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oiée française aurait éprouvé un grand échec si Ney n'eût pris une position avantageuse pour protéger l'arrièregarde, et n'eût fait des prodiges de valeur pour repousser l'ennemi. A dater de ce jour, le 3* corps fut chargé de relever le 1" corps , a l'arrière-garde , et de remplir la difficile et dangereuse mission de soutenir la retraite de l'armée devant un ennemi nombreux et qui renouvelait sans cesse ses attaques. Le thermomètre était subitement descendu à 17 degrés au-dessous de zéro; la terre était couverte de neige, et les chemins étaient si glissants que les chevaux ne pouvaient plus se tenir.
Après la bataille de Crasnoë, où les Français Orent éclater un tel courage que les ennemis l'ont nommée euxmêmes la Bataille des héros ^ le maréchal Ney, laissé à l'extrême arrièregarde avec seulement 0,000 combattants, se vit attaqué par des masses énormes qui lui fermaient la marche. >'e pouvant les renverser, il se retire devant elles, surprend le passage du Dnieper, se fait jour a travers des essaims de Cosaques, et rejoint le gros de l'armée après en avoir été coupe pendant trois iours. Pendant ces trois jours, Napoléon ne cessa de témoigner tout le prix qu'il attachait à la conservation du maréchal; il Gt tout ce qui dépendait de lui pour lui donner la main, et ou lui entendit dire plus d'une fois, qu'il donnerait trois cents millions pour sauver le brave des braves. Aussi sa joie futeile grande lorsqu'il apprit par quelle audacieuse manœuvre Mey était parvenu à déjouer tous les calculs des Russes.
Au passage de la Bérésina, Ney remplaça Oudinot, qui avait été blessé, et sauva les débris de l'armée. Enfin, après des marches forcées et des périls sans nombre, il arriva aux frontières de la Russie. Voici en quels termes M. de Ségur, l'historien de la grande armée , parie de la retraite opérée par le maréchal Ney après la sortie de Wilna :
« Il traverse Kowno et le Niémen , toujours combattant , reculant et ne fuyant pas, marchant toujours après les autres, et, pour la centième fois depuis quarante jours et quarante nuits, sacrifiant sa vie et sa liberté pour sauver quelques Français de plus. 11
sort enfin le dernier de cette fatale Russie, montrant au monde l'impuissance de la fortune contre les grands courages, et que, nour le héros, tout tourne en gloire, même les plus grands désastres. »
Aux batailles de Lutzen et de Bautzen , Ney fît de nouveaux prodiges de valeur. Pendant la campagne de France (181 4\ la plupart des champs de bataille furent témoins de son intrépidité. Mais ce fut là le terme de sa gloire. Denuis « lors sa conduite, tant à l'égard de 1 empereur qu'à l'égard des Bourbons, ne fut pas exempte de reproches ou d'erreurs... Il fut le premier des maréchaux qui abandonna Napoléon après la capitulation de Paris [31 mars 1814), et ce fut lui qui insista le plus fortement pour qu'il abdiquât. Toutefois, il plaida avec chaleur la cause de Marie-Louise et de Napoléon II auprès d'Alexandre, empereur de Russie.
Sous la restauration, il fut nommé (20 mai) commandant en chef du corps royal des cuirassiers, des dragons, des chasseurs et des chevau-légers-lnnciers de France; puis (1" juin), chevalier de Saint-Louis; et enfin (4 juin) pair de France. Peu de temps après, il se rendit à sa terre de Coudreaux, près Ch»1teaudun, et y resta jusqu'au 6 mars 1815, époque où il en fut arraché pour marcher contre Napoléon, qui avait quitté l'île d'Elbe et venait de débarquer au golfe Juan. En passant par Paris, avant de se rendre a son poste, H vit le roi et lui promit de tout entreprendre pour ramener Bonaparte dans une cage de fer. Mais, arrivé à Lonsle-Saulmer, il fut circonvenu par les émissaires de l'empereur, et se laissa entraîner à la défection. Le 14 mars, il ordonna au général de Bourmont de rassembler les troupes sur la place publique de cette ville, et lut devant elles la proclamation suivante, qu'il avait reçue du quartier général de Napoléon ; « Ordre du jour. Officiers , sous-offi- « ciers et soldats ! La cause des Bour- « bons est à jamais perdue ! La dynasa Lie légitime que la nation française a «adoptée va remonter sur le trône:
« c'est à l'empereur Napoléon , notre « souverain, qu'il appartient seul de ré- « gner sur ce beau pays ! Que la noblesse
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« des Bourbons prenne le parti de s'ex- « patrier encore ou qu'elle se résigne a « vivre au milieu de nous, que nous im- « porte ! La cause sacrée de la liberté « et de notre indépendance ne souffrira « plus leur influence. Ils ont voulu avia iir notre gloire militaire, mais ils se « sont trompés.: cette gloire est le fruit « de trop nobles travaux pour que nous « puissions jamais en perdre le souve- « nir. Soldats, les temps ne sont plus « où l'on gouvernait les peuples en « étouffant tous leurs droits : la liberté «triomphe enfin, et Napoléon, notre « auguste empereur, va l'affermir pour « jamais. Que désormais cette cause si « belle soit la nôtre et celle de tous les « Français ; que tou3 les braves que « j'ai l'honneur de commander se pénè- « trent de cette grande vérité. Soldats, « je vous ai souvent menés à la victoire; « maintenant je veux vous conduire à « cette phalange immortelle que l'em- « pcreur Napoléon conduit à Paris et « qui y sera sous peu de jours ; et là a notre espérance et notre bonheur se- « ront à jamais réalisés. Vive l'empe* « reur! Le maréchal de l'empire, prince « de la Moskowa. » Cette proclamation produisit la défection de toute l'armée, et le maréchal rejoignit Napoléon à Auxerre. L'empereur, oubliant alors sa conduite à Fontainebleau , le serra dans ses bras en l'appelaut le brave des braves^ et dès lors ce fut, de la part du maréchal, à la vie, à la mort.
A Waterloo, Ney, qui avait été chargé du commandement de l'aile gauche de l'armée française, fit admirer son sangfroid et son intrépidité ordinaire; mais on l'a accusé, peut être justement, d'avoir manqué dans cette courte campagne, de ce tact, de ce coup d'oeil, de ce zèle, dont il avait fait preuve en tant d'occasions. Le 15 juin, il reçut l'ordrede s'emparer des Quatre-Bras*, point de jonction des deux armées ennemies prussienne et anglaise. Il ne le fit pas le jour même, comme le lui enjoignaient ses instructions; et le lendemain ce ne fut qu'après un combat très-meurtrier qu'il put occuper cette position importante, dont la veille il aurait pu, l'ennemi n'y étant pas encore en force , se rendre maître presque sans coup férir. Dans la journée du 18, à la grande bataille de Mont-
Saint- Jean, il se battit avec une ardeuf extraordinaire; on le vit constamment au point le plus périlleux de l'action ; il eut sept chevaux tués sous lui , combattit longtemps à pied, mena à la charge les derniers bataillons, et ne céda à la fortune que lorsque la résistance fut devenue impossible. Mais au milieu de la bataille, emporté par son ardeur indomptable , il avait fait un mouvement prématuré , qui , en exposant la cavalerie française au feu de toutes les batteries ennemies, lui fit éprouver de grandes pertes, et compromit gravement le succès de la journée.
De retour à Paris , le 23 juin , à la séance des pairs , s'exagérant le désastre de Waterloo, atterré par les événements et privé par eux de son énergie, il désespéra du salut de la patrie et s'écria , après «avoir fait un effroyable tableau des malheurs de la campagne : « // n'y a pas d'autres ressour- « ces que de faire des propositions à « l'ennemi .... // faut rappeler les « Bourbons, et moi je vais prendre le • chemin des États-Unis. »
Après la capitulation de Paris, le maréchal se retira près d'Aurillac, au château de Bessonis , appartenant à une cousine de sa femme. Mais l'ordonnance royale du 24 juillet avait paru.
Elle le traduisait, ainsi que dix -neuf autres maréchaux ou officiers supérieurs, devant un conseil de guerre, comme accusés d'avoir trahi le roi avant le 23 mars, etc. Le maréchal vivait assez tranquille dans cette retraite ignorée, lorsqu'un jour, par malheur, il laissa sur un canapé fe sabre égyptien dont Napoléon lui avait fait présent lors de son mariage. La richesse de cette arme le fit reconnaître. Il fut dénoncé au préfet du Cantal, qui le Gt arrêter le 3 août à deux heures du matin, et l'envoya à Paris, où il arriva le 19 du même mois, le jour même où l'on fusillait le malheureux la fiédoyère.
Le 9 novembre , le maréchal parut devant le conseil de guerre, composé des maréchaux Jourdan , M assena , Augereau et Mortier ; des lieutenants
Sénéraux Gazan, Claparcde et Villatte; u maréchal de camp Grundler , rapporteur; et de M. Joinville, ordonnateur