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servitudes personnelles. Ses talents lui donnèrent de l'influence, surtout dans le comité militaire; ce fut sur ses rapports que l'on décréta l'organisation de l'armée et de la gendarmerie. Après le départ de Louis XVI pour Varennes, il prêta serinent de* fidélité à la nation et à l'assemblée ; fut employé ensuite comme maréchal de camp à 1 armée des Ardennes , puis enfin chargé du commandement des avant-postes du camp de Valenciennes en 1792. Peu après, il donna sa démission et passa en Angleterre. Il revint en France sous le consulat, se fit rayer de la liste des émigrés et partit pour Saint-Domingue en qualité de général de brigade. Chargé ae la défense du môle Saint-Nicolas, et réduit à la dernière extrémité , ii s'embarqua pour la Havane avec ses troupes, et parvint à échapper à la surveillance de l'ennemi ; ayant rencontre dans la traversée une corvette anglaise, il l'attaqua avec audace, monta le premier à l'abordage et s'en rendit maître ; mais il reçut dans ce combat une blessure dout il mourut à la Havane, le 9 janvier 1804.
Noblesse. On est frappé de stupéfaction quand on lit ce qui a été écrit sur la noblesse, par des hommes qui ne manquaient point d'érudition , mais étaient complètement dépourvus de cri* tique et de jugement. 11 en est qui ont affirmé sérieusement qu'elle est aussi ancienne que le monde; qu'Adam, sa femme et ses enfants étaient nobles, et que Caîn , l'aîné de la race , ayant flétri son écusson par le meurtre de son frère Abel , fut dépouillé par Dieu des privilèges de sa naissance , réduit en serva-
f;e , et que c'est de lui que descendent es roturiers. D'autres, se contentant de dater du déluge, ont écrit que Soé et les siens étaient décorés de la uobiesse , et que s'il y a des hommes de roture, ils sont issus de Chanaan , que le patriarche maudit et condamna à la servitude pour punir Cham, dans son fils et dans toute sa postérité, de l'irrévérence qu'il avait commise. Enfin, Jésus-Christ a beau avoir voulu naître dans une étante et être fils d'un artisan, selon le P. Ménestrier, il n'en fut pas moins noble par son père Joseph, bon gentilhomme, issu de la maison royale
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FRANCE
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de David. Mais laissons ces rêveries et passons à des auteurs plus graves.
Plusieurs qui possédaient l'érudition Je ceux dont nous parlons plus haut et r joignaient le jugement , ont fait des recherches sur la noblesse; quelquesuns ont écrit sous l'influence des préjuges et de l'orgueil aristocratique , inhérents à la classe privilégiée à laquelle ils appartenaient. Montesquieu , oui croit que l'honneur des trois grandes maisons qui ont successivement régné sur la France serait gravement compromis, s'il était une époque où elles Sauraient été que des familles ordinaires, Ta chercher l'origine de la noblesse dans les forêts de la Germanie. Trompé par les mots nobilitas et nobilis, employés par Tacite dans un autre sens que celui qu'on leur a donné postérieurement, il la trouve dans les compagnons dont s'environnaient les rois et les chefs militaires. En conséquence , selon lui , dès la plus haute antiquité il existait chez les Francs des familles investies de prmléges, dont ne jouissaient point les familles ordinaires, et constituant une véritable noblesse. Cette opinion est erronée. Les privilèges que possédaient les compagnons étaient personnels ; ils mouraient avec eux , et 1 hérédité étant l'essence obligée de. la véritable noblesse, il y avait dans l'octroi de privilèges fait à' un compagnon , élévation d'un homme et non point anoblissement d'une famille. Il n'v avait donc point chez les Germains une noblesse telle qu'on l'a comprise autrefois, et telle qu'on la comprend aujourd'hui.
Selon Boulainvilliers et M. de Montlosier, tous les Francs étaient, au delà du Rhin , libres et égaux entre eux ; quand ils se furent emparés de la Gaule, les vainqueurs et les vaincus formèrent deux corps de société juxtaposés , ou plutôt intraposés , vivant chacun sous M loi. Alors tout Franc fut gentilhomme, tout Gaulois fut roturier; puis, dans la nite des temps, les Gallo-Romains, qui exerçaient une grande influence et possédaient de grandes richesses, furent admis aux privilèges de la noblesse et assimilés à leurs maîtres. Le comte de Buat, le président Hénault, l'abbé Oubos, l'abbé de Mably et M. Guizot ont démontré victorieusement que ce
systcme n'est pas mieux fondé que le premier, et voici , d'après eux , ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus vrai sur l'origine de la noblesse.
Quand les Francs eurent pris possession de la Gaule, la coutume de se faire le compagnon du roi se maintint, mais le nom changea; celui qui devint compagnon, fut appelé leude, antrustion, fidèle, et au neuvième siècle, vassal. La manière dont était récompensé l'acte par lequel un homme libre promettait dévouement et Gdélité au roi , et consentait à être son vassal, changea également; les compagnons germains recevaient une épée, une hache d'armes, un bouclier, un banquet, pour prix de leur engagement; les leudes reçurent des offices palatins et provinciaux , des terres, dont ils furent usufruitiers et même propriétaires, à la charge de remplir fidèlement l'obligation qu'ils avaient contractée, et de plus, leur composition fut augmentée. Tout homme libre, à quelque nation qu'il appartînt, jouissait de la faculté d entrer dans la truste du roi , de se faire son vassal, en lui prêtant serment de fidélité, et le roi accueillait toujours avec empressement ceux qui , en lui faisant ainsi le sacrifice de leur indépendance, ajoutaient au nombre des guerriers, sur lesquels il exerçait une autorité directe.
Les leudes formèrent ainsi une classe séparée et puissante , par les domaines ou les offices qu'ils possédaient, parles privilèges dont ils jouissaient , et qui n'appartenaient point aux simples hommes libres. En effet , c'était parmi eux que les rois faisaient des choix lorsqu'ils avaient à donner des bénéfices, des offices politiques , judiciaires, etc.; car souvent la fidélité était jurée sous la promesse d'une récompense à venir.
C'était d'eux qu'ils s'environnaient dans les grandes occasions, qu'ils réclamaient des conseils et des secours, et c'était après avoir obtenu leur adhésion qu'ils publiaient les ordonnances qui devaient avoir force de loi sur toute la surface du royaume. Malgré ces avantages , les leudes ne formaient point un corps de noblesse , parce que toutes les prérogatives dont ils étaient surchargés, comme celles dont avaient joui les compagnons auxquels ils succédaient, étaient pure-
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ment personnelles. Les Gis des leudes étaient confondus avec les autres hommes de la classe libre , et, pour obtenir les distinctions et les privilèges dont avaient été revêtus leurs pères , il leur fallait prêter, comme eux, le serment de fidélité, et se faire vassaux. Cependant , reconnaissons-le tout de suite , si les leudes n'étaient pas nobles , dans le sens que l'on a attaché depuis à ce mot, c'est d'eux que vient la noblesse, et voici comment :
Nous avons dit que pour prix du serment de fidélité, quelquefois des bénéfices avaient été concédés héréditairement ; nous ajouterons à cela que plus souvent encore des concessions , faïtes pour un temps limité, furent retenues à titre d'héritage , par des fa* milles puissantes , à qui les rois de la première race ne voulurent, ou plutôt ne purent les retirer. Cela arriva particulièrement sous Clotaire II et ses successeurs. Or, ces octrois ou ces retenues, en perpétuant, dans certaines maisons, des avantages qui ne devaient être que temporaires, élevèrent ces maisons audessus des autres, et en firent une classe a part, qui fut la noblesse. Comme toutes ces maisons ainsi favorisées ne possédaient pas des bénéfices de même étendue, celles qui étaient investies de vastes domaines , constituèrent la haute noblesse , dont les membres furent appelés nobiliores , nobilissimi; et la,.noblesse de second ordre, dont on appela les membres tout simplement nobiies, se composa des bénéficie» qui n'avaient reçu de la munificence royale que des terres de moindre importance , soit par la superficie, soit par le nombre des hommes dont elles étaient peuplées.
La noblesse, composée d'un petit nombre de seigneurs sous le règne de Clotaire II, s'accrut avec rapidité sous les successeurs de ce prince , parce que bientôt il n'y eut pas un détenteur de bénéfice qui ne s*en attribuât l'hérédité; parce qu'un grand nombre de propriétaires d'alleux s'empressèrent de les convertir en bénéfices héréditaires , pour jouir des prérogatives attachées à cette sorte de bien -, enfin, parce que ceux qui ne dénaturèrent point leurs domaines , s'y arrogèrent tous les droits réservés aux seuls
bénéficiers, et, de leur autorité privée, se créèrent seigneurs, en présence de* roiSt qui voyaient le mal et ne pouvaient le réparer. Dès lors , il se forma dans le royaume un corps qui eut des intérêts différents de ceux du souverain qu'il ne craignait pas, et de ceux du peuple qu'il méprisait; un corps qui , joignant à l'administration de la justice le commandement des hommes de ses terres, se rendit maflre des lois, et réunit entre ses mains toutes les forces de l'État. Quand les choses en furent là, les maires du palais, qui ne pouvaient plus recevoir de princes sans crédit qu'un pouvoir sans autorité, les abandonnèrent au sort qui les me* nacait, se placèrent à la tête de la classe qui avait usurpé toute la puissance, et, au lieu d'être les ministres des rois, devinrent ceux de la noblesse; et la ruine de la race de Mérovée fut consommée.
Charles Martel, qui savait bien que sa maison monterait sur le trône , n ignorait pas que les nobles, qui l'en avaient approchée de si près , pourraient l'en précipiter quand elle y serait assise : et il chercha à prévenir cette catastrophe. Se rappelant tout le parti que les Mérovingiens avaient tiré des bénéfices pour l'établissement de leur dynastie , il imagina les précaires ; il dépouilla une
fiartie des abbayes et des églises de eurs terres, et les distribua à ses soldats, sous la condition du service militaire, et du concours dans l'administration de la justice, qu'il se réserva dans ces terres usurpées et concédées. Il crut ainsi avoir consolidé dans sa maison une puissance à laquelle elle n'était point encore parvenue, et ne fit que préparer sa chute.
l>u reste, les nouveaux établissements de Charles Martel ne portèrent ni ombrage ni atteinte à la noblesse qui possédait, comme nous l'avons dit, toutes les forces de l'Etat, et qui , d'ailleurs, avait reçu la sanction de l'habitude et du temps. Elle devint , en acquérant de la solidité, tellement orgueilleuse , qu'il s'en fallut de bien peu que les prévisions de celui qui avait préparé la grandeur de la dynastie corlovingienne , ne pussent s'accomplir peu d'années après sa mort. La noblesse redoutait Chartemagne à cause de son génie ; mats elle
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le méprisait à cause de sa naissance , qu'elle ne trouvait pas assez illustre.
Elle ourdit contre lui une conspiration qui fut découverte; et si Louis le Débonnaire n'eût pas mis la plus grande diligence à se rendre à Aix la Chapelle, pour s'y faire proclamer, il est douteux qu'il eût succédé à son père.
En ce temp^-là, si la noblesse proprement dite était nombreuse , la haute noblesse ne l'était point encore. En 834, lorsque Lothaire, vaincu par son père, fut oblige de se retirer en Italie, on dit que la France était dénuée de noblesse, parce que quelques seigneurs francs, au nombre d'environ dix, qui avaient partagé la révolte, f avaient suivi au delà des Alpes. On en dit autant en 841, après la bataille de Fontenai, que Charles le Chauve et Louis de Bavière gagnèrent contre le même Lothaire , assisté du jeune Pépin, et dans laquelle il périt un nombre à peu près égal de seigneurs du premier ordre.
Charles le Chauve ayant, par le capitulai™ de Kiersi , non-seulement proclamé l'hérédité des fiefs et des comtes» unis encore démembré des portions considérables de l'autorité royale, pour en enrichir ceux qui étaient déjà les maîtres de la terre, la noblesse s'accrut de tous hommes de guerre ou officiers de justice cmi tenaient leurs titres et leurs fonctions des rois précédents.
Alors la race de Charlemagne marcha rapidement vers son déclin. Les seigneurs anciens et nouveaux s'arrogèrent tous les droits de la souveraineté, rendirent la justice en leur nom , établirent des taxes à leur profit , battirent monnaie , levèrent des soldats , se firent la euerre les uns aux autres, et la tirent même au roi. Les plus entreprenants réunirent à leurs possessions des fiefs qui tes avoisinaient et que des propriétaires trop faibles ne pouvaient défendre, ou y firent reconnaître leur suzeraineté, et accrurent ainsi leur importance. Les seigneurs investis de grands domaines Jes partagèrent en fiefs, qu'ils conférèrent , à la condition de la foi et de l'hommage, de certains services, de certaines redevances en argent ou en denrées , et se constituèrent ainsi des souverainetés d'une redoutable étendue.
Bientôt ce qui restait de propriétaires
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de biens allodiaux , fatigué de se trouver , à cliaque querelle survenue entre deux seigneurs voisins, en butte aux attaques de l'un et l'autre parti, s'empressa de renoncer à son indépendance pour s'acquérir un protecteur , et de rendre hommage à celui qu'il pensait être le plus puissant et le plus prompt à le défendre. Alors s'établit la maxime : nulle terre sans seigneur, et la féodalité pesa de tout son poids sur toute la surface de la France. Pendant ce temps, les descendants de Charlemagne se débattaient contre la mort, mutilant, comme l'avaient fait les Mérovingiens, le domai ne de Ici] r couronne, et le distribuant pour attacher à leur fortune et intéresser à leur conservation des hommes dont le secours ne leur eût été d'aucune utilité , si" le mépris qu'ils inspiraient eût pu laisser naître quelque part la pensée de les attaquer.
Si,à cette époque, lesseigneurs avaient eu quelques idées un peu élevées , rien ne leur eût été plus facile que de s'emparer pour toujours des rênes du gouvernement, et, en formant une confédération permanente et solide, de fonder une aristocratie puissante, qui eût assis leur fortune sur d'inébranlables bases, et donné une apparence de droit au pouvoir usurpe qu'ils exerçaient de fait.
Mais alors on ne regardait pas si haut. On ne savait pas même ce que c'est qu'un gouvernement; on ne s'inquiétait nullement de l'origine de l'autorité qu'on avait entre les mains ; on ne pensait qu'à l'étendre et à en faire fréquemment usage au profit de son avarice et de son ambition. Aussi, une fois tout-puissants, les seigneurs ne s'occupèrent que de leurs intérêts particuliers; chacun chez soi et chacun pour soi. Les grands se reunirent une fois (887 ) pour déposer Charles le Gros ; deux autres fois , en 920, pour renoncer à l'obéissance de Charles le Simple, et, en 922, pour le faire descendre du trône ; puis ils s'en tinrent là. Contents d'avoir fait acte de puissance souveraine . il ne leur vint point l'idée d'établir un système oui leur donnât pour toujours le pouvoir légal de disposer de la couronne. Ils laissèrent donc s'éteindre la postérité de Charlemagne, sans même daigner substituer une maison nouvelle à la maison
déchue, car ce ne fut point la haute noblesse qui , en 987, proclama Hugues Capet. Ce fut aux nombreux vassaux qu'il possédait comme duc de France et comte de Paris qu'il dut la dignité royale. Tous les seigneurs qui ne dépendaient pas de lui laissèrent faire , et donnèrent tacitement leur adhésion à ce qui avait été fait.
Si le fondateur de la dynastie capétienne monta sans opposition sur le trône , c'est que la royauté était alors si insignifiante et si nulle , qu'elle n'éveillait l'ambition de personne, et que nul seigneur un peu puissant n'enviait un titre qui imposait des charges et ne donnait ni pouvoir ni crédit. En effet, Hugues Capet, et pendant longtemps ses successeurs , n'eurent d'action directe que sur les vassaux de leur domaine particulier: encore cette action rencontra-t-elle souvent des résistances. Tout ce que le roi ne possédait pas en France était entre les mains d'une multitude de seigneurs particuliers , dépendant d'un petit nombre de suzerains , quelquefois plus riches et plus puissants que lui. Chacun de ces suzerains, dont quelques-uns avaient une cour modelée sur celle du roi , était tenu à des devoirs envers la couronne; mais ces devoirs, toujours contestés, ils ne les remplissaient iamaisque de mauvaise grâce, et lorsqu'ils n'étaient pas assez forts pour les éluder. Cet état de choses explique et justifie la marche embarrassée des premiers rois de la troisième dynastie.
La noblesse , par suite du morcellement du territoire , se trouva tout à coup et sans qu'on y pensât, divisée en trois classes : celle des grands feudalairesj qui relevaient directement du roi, tels que les ducs de Normandie , d'Aquitaine, de Bourgogne, les comtes de Toulouse, de Flandre, de Champagne, de Vermandois , etc. , qu'on appelait rands vassaux de la couronne; celle es barons, qui prêtaient serment aux grands feudataires; et celle des simples gentilshommes, donih terre et le château dépendaient d'une baronnie et étaient dans sa mouvance. Nous avons déjà dit que le roi ne rencontrait dans les premiers que des sujets fort indociles ; mais, s'il avait fréquemment à se plain-
dre d'eux, ceux-ci n'avaient pas toujours à se louer de leurs barons, qui, affectant une indépendance dont leurs suzerains leur donnaient l'exemple, se comportaient vis - à - vis d'eux comme euxmêmes se comportaient vis-à-vis du roi.
Ils s'arrogeaient une autorité despotique et absolue dans leurs domaines , et souvent il fallait les contraindre par les armes à faire le service de leurs fiefs. Quant aux gentilshommes dont toute la seigneurie se composait d'un domaine et d'une maison qu'ils nommaient un château, ils étaient plus dociles que les barons , car ils avaient bien moins qu'eux le pouvoir de risquer une démarche hardie et de résister aux suites qu'elle pouvait avoir. Aussi , ceux dont ils dépendaient les tenaient-ils dans un état perpétuel d'abaissement , et cherchaient-ils continuellement à accroître leur propre importance de toute celle dont lis pouvaient les dépouiller. Quoique ces seigneurs de troisième ordre eussent, comme les barons, le droit de guerre, le droit de justice et celui de publier des ordonnances dans toute l'étendue de leurs fiefs , et qu'ils exerçassent sur leurs sujets un pouvoir sans limites, ils étaient loin de jouir , dans toute sa plénituie, de la puissance qui constitue la souveraineté. Leurs justices jugeaient en dernier ressort et sans appel toutes les causes qui y étaient portées ; mais la compétence de ces tribunaux était bornée aux délits ordinaires , aux affaires correctionnelles, tandis que la cour du baron dont ils relevaient possédait dans toutes les seigneuries qui composaient l'ensemble du fief la haute justice, et connaissait de tous les crimes qui, à l'exception du vol , étaient punis de mort. Quant au droit de guerre , les gentilshommes étaient très - peu jaloux de l'exercer les uns contre les autres, et ils s'estimaient fort heureux quand leurs suzerains vivant en paix ensemble , ne les faisaient point semondre d'avoir à lever le ban, et de les seconder dans des luttes dont les désastres tombent toujours sur les petits. Il était impossible dTailleurs qu'»l leur vtnt jamais des idées d'ambition et de turbulence , car les barons veillaient attentivement à oe qu'ils ne fissent oomt sur leurs droits, l es usurpations qu eux-
KOfiLESSfc FRANCK. NOttLfcSSK
marnes ils faisaient sur les droits de leurs suzerains, et que ceux-ci faisaient à leur tour sur ceux du roi. Bien plus, abusant de leur force , ils travaillaient sans relâche à se saisir d'une partie de la souveraineté des seigneuries qui relevaient d'eux, soit pour être un démembrement de leur fief , soit pour s'y être réunies volontairement par un acte de soumission, que personne n'avait le droit d'exiger de leurs propriétaires. C'est ainsi qu'ils s'y arrogèrent le droit d'y régler les poids et mesures, d'y institoer des foires et marchés, qu'ils empêchèrent qu'il y circulât d'autres monnaies que celles gui étaient frappées au chef- lieu de la oaronnie; enfin, qu'ils se constituèrent d'autorité les juges de tous les différends qui s'élevaient entre leurs bénéficier s.
Quant au sort du peuple, il est impossible de dire combien il était abject et mi* sérable. Les grands vassaux et les barons ne s'en occupaient guère, parce qu'ils en étaient trop éloignés ; mais les seigneurs de troisième ordre prenaient amplement sur lui la revanchedes vexations que leurs suzerains leur faisaient subir. Chaque terre était une prison dont les habitants ne pouvaient disposer de leurs biens ni par testament, ni par donation entre- vifs ; le seigneur était leur héritier s'ils ne laissaient point d'enfants à leur décès , et dans ce cas , ils ne pouvaient faire libéralité que d'une simple partie de leurs immeubles ou de leur mobilier. Dans certaines localités ils devaient acheter latyermission de se marier. Écrasés de corvées multipliées et fatigantes, de devoirs humiliants et de contributions ruineuses, ils vivaient dans la crainte perpétuelle de quelque amende injuste, de quelque taxe arbitraire, ou de la confiscation entière de leurs biens. Alors disparut ce qui restait encore d'hommes libres. Les uns , pour qui la liberté était devenue un fardeau , se vendirent par désespoir à des maîtres qui eussent au moins, à les faire subsister , l'intérêt qu'ils avaient euxmêmes à faire subsister une pièce de bétail; d'autres, qui, par piété, s'étaient soumis pour eux et pour leur postérité à des devoirs serviles envers un monastère ou une église, consentirent sans difficulté qu'un acte volon-
T. xi. ir Livraison. (Dict. enc
taire devînt à leur égard un titre de dégradation.
Celte tyrannie des seigneurs, qui commença dans les campagnes, en chassa les plus riches habitants , lesquels se réfugièrent dans les villes, espérant y vivre en paix sous la protection des lois; mais quand l'hérédité des comtés en eut changé le gouvernement en des principautés souveraines, les mêmes vexations vinrent les y poursuivre et les y atteindre. Les seigneurs de création nouvelle exercèrent à leur tour sur les bourgeois la même autorité despotique et fantasque que les autres avaient usurpée sur les vilains de leurs domaines. Les droits de péage, d'entrée, d'escorte et de marché, se multiplièrent à l'infini. Les villes furent assujetties comme les campagnes à une taille arbitraire, et obligées de défrayer leur seigneur et ses gens quand ils y venaient. Alors, en vertu de l'odieux droit de prise , vivres , meubles , marchandises, chevaux, voitures, -tout était enlevé, pillé, pour l'utilité et le profit du seigneur. Toute justice était foulée aux pieds, toute intelligence étouffée dans son germe, et toute industrie arrêtée dans son essor. Il n'était pas permis à deux plaideurs de terminer, par un accommodement , un procès commencé dans les formes juridiques, parce qu'ils auraient privé leur seigneur du profit que lui aurait valu l'affaire. Personne n osait faire aucun commerce,
f>arce que les seigneurs s'étaient arrogé e droit d'interdire dans leurs terres toute espèce de vente ou d'achats entre les particuliers, lorsqu'ils voulaient vendre eux-mêmes les denrées de leur cru ou celles qu'ils avaient achetées. Ces monopoles étaient si puissamment accrédités,que le peuple prît pour un acte do générosité, l'injustice moins criante par laquelle les seigneurs se réservèrent plus tard , lors de l'octroi des chartes d'affranchissement, un temps fixe dans chaque année pour le débit des fruits de leurs terres , en stipulant toutefois qu'ils les vendraient plus cher que de coutume, et que les bourgeois n'exposeraient alors en vente que des denrées altérées et corrompues.
Tout ce qui précède est bien odieux, mais te n'est pas tout encore. Des barons, convoquant brusquement leurs
ZL. , ETC. ) 12
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vassaux , se ruaient en véritables forcenés sur les biens du clergé, mettaient les campagnes, les abbayes , les églises au pillage, profanaient les vases sacrés, se gorgeaient de meurtres et de butin , puis rentraient dans leurs maisons fortes, où, tout couverts encore de sang, ils consumaient dans de longues orgies les fruits de leurs rapines et de leurs assassinats. Pendant ce temps, un grand nombre de seigneurs du troisième ordre, gu'on appelait des chevaliers de proie, misaient de leurs châteaux autant de repaires de voleurs de grande route. À la téte de quelques bandits comme eux, ils allaient s'embusquer dans un chemin creux, à l'abri de quelques rochers, derrière les arbres d'une iorét , puis de là, tombant à l'improviste sur de pacifiques marchands qui suivaient leur chemin avec sécurité, ils pillaient les voitures, emmenaient les chevaux, souvent après avoir assassiné les hommes, puis, fidèles imitateurs de leurs suzerains, ils rentraient dans leurs nids de vautours où ils se livraient aux transports les plus monstrueux et aux dissolutions les plus effrénées. Tel fut pendant plusieurs siècles l'état de la France , sous la domination, non pas des rois, mais de la noblesse qui régnait à leur place.
A partir de 987, il s'alluma entre ces rois si humbles, si désarmés, et ces nobles si puissants et si sauvages, une guerre sourde, continue, incessante, qui devait durer longtemps, mais Unir par la ruine d'une organisation politi-
Sue fondée par suite de la faiblesse et e la pauvreté des derniers Carlovingiens. Au surplus , la noblesse portait en elle-même le germe d'une dissolution éloignée, si l'on veut, mais certaine.
Chacun des membres qui la composaient ne s'occupait, comme nous l'avons déjà dit, que de sa fortune privée, de son agrandissement particulier , et de plus, portait envie a ceux qui lui étaient supérieurs; aucun ne concevait que les intérêts de l'un d'eux étaient ceux de toute la caste, et l'humiliation ou l'abaissement de celui dont l'élévation faisait ombrage , était un sujet de triomphe pour tous les autres. Aussi, quand le roi voulait contraindre un vassal récalcitrant à remplir les devoirs du fief dont il était investi et auxquels il se
refusait, il ne manquait jamais de trouver autour de lui le concours qui lui était nécessaire. Les rois entretinrent habilement ces rivalités jalouses, et les mirent heureusement à profit. Hugues Capet, cinq ans après son avènement, trouva dans ses vassaux particuliers et dans ceux de la couronne les forces nécessaires pour soumettre le duc de Guienne, ainsi que les comtes de Flandre et de Vermandois, qui avaient favorisé Charles, duc de la basse Lorraine, prétendant à la couronne de France, comme fils de Louis d'Outremer, et oncle de Louis V, dernier des rois de la seconde race.
En changeant la personne du roi, on retrempa pour ainsi dire la royauté. Il n'était pas possible de mépriser Hugues Capet, qui, en qualité de duc de France, de comte de Paris et d'Orléans , avait de riches domaines et des forces égales à celles des principaux vassaux de sa couronne, comme on avait méprisé Louis V,à qui, au moment de sa chute, il ne restait que la ville de Laon pour tout patrimoine. La faiblesse et la pauvreté des derniers Carlovingiens avaient ouvert la porte à l'anarchie ; la puis* sance et les richesses des premiers Capétiens devaient en tempérer les désastres , et il fallut avoir pour le nouveau roi et ses fils des égaras qu'on n'avait pas eus pour les descendants dégradés de Charlemagne. Les principaux seigneurs firent donc, presque sur-lechamp, subir à leurs intérêts et à leurs passions les modifications qu'avait subies la monarchie. Ils accordèrent à la pairie, créée à cette époque), le droit de juridiction sur eux ; et un siècle plus tard , sous Philippe Ier , lors du traite
3uc Henri Ier, roi d'Angleterre et duc e Normandie, conclut, le 10 mai Holavec Robert , comte de Flandre , les grands vassaux , plus dociles que sous les derniers Carlovingiens, reconnurent qu'ils étaient obligés de suivre le roi à la guerre , sous peine de perdre leurs fiefs. Cétait deux grands pas de faite; l'un et l'autre furent d'autant plus heu; reux pour la royauté, que les barons qui avaient affecté jusque-là l'insubordination et l'indépendance, voyant leurs suzerains se soumettre aux arrêts d'uw cour féodale et reconnaître qu'ils avaient
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des devoirs à remplir, ne firent pas trop de difficultés pour les imiter en cela.
La royauté était en marche et ne devait s'arrêter qu'après avoir consommé son œuvre. Le service des fiefs ainsi que les droits et les devoirs réciproques des suzerains et des vassaux furent convenus, d'une manière un peu vague, un peu indéterminée, il est vrai, et l'on consentit à se soumettre à une peine si oo manquait à ses devoirs. C'était un commencement de discipline, et le sacrifice d une partie de l'indépendance des anciens temps. Les rois , en s' in ter posant comme médiateurs, comme conciliateurs entre leurs vassaux en guerre, les accoutumèrent à accepter le jugement arbitral qu'ils prononçaient ; ils les y contraignirent par la force, aidés du secours de la partie à laquelle ils avaient donné gain de cause, et enfin les amenèrent à solliciter eux-mêmes leur médiation ou leur arbitrage quand ils avaient quelques démêlés dont la complication et la durée pouvaient amener une prise d'armes. De cette tac on les rois devinrent, sans qu'on s'en aperçût, les juges suprêmes de la haute noblesse, de celle qui relevait immédiatement de leur couronne et quelquefois ('ébranlait sur leur tête.
Si nous avions plus d'espace, nous ferions passer sous les veux du lecteur une succession de faits extrêmement curieux ; mais nous sommes obligé de nous imposer des limites et de marcher rapidement. Nous dirons donc que l'établissement des communes porta une grave atteinte à la puissance de la noblesse, en plaçant, d'abord chaque ville affranchie, et plus tard, lorsqu'on en fut là , chaque village rendu à la liberté, sous la protection immédiate du roi, qui devint juge des transgressions du contrat , quand une des deux parties n'en observait pas les clauses.
Dès ce moment, les seigneurs ne furent plus mattres absolus dans leurs domaines; ils y rencontrèrent un pouvoir plus fort que le leur, et qui leur dicta des lois auxquelles il leur fallut se soumettre. Le peu d'attention que les seigneurs apportaient à leurs justices fournit aux tribunaux ecclésiastiques l'occasion d'en usurper une partie des attributions; l'établissement des cas royaux, qu'on eut bien soin de ne pas
définir afin qu'ils s'appliquassent à tout ce que l'on voulait, en envahit d'autres; enfin, l'appel en cour du roi , qui mettait le souverain en contact immédiat avec les arrière-vassaux, ce qui était contraire aux règles féodales, enleva aux cours de baronnies et seigneuriales une souveraineté qui était l'un des appuis du pouvoir de ceux qui les possédaient. Mais les grands vassaux commirent encore une faute plus grave; nous avons vu plus haut qu'ils avaient musent! à reconnaître la juridiction de la cour des pairs ; en droit et en raison, cette'cour ne devait être composée que de seigneurs d'un rang égal au leur, ou son nom n'était qu'un mensonge. Or, il arriva que les rois y appelèrent des seigneurs de rang inférieur , de simples barons des comtés de Paris et d'Orléans. Les grands vassaux auraient dû réclamer avec énergie contre une semblable entreprise , et refuser à ces barons le droit de siéger dans une enceinte où ils ne devaient rencontrer que des égaux.
Ils ne le firent point, soit par un excès de confiance en des forces qui les mettaient à même de déchirer à coups d'épée un arrêt qui leur serait préjudiciable, soit par suite d'une imprévoyance qui plus tard leur devint fatale. Ils* dégradèrent leur dignité et compromirent leurs intérêts en acceptant pour iuges des hommes placés au-dessous d'eux dans la hiérarchie féodale, des hommes qui leur portaient envie, et dont les sentences purent être quelquefois dictées par des sentiments auxquels des magistrats doivent toujours rester étrangers.
Le droit de se faire justice avec l'épée et de guerroyer les uns contre les autres était celui dont les seigneurs se montraient le plus jaloux, parce que nul n'était aussi bien en harmonie avec leur humeur bâtai I leuse, et ne leur donnait à euxmêmes une idée aussi flatteuse de leur puissance. Cependant ce droit était une cause perpétuellement renaissante de calamités publiques, et il fallait à tout prix le paralyser entre les mains de ceux qui le possédaient. On procéda graduellement à cette réforme importante et difficile. On la commença par l'établissement de la quarantaine-le-roi et de la trêve de Dieu, qui limitèrent le nombre de jours de l'année pendant lesquels il
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fut permis de mettre des soldats en campagne ; on la continua par le système des assurément* , qui avait pour but de mettre un frein aux animosités particulières ; on défendit ensuite les guerres privées, dans les moments où le roi, ayant à soutenir une guerre nationale, avait besoin de réunir autour de lui toutes les forces de l'État ; enfin , on les abolit tout à fait sous peine de félonie. On eut raison sans doute, mais en cela on dépouilla la grande noblesse et la baronnied'un de ses privilèges.
L'héroïque folie des croisades qui tourmenta la France, l'Allemagne et l'Angleterre pendant trois siècles, fut encore une cause de déchéance pour la noblesse française. Les seigneurs , qui faisaient alors la guerre à leurs dépens, furent contraints de vendre un nombre considérable de chartes de communes , pour réunir l'argent nécessaire à la formation de leurs équipages, ainsi qu'à la solde de chevaliers, écuyers, varlets qu'ils appelaient autour de leur bannière, et ils diminuèrent ainsi de beaucoup le nombre des sujets auxquels ils auraient à commander quand ils seraient revenus , s'ils devaient revenir un jour.
Il nous est impossible de signaler toutes les causes qui contribuèrent les unes après les autres à l'abaissement de la noblesse en France , mais il en est une que nous ne pouvons passer sous le silence, parce qu'elle eût rapidement consommé cet abaissement, si les rois avaient eu de la prévoyance et n'avaient pas vécu au jour le jour. Lorsque lingues Capet parvint à la couronne, la puissance des grands feudataires était à peu près égale, et le nouveau roi lui-même n'était pas plus puissant que chacun des premiers vassaux.
Mais cet équilibre ne devait pas tarder à se rompre. Au moyen des confiscations , des déshérences , des mariages , etc., la totalité des grands fiefs devait, avec le temps, faire retour à la royauté. Nous ne parlerons point des cinq premiers rois de la seconde race ; nous dirons qu'en trente-cinq ans, de 1180 à 1215 , Philippe-Auguste acquit à divers titres et réunit à son domaine, le comté d'Artois (1180), le comté d'Alencon (1195), le comté d'Auvergne (1198)) le comté d'Évrcux (1200), les duchés de
Normandie et d'Aquitaine, les comtés d'Anjou, du Maine, de Touraine et de Poitou (1204) , le duché de Bretagne (1206); enfin, les comtés de Vermandois, d'Amiénoiset de Valois (1215). Sous les règnes suivants, les réunions furent aussi fréquentes et aussi nombreuses ; donc si les rois eussent déclaré incommutablement incorporés à leurs domaines les fiefs ainsi revenus , s'ils ne les en eussent point distraits pour les donner en dot ou en apanage, et n'eussent point contribué eux-mêmes ainsi à la création de nouvelles maisons presque indépendantes , ils fussent promptement arrivés au point de tenir entre leurs mains toutes les provinces de France, et la noblesse n eût plus été qu'un vain titre. Ils en vinrent là; mais il leur fallut du temps pour comprendre et mettre en application cette poli tique.
Toutes les choses que nous venons de signaler ne s'opérèrent pas sans travail, et la noblesse y opposa souvent des résistances. Alors les rois courbaient momentanément la tête, pour la relever plus fièrement et plus haut, quand l'orage était passé. Philippe-Auguste, en traitant avec Richard d'Angleterre, parut devant lui dans l'attitude d'un vassal. On eût dit qu'il ne jouît ou n'osât jouir qu'avec sa permission du droit que possédait tout seigneur de fortifier à son gré les places de son domaine. Il se soumit à la condition de ne donner aucun secours au comte de Toulouse que Richard voulait opprimer; mais après la mort de celui-ci , il se vengea largement sur Jean Sans Terre des humiliations que lui avait fait subir son frère.
Malgré les obstacles qu'elle rencontrait et devant lesquels elle se détournait, mais ne reculait pas, la royauté marcha d'un pas toujours certain, quoique un peu lent, vers l'accroissement de ses prérogatives et la ruine de celles de la noblesse. Le droit qu'elle s'attribua de lever des subsides dans les baronnies, augmenta de beaucoup ses revenus; la circulation forcée des monnaies royales dans toutes les provinces du royaume la rendit maîtresse de la fortune publique; et la maxime qu'elle établit que ses ordonnances devaient être exécutées partout, lui conféra la puis-
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FRANCE
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sance législative. L'institution des états généraux ajouta aussi beaucoup à la suprématie du trône, parce que celui des trois ordres qui était opprimé par les deux autres, chercha dans l'autorité royale un appui contre les vexations auxquelles il était en butte, et favorisa ses entreprises. Ajoutons que Philippe le Bel qui, le premier, osa convoquer ces assemblées, profita avec une habileté perfide des divisions qui régnaient dans leur sein, pour en dominer les membres les uns par les autres, et faire sentir la nécessité d'un pouvoir régulateur et suprême qui mît un terme à l'anarchie.
Enfin , quand les rois eurent à leur solde une milice permanente, la ruine de la puissance de la noblesse fut consommée. Les nobles eurent bien encore à leur disposition des moyens suffisants pour susciter des troubles dans le royaume, mais il leur fut impossible d'ébranler le trône, à moins de contracter alliance avec l'étranger, comme un duc de Bourgogne le fit au quinzième siècle.
Cette révolution fut profitable au peuple , mais pas autant qu'on le croirait, parce que ce n'était pas pour lui que la royauté l'avait entreprise et conduite à fin. Sa situation dans les campagnes resta la même; seulement, les noms changèrent quelquefois , et la servitude de la glèbe fut appelée la mainmorte. Dans les villes, les bourgeois continuèrent à jouir de la liberté , mais à la condition de défendre pied à pied , et souvent sans succès , les franchises qui la composaient. La noblesse , dépouillée du pouvoir, se mit aux gages de celui qui le possédait, et dont elle n avait pas eu la prévoyance d'arrêter les usurpations ; elle en sollicita et en obtint des offices , des châteilenies , des gouvernements; et, décorée de nouveaux titres, elle continua, sous l'autorité et au nom du souverain , à exercer sur les provinces l'intolérable despotisme qu'elle y exerçait autrefois, en vertu du droit dont elle se prétendait investie. Tout ce qu'il y eut de changé, ce fut que les malédictions des opprimés retombèrent sur la téte du roi , au lieu de retomber sur la téte des oppresseurs, comme aux temps passés.
Nous venons de dire que lorsque la révolution fut accomplie, il ne resta plus
aux seigneurs que le pouvoir de troubler le royaume, mais qu'ils n'avaient plus celui d'imposer n la royauté et de compromettre la stabilité du trône. On en trouve la preuve dans ce qui arriva en 1464 , sous le règne de Louis XI.
Le duc de Berri, frère unique du roi , le comte de Charolais, le duc de Bretagne , le duc de Bourbon , le comte de Dunois et plusieurs autres seigneurs , mécontents de ce que Louis XI les avait dépouillés de leurs charges , au commencement de son règne, firent une levée de boucliers à laquelle vint se réunir Jean d'Anjou, duc de Ca labre, fils de René, roi de Naples ; et ils déclarèrent la guerre au roi. Mais pour justifier cette insurrection , ils se gardèrent bien d'alléguer la défense de leurs intérêts privés, ce qui lui aurait donné le caractère de la révolte; ils se parèrent d'un patriotisme menteur, prirent pour prétexte le soulagement du peuple , et appelèrent leur coalition la Ligue dn bien public.
Cependant, les nobles des seizième et dix-septième siècles avaient beaucoup conservé de la rudesse, de la brutalité et de l'orgueil de leurs ancêtres. C'était la même avidité , la même arrogance , le même mépris pour le peuple. Les sciences se firent jour, la bourgeoisie les accueillit, la noblesse les dédaigna et s'enveloppa dans son ignorance, comme dans un vêtement de famille.
Les lettres du duc de Guise étaient remplies de fautes d'orthographe ; le connétable de Montmorency ne savait pas lire, et il n'était pas le seul des grands officiers de la couronne qui en fût là. François Ier, pour assouplir ces hommes farouches, qui se croyaient les maîtres dans les provinces où ils commandaient pour le roi, comme leurs aïeux lavaient été dans leurs fiefs héréditaires, les appela à sa cour avec leurs femmes, leur offrit des plaisirs, leur donna des banquets et des fêtes , nourrit en eux le goût du luxe et de la dépense qu'ils possédaient depuis longtemps et que n'avaient pu réprimer plusieurs lois somptuaires; leur fit, selon l'expression de du Bellav, porter leurs moulins et leurs forêts sur leurs épaules au Champ du drap d'or (voy. ce mot), les cajola , les corrompit , les ruina , mais ne gagna
rien sur leur caractère. Tout ce qu'ils acquirent fut quelques vices de plus.
Sous son règne, sous les suivants et jusqu'au temps de la toute-puissance de Louis XIV, au moindre prétexte, ils se retiraient dans leurs gouvernements, s'y fortifiaient, y levaient de l'argent et des soldats, résistaient aux armées royales , et forçaient souvent leurs maîtres à traiter avec eux de puissance à puissance. Quand ils étaient vaincus, ils obtenaient presque toujours , pour prix d'uue soumission qu'ils ne pouvaient plus refuser, un accroissement de pouvoir et des sommes d'argent. S'ils étaient livrés à la justice et condamnés, leur peine leur était toujours remise , leur crime toujours aboli, et ils retrouvaient à la cour la même faveur que les sujets les plus fidèles.
Louis XI avait essayé de dompter ces seigneurs turbulents, François l*r, comme nous l'avons dit, chercha et parvint à les corrompre; ses successeurs les laissèrent ce qu'ils étaient.
Alors l'ambition se réveilla en eux , et peu s'en fallut que pendant les guerres de religion, ils ne recouvrassent leur ancienne puissance. Le duc de Guise leur eût accordé tout ce qu'ils lui auraient demandé , s'ils eussent voulu se réunir en assemblée nationale et lui mettre sur la tête la couronne qu'il convoitait. Mais ses tâtonnements lui firent manquer deux fois le but dont il était tout près. Dès que Henri IV fut affermi sur le trône, il reprit l'œuvre de Louis XI et parla en maître à la noblesse. 11 permit aux seigneurs d'être libertins , joueurs et débauchés , de continuer la vie dont François I'r, Henri II , Charles IX et Henn III , leur avaient donné le goût et l'exemple , parce que les vices dont ils satisfaisaient amplement toutes les exigences, les détournaient des préoccupations politiques ; mais il ne leur permit point d'être factieux , de porter atteinte aux droits de la couronne, surtout de contracter des pactes avec l'étranger pour susciter des troubles dans le royaume; et la punition du maréchal de Biron prouve qu'il était intraitable sur ce point.
Louis XIII, ou plutôt Richelieu son
ministre , frappa d'une main ferme sur la noblesse et l'accoutuma à voir tomber d'illustres têtes. Il lui inspira une terreur qui pouvait n'être que celle du moment, mais qui porta cependant des fruits, car elle imprima à la royauté un grand caractère. On admit que c'était commettre une forfaiture que de prendre les armes contre elle; aussi , pendant les troubles plus ridicules que sanglants qu'on appela la guerre de la Fronde, on sépara religieusement le roi de son ministre; c'était de celui-ci seulement qu'on se déclarait ennemi , et le cri de ralliemeut était : Vive le roi 9 point de Mazarin. On se trouvait bien loin de l'époque où saint Louis écrivait dans ses Establissements, que le vassal sommé par son suzerain de se réunir à lui pour s'en aller guerroyer contre le roi, devait obéir sous peine' de perdre son fief.
Depuis la majorité de Louis XIV , jusqu à sa mort , la noblesse fut aussi soumise que pouvait le désirer le plus orgueilleux et le plus absolu des rois. Les seigneurs devenus courtisans inondèrent les habitations royales, fourmillèrent dans les antichambres, où, avec un tremblement respectueux, ils se tenaient à l'affût d'un mot et d'un regard. Pour satisfaire autant leur orgueil que le sien propre , le roi érigea en offices de dignité jusqu'aux fonctions les plus obscures de son palais , et il se trouva des nuées de gentilshommes de la plus haute naissance pour les remplir. Il dit qu'il était extrêmement glorieux de parvenir jusqu'à tel salon, d'entrer par telle porte, de lui présenter sa chemise, de lui passer la manche de son habit a de l'éclairer quand il se rendait de nuit chez sa maîtresse ; on le crut sur parole, les hommes les plus éminents briguèrent la permission d'acheter, au prix u'il voudrait y mettre, l'inestimable roit de faire quelqu'une de ces belles choses , et on se vanta dans le monde d'avoir eu la veille les honneurs du bougeoir. Ce fut alors à qui se courberait le plus bas , à qui se montrerait le plus servile, dans l'espoir d'obtenir une distinction , un collier d'ordre, un gouvernement, une pension, la confiscation des biens d'un condamné Une noblesse tombée dans cette dé^ra-
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dation n'était plus à craindre. Aussi , Louis XIV, pendant les soixante ans de son règne , eut-il plus souvent occasion d'être fatigué de la bassesse des nobles que de se plaindre de leur indocilité.
Noos allons examiner comment, à la mort du grand roi , et soixante-quatorze ans avant son abolition par rassemblée constituante, était organisé le corps de la noblesse; comment on par- Teoait à en faire partie; à quelles indications, à défaut de preuves écrites , on reconnaissait la noblesse d'un individu ou d'une famille; par quels actes on dérogeait ; comment se transmettait la noblesse ; quelles précautions avaient été prises contre l'usurpation d'un titre auquel on n'avait point droit; quelles étaient les charges, obligations et prérogatives des nobles, et quelle fut, en généra! , la vie privée des gentils-
On distinguait autrefois en France trois sortes de noblesse : celle de chevalerie dont l'origine se perdait dans la nuit des temps ; celle qui était déjà ancienne, mais dont l'origine était connue; enfin celle qui était d'origine récente et qui ne faisait souche qu'a la quatrième génération.
La première était la noblesse par excellence; quand elle était, dans une famille , accompagnée d'une grande for tune, elle constituait la haute aristocratie française , et celui qui en était revêtu etaît appelé gentilhomme de nom, d'armes et de cri. Dans le temps de la chevalerie , nul . s'il n'appartenait à cette noblesse de premier ordre , ne pouvait lever bannière ou pennon, rassembler des hommes d'armes, en prendre le commandement, avoir un cri de guerre pour les réunir pendant ou après la bataille , être créé chevalier, figurer dans les tournois et porter le collier des ordres qui furent constitués plus tard.
(Tétait pour cette première classe de nobles que les grandes dignités, les plus grands emplois et les plus grands Honneurs étaient réservés. Quoique les deux autres eussent des armoiries timbrées, elle seule avait le droit de surmonter les siennes d'une couronne d'or; en effet, on lit dans un fragment d'Olivier de la Marche que « nul ne doit porter de couronne d'or sur son timbre , qu'il
ne soit gentilhomme de nom , d'armes et de cri. » C'était dans les rangs de cette noblesse que les rois choisissaient le plus souvent leurs ministres, leurs généraux , les grands officiers de leur couronne, leurs représentants près des puissances étrangères, et les magistrats chargés de distribuer la justice en leur nom. L'ordonnance d'Orléans du mois de juillet 1560, art. 48, celle de Moulins, de février 1566, art. 21, et celle de Blois faite en mai 1579, art. 263, 264 et 265, sont conçues en ces termes : « Et d'autant que les offices de baillis et sénéchaux de nos provinces sont de ceux ausmiels pour la grandeur de la charge, où ils sont appelez, est très nécessaire de pourvoir de personnes de respect ; ordonnons que nul ne sera , ci après , pourvu desdits états , qui ne soit de robe courte et gentilhomme de nom et d'armes. »
La noblesse de seconde classe, appelée noblesse de race, dont l'origine était déjà ancienne, quoique connue, jouissait d'une considération moindre que la première, mais était admise aux honneurs. Quant à celle de troisième ordre, appelée aussi noblesse de quatre lignes, elle n'était complète que dans l'arrièrepetit-fils de celui et de celle en qui elle avait commencé, et elle ne devait contracter alliance qu'avec des familles au moins nobles de race, sous peine d'être exclue des honneurs, de perdre les principales prérogatives de son ordre, et d'être , en quelque façon , notée d'infamie.
Tout roturier pouvait parvenir à la noblesse de trois manières , par lettres d'anoblissement ou par la concession du titre d'écuyer ou de chevalier ; par l'investiture des offices et dignités qui conféraient la noblesse ; enfin , dans certaines provinces, et notamment en Dauphiné, par l'achat et la possession d'un fief auquel était attachée cette distinction.
Les grands vassaux de la couronne s'étaient attribué le pouvoir de délivrer des lettres d'anoblissement et de créer des nobles ; on en trouve des preuves nombreuses dans l'histoire de France ; mais, avec le temps, ce pouvoir revint exclusivement à la personne royale. Pour être anobli , il fallait être
né de légitime mariage, ou, si l'on était bâtard , être reconnu par ses parents et avoir été légitimé par le roi. Il fallait avoir rendu de notables services à l'État et en fournir la preuve; il fallait n'avoir jamais exercé de profession mécanique et servi le; et enfin être de condition libre. On regarde comme les premières lettres d'anoblissement, celles que Raoul l'orfèvre obtint, en 1271 , de Philippe le Hardi. Philippe le Bel en accorda plusieurs pendant son règne, et tous ses successeurs l'imitèrent plus ou moins.
Chacune de ses lettres n'anoblissait
3u'un homme, sa femme et ses descenants; mais Charles V procéda par masses, et probablement ce ne fut pas pour cela qu'on lui donna le surnom de Sage. Par une charte du 9 avril 1371 , il accorda d'un seul coup le privilège de la noblesse à tous les Parisiens , avec permission de porter des armoiries timbrées , et de tenir des fiefs et des alleux par tout le royaume de France, sans payer aucune finance. Ce privilège fut confirmé par une charte de Charles VI, qui permit aux nouveaux anoblis de se parer des habillements réservés aux chevaliers, comme nobles d'origine, et de faire porter des brides d'or à leurs chevaux. Louis XI , par deux chartes , l'une du 18 février 1-164, et l'autre de septembre 1465 , confirma pareillement ce qu'avaient octroyé ses prédécesseurs, et exempta les Parisiens du ban et de l'arrière-ban. Louis XII, en 1512, François Ier en 1515 , et Henri II en 1553, les maintinrent dans la possession de leur noblesse ; mais Henri III, par lettres patentes, données à Blois, en janv ier 1577, les en dépouilla. Ce prince ne conserva le titre et les prérogatives de nobles qu'au prévôt des marchands et aux quatre échevins qui avaient été en charge depuis l'avènement à la couronne du roi Henri II son père, à ceux qui leur succéderaient , et à leurs enfants nés et à naître en loyal mariage , soit qu'ils habitassent Paris ou demeurassent à la campagne.
Les lettres d'anoblissement ne furent pas toujours le prix des services : le besoin d'argent contraignit plusieurs fois les rois d'en créer et d'en vendre, comme on créait et vendait des offices et des charges. En janvier 1568, on
créa douze nobles dans chaque ville du royaume; en mars 1696, on anoblit cinq cents personnes parmi les plus distinguées de France; un éditde mai 1702 créa deux cents nobles ; un autre de décembre 171 1 en créa cent, et toutes ces distinctions furent accordées moyennant finance, ce qui fut loin d'ajouter au lustre de la noblesse.
L'anoblissement par les offices produisait un effet sur-le-champ plein et entier, ou seulement un effet personnel qui devenait plein et entier à la quatrième génération , lorsque certaines conditions avaient été remplies. Tout dépendait de la nature des offices et de leur importance. Ainsi , ceux de chancelier de France , de garde des sceaux , de conseiller et secrétaire d'État , de membre du conseil privé du roi, de maître des requêtes de l'hôtel et plusieurs autres , conféraient une noblesse complète. A Paris , les présidents , les conseillers, les avocats du roi et le procureur général du parlement ; les présidents, maîtres ordinaires et autres officiers de la chambre des comptes ; les présidents, maîtres ordinaires, avocats du roi, procureurs généraux et greffiers de la cour des aides, ainsi que les trésoriers généraux de France, jouissaient des privilèges de la noblesse, et leurs enfants partageaient noblement.
« Je diray , ajoute a cette occasion le P. Menestrier, avoir entendu, qu'on tient pour certain en la cour des aydes que quand les ayeul et père successivement ont esté pourveus des états et offices susdits, et sont décédez pourvus desdits états et iceux exercans, les enfans peuvent jouir de tous droits , authorités , privilèges., franchises et immunitez dont jouissent les nobles. » Les notaires et les secrétaires du roi , maison et couronne de France, étaient dans une position semblable à celle que vient de décrire le P. Menestrier. Outre les offices dont nous parlons ici , dans plusieurs villes et communautés, le consulat, la mairie, le capitoulat, Péchevinage et autres dinites municipales conféraient une nolesse personnelle appelée noblesse de cloche, qui , à la quatrième génération, devenait une noblesse de race.
A défaut de titres écrits fournissant
NOBLESSE FRA
la date certaine de l'anoblissement du chef et fondateur d'une famille , on prouvait son état en démontrant que ce chef avait été autrefois admis dans les tournois et revêtu du titre de chevalier, qu'il avait vécu noblement, avait eu des armoiries, avait été convoqué aux assemblées de la noblesse , avait servi à cheval dans les armées , n'avait jamais été soumis aux impositions roturières, que ses enfants avaient partagé noblement sa succession entre eux, et que nul de ceux-ci et de leurs descendants n'avait dérogé. On s'aidait des monuments , des pierres sépulcrales, où étaient gravées ou sculptées les armoiries de la famille. On prouvait sa filiation par les extraits de baptême, les contrats de mariage et les testaments , pour les époques où Ton ne constatait ni la naissance ni le décès des citoyens ; et, pour les temps postérieurs, par les registres des paroisses. La noblesse acquise par les charges se prouvait, en démontrant qu'un des ancêtres avait été revêtu d'un des offices de judicature, ou d'une des charges municipales oui la conféraient, et que depuis lui nul de les descendants ne s'était livré à un trafic entraînant la dérogeance. Enfin, pour le temps dont il restait encore des souvenirs et des témoins, on provoquait une enquête qui devait être faite par quatre gentilshommes , dont la qualité ne pOt pas être l'objet d'un doute.
On dérogeait à la noblesse en se livrant aux occupations serviles dans lesquelles les hommes du peuple cherchaient leur subsistance. Ainsi le travail des mains , en tant qu'il était un moyen de lucre, et le trafic des marchandises étaient deux grandes causes de dérogeante , pour des hommes qui ne connaissaient de métier digne d'eux que «lui des armes. C'est sous la protection de eette idée que le peuple a pu , à force de temps et de patience, sortir de la misère dans laquelle il croupissait, parvenir à une certaine aisance , et se procurer les moyens d'acheter son affranchissement quand se3 maîtres , ruinés par leur oisiveté, leurs dérèglements et leurs folles expéditions en Palestine , daignèrent le leur rendre. C'est aussi sous la protection de la même idée que l'est formée en France cette classe
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moyenne et bourgeoise qui , après avoir renversé la noblesse , est parvenue de nos jours au maniement des affaires publiques. Du reste , la nécessité contraignait souvent l'orgueil nobiliaire à fléchir devant elle. Dans les provinces où la noblesse était fort pauvre , en Bretagne par exemple, quand un gentilhomme avait assez de courage pour demander à son intelligence et à ses bras le pain quotidien que ses aïeux ne lui avaient pas laissé et que son titre ne lui donnait point, il avait la faculté de le faire. Alors, il déposait son épée dans la chambre de la noblesse, se livrait aux occupations pour lesquelles il se sentait le plus d'aptitude et qu'il jugeait les plus propres à le conduire à son but ; puis lorsqu au bout d'un temps plus ou moins long, il s'était, à son avis, suffisamment enrichi , il s'en allait reprendre son arme , réveillait sa noblesse qui , pendant tout le temps qu'il avait travaillé ou commercé , était censée avoir dormi , et recommençait à vivre noblement , c'est-à-dire à vivre dans l'oisiveté.
Cependant de temps à autre , depuis la fin du quatorzième siècle , on sentit qu'il était nécessaire de procurer aux gentilshommes pauvres les moyens de se créer une fortune qui les mit en état de tenir leur rang; et aux nobles opulents , ceux d'utiliser les capitaux dont ils étaient propriétaires. Le 11 octobre 1 393, il fut dit que les nobles pourraient, sans déroger, se présenter pour enchérir les fermes et régies des impôts, quand il ne se présenterait personne pour le faire. Le 6 septembre 1500 et le 4 mars 1543, il fut déclaré que les charges de procureurs en la chambre des comptes, ainsi que l'exercice de la profession de juge et d'avocat , ne dérogeaient point a la noblesse. Plus tard , il fut dit la même chose du commerce de mer (janvier 1629, août 1669, 28 avril 1727 ), du commerce en général (édit de décembre 1701 ), du commerce en gros ( 28 avril 1727). Malgré cela, peu de nobles se livrèrent à des entreprises et à des spéculations commerciales, parce que le préjugé était là , et ce n'est que de nos jours que quelques-uns, au grand scandale des autres, ont osé se faire né godants et manufacturiers.
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Il existait une autre manière de déroger, qui inspirait une si pieuse horreur à l'orçueil nobiliaire, que celui qui s'en rendait coupable était frappé du inépris général et n'obtenait jamais de pardon : c'était une union contractée avec une famille roturière. Il était défendu à un gentilhomme , sous peine d'être dépouillé d'une partie des privilèges de son rang, de manquer à ce qu'il devait à ses ancêtres, et aux hommes de sa caste, jusqu'au point de se souiller par une mésalliance. L'usage du Châtelet de Paris voulait • que si un homme de grand lignage prenait la fille d'un vilain a femme, les enfants ne pouvaient être faits chevaliers. Us étaient exclus de toute compagnie de noblesse et ne pouvaient se trouver aux tournois. » Mais, avec le temps, la noblesse devint moins scrupuleuse ou plus cupide , et des gentilsnommés de haut parage ne firent pas difficulté de prendre à femme des filles de la plus basse extraction, quand elles étaient riches. Ils appelaient cela acheter du fumier pour engraisser leurs terres.
La noblesse se transmettait généralement par les mâles; une femme non noble était anoblie par son mariage avec un gentilhomme , tandis qu'un roturier ne l'était point par son mariage avec une femme noble. Dans l'un et l'autre cas , les enfants n'avaient d'autre condition que celle du père. Il y avait cependant des exceptions à cette règle dans la coutume de Paris , et surtout dans celle de Champagne. Monstrelet, parlant de la noblesse transmise par les femmes, s'exprime ainsi : « Sur Tannée 1409, Jean de Montagu avant manié les finances, fut décapité. Il était né à
Paris , et gentilhomme de par sa
mère. > On lit dans la coutume générale de Champagne et de Brie , « que ceux-là étaient tenus nobles qui étaient issus de père et mère nobles; mais qu'il suffisait
aue le père ou la mère fdt noble, quand se rencontrait que l'un des deux était non noble et de serve condition , et
Î|ue l'un ou l'autre étant noble donnait a noblesse à sa famille. » La Roque , dans son Traité de la noblesse, cite un grand nombre d'arrêts rendus en faveur de nobles de Champagne, à qui on disputait leur condition comme leur
ayant été transmise par les femmes.
Afin qu'aucun particulier n'usurpât à son gré un rang ou un titre qui ne lui appartenait pas, les rois d'armes, ou, sous leur autorité, les hérauts d'armes et les poursuivants d'armes étaient chargés de tenir ce qu'on appelait des Provinciaux ( voyez ce mot ). Malgré cette précaution, il était si flatteur pour l'amour-propre de passer pour noble et d'avoir des armoiries, ou d'en porter de plus honorables que celles auxquelles on avait droit , qu'un nombre assez grand de particuliers se permettaient ces sortes d'usurpations , pour que l'autorité fût souvent dans l'obligation de sévir contre eux , ou de les tenir en respect par des menaces. De 1560 à 1703, en cent quarante-trois ans, il fut rendu à cette occasion plus de dix-hUit ordonnances successives, c'est-à-dire qu'il en parut une tous les huit ans et demi, ce qui indique combien l'orgueil était alors tenace.
La noblesse , outre ses riches possessions territoriales, était investie de nombreux privilèges, exemptions, droits, prérogatives, qui mettaient de son côte tous les avantages de la société, tandis que le peuple en supportait toutes les charges. Au temps de la chevalerie et de l'ancienne organisation militaire , à elle seule il était permis de jouter dans les tournois, d'avoir des armoiries, de lever bannière, de combattre à cheval, d'être armée de toutes pièces et d'avoir un cri de guerre. Les grands offices de la couronne, le commandement des armées, celui des bandes dont elles se composaient, la distribution de la justice, la possession exclusive des nefs étaient en même temps son patrimoine; elle était exempte de tailles, surtailles, taillons, guet, prises, douanes, péages, pontonages , etc. , et de cent autres inventions fiscales qui ruinaient la nation , en enlevant à chaque homme de travail le produit de son intelligence et de son activité. Elle fut longtemps le premier des trois ordres et eut pendant plusieurs siècles le pas sur les Jeux autres. Le clergé finit par lui enlever cette double prérogative; mais, quoique dépouillée déjà de beaucoup de ses avantages à la mort de Louis XIV , elle possédait encore et conserva jusqu'à la
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révolution le droit de port d'armes, le droit de chasse , de garenne, de colombier, de justice, de nombreuses prétances à l'église aussi bien que dans Je monde , et une. bonne partie de ces droits sourent ridicules que nous faisons connaître aux mots Dboits sbiesiuiiAUx. Il y avait dan^les cours et tribunaux une législation particulière pour les causes soit criminelles , soit civiles de la noblesse. Un gentilhomme détenu pour crime devait être entendu et ne pouvait être jugé sur une seule enquête ; il ne devait jamais être mis à ■a question , si ce n'était dans les cas mires; les officiers royaux ne pouvaient le prendre au corps , hors le cas de flagrant délit; les nobles ne pouvaient être exécutés pour dettes dans le lieu de leur domicile , etc. Jusque dans la punition des crimes, il existait une distinction en faveur de la noblesse : on tranchait la tête à un gentilhomme et on pendait un vilain. Nul ne pouvait exercer les offices de bailli et de sénéchal s'il s'était noble de race; le prévôt de Paris devait être de robe courte et gentilhomme ; une ordonnance de janvier 1629 contient rénumération d'un ennd nombre d'offices de magistrature, décharges militaires et de bénéfices attribues aux nobles; enOn, par édit de Louis XVI , en date du 22 mai 1781 , mil ne pouvait parvenir dans un régiment, au modeste grade de sous-lieutenant, s'il ne prouvait quatre générations de noblesse.
A la vérité, la noblesse ne jouissait pas tout à fait gratuitement de ces avantages. Elle avait des devoirs à remplir: les deux principaux étaient de servir le roi dans «s armées et de l'assister dans ses Durs de justice. Le second ayant pris fin (ors de l'admission des gradués roturiers aux fonctions judiciaires, le premier continua à subsister dans toute sa v' sueur, toute sa plénitude, jusqu'aux temps modernes , et devint quelquefois pour la noblesse une espèce de servitude. Quand le roi prévoyait qu'il aurait prochainement besoin de son concours, il l'emprisonnait en quelque façon , et lut défendait de sortir du royaume, sous peine de confiscation de ses biens, comme cela eut lieu le 24 octobre 1354 et le 12 juin 1372. Quand la guerre
était déclarée, elle devait s'armer et marcher à l'ennemi. Le 6 août 1431 , le Dauphin ordonna aux nobles de
f>rendre les armes , sous peine de perdre eur noblesse , de voir leurs biens con* fisqués et leurs maisons rasée s ; une ordonnance de mai 1679 établit en principe qu'en cas de guerre tout gentilhomme de profession militaire était tenu de prendre les armes, à peine de perdre le titre et les privilèges de sa classe. Plusieurs édits et arrêts rendus dans le même sens confirmèrent dans la suite cette obligation imposée à la noblesse.
Les gentilshommes avaient d'autres charges encore. Quand ils habitaient leurs terres , ils étaient tenus d'y maintenir le bon ordre , d'y réprimer les séditions , et devenaient responsables des suites qu'elles pouvaient avoir. Ils devaient conserver toujours intacte la dignité de leur rang, et en conséquence, s'abstenir, comme nous l'avons uéjà dit, de toute profession de nature à les assimiler aux marchands ou artisans vulgaires ; enfin, ils payaient aussi, en certains cas, leur portion des contributions publiques.
Nous avons déjà dit quelque chose de la vie privée, ainsi que des moeurs de la noblesse , et il ne nous restera mie peu de chose à ajouter à ce qui précède pour compléter le tableau. Dans les temps chevaleresques, les cours plénières, les tournois, les pas d'armes, la quête des aventures, les longues parties de chasse, remplissaient chez elle les loisirs de la paix. Les seigneurs,
3ui résidaient dans leurs châteaux , y onnaient des fêtes et des banquets, ou étaient appelés les ménétriers et les jongleurs ; ou bien ils écoutaient les interminables romans et les contes souvent graveleux que venaient leur réciter des poètes ambulants , toujours accueillis par eux avec un vif sentiment de reconnaissance et de plaisir. On a vu ce que devint graduellement la noblesse de cour ; lorsque la révolution éclata , celle qui en fut témoin était toute différentede celle des temps anciens, et même de celle du siècle précédent. Elle était toujours civilisée, polie, façonnée aux belles manières ; elle avait conservé fidèlement ces traditions rue nous appelons ga-
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tantes , pour ne pas les appeler libertines, qui dataient de François 1er, et s'étaient, de siècle en siècle, perpétuées jusqu'à elle; mais elle était moins querelleuse qu'autrefois, et avait pris le goût de la lecture et de l'instruction. La philosophie du dix-huitième siècle avait exerce son influence sur les seigneurs qui composaient le beau monde, et habitaient Paris et Versailles. Ils étaient devenus raisonneurs, indépendants, esprits forts. L'intimité dans laquelle les courtisans avaient vécu avec le régent , le spectacle de ses dissolutions et de celles de Louis XV, avaient porté une grave atteinte au respect presque religieux dont la majesté de Louis XIV avait environné la royauté , et la froide sévérité de Louis XVI fut impuissante à faire renaître des habitudes de vénération et de soumission aveugle , que des familiarités impolitiques et des exemples scandaleux avaient fait perdre. Aussi, quand, après quatorze siècles , tout un peuple se leva tout à coup pour revendiquer des droits imprescriptibles et sacrés, jusque-là méconnus, si les seigneurs de second et de troisième ordre, qui vivaient sur leurs terres et étaient moins éclairés , crièrent à la révolte à l'aspect du grand mouvement qui emportait la nation vers des destinées nouvelles , la partie de la noblesse qui siégeait aux états généraux , et voyait , de 6es propres yeux , la force irrésistible qui l'imprimait, sentit la nécessité de s'y soumettre , et crut pouvoir l'arrêter quelque part, en lui faisant des concessions. En conséquence, nous trouvons qu'on a beaucoup trop vanté le désintéressement avec lequel elle concourut, dans la célèbre nuit du 4 août 1789 , au décret qui abolit ce qu'elle possédait encore de droits et privilèges féodaux, et consomma ainsi le sacrifice d'une partie de ses revenus. En agissant ainsi , la noblesse ne fit qu'obéir à une des lois que lui imposaient les circonstances , que laisser échapper de ses mains, ce qu'elle ne pouvait plus retenir, ce qu'on lui aurait arracné de force, si elle avait risqué quelque tentative pour le défendre; enfin , elle fit de nécessité vertu.
Une fois en train de frapper sur la noblesse, l'assemblée constituante , en-
traînée par l'enthousiasme, ou dominée par l'opinion, ne s'arrêta plus. Au décret qui avait aboli les privilèges succédèrent, le 5 novembre de la même année, une loi portant déclaration qu'il n'existerait désormais en France aucune distinction d'ordre, et, le 15 mars 1790, une autre loi qui ordonna le partage égal des successions, sans avoir égard à l'ancienne qualité noble des biens et des personnes. Quand les choses en furent là, Louis XVI regarda si bien la noblesse comme abolie par le fait , qu'il fit écrire, le 4 juin 1790, par le ministre de l'intérieur Saint-Priest, à Chérin, généalogiste de la cour, pour lui faire défense de recevoir à l'avenir les titres généalogiques qu'il était d'usage de lui remettre pour qu'il les présentât au roi.
L'Assemblée nationale continuant, le 19 janvier 1790, ce qu'elle avait commencé, abolit à toujours la noblesse héréditaire, supprima les titres de prince, duc, marquis, comte, vicomte, vidame, baron, chevalier, écuyer, noble et tous autres semblables, ainsi que les qualifications de monseigneur, messeigneurs, mess ire, altesse , excellence , éniineoce, grandeur, et fit d éfense d'avoir des armoiries et une livrée. Le 27 septembre de la même année , elle défendit, sous peine d'amende , de prendre dans des actes les titres abolis et les qualifications supprimées, comme aussi de porter les marques distinctives de ces titres et qualifications, de faire porter des livrées à ses domestiques , et de placer des armoiries au-dessus de sa porte ou sur les panneaux de sa voiture. Alors, il ne resta plus que le souvenir de la noblesse.
Toutes ces mesures, qui reçurent la sanction royale, portèrent au plus haut degré la colère de la très-grande majorité des nobles de France. Ke regardant plus que comme un déserteur de leur cause , le roi qui avait sanctionne de tels actes , ils séparèrent leurs intérêts des siens, et, au lieu de se grouper autour du trône, et de mourir s'il l« fallait pour sa défense, ils sortirent ou royaume, et passèrent à l'étranger, ou ils suscitèrent autant contre leur souverain que contre leur patrie cette succession de guerres sacrilèges, oui, pendant si longtemps, désolèrent l'Europe.
Bï O B L £S5> E
FRANCE
NOBLESSE
Sous l'Assemblée législative , la Convention nationale et le Directoire, personne ne réclama le titre de noble; beaucoup de gentilshommes même firent le sacrifice de leurs parchemins sur l'autel de la patrie et renièrent leurs ancêtres. Alors chaTun faisait vanité de ne pas être plus qu'un autre. Ce système d'égalité reçut une première atteinte par l'institution de la Légion d'honneur, dont le principe pouvait être bon eo soi , mais qui créait une nouvelle noblesse par les distinctions qui lui étaient accordées, et dont plusieurs ataient été empruntées à l'ancien régime. Par exemple, Louis XIV avait fondé la maison de Saint-Cyr, et Louis XV j Ecole militaire, pour l'éducation des filles et des fils des gentilshommes morts m service de l'Etat, ou dénués de fortune : ii fut créé de semblables établissements à Fontainebleau et à Ëcouen , en faveur des fils et des filles des légionnaires placés dans les mêmes conditions que les gentilshommes ci-dessus. Devenu empereur , Napoléon crut devoir compléter, par la création d'une noblesse, fa restauration du gouvernement monarchique. En conséquence, il ressuscita , en faveur des membres de sa famille, les titres de prince, princesse et altesse; il institua des grands dignitaires , dont le nombre , d'abord fixé à six (Voy. Empire, tom. VII, pag. 239, coL 2}, fut élevé à neuf par l'addition d'un gouverneur général des départements au delà des Alpes, d'un vice-grand électeur et d'un vice-connétable. Il établit des grands officiers militaires qui furent des maréchaux , des colonels et inspecteurs généraux, et meubla son palais d'un grand aumônier, d'un grand maréchal, d'un grand chambellan, d'un grand écuyer,d'un grand veneur et d'un grand maître des cérémonies, qui furent appelés grands officiers de la couronne.
Cela commencé, Napoléon ne s'arrêta plus. Le 30 mars 1806, il fit donner communication au sénat de huit décrets impénaux datés du même jour, et contenant diverses dispositions dont voici l'analyse : Constitution de l'état civil de la maison impériale, et détermination des devoirs des princes et princesses qui h composent, envers l'empereur. No-
mination de Joseph Napoléon , grand électeur, au trône de Naples et de Sicile; de Joachim Murât, grand amiral, au grand-duché de Clèves et de Berg; de la princesse Pauline et du prince Rorghèse, son mari, au duché de Guastalla ; enfin , d'Alexandre Bertier, maréchal, grand veneur, et ministre de la guerre, a la principauté de Neuchâtel. Création de duchés, grands fiefs de l'empire, savoir : dans les États vénitiens qui furent réunis au royaume d'Italie, douze; dans le royaume *de Naples et de Sicile, six; dans" les états de Parme et Plaisance , trois; le territoire de Massa Carrara en constitua un , ce qui en fit vingt-deux pour le premier jet. Quelques mois après, l'empereur, informé que les duchés de Benévent et de Ponto-Corvo étaient un sujet de litige entre le roi de Naples et la cour de Rome, jugea convenable , pour mettre un terme à ces difficultés, de se les approprier et de les ériger, par décret du 5 juin, en grands fiefs de son empire, ce qui porta le nom* bre de ces créations à vingt-quatre. Le 14 août de la même année, un sénatusconsulte statua que quand l'empereur le jugerait à propos , soit pour récompenser de grands services, soit pour exciter une louable émulation, soit pour augmenter l'éclat du trône, il pourrait autoriser un chef de famille à substituer ses biens libres pour former la dotation d'un titre héréditaire qui serait érige en sa faveur, et réversible à son fils aîné, né ou à nattre, et à ses descendants en ligne directe, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture.
De nouveaux duchés furent successivement créés avec dotations en domaines situés dans l'intérieur de l'empire, notamment, le 28 mai 1807, celui de Dantzick en faveur du maréchal Lefebvre, et le nombre des ducs s'éleva par la suite à trente-deux.
Enfin un statut impérial du l*r mars 1808 organisa définitivement la noblesse. Voici, en abrégé, les dispositions de cet acte important:
« Les titulaires des grandes dignités de l'empire porteront le titre de prince et altesse sérênissime.
« Les fils aînés des grands dignitaires auront de droit le titre de duc de f empire lorsqu'il aura été institué en leur
faveur, par leurs pères, un majorât produisant 200,000 francs de revenu.
« Les grands dignitaires pourront instituer en faveur de leur fils ainé ou putné des titres de comte ou baron.
« Les ministres, les sénateurs, les conseillers d'État à vie, les présidents du corps législatif, les archevêques, prendront pour leur vie le titre de comte.
' « Ce titre sera transmissible, en justifiant d'un revenu de 30,000 francs en biens de la nature de ceux qui doivent entrer dans la formation des majorats.
Un tiers du revenu sera affecté à la dotation du titre.
« Les présidentsde collèges électoraux de département; le premier président et le pocureur général de la cour de cassation ; le premier président et le procureur général de la cour des comptes ; les premiers présidents et procureurs généraux des cours d'appel; les évéques, les maires des trente-sept bonnes villes qui ont le droit d'assister au couronnement de l'empereur, porteront pendant leur vie le titre de baron , savoir: les présidents des collèges électoraux, lorsqu'ils auront présidé le collège pendant trois sessions; les premiers présidents , procureurs généraux et maires, après dix ans d'exercice.
« Le titre sera transmissible en justifiant de 15,000 francs de revenu, dont un tiers sera affecté à la dotation du titre.
« Les membres de la Légion d'honneur porteront le titre de chevalier. Ce titre sera transmissible, en justifiant d'un revenu de 3,000 fr.
« La transmission, quand elle est autorisée, a lieu à la descendance directe, légitime, naturelle ou adoptive, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture , de celui qui a été revêtu du titre. »
A chacun des titulaires, il fut octroyé des armoiries ; mais l'écusson , au lieu d'être surmonté d'une couronne, le fut d'une toque ornée d'un nombre de plumes plus ou moins grand, selon la nature du titre et son degré dans la hiérarchie.
La Charte de 1814 et celle de 1830 ont restauré l'ancienne noblesse et maintenu la nouvelle ; ainsi cette institution subsiste encore en France.
Mais, dépouillée de ses prérogatives, de
ses exemptions, et amenée à ne plus être dans le monde qu'une simple dis»
tinction honorifique, elle n'offre aucun danger pour la liberté, et romot à peine l'égalité politique et civile. Elle constitue si peu une aristocratie, et on y attache une si faible importance aujourd'hui , que l'usurpation d'un des titres qui lui appartiennent, n'est pas même un délit, et qu'il est permis à chacun de prendre celui qui lui plaît , sans être pour cela passible d'aucune peine.
Nodieh ( Charles) , né à Besançon , en 1783, avait à peine quinze ans lorsqu'il Gt paraître son premier ouvrage, intitulé : Dissertation sur l'usage des antennes dans tes insectes et sur l'organe de Vouie dans ces mêmes animaux. Cet ouvrage fut suivi par plusieurs autres écrits sur l'entomologie; mais il abandonna bientôt l'étude de l'histoire naturelle, pour venir à Paris, où l'appelaient ses goûts littéraires et cette imagination curieuse à laquelle il semble avoir cédé pour le choix de ses études ultérieures. Les souvenirs de la révolution , à laquelle il avait assisté dans son enfance et dont il ne pouvait apprécier les résultats, ses liaisons avec des hommes appartenant au parti royaliste, lui inspirèrent des regrets pour la famille fugitive des Bourbons, et excitèrent chez lui une vive antijwthie pour Bonaparte. Il publia, après le 18 brumaire, une ode contre le premier consul, la Dlapoléone. On sait combien peu Napoléon aimait les poètes qui écrivaient contre lui; M. Nodier fut don* arrêté et enfermé d'abord à Sainte-Pélagie , puis exilé à Besançon , d'où il passa en Suisse pour se soustraire a l'inquisition de la police impériale. La vie errante qu'il fut dès lors obligé de mener, ne fut pas sans dangers et surtout sans fatigues. Il venait d'obtenir i i permission de séjourner dans un village du département du Jura , lorsqu'un Anglais , M. Croft , qui désirait publier une collection de classiques anciens, l'appela auprès de lui à Amiens, pou' l'aider dans son travail. Ce fut vers œtt< époque qu'il publia son premier ont w:t de philologie, le Dictionnaire raison** des onomatopées françaises. Il quitta Amiens pour aller à Laybacb occuper une place de bibliothécaire et de rédac-