NORD
celui sous lequel on les connaissait avant leur mariage.
Sous le régime actuel , un nom propre est une propriété de famille que le père transmet à ses enfants, et que personne autre qu'eux ne peut porter , à moins qu'il ne lui vienne de ses ancêtres à lui , et ne soit commun à deux ou à plusieurs famiHes distinctes les unes des autres. Les enfants ne peuvent ni répudier , ni modifier de leur chef le nom de leur père, ils doivent le porter tel qu'il le porte lui-même, et s'ils ont des raisons d'y apporter des changements , ou de le quitter pour un autre, ils ont besoin, pour le faire, d'y être autorisés par une ordonnance du roi.
Quand un nom a été flétri par un grand criminel et stigmatisé par la justice, ceux qui en portent un semblable demandent quelquefois l'autorisation de l'échanger contre un autre , dans la crainte d'être pris pour des membres de la famille de celui qui l'a déshonoré ; après l'assassinat du duc de Berry , plusieurs personnes qui s'appelaient Louvel, demandèrent la faculté de s'imposer un autre nom. Quelquefois , sous l'ancienne monarchie , un arrêt de condamnation rendu contre un grand coupable ordonnait que sa mémoire et son nom seraient abolis; alors tous ceux qui lui étaient unis par le sang étaient tenus de changer de nom. Pendant la révolution , beaucoup de personnes, notamment celles qui portaient des noms dérivés des institutions monarchiques et féodales, telles que Leroi , Leduc, Lecomte, Baron, etc., les quittèrent par affectation de patriotisme , pour se faire appeler Brutus , Mutins»
Scsevoia, Guillaume-Tell, etc. Tout cela était ridicule, et ne fut jamais imité par les véritables patriotes.
Noîiotte (Claude-François), né à Besancon en 171 1, entra de bonne heure dans la compagnie de Jésus, et fut destiné à la chaire , où il se montra avec succès. Aujourd'hui , il est surtout connu par les sarcasmes de Voltaire, qu'il avait osé attaquer en publiant, en 1762, un examen critique de r Essai sur l histoire générale. Une polémique s'ensuivit, dans laquelle le malheureux Nonotte , qui croyait bonnement que pour le public l'exactitude
historique était alors la grande affaire ♦ ne réussit guère qu'à se faire couvrir de ridicule. Après la suppression des jésuites, Nonottese retira à Besançon, où il mourut en 1793. Il a laissé les ouvrages suivants : les Erreurs de fol»
tairvy 1762; Dictionnaire philosophique de la religion, 1772; les Philosophes des (rois premiers siècles de l Église , 1789.
ISobbbbt ( Pierre Pabisot , plus connu sous le nom de Père), ne en 1697, à Bar le-Duc, entra fort jeune dans l'ordre de Saint-François, fut nommé, en 1736, procureur général des missions étrangères , et se rendit à Pondichéry. Ses attaques contre les jésuites dans les Indes obligèrent le gouverneur à l'envoyer en Amérique.
De retour à Rome en 1740, il s'attira,
{>ar la publication de son ouvrage sur es Hits malabar es , de nombreuses persécutions. Il mourut en 1769. On a de lui : Mémoires historiques sur les missions des Indes orientales, 1744- 1750, 3 vol. in-4°; ouvrage refondu ensuite par l'auteur sous le titre de : Mémoires historiques sur les affaires des jésuites avec le saint-siège, 1766, 7 vol. in-4°.
Nobd (département du): situé, comme l'indique son nom , sur le point le plus septentrional de notre frontière du nord, ce département correspond à l'ancienne Flandre française. Il est borné au nord par l'Océan, à l'est par la Belgique , au sud par le département de l'Aisne, au sud-ouest par celui de la Somme, à l'ouest par celui du Pas-de- Calais. Sa superficie est de 565,863 hectares , dont 359,570 sont en terres labourables ; 95,833 en prairies; 35,827 en bois et forêts; 16,335 en vergers, pépinières, jardins; 7,568 en landes, pâtis , bruyères , etc. Son revenu territorial est évalué à 44,000,000 fr. La somme de ses impôts directs a été , en 1839, de 6,076,773 fr., dont 4,121,526 pour la contribution foncière. La richesse agricole de ce département est égalée sinon surpassé* par ses richesses minérales. Ses houillères sont celles de France qui donnent les produits les plus abondants.
Ses rivières navigables sont : la Sambre , l'Escaut , la Scarpe et la Lys , af-
193 NORDLINGES L'UNIVERS.
NORDMXGEff
fluents de l'Escaut , enfin la Hayne. Il possède en outre un grand nombre de canaux, dont les plus notables sont ceux de l'Escaut, du Décours, de la Deule , de la Lys , de l'Aa , de Dunkerque, etc. Ses grandes routes sont au nombre de vingt-huit, dont quinze royales et treize départementales.
Il est divisé en sept arrondissements, dont les chefs-lieux sont : Lille , Avesnes , Cambrai , Douai , Dunkerque , Hazebrouck et Valenriennes. Il renferme 60 cantons et 6(50 communes. Sa population est del;02G.4l7 habitants, parmi lesquels on compte 7,275 électeurs. Il envoie à la chambre douze députés.
Ce département forme le diocèse aujourd'hui métropolitain de Cambrai. Il fait partie de la 16e division militaire, dont le chef-lieu est Lille, et du 7* arrondissement forestier, dont Douai est le chef-lieu. Douai est aussi le siège d'une cour royale et d'une académie.
Parmi les hommes remarquables qui sont nés sur le territoire du département du Nord, nous devons surtout citer Philippe de Comines, Froissart, Monstrelet , Jean Bart et le maréchal Mortier.
Nobdlingen (bataille de). Après la désastreuse journée de Mariendal , le duc d'Enghicn prit le commandement de l'armée française. Il amenait avec lui de nombreux renforts; il se hâta de se porter en avant, et chercha à surprendre, par une marche rapide.legénéral ennemi.
« Au commencement d'aoïU les Français se dirigèrent sur Nordlingen. D'Ènghien croyait que Mercv prendrait position derrière cette ville pour la préserver d'un siège, lorsque, le 3 août 1648, pendant que les généraux dînaient, ils lurent avertis que Mercy n'était pas à Une demi-lieue d'eux; il avait gagné par une marche rapide une colline dont le centre étaitoccupé par un village nommé Allern , et les deux bouts par deux châteaux ruinés. De là il plongeait sur l'armée française et voyait tous ses mouvements. Malgré la force de cette position, Enghien'résolut d'attaquer Mercy le jour même , pour ne pas lui donner le temps de se* fortifier plus encore.
^ «Le maréchal de Gramont commandait J'aile droite opposée aux Bavarois. Des
officiers français avaient mal reconnu I» terrain entre eux , et avaient rapport* que c'était un défilé impraticable. Auss Enghien ayant chargé Marsin et Cr.s telr au d'attaquer le villare au centre d. la position ennemie, quand il les vît repoussés avec une grande perte , com • mença à tirer sans cesse des troupes de son pile droite, pour soutenir son infanterie, qui était fort maltraitée, et qui pliait de moment en moment. Comme Gramont avait couru à lui pour se plaindie qu'on l'affaiblissait trop, il fut étourdi d'un coup de mousquet dans son casque , qui lui fit perdre connaissance. En revenant à lui, il vit l'aile gauche des Bavarois qui venait le charger en traversant en bataille le défilé qu'on avait jugé impraticable. Cette attaque inattendue causa tant de terreur à la cavalerie française, qu'elle s'enfuit jusqu'à deux lieues de là, sans tirer le pistolet. Gramont , qui fit résistance avec deux régiments, fut accablé par le nombre, renversé et fait prisonnier, après que ses quatre aides de camp, trois pages , et presque toute sa compagnie de gardes se fut fait tuer pour sa défense. En même temps le baron de Marsin et le marquis de Castelnau avaient été
fjrièvement blessés à l'attaque du vilage , et les corps qu'ils commandaient graissaient en complète déroute. Mais es Français ne savaient pas que dans ce même village leur artillerie, tirant de bas en haut, faisait un carnage épouvantable , et que Mercy venait d'y être tué. Jean de Werth avait pris sa place : toutefois il lui fallut quelque temps pour réparer le désordre qu'avait causé la mort de ce grand général, en sorte qu'il ne profita pas du trouble où était jetée l'infanterie française.
« Le duc d'Enghien avait passé à l'aile gauche, formée en partie des troupes hessoises , que commandait le général Gœtz , sous les ordres du maréchal de Turenne. Cette aile s'ébraula un peu plus tard que les autres ; niais ses belles charges de cavalerie contre le général Gleen, qui commandait les Autrichiens, déterminèrent enfin la victoire; ces charges furent renouvelées avec tant d'impétuosité et de précision , qu'elles mirent les Autrichiens en fuite, et que le général Gleen fut fait prisonnier.
« La bataille avait duré jusqu'à la nuit : la perte était à peu près égale des deux paru , et elle était immense; les Français avaient eu près de quatre mille nommes tués , presque tous les ofûciers
Généraux blesses; leurs canons de l'aile roi te demeurèrent au pouvoir de l'ennemi, qui, ne pouvant les emmener, se contenta de briser les affths; leur aile gauche , au contraire, s'empara des canons ennemis , et les conserva. Une heure après qu'il fut nuit, Jean de Werth effectua sa retraite sur Dona werth, sans être molesté (*). ■
.Normandie. Grande province de l'ancienne France , qui avait le titre de duché , et formait un des gouvernements militaires du royaume. Elle était bornée àu sud par le Maine, le Perche, et une partie de la Bretagne, à l'ouest par l'Océan , à l'est par la Picardie et une partie de l'Ile-de-France, et au nord par la Manche. Elle se divisait en haute et basse Normandie. La haute comprenait Rouen, capitale de cette partie et de toute la province , le pays de Caux , le pays de Bray, le Vexin normand, le Rouen nais {Ager Rothomayen&Ui) , Lis jeu i , le pays d'Auge et de Lieuvin , Kvreux, le pays d'Ouche. La basse Normandie comprenait Caen , capitale , et ses environs, Seez, le pays des Marches et la campagne d'Alençon , Bayeux , le Bocage , le Cotentin, enfin le pays d'Houlme, qui faisait partie du diocèse du Mans. Cette province forme aujourd'nui en tout ou en partie les départements de la Seine ~ Inférieure , de l'Orne , de ÏEure, du Calvados et de la Manche.
Au commencement de la conquête romaine , la Normandie fut divisée en onze ctés , dont la dernière était composée des îles voisines; Auguste réduisit le nombre d« ces cités à sept ■ qui furent attribuées à la deuxième Lyonnaise, dans la division des Gaules laite sous l'empereur Honorius. Comprise dans la fteustrie , sous les rois mérovingiens , la Normandie échut en partage à Charles le Chauve lors de la division du royaume de Louis le Débonnaire, et ensuite , elle fit .partie du duché de
.S i < m ond i , Sût. du Franç., t. XXH ,
France. Au dixième siècle elle tomba au pouvoir des Normands, commandés par Roll, ou Rollon, qui en fut le premier duc.
I. 911. Rollon. Aussitôt après avoir pris possession du territoire , le chef des Normands s'occupa d'organiser sa conquête et de constituer en peuple ses compagnons , qui montrèrent , par leur aptitude merveilleuse à la vie sociale, que le nom de barbares, par lesquels on les désignait , devait s'appliquer aux peuples au milieu desquels ils venaient habiter , plutôt qu'à eux.
« Le pays , qui prit d'eux le nom de Normandie , fut arpenté et divisé entre les compagnons de Roll, sans égard aux droits des indigènes, qui tombèrent presque tous dans la servitude. Ils établirent d'emblée dans leurs nouvelles possessions le système féodal , et assurèrent ainsi à leurs institutions une régularité inconnue ailleurs : le Normand fut noble , le Neustrien colon ou serf. La bande de Roll n'allait pas probablement à plus de 20,000 individus; mais une multitude d'aventuriers vint, de toutes les parties de la Gaule, prendre des établissements dans le pays, dès qu'il fut régulièrement défendu et gouverné ; les terres furent défrichées, les villes entourées de murs, les églises reconstruites, les châteaux élevés; et en moins de vingt ans, la Normandie arriva à une grande prospérité. Les Normands se façonnèrent si facilement à leur nouvelle' situation, qu'ils abandonnèrent la langue tudesque pour parler le français roman ; et ils perfectionnèrent ce nouvel idiome à tel point, qu'ils l'employèrent les premiers dans leurs codes et leurs poésies. En même temps qu'ils permettaient, par la cessation de leurs ravages, à l'ordre de renaître, et à la société nouvelle de s'établir, ces hommes qui avaient encore toute leur énergie sauvage , communiquèrent à leurs voisins leur esprit d'entreprise, de vie et de liberté, et réveillèrent les habitudes guerrières des Français (•). »
Il serait important de savoir quel rôle joua la législation Scandinave dans l'organisttion judiciaire de la Normandie ;
(*) Lavallée, Jfo/. du Français, t. I"; p. a33.
elle dut sans doute influer surles lois établies par Roilon ; mais on ne peut faire à cet égard que des conjectures probables, les documents manquant totalement. Le coutvmier de cette province donne à entendre que Roilon conserva (es droits et coutumes qui étaient en usage parmi les Francs ; et Houard , dont l'avis fait autorité en pareille matière, pense qu'il remit en vigueur les lois saliques ou ri-
I maires , plutôt qu'il n'introduisit les ois danoises ou norvégiennes. Quelques analogies que l'on rencontre entre les restes des lois normandes , les lois des Francs et celles des Scandinaves, ne prouvent rien à cet épanl ; car la législation de ces divers peuples paraît avoir suivi une loi de synchronisme , plutôt qu'une loi de filiation.
Tout en s'appliqnant à l'organisation intérieure de son duché, Roilon s'occupa de l'agrandir par les armes, et il soumit une partie de la Bretagne. Il envahit le Beauvoisis, en 923, malgré la paix qu'il avait jurée, et le ravagea; rappeié précipitamment en Normandie par Tinvasion de Raoul, il sut encore faire tourner cette guerre à son avantage , et se fit céder le Bessin et une partie du Maine. Il abdiqua en 927 , en faveur de son fils Guillaume, et mourut cinq ans après.
. If. 932. Guillaume /*r, dit ï/mgue Êpée, signala le commencement de son règne par divers exploits contre les Bretons; reçut de Raoul, l'Avranchin et le Cotentin, et contribua, en 936, à établir sur le trône Louis d'Outre-Mér. Il prit cependant part à la ligue formée contre ce prince, en 939 ; mais il se réconcilia bientôt avec lui, et s'entremit ensuite pour faire conclure la paix entre ce monarque et Otton , roi de Germanie. En 942, Arnoul, comte de Flandre, fit assassiner le duc Guillaume, qui laissa en mourant son duché à son uls Richard.
III. 912. Richard /*% surnommé Sans Peur y n'était âgé que de 10 ans lorsqu'il succéda à son père. Tombé par surprise au pouvoir de Louis d'Outre- Mer, il dut sa !il>erté au dévouement d'Osmond , son gouverneur , et fut ensuite secouru par Aigwld, roi de Danemark , et par Hugues le Grand , qui battirent les troupes de Louis , le firent prisonnier lui-même, et le forcèrent à
jurer la paix. Otton I-r, roi de Germanie , et Thiébaud , comte de Biois , qui s'armèrent ensuite contre Richard, n'eurent pas un meilleur succès. Débarrassé de tous ses ennemis, ce prince contribua beaucoup à faire placer sur le trône Hugues Capet ; il mourut à Fécamp en
IV. 996. Richard //, dit le Bon , fils et successeur du précédent. Les commencements de son règne furent troublés par le soulèvement du peuple qui se plaignait des prétentious de la noblesse, et il eut ensuite plusieurs guerres à soutenir contre Guillaume, comte de Hiesmes , son frère naturel ; contre le roi d'Angleterre , et contre Eudes, comte de Chartres et de Blois; mais Lagman et Olaûs , rois de Suède et Je Danemark , vinrent à son secours. Il fut Pallié le plus fidèle du roi Robert , et l'accompagna dans plusieurs expéditions. Il mourut à Fécamp, en 1027.
V. 1027. Richard ///, fils de Richard II et de Judith, mourut quelques mois après son installation. On soupçonna son frère, Robert, qui lui succéda, de l'avoir fait empoisonner.
VI. 1027. Robert /,r, dit le Magnifique ou le Diable, eut dans les commencements de son règne à réprimer de fréquentes ré/oltes de ses grands vassaux ; il rétablit dans ses États Baudouin IV, comte de Flandre, dépouillé par son propre fils, et soutint les droits de Henri Ier, roi de France, qui en récompense lui fit la cession du Vexin; Robert replaça ensuite sur le trône d' A ngleterre Alfred et Edouard ses cousins,
3ue Canut, roi de Danemark, venait 'en exclure; puis, il entreprit un pèlerinage à Jérusalem , et fut empoisonné à son retour à Nicée, en 1035, par d'infidèles serviteurs qui voulaient, diton, s'emparer de ses trésors. Il ne s'était point mnrié; mais il avait un fils naturel, Gui llnume, qui lui succéda.
VII. 1035. Guillaume le Bâtard ou le Conquérant , était né en 1027, de Robert I" et d'une jeune fille de Falaise. Avant de partir pour la terre sainte, son père l'avait présenté aux barons assemblés à Fécamp. et ceux-ci avaient promis de reconnaître le jeune prince comme leur seigneur, et lui avaient prêté serment de fidélité.