (Henri de), d'une famille noble, originaire de l'Angoumois, se fit un nom dans la chaire et fut élevé au siège épiscopal de Montauban , puis à l'archevêché d'Alby. Il fut nommé, en 1710, membre de 1 Académie française, en remplacement de Fiéchier. Promu,

ensuite à l'archevêché de Toulouse, il n'employa, par une exception rare dans le clergé d'alors , q.ue les voies de la douceur et de la persuasion pour ramener au sein de l'Église les nombreux protestants de son diocèse. Il mourut en 1727, emportant leurs regrets. On a de lui des Discours et Sermons (Paris, 1734) , écrits de ce style élégamment simple et négligé qu'avaient alors et qu'affectaient quelquefois les gens de qualité.

Neufbbisach. Ville de l'ancienne Alsace, aujourd'hui chef-lieu de canton du département du Haut-Rhin. L'empereur Othon l*r s'en empara et la plaça au rang des villes impériales. En 1698, le duc de Weimar I o prit après un long blocus. Le traité de Munster en ayant assuré la possession à te France, Louis XIV, en 1699, après la cession de Vieux- Brisach à l'Autriche , chargea Vauban de fortifier Neuf-Brisach , et d'en faire une place de guerre de première classe.

Neufchateau, petite ville de l'ancienne Lorraine, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement <lu département des Vosges. Elle est désignée dans l'itinéraire d'Antonin sous le nom de Dfeomagus ; on croit qu'elle doit son nom moderne à un grand et beau château où Christine de Danemark, duchesse douairière de Lorraine, assembla les états de la province en 1545.

Neufchâteau compte aujourd'hui 8.500 habitants; c'est la patrie de François de Neufchflteau.

Neufchateau. (Voyez Fbànçois.) Neufchatel , petite ville de Normandie, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de la Seine-Inférieure.

Henri Ier, roi d'Angleterre, y fit bâtir, au commencement du douzième siècle, un château fort auquel elle dot son nom. Elle fut prise en 1143; emportéf d'assaut et saccagée en 1167; prise de nouveau par le comte de Flandre en 1 175 , et par Jean Sans-Terre en 1201 : reprise sur lui en 1204; conquise par les Anglais en 1419; emportée sur eus après le siège le plus meurtrier, en 1449: enfin prise et brûlée par les troupes du duc de Bourgogne, en 1472. Aeesca amités succédèrent celles de la ligue. U duc de Parme se rendit maître de Newchâtel en 1592, et des dissensions m-

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