‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 145 sur 198 · FRANCHE-COMTÉ FRANCE. FRAVCUE-COMTÉ · texte numérisé non relu

FRANCHE-COMTÉ FRANCE. FRAVCUE-COMTÉ

nie industriel des Boursui|?nons. Les part qu'ils prirent aux troubles et aux

bienfaits de Tinstruclion étaient vive- guerres de la première moitié du quin-

nient appréciés par les Comtois, qui zieme siècle (1419-1477). Nous n'en-

fréquenlaient les écoles Horissanles de trerons dans aucun détail sur ces évé-

Besançon et de Gray. Au commencement nements,qui sont familiers à tous les

du quatorzième siècle, la reine Jeanne esprits, et qui appartiennent d'ailleurs

avait fondé à Paris un collé^^r de Bour- plutôt à rhistoire de France qu'aux an-

po^ne , dans lequel les Francs-Comtois nales de la Franche-Comté, devaient être admis de préférence. Tandis que les plus «raves intérêts

Aussi les états de la province veillaient- agitaient FFurope, de grands malheurs

ils avec beaucoup de sollicitude à l'ad- publics pesaient sur la Franche-Comté,

ministration de ce collège. La peste avait envahi les deux Bourgo-

Les plus proches parents de Philippe gnes en 1438, et porté la terreur et la

de Rouvre étaient deux membres de la mort dans toutes les villes au delà et

maison royale des Valois : Jean et iMar- en deçà du Jura. Quelques années plus

guérite de' France , lille de Philippe le tard, des troupes dVtwcA^'wr.v ou de

Long et de la reine Jeanne, et veuve du gens de guerre , n'ayant ni maître , ni

comte de Flandre Louis La Fran- solde , ni frein , s'étaient rués sur le

chc-Comté n'étant ni un apanage, ni un pays , et y avaient commis encore plus

lief de la couronne , retourna à cette de ravagés que la peste (1440). INlais le

princesse, tandis que le roi reprit le maréchal de Fribourg, après avoir fait

duché de Bourgogne , qui avait appar- éprouver une première défiiite a ces hri-

tenu à ses ancêtres, et dont il était l'hc gands , sur les bords du Doubs et de la

ritier naturel. Il en donna le gouverne- Saône, les avait complètement détruits

ment à son quatrième fils, Philippe le à Chanteau , non loin de Saulieu. Puis,

Hardi, qui, bientôt, sur la demande des à tant de calamités avaient succédé, en

nobles et du peuple, fut créé prince 1455, les horreurs de la guerre civile ,

souverain de la province. Au cas où ce la noblesse de la Franrhe-Comté s'étant

fondateur de la seconde race royale des révoltée pour défendre ses privilègesducs de Bourgogne n'aurait pas eu d'en- Depuis longtemps, elle considérait

fants nic'îles, le duché devait être rêver- rétablissement d'ur» parlement ambula-

sible à la couronne. Philippe, après toire par les ducs de Bourgogne comme

avoir fait la guerre à la comtesse de un empiétement sur les juridictions sei-

Flandre, à laquelle il disputait la Fran- gneuriales. Les commissaires formant

che-Comté, comprit qu'il en viendrait cette compagnie étaient désignés par

mieux à ses fins par une alliance de fa- l'autorité centrale; c'étaient des gen-

mille : il épousa Marguerite de Bra- tilshommes , des ecclésiastiques , des

bant, petite-fille et héritière de cette jurisconsultes. La durée des sessions,

princesse (1369) , et ce mariage lui va- auxquelles on donnait le nom de grands

lut plus tard la Franche-Comté et les Jours, se prolongeait depuis deux jus-

conités d'Artois, de Flandre, de Réthel qu'à huit semaines , selon le nombre et

et de Nevers (1384). Le duc de Bour- l'importance des affaires. Les commis-

gogn**, par la réunion de tant de pro- saires se transportaient successivement

vinces sous sa domination , surpassa en à Beaune pour le duché de Bourgogne, puissance et en richesses la plupart des à Dôle pour la Franche-Comté , et à roi« ses contemporains. Parmi ceux-ci, St-Laurent-lez-ChAlon pour le comté beaucoup avaient le titre sans la force d'Auxonne et les terres d'Outre-Saône, et la grandeur ; lui avait la grandeur et Le parlement ambulatoire , pendant la force sans le titre. Philippe mourut l'exercice de ses fonctions, s'était trouvé en 1404, et eut pour successeurs son fils plus d'une fois en collision avec la no- Jcan sans Peur, qui, par un mariage, blesse, à laquelle il avait Uni par impoajouta encore aux possessions territo- ser l'autorité de ses arrêts. Les méconriales du ducde Bourgogne, les comtésde tentements des seigneurs, longtemps Hainaut, de Hollnndeet de Zélande, puis contenus, éclatèrent enfin par une prise Philippe le Bon et Charles le Téméraire, d'armes, et il en résulta une guerre cises petits-fils, tous deux célèbres par la vile qui fit répandre beaucoup de sang,

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VftAM€U£-COMTé I/UNIVERS. FRANCHE-COMTE

et qui se termina à l'avantage de Charles le Téméraire. Les biens des vaincus furent confisqués , leur chef, Jean de Granson, périt sur Téchafaud , et tout

{)lia devant la juridiction ducale , dans a haute comme dans la basse Bourgogne.

Besançon, par sa position insolite,

avait échappé ;iu\ divisions et aux un erres qui désolaient les ÏCîats bourguignons. Quoique le reste de la Franche- Comté fût soumis à Tautorité ducale, Besançon était demeurée ville libre de l'empire germanique, et avait cessé d'être la capitale de la province. Cet honneur était échu eu partage à Dôle. Les citoyens de Besançon avaient eu cependant de graves démêlés avec l'orchevê-

3ue de leur ville et quelques sei^^neurs u voisinage. Ce prélat, investi des droits royaux par les souverains de rAllemagne, portait le titre de prince, et avait le droit d'assister aux dictes de l*£ropire. Il disposait donc d'ui> pouvoir qui , à plus d*un titre, devait inquiéter les habitants de Besançon , très-jaloux de leur indépendance. Voil.î pourquoi ceux-ci avaient recherche la protecliou des seigneurs féodaux assez puissants pour défendre leurs libertés. Voilà pour> quoi ils s'étaient mis successivement sous la garde de Jean de Chilion (122-0, sous celle de Hugues IV , duc de Bourgogne (1379), et sous celle du duc Otton IV. Plus récemment , Philippe le Hardi avait accordé sa prote(;tion à la ville libre et im|}ériale de Besançon, moyennant un trUmt annuel de 500 livres.

Tout le monde snit comment la carrière aventureuse de Charles le Téméraire se termina à la bataille de jS'ancy. Ge prince ne laissait pour héritiers que la princesse Marie, sa fille, et Jean, comte de JNevers, petit liis de Philippe le Hardi. Marie devait hériter, par droit de naissance , de tous les États de son père, la Bourgogne exceptée , tandis que cette dernière province devait revenir à Jean , seul représentant màle de la dynastie ducale. Mdis Louis XI agissant précisément comme si le coiHte n'avait pas existé, et arguant de la réversibilité de la Bourgogne à la Franct-, fit mouvoir tous les ressorts de sa redoutable

pollViQie pour l'emparer de cette riche

portion de l'héritage de Charles le Téméraire. Il gagna ou intimida les états, séduisit ou entraîna les peuples par l'ascendant de son génie et de sa volonté, et se fit, en déûnitive, livrer toutes les places du duché de Bourgogne. En nomme habile, il avait eu soin d appuyer ses néf^ocîations auprès des états par l'envoi d'une armée et par la promesse d'unir le dauphin à la [)rincesse Marie. Dans la Frunche-Comté , Jean de Châlon , prince d'Orange, le seigneur le plus influent du pays , engageait les états provinciaux , vers le même temps, à se mettre sous la protectior» du roi de France. Le clergé et le tiers état, (jut éprouvaient nue répulsion instinctive pour Louis XI , rejetèrent d'abord cette

t)roposition ; n)ais la noblesse l'accueilit tavurabieuient , et , après de vives contestations, il fut décidé qu*on rece* vrait garnison française à Dole , à Salins et a Gray. Le roi de France protestait qu'il n'agissait qu'a titre de dépositaire et de défenseur, en attendant le mariage projeté. Âufond, il ne songeait pas sérieusement à cette alliance , et il oeTavait mise en avant que pour ujieux couvrir ses desseins. Son but véritable était de surprendre la urincesse Marie et de s'emparer de ses États ; l'occupation de la Picardie et de l'Artois par les troupes françaises , et les troubles suscités en Flandre par les émissaires du monarque , ne permettaient pas d'en douter. La princesse Marie, justement alarmée, se donna un protecteur, le 18 août 1477, par son mariage avec l'archiduc Maximilien ; et cette alliance devint le signal de la révolte de la Franche-Comte contre l'autorité de Louis

» Les nouvelles que le roi recevait

de la Bourgof;nc commençaient à lui donner de l'inquiétude. Les sujets de Cliarles le Téméraire, dans leur première Joie en se voyant délivrés de son* j'oug , n'avaient pris aucunes mesures pour se défendre contre Louis XI , et c'est ce qui avait facilité ses conquêtes; mais ils commençaient à s'apercevoir que les douces paroles et les belles promesses du roi n'étaient accompagnées d'aucun effet , et la résistance s'organisait de toutes parts. C'était a Jean H

de ChâloD, prince d'Orenge» qi» Louis

FRANCUE-COMIÉ

FKAîsCE;

FEANCUE-COMTÉ 4dt

était surtout redevable de la conquête des deux Bourgognes. Aucun seigneur ne possédait de si grands domaines daosces deux provinces, et n'avait tant de rrcdit Mir 1rs Bourguignons. Louis eu ressentit de la jalousie , et , au lieu de donner au prince d'Orau^e.le gouveroement des Bourgognes, il en char-

?ea George de la Tremouille , baron de Iraon, sonPpremier chatiihellau. Craon était lort avide, et signala son administration par des concussions de tout genre. Louis avait donné aux,Bour|;ui* gnons Jes assurances les plus positives qu'il maintiendrait leurs projirietfs et leurs privilèges; mais son prcjiuer pruicipe en politique était de beaucouj) promettre et de tenir peu. 11 n'était pas f'^ché que les voleries de ses soldats appauvrissent et affaiblissent des provinces nouvellement conquises. |Craon , d'autre part , refusait de rendre au prince d Orange beaucoup de places de son héritage que le sort des armes venait de ntettre entre ses mains. Le j^nee d*Orange , blessé dans ses intérêts propres et dans ceux de son pays , employa ses oncles , les sires de Château-Guyon , à le reconcilier avec Alarie. Celle-ci lui donna la lieutenance générale des deux Bourgognes. Les si> res de Vauldrey, de Vergy, devienne, de Quingey, de la Baume , de Touiongeau, d'Andelot, de Ûigoine et de Cottebrune, (}ui presque tous avaient été maltraites et dépouillés par Craon, se joignireul a Jean de Châlon. Le prince surprit Craon a Vesoul, dans la nuit du 19 mars, et lui tua beaucoup de monde. Bientôt la révolte contre Louis s'éten* dit aux deux Bourgognes (*). »

Le caractère et la conduite de George de la Tremouille expliquent comment le'peridialitdf^ Francs-Comtois pour la France fit alors place à la haine. Quand le lieutenant de I nuis XI apprit que la noblesse et le peuple de la haute Bourgogne s'étaient soulevés ,^ il^jmarcha cetitre ettx^,' cit Ivs atViignit atl' pont dé ]Mnt:v. Le passn'je du pont fut vivement disputé, et Craon ne parvint a le Irauchlr qu'eu sacriiiaul 2,0U0 soldats. A p8liilfMif>il'i^ttit nne^vlllé , qU'uHé

(*) Sismondi , Histoire dèt frwifint , t. XIY, p. 524 et 5a5.

autre s'insurgeait ; il avait affaire nonseulement aux Comtois, mais aux volontaires suisses , qui t combattaient pour eux. George de la Trémouille assiégea Dole , lui donna deux assauts meurtriers, puis fut obligé de convertir le siège en blocus. Surpris au milieu de robscurité de la nuit, il perdit toute son artillerie. Sallazar, un des meilleurs cajiitiiiiies de l'armée française, se laissa aussi surprendre à Grav,*et fut cause

Sue cette ville fut brdlee. Louis crut evoir rappeler le général qui avait si mal servi sa politique. Charles de Chaumout d'Amboise succéda à Craon dans le gouvernement des Bourgognes, et répara ses fautes. Il soumit les places du duché soulevées par le prince d'Orange, repoussa les troupes de rari-iudue Maxiuulien , venues a sou secours , et s'empara de Ddie au moveu d'une surprise habilement ménagée. Ce fut un jour terrible, un jour de deuil pour cette ville, (jn'oii appelait la Joyeuse, et qui ne fut plus connue que soùs le nom de la Dolente, Les bouijÇMis de Dôle fu»

rent massacrés , les maisons brûlées et leurs "murs rasés. Plusieurs villes, Poligny , Salins, furent traitées avec la même rigueur et la même cruauté.

Quand tout fut rentiré dans^ l'obéissance, Louis vint en personne prendre possession de la Bouri^ogne, itiagnitique proie qu'il convoitait depuis longtemps.

Les anciens ducs avaient en hùtsgrcaSdk jours où ils rendaient la justice, comme nous l'avons rapporté tout à l'heure.

Louis^XX substitua au parlement ambulatoire un parlement régulier, ou cour souveraiue,qu*il rendit sédentaire à Dijon, et a laquelle ressortircnt d'abord la Bourgogne pro{)reineiit <lite et le comte de Charolais, et, pur la suite, la Bresse, le Bugey, le Valromajr et le canton deGex, IdrsquMIs furent réunis à la France sous le règne de Menri IV.

La Franche-Comte avait ete conquise par nos soldats. La prise de^Dole avait entraîné la soumisâon dë {toutes les villes de la province , et Besançon même a\ait été forcé d'ouvrir ses portes et de subir la protection du roi de France. Mtrie était morte en 1483, et Tannée suivante Louis XI et Maximi.i^ lien avalent mis fin à la guerre par la paix d'Arras : il avait été convenu que,

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pour concilier tous les intérêts, le dauphin Charles , fils du roi , serait fiancé avec Marguerile, tille de Tarchiduc, et oue la jeune princesse apporterait pour dot à son époux la Franche-Comté et le comté d'Artois , dont il serait mis provisoirement en possession. En effet , la province qui avait si vivement disputée à Louis XI , passa sous Tautorité du dauphin, et fut gouvernée par son lieutenant Jean de Baudricourt , avec un grand esprit de sagesse et de justice. A cet état de choses , qui n'était que provisoire, devait succéder bientôt la guerre. ÎMaxiinilien , irrité de l'insulte que lui fît Charles VIU devenu roi de France , et refusant de remplir les engagements du dauphin à T^rd de la princesse Marguerite, et encore plus exaspéré de se voir enlever par ce prince sa propre fiancée , Anne de Bretagne , entra dans la Franche-Comté avec ses troupes, y obtint un avantage signalé et s'empara de celte province. Charles VIII aurait pu la reprendre comme son père; mais , séduit par l'appât de la conquête de IVaples, il ne fit aucun effort pour ressaisir la haute Bourgogne, et la céda même à l'Empereur par le traité de 1493.

Les Francs -Comtois se réjouirent d'un arrangement qui les enlevait à l'autorité de la France. Ils étaient devenus des ennemis implacables pour leur aneienne patrie , et ils ne tardèrent pas à le montrer. Se réunissant aux Allemands et aux Suisses , et formant avec ces étrangers une armée de 40,000 hommes , ils envahirent la Bourgogne sous le règne de Louis XII, en 1513. Sans l'habileté de la Trémouille et le courage des habitants de Dijon, cette invasion eûtpu être funeste au royaume, attaqué à la fois par Tempereur d'Ailejnacrne , les Suisses et le roi d'Angleterre. Cependant Maximilien , des que son (ils Philippe eut atteint sa dix-septième année , lui rendit les États qu'il tenait du chef de sa femme : les Pays- Bas et la Franche-Couite revinrent à ce

i)rince, qui les réunit définitivement à a couronne d'Fspagne par son mariage avec Jeanne , fille de Ferdinand et d'Isabelle. Philippe ne laissa que des enfants en bas âge, et l'archiduchesse Marguerite, fille de Maximilien, fut

cliarirée de la régence pendant leur minorité. Elle fut nommée non-seulement gouvernante des Pays-Bas, mais la Franche-Comté lui fut donnée en outre à titre d'apanage. Une si grande charge n'était point au-dessus des talents de Marguerite. Cette habile princesse, voyant son apanage toujours menacé par les guerres de Charles-Quint et de François V, conçut la pensée de se mettre a couvert par un traité particulier avec la France. « Les Suisses auraient vu eux - mêmes avec peine , dit M. Sismondi , un pays si rapproché de leurs frontières, devenir le siège de la guerre; ils offrirent donc leur médiation , et obtinrent qu*un traité fôt signé à Saint-Jean-de-Ldne , le 9 juillet 1522, pour suspendre, pendant trois ans, toute hostilité entre les habitants de la Franche-Comté et ceux des provinces limitrophes de la France , jusqu'à Monzon -sur- Meuse. Ce traite de neutralité fut, a plusieurs reprises, renouvelé et prolongé pendant plus d'un siècle; de sorte que, durant les guerres sans cesse rcnnissantes entre les deux maisons de France et d'Autriche, les deux Bourgognes jouirent des avantages de la paix et d'un libre commerce entre elles, et elles préservèrent en même temps de toute attaque le reste de la France sur toute la frontière orientale (*). »

Si cette neutralité fnt un avantage pour le duché de Bourgogne, elle fut aussi un bienfait pour In Franche-Comté. Elle assura a cette dernière province, comme Tobserve M. Sismondi, un siècle de paix et de prospérité. A tout prendre, les Francs-Comtois devaient donc se féliciter d'un état de choses où ils trouvaient à la fois la satisfaction >le leur orgueil et de leurs intérêts particuliers* Mais il n'en était pos ainsi de la France, ui devait désirer ardemment la réunion u comté de Bourgogne au royaume. Si elle avait consenti un traité de neutra* lité et l'avait respecté pendant cent aQ8« elle n'avait point renoncé pour cela à ses anciens droits sur la Franche* Comté. Les intérêts de son unité territoriale , les besoins de sa défense et le

(*) sismondi , Histoire des Français , X. XYI , p. x6o et 16c.

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développement de sa ligne de frontière lui imposaient le devoir de travailler a la réunion de cette province au duché de rîourpogne. Tout en ayant sujet de s'applaudir, sous beaucoup de ni{)|)orts, du truite de neutralité, le gouvernement français devait YOir avec jalousie la présence des Espa^la dans la Franche- Comté; d'ailleurs, outre que la réunion devait élargir sou territoire et reculer sa fWMitière , elle ne pouvait manquer d*augmenter aussi sa sécurité morale, en lui donnant de ce coté pour voisins les Suisses ses fidèles alliés. Il n'est donc pas surprenant qu'il ait saisi le premier prétexte qui se soit présenté pour tenter la conquête de la Rouriroffie espagnole. Le gouverneur de la Franche - Comté eut Timprudeuce de donner loi^m^me cetle occasion a la France, en appuyant la révolte de Gaston d'Orléans contre le roi Louis XIIF, son frère. Ce prince envahit et ravagea le duché de Bourgogne en 1632, avec un corps de cavalerie que les Espagnols avaient mis à sa disposition; et de là il s'avança dans le Lanizuedoe , où il parvint à réunir autour de lui l'armée qui Alt détruite ou dispersée à Castelnaunnrv. Une violation si flagrante du traite de neutralité, qni faisait la garantie de la Franche-Comté, ne ^)ouvait rester impunie. Kn 1686 , le prince de Condé, gouverneur de Bourgogne, aidé du marquis de la Meilleraye, grand maître de l'artillerie, fut chargé de la conquête de la province espagnole. C'était la, pour cette année, selon l'observation d'un liistorien, le projet de prédilection du cardinal de Richelieu, et ce fut à l'armée de Condé qu'il envoya ses meilleurs régiments et ses meilleurs ofûciers. L'armée française se présenta devant Dôle, le 1'''^ juiîi, pour en faire le siège; mais la ville était bien fortifiée el dérendue par sa milice et par une

? garnison de 700 hommes. La résistance ut opiniâtre, et le 15 aoilt la place tenait encore, lorsque Richelieu fut obligé de rappeler le prince de Condé pour ropposer aux ennemis qui avaient fait irruption en Picardie.

Le duché de Bourgogne , resté sans défense , fut envahi par une armée de 80,000 hommes ; la dévastation s'étendit dans toute la province et y laissa des

traces profondes. Toutefois , les Espagnols échouèrent devant la uetite ville de Saint-Jean-de-Ldne , dérendue par ses intrépides citoyens. I^e duc de Lorraine, qui avait le commandement de la ville de Dôlc au moment où le prince de Condé en avait entrepris le siège , ne voyait point ces cruelles représailles sans une vive inquiétude; il prévoyait que les Français , pour se venger des Espagnols , ne tarderaient pas à reporter la guerre au delà du Jura. Il conseilla donc au parlement de Dole, qui était investi de la haute direction du gouvernement, de demander le renouvellement du traité de neutralité ; mais cette compagnie, à laquelle un rare esprit de justice el de sagesse avait fait donner le nom d'aréopage chrétien, oublia sa prudence ordinaire en repoussant l'avis du prince. Comme ce* lui-ci l'avait prévu , les Français revinrent dans la Franche-Comté*, et cette province devint pendant trois ans le théâtre de la goerre. Il en résulta pour elle les plus grands maux , ravagée qu'elle fut à la fois par les Français qiii l'attaquaient, et par les troupes' étrangères chargées de la défendre. Au milieu de tant de combats , la peste, dont les premiers symptômes s'étaient déclares, en lU3ti, pendant le siège de Dôle f se manifesta avec une effrajrante énergie et sévit , à plusieurs reprises, dans lin intfTvalle de dix ans, contre les populations du comté. La province perdit la moitié de ses habitants par la contagion, par la famine ou l'énn'gration , et elle était réduite à l'état le plus déplorable et le plus affreux, lorsqu'en 1639, le rappel des troupes impériales dont la présence était devenue nécessaire sur d'autres points , et la retraite des troupe.s françaises , lui donnèrent eniiu quelque répit. Lu crainte de voir tous les maux de la guerre fondre de nouveau sur son territoire, engagea la Franche-Comté à réclamer les bénéfices de l'ancienne neutralité, qui fut, e» effet, renouvelée en 1642, moyennant la somme de 40,000 écus que les Comtois promirent de payer jusqu'à la conclusion de la paix entre la France et l'Espagne.

Mais la conquête de la Franche<2omté ne fut qu'ajournée par le nouveau traité

fBAVjCWMaHTi L*^^^^!^^^^ WBÀWOm^WJpk

jde neutralité. La paix conclue, en 1659, avec l'Espagne, ayant été rompue en 1(S68 , Louis XIV reprit rexocution de la pensce de lliciielieu; il pensa, avec raison , qu il devait proUler » pour frapper ce gra^coup, de Tétat d*afïaiblissemeiit et de décadence dans lequel l'ancienne rivale de la France était tombée. Ce tut enœre le prince de Condé, en sa quaUté de gouverneur du duché de Bourgogne , qui fut chargé de conquérir I l province espagnole. Il fallait cependant beaucoup d'adresse et de prudence pour assurer le succès de Tentreprise. Les Suisses, par un traité d'alliance conclu avec l'Espagne en 1634 , lui avaient garanti la conservation de la rranche-Çomté ; et, d'après ieui s engagements, ils devaient mettre 14,000 hommes en campagne pour défendre la province dès qu'elle serait menacée.

Quant aux habitants du pays, il importait de profiter de la confiance ou ils étaient pour les surprendre et les réduire avant qu'ils eussent pu se concert«r pour repousser les Français. Sous le prétexte d'aller tenir les états de Bour«

Î;ogne, Condé partit de la cour dans es derniers jours de novembre 1667. Il chargea le comte de Chamilly, le chevalier de Kivière, Kicousse et quelques ingénieurs, de reconnaître en secret l'état des troupes, des places et du pays qu'il voulait attaquer, leur recommandant de se déguiser et de se conduire avecla plus grande prudence. Dans le même temps , le résident du roi en Suisse, TMoulier, d'après les instructions du prjnce, ouvrait avec les Francs-Comtois une négociation pour le renouvellement de leur neutralité, et pour le payement du subside annuel exigé par" la France. Quand les députés de la province arrivèrent à Dijon , le gouverneur de la Bourgogne les renvoya dans leur pays deniaiuler de nouveaux pouvoirs et une somme plus forte, les faisant suivre par Chamilly, qui profita du voyage pour reconnaître les deux places de Besançon et de Salins. En effet , depuis vingt ans, Besancon, autrefois si jalouse de son indépendance, n'était plus une ville impériale; l'Empire, en 1648, l'avait cédée à l'Espagne en échange de Franckenthal.

«Tandis quç le prince de Condé

donnait le change aux Francs -Comtois sur ses véritables desseins, divers corps de troupes av.nCnt été mis en mouvement pour se rendre dans les parties éloignées djt^ royaume, les autres en Lorraine, d'autres en Boossillon, d'autres dans la Marche; mais tous traversaient la Bourgogne en m^nie temps, tous reçurent eu même temps un contre-ordre, en'sQrte que l2,oao hommes d'infanterie^ 8*000 de cavalerie, l'artillerie et les vivres se trouvèrent comme par enchantement sous la main de Copoe, au commencement de f^^vrier 1668, sans que personne fût averti de leur marche. Le plan d'opération du prince de Condé consistait à porter le gros de son armée d'Auxonne a ^.ochefort, laissant Dôle sur la droite, et de là à Besançon, pour couper la Franche- Comté à peu près par le milieu, mettre les milices dans l'impossibilité de se réunir, isoler les places susceptibles de résistance, et les empêcher de se prêter un secours mutuel. Du 2 au 4 février, Chamilly, Condé, Luxembourg entrèrent en Franche-Comté ensemble, mais en prenant des directions différentes.

Le marquis de Jenne, gouverneur de la provinee, n'avait ni troupes ni argent.

Le parlement de Dôle, composé presque uniquement de bourgeois et de praticiens, ne montra ni courage ni patriotisme; il ne prit nueune mesure à temps, il n'avança point d'argent pour lever des troupes, et la Franebe-Comté se troura tout aussi hors d*état d'opposer aucune résistance, que l'avaient été les Pajrs- Bas dans la campagne précédente.

« Besançon ouvrit ses portes le 7 fé- Trier; Salins et ses deux lorts se rendirent le mèmejour. En même temps, Louis et Louvois étaient arrivés n Dijon, où on leur porta ces deux capitulations. Dôle fut investie le d.Cette forte ville repousse les premières attaques; les assiégeants y perdirent du monde, et l'on commençait a craindre que le siése ne se prolongeât . lorsque le chevalier de Grammont , celui que sa gaieté et ses vices ont rendu célèbre, et dont son beau-frère, le chevalier Hamilton, a écrit les piquants mémoires, offrit à Louis XIV d'entrer dans la ville, et d'essayer ce que la pei^ suasion pourrait faire. T,e roi y consentit, et le chev^ier fit si bien, en

FRAircmE-oMrré FRAI9C& nuNCMfe-ceni 4M

excitant les craintes des principaux habitants sur les dangera auxquels ils s'exposaient, et en réveillant leur rivalité avec Besançon, où Louis XIV, prélendait-il, transporterait le siège de la province, si on lui opposait une trop vive ïésistance, qu'il leur tourna In tête, et que la capitulntion de Dole fut signée le 13. Le lendemain, le roi entra dans la ville, et le parlement déclara -rebelles les Francs-Comtois (]ui refuseraient de se soumettre. Pontarlier, le fort de Joux, celui de Sainte A qiiès , cédèrent, bientôt après, à la crainte plutôt qu'a la force; le marquis de lenne lui-même l^t fait prisonnier. L*abbé de Valteville, frère du baron ambassadeur à Londres, homme intrigant et ambitieux, embrassa le parti de la France, et avec Jenne ils entrèrent dans Gray, la plus forte pinredela province, et la décidèrent à ouvrir le 19 ses portes à Louis XIV. Ainsi, en quatorze Jours, toute la Franche-Comte fîit conquise : quatre places fortes, trente-six villes tmnées et un grand noni!)re de cliAteritix avaient ouvert leurs portespresçjue sans résistance. Cette conquête SI rapide excita en France des transports d'admiration et d*en* thousiasine; le peu de résistniice des ennemis était regardé ( oitiinc une preuve de plus de Thabilele du roi; tous les poètes du temps la célébrèrent. Boileau , laissant à d'autres le soin de suivre au champ de Mars son courage rapide,

n Bt camper devant Dâle au milieu des hivers. »

le loua avec délicatesse

" De chercher diiii» la paix une plus juste f^loire (*).

Louis était lui-même au comble de la ioie*, il prouva sa reconnaissance pour le prince de Condé en lui donnant le gouvernement de la province conquise, et en disant au duc d Fngbien , son fils : « J*ai toujours estimé votre père, mais « Je ne l'avais jamais aimé. Aujourd'hui, « je l'aime autant que je l'estime.» D'autre part, cette expédition avait renouvelé Talanne de l'Europe. Le nonce du pape, les envoyés d*Angleterre et de Hollande, représentèrent qu'il était étrange que, tandis que leurs maîtres travaillaient à la paix, la France entreprit au milieu de l'hiver une conquête

(*) Éphre première.

qui rendait l'arrangement plus difficile. Louis répondit, le S7 janvier, «que quelques nouveaux progres que pussent

faire ses armes en cette expé<lition, ils ne l'obligeraient pas à rien changer aux conditions de paix des deux alternatives qu'il avait offertes , pourvu qu'elles fus* sent acceptées par les Fspagnols (*). »

Louis XIV', après avoir rontjuis la Franche-Comté une première fois, l'avait rendue à l'Espagne par le traité d'Aix-la-Chapelle. La seconde fois, il la garda et la réunit définitivement à la France: le traite de ^imègue, en 1678, donna d'ailleurs la sanction de l'Europe à cette importante acquisition. La conquête, il est vrai, laissa pendant longtemps de vifs regrets aux Comtois; ils se sentaient humiliés d'avoir perdu les franchises dont ils avaient Joui sous la domination espagnole. Au temps heureux de leur indé()endance, aucun impôt ne pouvait être établi , aucun subside ne devait être levé sans le consentement des états de la province (voyez États PROViNCî ATTX}. A partir de la conquête, les députes du comté ne f urent plus convoqués; le gouvernement royal régla comme il l'entendait l'établissement et la répartition des taxes provinciales. Le parlement établi par l'Espagne, à l'exem-

Ële de la cour souveraine du duché de Bourgogne, fut maintenu par Louis XIV, et continua de siéger, comme autrefois, à Besançon. Au moment où le prince de Conde s'était emparé de la Franche-Comté, elle était divisée en trois bailliages, à savoir, le bailliage d'amont, celui de Dôle ou du milieu, et celui d'aval. Louis XIV créa un quatrième bailliage, composé de la ville de Besançon et de cent communautés, qui furent démembrées des autres bailliages pour foDiier celui-ci. Les quatre baillis, tous d'epee, jouissaient d'un grand crédit, et vendaient les charges de lieutenants généraux et de lieutenants particuliers de leurs bailliages. Mais la vénalité des charges ayant été introduite dans le com^ en 1092 , ils perdirent cet avantage, pour lequel il leur fut donné à chaeun , à titre d'indemnité, di iix mille livres de gages. Avant la révoiu-

(*) Sismondi, Butoirt 49» français, t. XXV, 147-149*

nUlIGHB-GOlITÉ L*UiaV£RS. FRANGHB-GOMTE

tion de 1789, le goovernement de la

Franche-Comté se divisait en bailliage d'amont (capitale J'esoul), en bailliage de Besan^n {^Besançon) ^ en bailliage de D6le (Ddfe), et en bailliage d'Aval {Salins). Tous ces pays forment aujourd'hui les départements du Doubs , du Jura et de la Haute- Saône (voyez ces mots). Remarquons, en passant', que la nouvelle division administrative de la Franche-Comté a donné trois départements, c'est-à-dire un nombre presque égal à celui des quatre départements qu*a produits le partage de la Bourgogne proprement dite : tant il est vr:ii (ju'il n'existait presque aucune ditïerence entre ces deux provinces ([uant à leur importance territoriale, et que la prééminence politique de Tune sur l'autre ne peut s'expliquer que par la nature du sol et la richesse et 1 industrie de ses habitants.

Comtu de Bourgogne. T.es comtes, de méfne que les ducs de Bourgoi^ne, furent d'abord heneliciaires ou amovibles, et devinrent ensuite propriétaires, saivantla remarque de M. Dunod. Il est vrai que dom Plancher prétend qu'ils possédèrent, dès l'origine, leur gouvernement en propriété. Mais sans examiner jusqu'à quel point cette dernière opinion est exacte, nous rapporterons quels ont été les comtes de Bonrgoî^ne depuis le commencement du dixième siècle jusqu'à la fin du quatorzième siècle.

I. 914. Vers ce temps, nous voyons que Hugues le Noir, iils puîné de Richard le Justicier, duc de Bourgogne, et d'Adélaïde, son épouse, était comte de Bourprogne, et reconnaissait pour souverain le roi de France. (Charles le Simple, dans une charte datée de Tan 915, le qualifie de tthi'iUustre comte ^ et lui accorde la ville dê Poligni. Boson, frère de Hugues, eut aussi part au gonvernement, mais probablement sous la dépendance de Hugues , qui , pour mieux faire ressortir sa préémnience, prenait le titre ù'ai'chicomfe. L';m 037, les Hongrois ayant passé le Rhin a VVorms, se répandirent dans TAlsace, la Lorraine et le comté de Bourgogne* où ils commirent les plus affreux ravages, sans que Hugues pdt les arrêter. Ce seigneur, en 938, devint duc eu partie de

la basse Bourgogne. En 940, il fit serment de fidélité a Conrad , roi d'Arles , à raison des fiefs qu'il possédait dans la Bourgogne traasiurane. Il mourut en 959, le 17 décembre. Boson était mort en 935, au siège de Saint Quentin.

II. 952. Ciselbert, duc de Bourgogne en 923, devint comte de Bourgogne en 952 , par la mort de Hugues le noir, son beau -frère. On suppose qu'il est mort en 956.

Mais tandis qu'il administrait ses États, sou beau-frère Léotalde, comte de Mâcon , fils d*Albéric de Narbonne, était aussi comte en Bourgo^^ne. Léotalde, en cette qualité, vint faire hommage au roi Louis d'Outremer en 95 1 , lorque ce prince était en rbute pour l'Aquitaine. Pendant ce voyage, Louis étant tombé malade, Léotalde, qui raccompagnait, se tint constamment auprès de son lit, et lui fut d*un grand secours, selon le témoignage de Frodoard. Dans une de ses chartes, Léotalde se quatiiie le plus noble des comtes de Bourgogne, Ego Leotaldus caeiprorum comitum noMlissimus , apparemment parce qu'il posséd.iil le comté de Besançon. On ignore Tannée de la mort de Léotalde, niais il n'était plus au monde en 971.

in. Âlbêric, fils de Léotalde, et son collègue dans le comté de Mdcon, dès 962, lui succéda probablement. Il mourut en 975.

IV. 975. Léotalde II ^ après la mort de son père Albéric, heritu des cotntés de Bourgogne et de Mâcon. Il cessa de . vivre en 979.

V. 979. Aibéric H succéda en bas âge à Léotalde, son père, et mourut en 99Ô. avant d'être marié.

\1. uuô. Otton^ ûitOite- Guillaume, filsd*Adalbert, roi de Lombardie, et de Gerberbe, fille de Lambert, comte de Chtilon, devint duc et comte de Bourgogne par le droit de sa mère, petite-fillede Giselbert. Le duché, auquel il ne pouvait prétendre qu'en sa qualité de fils adoptif de Henri le Grand, duc de Bourgogne, lui lut dispute par le roi Robert. En 1002, les dcu.\ concurrents prirent les armes pour soutenir leurs prélcntions. Otton trouva de puissants et dévoués auxiliaires dans son beau-frèçe Brunon, evéque de Langres,

BUNC1UMU>MTÉ FKi

et dans son gendre Landri, comte de Nevers. Un grand nombre d'autres seigneurs du Quché soutinrent aussi sa cause. Après douze années de guerre, Otte- Guillaume fit son accommodement avec Robert, qui lui laissa le comté de Dijon pour sa vie, et garda le reste du duché de Bourgogne. Le roi d'Arles, Bodolphe III, le nomma gouverneur de ses États ; mais une fois investi de ce titre honorifique, Otton ne souffrit plus qu'on Ten dépouillât; il continua de jouir d*une autorité presque souveraine dans le royaume d'Arles jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 21 septembre 1027, à Dijon , où il faisait sa résidence ordinaire. Otte était regardé eomme Tun des plus habiles, des plus vaillants et des plus puissants princes de son temps.

VII. 1027. Renaud fils d'Otte- Guillaume, lui succéda dans le comté de Bourgogne. Henri in, roi de Germanie, et héritier du royaume de Bourgogne par l'empereur Conrad , son père , étant venu, eu 1038, à Soleure pour s*y faire couronner et y recevoir Thommage de ses vassaux, Renaud refusa de comparaître à cette cérémonie, prétendant qtiil ne relevait que de son, épée. De là de profonds dissentiments, qui conduisirent, en 1043, à une guerre entre le roi de Germanie et le comte de Bourgogne. Renaud, aidé du comte Girard, assiégea Montbeliard, dont le comte soutenait les intérêts de Henri et commandait ses troupes; mais il fut défait devant cette plaro et obligé de prendre le parti de la soumission. Il se rendit donc, en 1045, à Soleure, où il rendit iiommage au roi de Germanie.

Cet arrangement lui permit de vivre en paix jusqu'à sa mort, qui arriva le 3 septembre 1057.

Vin. 1057 , Guillaume f , surnommé le Grand et Téte hardie, succéda à son père Renaud, et eut à défendre d'abord son héritage contre Gui, son frère. Après l'avoir forcé d'évacuer le pays, il augmenta considérablement ses possessions par son mariage avec Étiennette, héritière du comté de Vienne, et

f»ar la donation que Gui, son cousin, uî fit, en 1078, du comté de Mâeon.

Guillaume entretint la paix dans ses Etats, et mourut en 1087. Entre autres enfants, il laissa ua fils, qui, s'étant

«CE. nAM€IIB-C01IT£ 467

établi en Espagne, devint pdre d'Alphonse VIII, roi de Castille; un autre qui fut pape sous le nom de Galiste II; et des tilles mariées à Ludes I'', duc de Bourgogne, Humbert II, comte de Savoie, Robert H, comte de Flandre, etc.

IX. 1087. Renaud II, son (ils aîné, mourut en allant à la première croisade.

X. 1097. Guillaume H dit CMlemand<, fils de Renaud II, lui succéda sous la tutelle d'Ëtieane son oncle, qui continua de praidre le titre de comte

de Bourgogne, comme il avait fait pendant l'absence de Renaud. En 1101, Etienne abandonna le soin de son pupille pour passer aussi en Palestine. Il y trouva la mort en 1102. Le jeune comte épousa, vers 1107, la fille de Berthold II , duc de Zaehrinsen, de là sa qualification de Cames jélemaimiti.

On ignore Tannée et le genre de sa mort. Pierre le Vénérable raconte gravement que, suivant les bruits répandus aprâ la mort de ce priuce, le diable Tavait eniporté , en punition des vexations fréquentes et affreuses que Guillaume avait exercées contre diltérents monastères. Un jour de fête, comme il était assis en son palais de Mâcon , au milieu d'une nofnbreuse compagnie, un cavalier inconnu était entré subitement dans la cour, et l'ayant appelé comme pour lui parler en secret, l'avait fait monter derrière lui; puis, lâchant la bride, l'avciit emporté dans les airs, tandis que le malheureux criait de toutes ses forces : « A mon secours, « chers amis, à mon secours !» On le suivit tant qu'on put , de la vue, mais enfin il disparut complètement aux regards des hommes pour aller s'associer éternellement aux démons (*).

XI. Guillaume III, VEnfant, fds et successeur de Guillaume II, fut assassiné à Payerne , dans la Bourgogne transjurane.

XII. U'il. Renaud III, petit-fils, par son père, de Guillaume leGraud, succéda à Guillaume TEnfant dans le comté de Bourgogne, mais non dans celui de Mâcon. Les historiens contemporains le nomment le très-grand comte, h iw

(*) Petr. Yeaerab., lib. n, deMirae^di, I.

46» PRANGHB-COaTlÊ L'UMVERS. .FRANCHE-COMTÉ

de sa puissance, qui» reeonnoisstfent

Lyon, Vienne, Besairçon, les pnys compris depuis Bâie jusqu'à Tlsere , il osa refuser à l'empereur Lothnirerhoinmaque eeluHGÎ lui demandait comme roi de Bourgopne. T,othaire le proscrivit et conlisaua ses États au profit de Conrad de Zsenringen, vicaire du royaumed' Arles. Pendant plusieurs années Renaud tint téte à son compétiteur, qui parvint cependant à le taire prisonnier et le fit conduire à la diète alors assemblée h Strasbourg. « Les princes furent si charmés de son air nol)Ie et du ton d'assurnnre dont il s'expliqua dfnntit eux, qu'ils le renvoyèrent libre dans ses États qui , depuis ce temps , furent appelés FYanene 'Comté , parce que les comtes de Rniir^oimp jouissriient d'une plus grande indépendance que les autres, et que leurs sujets avaient de plus grands privilèges que ceux des autres comtés (*). »

Après la mort de Lothnire, munies exigences de l'Empereur, mêmes refus du comte, et confiscation en faveur du mênie duc de ZxhringeD. Après avoir épuisé les forces de leurs armées, les deux rivaux en vinrent à un combat singulier qui ne décida rien. Entin, le duc fut obligé de quitter la partie.

Renaud mourut possesseur de tous ses domaines , ne laissant qu'une fille de son mariage avec la fille de Simon 1*', due de Lorraine.

XIII. 1148. néatrix et Fr£''rférfc. Suivant l'usage du comte, Béatrix, encore en bas âge , succéda a Renaud de préférence à son oncle. Ce dernier ne devait exercer que la tutelle; il en abusa pour dépouiller Béatrix. Mais l'ambitieux se trompa dans ses vues. I/enipereur Frédéric convoitait cette proie j il obligea le tuteur de lui remettre la jeune princesse, avec son héritage, et Tépousa aussittit à Wurtzbourg, en 1156. Le prenjier soin de l'Empereur fut de s'aceommoder avec le duc de Zxbringen , et de lui donner en échange de ses prétentions sur le comté, ravouerie de Getieve, T>ansanne, Sion, et le vicariat de la partie orientale du royaume d'Arles,

En 1189, Frédéric, veuf depuis qna-

(*) Art de 'vérifier les dates.

tn ans , donna , du consentement des

2:rands vassaux de la province , le comté de Bourgogne à son fils Otton , mais en retenant la ville de Besançon. Cette cité devint alors impériale et conserva ce titre jusqu'en 1650 , époque où elle fut rachetée par le roi d'Espagne.

XIV. 1190. Otton ou II, troisième fils de Frédéric , joignit au titre de comte de Bourgogne celui de palatin qu'il transmit à ses successeurs, et auquel était attaché le vicariat de la partie occidentale du royaume d* Arles. Il mou* rut en 1200, laissant une fille unique de son épouse, fille de Thibaut V, comte de Blois.

XV. 1200. Béatrix II et Otton II ou ///. L'héritière d'Otton épousa , en 1208 , Otton le Grand , duc de Méranie. Le vicomte d'Auxonne , irrité de cette alhance, reprit le titre de comte de Bourgogne , auquel il avait déjà mani;festé des préterulons sous Otton I**", comme descendant, aussi bien que Béatrix I'', de Guillaume le Grand. Ce fut le signal d'une guerre longue et sanglante. Pour subvenir aux trais qu'elle exigeait, le duc de 'Mérnnie enga^ea^ en 1227, le comté de Bourgogne à Thibaut le Posthume , comte de Champaf

?;ne, moyennant t5,000 marcs d'argent, ilnfin, la paix se conclut en 1228, et le mariage d'Alix , fille du duc, avec Hugues , petit- fils du vicomte , y mit le sceau. Otton mourut vers 1284.

XVI. 1234. Otton III ou IF, le Jeune , fils unique du duc de Méranie)

décéda sans postérité.

XVII. 1248. Mix et Hugues. Sa sœur Alix lui succéda. Le mariage de cette princesse, qui fit rentrer le patrimoine des premiers comtes de Bour-

âogne dans la famille de leurs descenants , avait été le fruit de la sage politique de Jean de Cbâion ; la reconnaissance du mari d'Alix ne répondit pourtant pas aux intentions bienveillantes de son père. Hugues et sa femme se liguèrent, en 125l , avec le duc de Bourgogne contre Jean de Châlon , et la réconciliation entre le père et le fils n'eut lieu qu'eu 12ô0, par la mediatioo de Louis IX. Trois ans après , Jean reprit de son fils la seigneurie de Salins

3u'il avait acquise de Hugues IV « dms e Bourgogne.

PRA«cinrrm.K FRANCE.

Le mari d'Alix mourut en 1200. Sa veuve se remaria, eu 1207, avec Philippe , comte de Savoie. Les époux rachetèrent , par acte éa mois d'avril 1270, tous les droits que le duc de Bourgogne pouvait avoir dans leur comté, à la réserve de ses prétentions sur Dôle, quMl conserva dans sa moavanœ.

. Ils n*eurerit point d*enfants.

XVIII. 1279. Otfon ir ou dit Ùttenin , fils aîné de Hugues et d'Alix, montra, comme nous Tavons dit, un grand attachement pour la France (voy. plus haut , p. 147 , col. 2). Ayant perdu sa première femme , fille de Tliibaut II, comte de Bar, il épousa Mahaut, fille de Robert II, comte d'Artois. Otton et sa femme traitèrent plus tord, avec Philippe le Bel, du mariage de Jeanne, leurlille, avec Philippe, comte de Poitiers, son fils, union qui s'accom-

f>lit en 1306. Blanche , une autre de eurs filles, épousa, vers 1307, Charles, comte de la Marche^ depuis Charles . le Bel.

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