FRANCE. KICK
60 chef, remplissant les fonctions de procureur du roi. Le conseil se déclara incompétent , attendu que le maréchal Ney était accusé d'un crime de haute trahison et d'un attentat contre la sûreté de l'État , et qu'aux termes de l'artiele 33 de la charte constitutionnelle , la connaissance de ces crimes était attribuée à la chambre des pairs; attendu eoeore que le maréchal Ney était pair de France , et qu'aux termes de I article 34 de la même charte, un pair ne pouvait être jugé en matière criminelle que par la chambre des pairs.
Des le lendemain (11 novembre), les ministres . accompagnés de M* Bellart , procureur général près la cour royale de Paris , apportèrent à la chambre des pairs une ordonnance royale, qui chargeait cette chambre de procéder sans délai au jugement du maréchal Ney.
Le maréchal comparut devant la cour des pairs le 21 novembre; il se défendit en disant que jusqu'au 14 mars il avait été tVdele au roi ; que c'était pour prévenir ta guerre civile qu'il était passé sous les aigles impériales; qu'il pouvait avoir été égaré, mais qu'il n'était point un traître. Il invoqua en sa faveur l'article 12 de la convention de Paris, d'après lequel tous les individus gui se trouvaient ( le 3 juillet ) dans ta capitale (et il était du nombre), ne pouvaient être inquiétés ni recherchés en rien, relativement aux fonctions qu'Us occupaient ou auraient occupées, a lbub conduits ou à leurs opinions politiques.
Cette justification et ces moyens de défense ne furent point admis par la cour des pairs; et, malgré le talent de MM. Dupin aîné et Berryer père, le maréchal fut condamné à la peine de mort , comme convaincu du crime de haute trahison et d'attentat à la sûreté de ÏÊtat. Ce jugement, rendu dans la nuit du 6 au 7 décembre, fut exécuté le 7 , à neuf heures du matin, derrière le jardin du Luxembourg, du côté de l'Observatoire. Arrivé sur le lieu de l'exécution , on lui proposa de lui bander les yeux : « Ignorez-vous, répondit-il, que « depuis vingt-cinq ans i ai l'habitude • de regarder en f ace tes balles et les bou- « teU? » Il ajouta : «Je proteste devant « Dieu et la patrie contre le jugement
T. xi. lt* Livraison. (Dict. bwc
« qui me condamne. J'en appelle aux « hommes, à fa postérité, a Dieu. Five « la France1. » Il allait continuer, lorsque l'officier chargé de l'exécution , le général comte de Rochechouart , ordonna aux soldats désignes pour le fusiller, de faire leur devoir; alors le maréchal ôta son chapeau de la main gauche " et posant l'autre sur son cœur : « Camarades, dit-il aux vétérans, faites votre devoir et tirez là ! . . . » Ii tomba à l'instant. Son corps fut porté à l'hospice de la Maternité , où il demeura exposé jusqu'au lendemain aux regards du public. Sa famille le réclama alors et le fit inhumer au cimetière de l'Est.
Nicb (trêve de). Malgré l'avantage que la France avait retiré de son alliance avec la Turquie, François I*r avait eu peur de la clameur universelle qui s'était élevée contre lui en Europe, et il cherchait à se rapprocher de l'empereur. D'un autre côté, Charles-Quint, effrayé de l'union de son rival avec Soliman , conclut une trêve, et entama des négociations pour la paix. Paul III offrit sa médiation à ces deux monarques , et les convia à une entrevue près de Nice, au mois de juin 1538. Leurs ministres conférèrent entre eux plusieurs fois, et la reine de France, la reine de Navarre et la Dauphine visitèrent le pape et l'empereur. « Les deux souverains parurent désirer vivement la paix, mais se défier tellement l'un de l'autre, qu'ils ne pouvaient se persuader que leur adversaire livrât le prix de la concession qu'ils se disaient prêts à faire. Ni l'un ni l'autre ne voulut faire un pas de plus, et tous deux sentaient peut-être qu'il leur convenait mieux de garder chacun ce qu'ils possédaient que de faire des échanges qu'ils se proposaient mutuellement, et qu'ils ne désiraient pas.
Les États de Savoie étaient aussi riches que le Milanais, et plus rapprochés de la France, plus aisés pour elle à défendre et à gouverner ; mais l'empereur avait honte^de céder à François, par un traité de paix , les États de son beau-frère et de son allié , pour se dispenser de livrer la province qu'il avait promise luimême. Tous deux sentirent enfin qu'ils atteindraient également leur but avec moins de scandale, par une trêve de dix ans, qui laisserait chaque souverain