NICOPOLIS
gent et d'armoiries brodées; les tentes et les pavillons étaient de satin vert; la livrée, composée de plus de deux cents personnes, était aux mêmes couleurs; les armures, la vaisselle, les habits, tout était resplendissant.
■ Dans leur marche vers le levant de l'Europe, les Français étonnèrent les Allemands et les Hongrois par leur luxe et par leurs débauches. Lorsqu'ils furent arrivés à Bude et qu'ils apprirent que Bajazet n'était point cette année en Romanie, ils déclarèrent qu'ils iraient le chercher, et ils décidèrent le roi de Hongrie à marcher avec eux. Des bateaux chargés de vins exquis , de vivres et de tous les équipages de luxe, étaient appareillés sur le Danube. L'armée ne quitta jamais ses bords, mais, en suivant la rive droite de ce fleuve, elle traversa la Hongrie, puis la Servie: elle entra enfin en Bulgarie, et après s'être emparée d'Orsowa, Rakowiza et Widin, villes qu'elle traita avec une excessive cruauté, elle mit le siège devant Nicopolis. Pendant ce temps, Bajazet était entré en Bulgarie avec une année formidable, et il avait fait annoncer aux défenseurs de la place qu'il ne tarderait pas à les secourir. Il était déjà à six lieues du camp français, que le maréchal de Boucicault niait qu'il fût en marche, et faisait couper les oreilles aux paysans qui annonçaient son approche; enfin un messager
vait les chevaliers français à soutenu l'effort des janissaires , de qui dépendait le sort de la bataille. Le sire de Coucy , l'amiral de Vienne et les autre* vieux guerriers comprirent la sagessi de ce conseil; mais le comte de Nevers le comte d'Eu, Boucicault, la Trémouillc et tous les jeunes gens, n'écoutant que leur présomption, s'écrièrent que le poste d'honneur était à l'avant-garde .
qu'il leur appartenait de droit, et qu'ils n'avaient pas fait tant de chemin potn venir combattre à la queue des milices hongroises. Malgré les instances de Sigismond, malgré celles de tous les hommes qui entendaient le mieux I:
guerre, ils s'obstinèrent à vouloir porter les premiers coups, et la jalousie que le connétable ressentait contre Couc> ajouta encore à cette opiniâtreté. Les Turcs engagèrent l'attaque le jeudi 28 septembre; aussitôt les chevaliers français s'élancèrent sur eux sans permettre aux milices hongroises de prendre aucune part au combat. Le succès fut tel que l'avait annoncé le roi de Hongrie; les chevaliers, s'épuisant sur des ennemis indignes d'eux, s'engagèrent toujours plus avant entre les deux puissantes ailes des Turcs; celles-ci serrèrent autour d'eux , les enveloppèrent de toute part et les écrasèrent. Les chevaliers qui survécurent au combat assurèrent que dans cette rencontre eus et leurs compagnons d'armes avaient
de Sigismond en donna la nouvelle cer- fait des prodiges de valeur, et que quo
taine , et la résolution de lever le siège fut prise aussitôt; mais comme les assiégés poussaient des cris de joie en voyant les Français s'éloigner, les chevaliers, aveuglés par la colère, en tirèrent une lâche vengeance en massacrant tous les prisonniers qu'ils avaient reçus sur parole.
a Les Français unis aux Hongrois attendirent la bataille à peu de distance
qu'ils ne fussent que sept cents, ils n'itvaient pas tué moins de cent mille Turcs. Les historiens chrétiens leur or 1 accordé une entière créance. La seule chose certaine cependant c'est que Gui Ilaume de la Trémouille , Jean de Vienn» 1 Philippe de Bar, Montcaurel et quatr cents autres chevaliers furent tués dan le combat ; que les comtes de Nevers d'Eu, de la Marche, le sire de Couc%
de Nicopolis. Sigismond, qui était ac- Henri de Bar, Gui de la Trémouille
coutume à la tactique des Turcs, avertit les chevaliers que Bajazet se ferait précéder par des nuées de troupes légères destinées seulement à fatiguer I ennemi, et qu'il estimait si peu qu'il les sacrifiait sans regret. Il voulait, de son côte, les faire combattre par son infanterie hongroise, bien suffisante pour se mesurer avec eux, et il réser-
Boucicault et près de trois cents autre furent faits prisonniers.
« Bajazet, qui était violemment irrit contre les croisés qui avaient la veill massacré leurs prisonniers au mépris d la foi donnée , ordonna que les vingt huit plus grands seigneurs et plus ri ches d'entre eux seraient seuls réservé en vie, pour être mis à grosse rançon
MIELLES FRANCE.
\IELLY
et que Ton couperait immédiatement la téte à tous les autres (*). » Jacques de Helly, qui avait précédemment servi dans l'armer turque, fut chargé par Bajazet de lui désigner ceux qui pouvaient 50 racheter par les plus fortes rançons, .près quoi on fît venir en chemise les chevaliers qui étaient destinés a mourir, et le sultan leur fit trancher la tête devant lui; puis il expédia Jacques de Hcily en France pour y porter la nouvelle de la bataille et traiter de la rançon des prisonniers. Sigismond avait réussi à se sauver avec Philibert de >'aillac, et avait été recueilli par Thomas Mooenigo qui commandait une Sotte vénitienne à l'embouchure du Danube. Helly vint annoncer en France le résultat de" cette triste expédition, et l'on tj occupa aussitôt de rassembler l'argent nécessaire au rachat des prisonniers. Mais , des seigneurs retenus par Bajazet , un petit nombre seulement put rentrer en France. Enguerrand de Coocy et Philippe d'Artois, comte d'Eu, moururent à Burse, en Bithynie, où ils étaieai prisonniers ; Henri de Bar mourutà Venise, avant d'avoir pu rembourser le négociant Pellegrini, , qui avait répondu de sa rançon. Le comte de Nevers, dont la rançon avait été fixée à deux cent mille ducats, ne rentra à Dijon qu'en février 1398.
Nicot (Jean), seigneur de Villemain , né à Nîmes en 1530, fut secrétaire de Henri II et ambassadeur de François II en Portugal. Il mourut à Paris en 1600. C'est lui qui a apporté en France la graine du petun ( le tabac ) , qui, de son nom , fut appelé nicotiana. Il a composé le Trésor de la langue française, tant ancienne que moderne, etc. , Paris, 1606, in-folio. C'est te premier Dictionnaire français qui ait rte publié. On lui doit, en outre , une édition très-correcte de Y Histoire d'Aiaoin, 1566, in-8°.
Hieixes. L'usage des nielles est trèsaacien en France ; on trouve dans le testament deLéodebode, abbé de Fleuri, Ters le septième siècle, un legs de deux coupes dorées de Marseille , qui oui au milieu des croix niellées. Cet
(*) Sismondi , HisL des Franc. , t. XII , p. -6 et »uiv.
usage, après avoir été continué depuis le septième siècle jusqu'au douzième , fut négligé pendant assez longtemps, repris et employé fréquemment dans le quinzième siècle, puis abandonné de nouveau en France , du moins , et rapporté de Russie en 1828 par un ouvrier prussien nommé Weyner, qui vint alors se fixer à Paris. Cet ouvrier exécuta alors quelques nielles avec tant de talent, qu'il les remit à la mode ; on en décora des tabatières, des montres, des boîtes à odeur, des bracelets, toutes sortes de bijoux enfin. Aujourd'hui que cet ouvrier est mort, on en fait encore, mais beaucoup moins déjà. Du reste, les nielles ont subi des modifications : on ne se contente plus maintenant du simple émail noir; certaines parties sont dorées ; d'autres parties , laissées blanches , sont ensuite gravées de nouveau après l'incrustation de l'émail ; entin il y a certains bijoux sur lesquels on trouve réunis ces trois genres de travail. On cite parmi les morceaux importants dans ce genre, les nielles qui ornent la partie inférieure du surtout de table ciselé pour le duc d'Orléans, sur les dessins de Clienavard et de Barge. C'est un genre de gravure qui demande une grande perfection, et qui n'est pas assez à la portée de toutes les appréciations pour être très-répandu chez nous. Du reste, pour tout ce qui concerne les nielles , nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à l'excellent ouvrage de M. Duchesne, Essai sur les nielles, Paris, 1828, in-8°.
Niblly (Joseph-Marie, baron), né en Bretagne, en 1751, n'était encore que lieutenant de vaisseau lorsque arriva la révolution de 1789. Il franchit rapidement tous les grades jusqu'à celui de contre-amiral, commanda en cette qualité une division au combat naval du l#r juin 1794 , et ce fu\ à la précision de ses manœuvres que la marine française dut le succès de cette journée.
Chargé du commandement de la flotte qui sortit la même année du port de Brest , il s'empara du vaisseau anglais r Alexandre , de 74 canons.
Le Directoire l'employa en 1796 sur l'escadre destinée à l'expédition d'Irlande commandée parle général Hoche.
On sait que la dispersion des vaisseaux français par la tempête fit échouer cette