‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 147 sur 198 · FRANÇOIS DE N · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE N

cembre 15C0, /igé de dix-sept ans dix mois et un jour. Ses obsèques se lirnit sans aucune pompe. ( Voyez Fur<iÉ-

Le pouvoir des Guise finit avec sa vie; Catherine de Médiris le letir enleva aveiï cette haibileté diplomatique 4ûi ra ^rfdue si célèbre.

François II ( monnaie de ). — I.é règne de Frriîiçois II fut si court qu'on n'eut pas le temps de graver des coins à son empreinte: et les seules monnaies frappées a s6n nom , qui soient parvenues jusqu'à nous, ont été forgées en Écosse : on sait qu'il était devenu roi de ce pays par son mariage avec Marie Stoârt. Mais ces pièces , qui sont assez rares, n'intéressent en rien l'histoire monétaire de la France : nous nous dispenserons de les décrire. Disons seule* ment (fde tout èn continuant, pendaht le peu de mois que dura le règne de François II, de battre monnaie avec les coins de son père Henri II , on eut soin de changer le millésime ; de sorte que Pon trouve quelquefois des niei es marquées au nom du père èt datées du règne du fils.

fiiAzscois DE France, due d'Alençon , puis d'Anjou et de Brnbant , et irère de François II , de Charles IX. et de Henri III, né en I.j31 , se mit à la téte des mécontents lori»que Henri 111 monta sur le trône de Pologne. Conjuré avec le roi de Navarre et les Montniorency, il voulait s'assurer la couronne àe France ,^ décréter la liberjté religieuse èt écarter du gouvernement Catnerine de Médicis, sa [ncre. Celle-ci le fit arrêter; mais le duc d'Anjou ayant succédé à Charles IX, François parvint à ressaisir sa liberté {1370 j. Il en profita pour exciter de nouveaux troubles, et se mit à la tète (ies reîtres et des lansquenets. Cependant on l'apaisa (voy. Paix de i'\10l^slEu^^). Toutefois, quelque temps après, appelé par les confédérés des Pays-Bas, il alla les commander maliiré son frère, et se rendit maître de quelques places (voye^ FI.ÂNDBB). Mais au bout de peu de temps il licencia son armée, et passa en Angleterre pour conclure son mariage avec iLlisabeth, qui le jotia , et refusa de s!uBiK avec iyi ^ .nial^^ré l'anneau

foi. De retour dans les Pays-Bas, en 1581 , il délivra Cambrai, prit Cateau- Cambrésis, revint encore à Londres aussi iiiutileiiient que la (i^mière fois, et alla enfin se faire couronner duc de Rrabant a Anvers, et comte de Flandre à Gand en 1582 ; mais l'année suivante , ayant voulu asservir le pays dont il n'était que le défenseur, et se rendre maître d'Anvers, il y fut entièrement défait et oblige de retourner en France. Il y mourut de phtliisie en 1584, à vingt-neuf ans , au moment où les états allaient de nouveau le reconnaître pour leur souverain. Tous les historiens l'ont regardé comme un prince léger, bizarre, vil, incapable, débauché, et qui mêlait les plus grands dé&uts à quelques bonnes qualités.

FfiANÇois , duc de Bretagne. Voyez

BBBTAOk'B.

Fbançois (Jean-Charles^), çraveur ordinaire des dessins du 'cabmet de Louis XV et du roi Stanislas, né à Nancy en 1717, mort à Paris en 170i), n'eut à proprement parler aucun maître, et devina pour ainsi dire les principes et les prorédr-s de son art. Ce fut lui qui inventa ia gravure en manière de crayon, découverte qui lui valut les applaudissements de l'Académie de peinture et une pension de 600 IV. !\îais bientôt d'autres artistes l'égalèrent dans ce genre : un d'eux voulut même s'en approprier ridée première, et le chagrin que François en ressentit le conduisit au tombeau. Ou regarde comme ses chefsd'œuvre un Corps de garde , d'a()rès Vanloo ; une f iergc, d'après Vien ; une jilarclir de car a/crie, d'après l'ariocel ; et un cle.ssin au lavis, d';!jn'ès Boucher.

FiiANçois DK ISeli luaieau ( Nicolas-Louis ) naquit en 1750 au village de Saffais, en Lorraine , oiJ son père , suivant la version la plus accréditée, dirigeait une école primaire. Élevé par les soins du comte crHenin, bailli d*Alsace qui habitait la ville de Neufchâteau , il fit de si rapides progrès dans ses études, qu'il devint dans toute l'acception du mot un enfant célèbre. Dès râge de quatorze ans il fit imprimer, sous le titre de Poeshs diverses , des épîtres, des fables, des imitations d'Anacreon, d'Ovide, d'iioraee et de Vir-

4u*dle lui avait donné pour gage de sa gile (1765). L'aniiée suivante , parut

ftlUNÇOIS DE H. FRANGÉ. piuvcolÎ 467

une nouvelle éditign de ces œuvres, Uoqt rextrêmfi jeunesse de Hauteur excusait

la faiblesse sous le rapport de Tinvention et du coloris. Les académies de Dijon, de Lyon, de Marseille et de ^'aucy reçurent parmi leurs membres le poète adolescent, et Voltaire luimême lui adressa des félicitations pleines de ces hyperboles qui ne coûtaient rien qu malin vieillard. Enfin la ville de Neufchâteau 8*empressa de l^adopter et de lui donner son nom, hommage flatteur sanctionné ensuitepar un arrêt du jparlenusnt de Lorraine.

Lorsquril dut se cboîsùr une carrière , il résolut de niynir Ifê épines de la jurisprudence aux roses ae la littérature ^ c'est-à-dire qu'il entra au barreau et dans la magistrature, sans renoncer à tourner de ces poésies fugitives qui lui avaient valu une gloire aoticipée. En 17iS3 . il fut nommé procureur général au cuiii^eîl supérieur du Cap. De retour ei| France , après plus de quatre ans de séjour dans la colonie de Saint- Domingue , il partageait son temps entre les lettres et lagriculture, quand la révolution le jeta sur une plus vaste scène. II rédiizt a alors les cahiers du bailliage de Toul et fut nomme député suppléant à TAssemblee nationale; il ne fut point appelé à y siéger, mais il fut ensuite élu député à rAssemblée légisr lative , dont il devint secrétaire le 3 octobre 1701 et président le *Àè dépembre auivant, ,

, Voyant entrer les hommes de la révolution dans une voie où il ne crut pas devoir les 'suivre , François de Neufchâteau s'éloigna de lacaD(lidature|>our la Convention , et refusa le port^euiJie de la justice qu'on lui offrit le.6 octobre 1793. Rendu à In litrératnre , il donna au théâtre de la republique ( T' août 17'J3 ; la comédie de Paméla, qui plut moins aux comités conventionnels qu'au public. Ln pièce fut jugée incivique, et l'auteur ne recouvra sa liberté qu'après le 9 tberiuidor. il était depoia la fui de 1794 commissaire du directoire exécutif du département des Vosges, lorsqu'il fut nommé ministre de l'intérieur , eu remplacemeat de Bezech ( 16 juillet 1797 ). Â peine ins* (allé ,1 il w vi^ cboisi pour succéder au directeur Carnot , ^e tenait de frap-

per la loi du 19 fruaidor. Toutefois sa coopération au gouvememeiit eut pev de retentissement , et au bout de nuit mois le sort, ou plutôt , à ce que l'on prétend , un traité secret , arrangé entre les parties , ût tomber sur lui le bulletin d'exclusion. Le directeur sortant fut envoyé comniH ministre plénipotentiaire aux conférences de Seitz ( voy. ce mot ) , et reprit ensuite Ip portefeuille de rintérieur ( 19 juip 1798).

Dans Texercice de pes fonctions, François de ÎSeufchàteau manifesta le zèle le plus louable pour Le progrès de l'agriculture, de llndustria, des science ae l'instruction publique et des beaux* arts. Mais son crédit ne le sonlinl au ministère que pendant une année. Sénateur après le 18 brumaire, et pendant deux ans président du Sénat ( 19 mai 1804), il eut souvLMit l'occasion de porter la parole à Napoléon dans des circonstances soleimelles. Le dévouement qu'il exprimait dans ces piinégyriques avec les formes de l'adulation la plus exagérée, lui valut, entre autres récompenses, le titre de comte. Mais, à partir de 1807, il ne s'occupa plus guère jusqu'à la fin de ses jours que de ses tra* vaux pour les progrés de la science agricole. Eu 181 G, il fut compris dans la réorganisation de l'Académie Iran* çaise par l'ordonnance royale d<) 31 mars; mais, malgré ses avances au nouvtMu L'ouverneuïent , il ne [)ut rentrer dans la chambre des pairs. Frau- ' çois de Neufchâteau mourut à Paris eq 1828, et avec lui s'est effacée une des dernières traditions vivantes du dixliuitienie siècle. . , .

Parmi les productions. sa plume féconde nous citerons : uu Discours sur la rnanière de lire les vers ( 1775 , in-8° ) ; un recueil assez intéressant intitulé le Conservateur ( 1800, 2 vol. in-8° ) ; un Foyage agronomique dans lu sénatorerie de Dijon (18()(i. in-4"); Wirt de mut a plier les grains ( 1810, in-8" ) i des I^ables et Contes en vers ( 1814, 2 vol. in-ia ) ; des {éditions de Pascal et de Lesage, etc. , etc.

Fbancoli (prise du fort de). Le général Suchet avait investi, le 4 mai 1811 , la plaee deXarragqne, et, depuis

{)lus d'un mois, il poussai)^ avec vigueur es travaux du siège ; mais l'attaque

FRANCOLI

FRANCS

était contrariée à l'extrême droite par le fort de Francoli. Il résolut donc de le faire enlever. Dans la nuit du 6 au 7 Juin, cinq batteries, chacune de dnq pièces , furent placées contre le fort « sans que le clair de lune et le feu meurtrier des Espagnols pussent ralentir un seul instanti araeurdes Français. Lefort de Francoli , situé à Tembouchure de la rivière du même nom , est défendu par un fossé plein d'eau, par une escarpe et une contrescarpe revêtue, par un chemin couvert avec une place d'armes; de plus, unp liîznr' fortifiée , de 80 toises, le lie aux murs de la ville. La prise de ce fort offrait, on le voit, d'énormes difficultés ; mais elle importait tellement à la réussite des opérations subséquentes , que Suchet dut la tenter. Le 7 , au point du jour, la canonnade commença, deux marins sautèrent bientôt, et elle continua d'être si bien dirigée , qu*à six heures du soir, la brèche était déjà praticable. Trois colonnes formées de troupes d*élite , sous les ordres du colonel Saint-Cyr-Numips , furent commandées pour l'assaut.

Kien ne put arrêter nos braves : ils franchirent le fossé avec de l'eau jusqu'à ta ceinture, escaladèrent la brèche sans coup férir, et s'emparèrent de la gorc^e . sous une terrible déeliarf:;e de mousqueterie. L'ennemi n'osa point en iaire une seconde, et s*enfuit précipitamment sous les murs de la place , oîi nos soldats le poursuivirent avec leur audace accoutumée. Bientôt une grêle de balles et de boulets fbt dirigée contre eux de trois côtés différents , du fort Saint-Charles , du môle, et de la basse ville : leur courage demeura inébranlable , et ils attendirent de pied ferme la construction des travaux qui devaient le<^ protéger. Le lendemain , dès le jour, Its Français qui occupaient le fort furent assaillis de nouveau par un feu terrible de mitraille et de mous* queterie ; mais déjà les troupes logées sur les faces avaient retourné les parapets contre l'ennemi. Bientôt le logement fut aussi achevé à la gorge, la • communication établie , le fossé comblé , et les Espagnols durent diriger leurs efforts vers d'autres points. L'occupation dn Francoli, qui permettait aux assiégeanU de battre le port de

Tarraiîone, et d'empêcher les Anc;l;iis de jeter par mer des renforts dans la place , ne nous coûta que 15 morts et environ 40 blessés.

Fbanconie. Cette contrée de l'Allemaîrne centrale, appelée en allemand le pays des Francs {Franken ou Frankenland) , fut désignée sous le nom de France orientale ou germanique sous le règne de Charlemagne. Fji effet , ce prince , af)rès avoir réprimé la révolte d'Hostvath, un des comtes de Thuringe , en 786 , détacha la partie la plus méridionale de cette tirande province , y transplanta une forte colonie de Francs, qui s'établit sur le haut du Mein , et leur territoire fut incorporé à la France rhénane , dont il forma la partie la plus orientale.

Les comtes franconiens se rendirent indépendants lors de la dissolution de l'empire carlovingien et de la constitution définitive de la féodalité. L'un d'eux, Conrad I*"*", fut roi de Germanie en 91 1, et fonda la première maison salique. La maison de Franconie a en outre donné quatre chefs n l'empire germanique.

La plus i^ran lc partie de la Franconie appartient maintenant a la Bavjere.

FRANComriLLE, ancienne seigneurie de l'Ile-de-France, dans la vallée de Montmorency , aujourd'hui du département de Seine -et- Oise , érigée en marouisat en 1619, en faveur d'un membre de la famille d'O, à laquelle elle appartenait depuis le quinzième siècle.

C'est à Franconville qu'a été planté, plusieurs années avant la révolution, le premier arbre de la liberté. Il s'élevait dans les jardins de M. d'Albon, audessus d'un groupe de ruines , et supportait deux inscriptions, la première , dédiée à Guillaume Tell :

HILVETIOO UBSEATOBI 6UIUIUI0 TUL.

Atmo 178a*

La seconde :

A J.K I.IBBRTB, CA.MII.I.B D*AIJIOir. I^Sl.

Fn.4NC8. On écrivit au moyen âge des chroniques et des annales , mais on ne fit pas une seule histoire. Tout oe ui demandait de la critique était auessus de la portée des hommes de cette époque. Ils n'ont émis que des idées bizarres, absurdes même, sur les origines du peuple franc* Quoique moins

uiyiiizoo by Googlc

FRANCS

FRANCS

éloignée du temps de Tinvasion, la nation avait , au douzième siècle , oublié entièrement les traditions relatives à la diversité des éléments dont elle était composée ; elle a*aTait plus aucune idée de la distinction primitive des Francs et des Gallo-Romains , des circonstances et du caractère de la conquête germanique , de riiostilité des races , ni de toute cette réalité historique que la critique de nos jours a retrouvée. Ainsi , Von croyait communément que la nation française descendait en masse des Francs , et que les Francs étaient issus des compagnons d'Énée ou des autres fueitifs de Troie (*). Cette croyance populaire , attaquée par les érodits du seizième siècle, finit pourtant, malgré la faveur dont elle jouissait , par disparaître entièrement pour faire place à des opinions nouvelles. Parmi oelles-d, deux se partagèrent longtemps Tassentiment de la science : l'une rangeait les Francs, ou, comme on disait, les Français , parmi les peuples de race germanique; Tautre les faisait descendre de colonies gauloises émigrées au delà du Rhin, et ramenées plus tard dans leur ancienne patrie.

Les esprits, revenus à ce point, étaient sur les traces de la vérité, quant à la question des origines franques ; mais l liistoire de la conquête, le mode, la nature et les conséquences de rétablissement des Frnnrs dans In Gaule , donnèrent lieu à de nouvelles hvpotlièses qui , pour être moins absurdes que celle de la descendance troj^enne , n'étaient pas pour cela plus près de la vérité. Ainsi, au seizième siècle, François Hotmaa considéra l'invasion des Germains dans la Gaule comme une tentative de délivrance, à laquelle les Gaulois avalent pris part eux-mêmes , pour secouer le joug de la domination romaine, et le nom des Francs parut être à cet érudit le synonyme de celui d'hommes libres , interprétation qui d'ailleurs était déjà en crédit depuis le temps de Louis X , qui aliranchissait les serfs de ses domaines , pour que , liant le royaume des Francs, la chose

(*) Chroniques de Saint-Denis, Uv. i, di. i, dans la t. m du Recueil de dooi Bouquet. Tojec d-deiras l'art. Fkaugcoit.

fût d'accord avec le nom. La Gaule, selon Hotman , se vit enliu , après 200 ans de luttes continuelles , délivrée du ioug romain par rétablissement des oandes franques sur les rives de la Meuse et de l'Escaut. Ces bandes victorieuses formèrent dès lors , avec les Gaulois affranchis, une seule nation; et ainsi fut fondé le royaume de la Gaule franque, dont le premier roi, Childéric, fils de Mérovée , fut élu par le suffrage commun des deux peuples réunis, (]e système, étrangement romanesque, est établi et soutenu dans un livre curieux intitulé Franco'iiallia , et qui jouit pendant plus d'un siècle d'une réputation immense.

Adrien de Valois montra, en 1646, dans ses Gesta veferum Francorum , que cette alliance des Gaulois et des Francs n*était qu'une fiction , et il établit avec une érudition prodigieuse le fait de la conquête et la différence des deux peuples. Mais la lourdeur de ses démonstrations , la faiblesse de ses récits, son ignorance complète des mœurs et du caractère de ce temps-là, ôlèrent à son livre toute son autorité, et la question de Torigine et de l'établissement des tribus franques profita peu de cet immense effort.

Hotman s'était prononcé formellement pour l'origine germanique des Francs ; mais il n'avait point mis cette opinion, qtii est vraie, au-dessus des doutes et des contradictions. La susceptibilité du point d'honneur national donna du crédit à l'opinion contraire , et Ton soutint « que la Gaule ne pou- « vait être considérée comme un pays « de conquête , mais comme ayant été « perpétuellement possédée par ses na- € turels habitants (*). L'Allemagne répondit à cette prétention avec le même orgueil national , et le grand nom de Leibnitz se mêla à cette lutte de patriotisme et d*éruditioo. Mais si l'Allemagne avait raison en contredisant l'origine gauloise, et en revendiquant l'iionueur d avoir produit les conquérants de la Gaule , elle réussissait peu dans la démonstration de cette thèse. <•

Ce fut UQ savant français qui, le pre-

{*) Chantercau-le-Fèvre, Mlé d«s fiefîs, i66a.

I*UmVERS.

mANCS

mier , reconnut et démontra la vérité.

La question fat résolue de manière à ne laisser aucun doute , dans un mémoire lu en 1714, par y\co\:\s Fréret, dans^ une assemblée publique de T Académie des inscriptions et belles-lettres, liés conclusions de ce mémoire peuvent se réduire à trois : « Les Francs sont une ligue formée au troisième siècle entre plusieurs peuples de la basse Germanie, les mimes à peu près qiii, du teiii[)s de César, composaient la li* gue des Sicainbres. Il n'y a pas lieu de rechercher la descendance des Francs, ni les traces de leur prétendue migration, puisque ce n*était point une race distincte ou une nation nouvelle parmi les Germnins. Le nom de Franc ne veut point dire libre; cette signification, étrangère aux langues du ISTord , est moderne pour elles; on ne trouve rien qui s'y rap-

Sorto dans les documents originaux es quatrième, cinquième et sixième siècles. Frek, frak, frenk, franc, vrang^ selon les différents dialectes ^ermac niques, répond au mot \at\n/erox, dont il a tous les sens, favorables et défavorables, fier, intrépide , orgueilleux, cruel. » L'hommp tie génie qui marchait d'un pas si ferme et si sûr à travers les diflicultés et les obscurités de l*hi8toire nationale . qui posait ces propositions, devenues aujounl'lun autant d'axiomes, fut arrêté par lettre de cachet et enfermé à la Bastille. La vieille science avait peur d'une trop vive lumière ; le vieux pouvoir redoutait tontes les innovations.

Cette injuste rigueur d'une autorité ombraf^use dégoûta Fréret de recliefches ou la science n'était pas libre; niais d'un seul coup il avait jeté cà terre ie roman de la communauté d'origine entre les Francs et les Gaulois, et celui de la Gaule affrancbie par Passistance des Germains. Il ne restait donc à discuter que le fait de la conquête des Gaules par un |}euple de race étrangère. Ici rorgoeil national se révolta encore ; de nouveaux systèmes parurent, et pendant le dix-huitième siècle on vit s'engager un grand débat historique, dans le(]uel figurent les noms de Boalainvilliers, de Dubos, et surtout celui de Montesquieu, Alors les conditions

sociales étaient encore, profondém^^ séparées en France : la doblèSM^n'u bourgeoisie étaient en présence, et n'avaient point encore engagé ce grand combat, dont le résultat devait être de conlondre tous les rangs. L'opposition de ces deux classes se manifeste avec une violence singulière dans les théories historiques dii noble BoulainviUiers et du bourgeois Dubos.

Selon BoulainviUiers, « les Français, conquérants des Gaules, y établirent leur gouvernement tout à fait à part de la nation subjuguée qui , réduite 9 un état moyen entre la servitude romaine et une sorte de liberté', privée de tout droit politique et en grande partie du droit de propriété, fut destiuée par les conauérauts au travail ét à la culture de la terre. Les Gaulois devinrent sujets , les Français furent maîtres et seigneurs. De(>uis la conquête, les Français ont clé les véritables nobles et' les seuls capables do l*étre. »

Le gant insolemment jeté par le représentant de quelques milliers d'hoinnies à rimmense multitude du tiers état, fut bravement relevé par Tabbé Dubos, qui s'efforça, par les ormes de la science, de rabattre l'orgueil traditionnel des nobles. Selon lui , « la conquête de la Gaule par les francs est une illusion historique. Les Francs sont venus en Gaule comme alliés , non comme ennemis des Romains. Leurs rois ont reçu des empereurs les dignités qui conféraient le gouvernément de cette province, et, par un traité formel, ils ont succédé aux droits de i*empire. L'administration du pays, l'état des personnes. Tordre civil et politique , sont restés avec eux exactement les mêmes qu'auparavant. Il o'y a donc eu, aux cinquième et sixièm'e siècles', ni intrusion d'un peuplé ennemi , ni domination d'une race sur l'autre , ni asservissement des Gaulois. C'est quatre siècles plus tard que le démembrement de la 8ouveraineté,'et le changement des offices en seigneuries', produisirent des effets tout semblables à ceu.\ de l'invasion étrangère , élevèrent entre les rois et le peuple une caste dominatrice, et firent de la Gaule un véritable pa>» de conquête. »

fiuirai frauce. fmAMoi ^71

C'est ainsi que ces deux écrivains, égarés par l'es^it de système , arrivèrent en sens inverse à des conclusions

également fausses. Quand Montesquieu vint après eux, il les jugea ainsi : « AI. le eomte de Boulainviiliers et M. l abbé DnboB ont fuit chacun un système, dont l'un semble être une conjuration contre le tiers état, et l'autre une conjuration contre la noblesse, v Et par œs paroles il caractérisa parjfaitement cette déviation que l'on observait alors dans la marche de la science, la(|uelle, cessant de se uréoccuper uniquenientde la rechercbe^u vrai, 8*était raite Tauzi» liaire des passions sociales de Tépoque.

C'est avec de semblables préoccupations politiques, et la même absence de désin^ressement , que Mably édifia à son tour sa théorie liistorique , véritable manifeste en faveur du tiers état, où l'auteur prétend retrouver les notables , la bourgeoisie , le peuple , jusque dans les assëmblées de Charlema^ne et dans les champs de mars (1rs Mérovingiens. Cependant INlahly n'erii;e pas les Francs en libérateurs de la Gaule ; mais il suppose le choix libre des lois personnelles , choix qui , suivant lui , pouvait, aussi bien que la délivrance, faire un seul et même peuple des conquérants et des vaineos. Ce système, comme toits les autres, reposait sur un examen incomplet des sources historiques , sur des hypothèses téméraires, et sur le désir de donner une autorite et des antécédents à la puissance du tiers état « qui venait de prendre un prodigieux ao* croissement.

Il edt été plus facile sans doute à ces hommes, dont les recherches infatigables produisirent nos grands recueils de documents historiques, de résoudre les questions fondamentales qui se présentent au début de notre histoire; malheureusement, les Duchêne, les Pitbou, les Dupuy, les Sainte-Marthe, les Labbe, les Sirmond, les du Cange, les Mabillon, les Baluxe, les dom Bouquet , les Bréiniigny, trop préoccupés de Texamen de nétail et du commentaire approfondi des textes, chartes, diplômes, actes publics et privés dont ils composaient leurs collections , négligèrent le sens général des événements et le travail de Pinterprétatiou historique. Us écrivaient

elutôt en érudit^ et en philologues qu'en istorîens.

Le dernier ouvrage important composé en dehors de l'école actuelle , est celui qui a pour titre ; De la monarchie française de^^U les temps les plus reculés jusqu'à îws jours , 1814 , par le comte ae Montlosier. Suivant l'auteur de ce livre, « les Francs n'exercèrent pas le droit de conquête, et respectèrent Tordre de choses étaÛi avant eux. Clovis gouverna le pays selon les coutumes gauloises ; il conserva de même le régime des cités, leurs sénats, leurs curies , feurs milices. Le lien féodal résulta des clientèles qui , dans la Gaule fran(]ue , étaient de trois sortes.... |>a nationalité franque, les moeurs et Tes coutumes germaniques s*étendirent par degrés à tous les habitants de la Gaule, moins les tributaires et les esclaves. Lis premiers rois n'avaient auprès d'eux mi'une poignée de Flrancs, sous le nom de leudes. »

Il serait inutile de multiplier davantage les citations ; celles que nous avons faites suffisent pour donner une idée des aperçus divers et des vues systématiques que provoqua le grand événement qui , au cinquième et au sixième siècle , fît passer les Gaulef de la domination romaine sous le joug des Germains. On le voit , les uns ont nié la conquête, à la place de laquelle ils ont mis une alliance , une conjuration des Gaulois et des Francs contre les Romains oppresseurs ; lès autres ont , au contraire, accepté la conquête avec empressement ; ils l'ont proclamée comme un fait glorieux , et y ont rattaché toutef les institutions de la monarchie. D'autres enfin , tout en l'acceptant aussi , en ont atténué l'importance par des hypothèses « et ont mit prédominer la tradition romaine sur les coutumes germaniques. Tels sont les divers systèmes adoptés successivement par nos anciens bistorieos , systèmes que nous av^ns énumérés et résumés d'après M.

Aui^ustin Thierry, nui en a fait la critique avec une admirauie netteté, dans ie^ considérations qui précèdent ses Bédii mérovingiens.

Après avoir présenté un aperçu historique des travaux exécutés sur ori-

niAiics

L'UNIVERS

gioffS franques de la nation , depuis les absurdes et naïves fictions des cbront-

ques de Saint-Denis, jusqu'aux péoi* bles et fausses théories des Dubos , des Mabiy et des Montlosier , il nous reste à traiter la qoestioir d'après les lumiè* res de Técole moderne. D abord, depuis Fréret, il n'y a plus de doutes sur l'origine germanique des Francs , et Ton a depuis longtemps rejeté Thypothèse d*UDe colonie gauloise établie en Gernijmie, et revenue plus tard en Gaule.

C'était déjà un fait acquis à la science ; mais ce n'était pas assez de reconnaître la différence des races , il Allait encore que cette différence fi1t conservée dans le récit et dans la peinture des mœurs, des coutumes, des institutions, pour toutes les époques où cette différence existe réellement. Sur ce point, les travaux modernes ne laissent rien à désirer. On a établi en effet que les Francs nr*étaieiit point un peuple, mais une confédération de peuplades anciennement distinctes, différant même d'origine, bien que toutes appartinssent à la race tudesQue et sermanique. Cette ligue était lormée de tribus dominantes et de tribus vassales, (jui se réunirent par des causes difficiles a déterminer. Vers le troisième sîède de Tère chrétienne , elle étendait son empire sur les cotes de la mer du IV'ord , depuis l'enibouchure de l'Elbe jusQu'à celle du Rhin, et sur la rive droite de ce dernier fleuve, à peu près jusqu'à l'endroit où le Mein s'y jette. Les principales tribus dont se composait cette conftdeiatiou étaient les Bructeres , les Sicaïubres , les Cattes, les Chames, les Chamaves, les Saliens, etc. Quant nu nom de la ligue, il si^^nifie, comme Kreret Ta démontré, Jerox , fier, intrépide, féroce même, car la férocité était une vertu guerrière chez ces belliqueux sectateurs d'Odin.

« Les guerres des Franes contre les Aomains, depuis le milieu du troisième •ièole, ne furent point des guerres défensives. Dans ses entreprises militaires, la confédération avait un doi^ble but, celui de gagner du terrain aux dépens de l'empire , et celui de s'enrichir par le pillage des provinces limitrophes. Sa première conquête lut celle de la

grande île du Klun qu'on nommait l'île es Bataves. Il est évident qu'elle nour-

rissait le projet de s'emparer de la rive gauche du fleuve , et de conquérir le nord de la Gaule. Animés par de petits

succès , et par les relations de leurs espions et de leurs coureurs, a la poursuite de ce dessein gigantesque , les Franes suppléaient à la faiblesse de leurs moyens d'attaque par une activité infatigable. Chaque année, ils lançaient de l'autre côté du Rbin des bandes de jeunes fenatiques dont l'imagination s'était eiifîammée au récit des exploits d'Odin, et des plaisirs qui attendaient les braves dans les salles du palais des morts. Peu de ces enfants perdus repassaient le fleuve. Souvent leurs incursions , qu'elles fussent avouées ou désavouées par les chefs de leurs tribus, étaient cruellement punies, et les légions romaines vcn lient mettre à feu et à sang la rive germanique du Rhin ; mais dès aue le fleuve était gelé , les passages et ragression recommençaient. C*est à Taide de pareilles tentatives , bien des fois réitérées , que s'accomplit enfin , dans la dernière moitié du cinquième siècle , la conquête du nord de la Gaule par une portion de la ligue des Francs.»

C'est en 254, sous Gallien, que les Francs paraissent pour la (^emière fois. On les voit alors attaquer l'empire avec une hardiesse inouïe; ils parcoururent la (ïaule tontentière, traversèrent l'Espagne, et s'avancèrent jusqu'en Mauritanie. Probus les battit deux fois sur le Rhin en 377 , et il en établit un grand nombre sur les bords de la mer Noire.

Mais cet exil leur devint bientôt insupportable ; ils montèrent sur des barques , et , pirates audacieux , ils traversèrent la Méditerranée, pillèrent sur leur route les côtes de l'Asie, de la Grèce et de la Sicile, et allèrent aborder tranquillement dans la Frise ou la lîatavie.

Il ne faut pas croire cependant que rintroduction des Francs dans la Gaule se soit toujours o()érée par la guerre. Depuis les premières agressions jusqu'à l'invasion définitive, les Romains et les Francs furent en contact pendant plus de deux siècles, sans cependant être toujours armés les uns contre les autres. D'ailleurs , si quelques tribus continuaient la guerre, d'autres, se contentaut des conquêtes qu'elles avaient fai-

tes , traitaient avec les empereurs , se chargeaient de défendre les frontières où elles s^étaient établies, coinliattaient dans les .innées romaines avec le titre de fcederati , et s'initiaient ainsi à la civilisatioa du peuple qu'elles devaient pins tard dépouiller. Les Francs Ri* puaires furent les seuls défenseurs de la Gaule en 406 , au moment de la grande invasion. Tout le monde connaît l'iniluence du Franc Arbogasle au temps de Valentinien II. On sait qu'au temps de Childéric, les Frnnrs Saliens, après avoir déposé ce prince , prirent pour chef Égidius, roi des Romains. Plus tard, Tempereur Anastase offrit à Clovis les insignes du consulat ; car les Francs, dont un grand nombre avaient fait partie des armées impériales et même de la garde de l'empereur, connaissaient très-bien les titres des dignités. Agathias dit presque que les Francs étaient les plus civilisés des barbares, et qu'ils ne différaient des Romains que par la langue et le costume. « Dans le tombeau de Childéric V\ découvert à Tournay en Ifi.SS, on trouva autour de la flgure du roi son nom écrit en lettres romaines , un globe de cristal , un stylet avec des tablettes, des médailles de plusieurs empereurs. Il n\v a dans tout cela rteii de trop barbare » 11 est certain que les Francs ne restèrent pas , même au temps de la conquête , étrangers à la ci\iIisation romaine; mais, de quelques faits isolés, il ne faut pas conclure qu'ils adoptèrent entièrement les formes de cette civilisation, ni croire, comme l'abbé Dubos et plusieurs critiques anglais et allemands , que la royauté 4ps Francs renonça à tout ce qu'elle avait de germanique, pour devenir une simple imitation des gouverneurs impériaux.

Si l'on consulte les auteurs contemporains , qui n'avaient point de système a faire, on verra que les Francs, malgré leurs rapports avec les sujets romains, n'en restèrent pas moins de vrais barbares , et que les plus barbares de tous furent les conquérants de la Gaule, les Saliens. Ceux-ci s'étaient établis dans la contrée maritime qui avoisine les rives du Rhin , vers les boiicfaes de

O CitàlMubriaud, Étueles historique*.

FRANCS 473

l'Yssel , dans le territoire appelé Saliland ou pa^.s de Sale. Les Salisuucs ou Saliens étaient regardés comme les plus nobles d'entre les Francs ; et ce fut dans une fann'Ile salienne, celle desMérowings ou Mérovingiens, que la confédération prit ses rois, lorsqu'elle eut besoin d'en créer. Sidoine Apollinaire , qui nous a transmis dans ses lettres et poésies de si lidèles peintures des mœurs barbares , raconte comment les Francs Saliens, sous la conduite de leur roi Clodion, cherchèrent à pénétrer dans la Gaule Belgique, au delà du pays qu'ils occupaient depuis quelque temps. Ils s'avancèrent jusqu'à un bourg appelé Helena , et y placèrent leur camp, formé avec des chariots, sur des collines, près d'une petite rivière ; les Romains, sous les ordres d'Aêtius, vinrent les y attaquer. Us se gardaient négligemment à la manière des barbares , et célébraient, au moment où ils furent sur|)ris, une féte et des danses pour le mariage d'un des chefs de l'armée. On entendait au loin le bruit de leurs chants , et l'on voyait s'élever dans les airs la fumée où cuisaient les viandes du banquet. Tout à coup les liions débouchèrent, en Gles serrées et nu pas de course, nar une chaussée étroite et un pont de bois qui traversait la rivière. Les barbares eurent à peine le temps de prendre leurs armes et de former leurs lignes. Enfoncés et obligés à la retraite , ils entassèrent péle-méle sur leurs chariots tous les apprêts de leur festin, des mets de toute espèce, de grandes marmites parées de guirlandes et reluisantes de graisse. iMais les voitures avec ce qu'elles contenaient , dit le poète, et l'épouse , aussi blonde que son mari , tombèrent entre les mnins des vainqueurs.

La peinture des guerriers francs, leur manière de combattre , leurs terribles ravages, racontés par Sidoine, Salvien et tous les chroniqueurs du temps, montrent bien qu'ils n'étaient, ni les libérateurs des Gaulois, ni les successeurs légitimes des Romains. Après Clodion, on voit, en 461, les Francs, sous la conduite de Mérovée, combattre avec les Romains, sous les ordrei» dAëtius, contre les bordes d'Attila; et cette union s'explique par les dangers que couraient les deux peuples menacés éga-

FRANCE

.474 VMUCB L*n|

leuient par les sauvages de la Scythié ; les Franes ne 'firent donc, en cette occasion , que défendre leur propre eustence et leur future conqu^îte.

, Au teiups de C|iiidéric, on voit les Saliens cantonnés à Tournay et dans lès environs. Un instant I^^gidius , |e c|ief lies Romains dans la Gaule, succède au chef des Francs , chassé par les sieus ; mais, après le rappel et la mort de Ghildéric, son fils Clovis , qui lui succ«de, renverse le pntrice Syagrius, fils d'Égidius , et anéantit les restes de la domination romaine. Toutefois, la conquête du pays ne s'effectua que grâce au changement qui fit passer Clovis et ses fzuerriers, de la religion Scandinave d'Odin dans le sein du chrii»tianisine. Considérés dès lors comme les défenseurs de rÉglise catholique , contre tous les au> très barbares adonnés à Tarianisme, ils lurent apj)!audis par |es évéques lorsqu'ils subjuguèrent les Bursondes et les Wisîgotbs ( 493-507 ). Mais partout où ils se présentèrent, !eur passnL'e fut marqué par d'horribles dévastations, et les peuples furent traités en vaincus.

Clovis qui, ainsi que nous l'avons dit , effectua cette conquête, étabh't Tunité de pouvoir en anéantissant par des fourberies et des massacres les chefs francs des autres tribus cantonnées à Cologne, à Térouanne, à Cambrai et au Mans.

Les Francs établis dans la Gaule n'étaient pas nombreux. Clovis n'avait

commencé la conquête qu'avec une armée de .'>,000 ou G,000 guerriers; il est vrai qu'il y a une différence à établir entre la bande guerrière et la tribu composée des fennnes, des enfants, des vieillards, et des hommes qui ne s'étaient point engagés au service du clief. Mais la tribu elle-même était loin de former une masse considérable. Aussi les vainqueurs n'étaient-ils qu'une bien faible partie de la population des provinces conquises ; et nous ne doutons pas uue réiément «allo-romain n*efit bientôt fini par absorber l'élément barbare, si la conquête M'eilt été renouvelée a différentes reprises; si après les bandes venues les premières et établies dans la ?^eustrie, de nouveaux guerriers francs restés purement germains n'eussent recoinmencé l'invasion ; si enfin, l'Aus-

[VERS. FBAVOt-vAçom

trasie carlovingienne n'eût recouvert d^une nouvelk couche de barbarie la rseustrie des Mérovingiens qui se perdait peu à peu dans la population gauloise.

Les nouveaux flots de barbares qui

succédèrent ainsi aux premiers altérèrent enfin , par le mélange des mœurs et des coutumes barbares, les lois et les idées romaines ; tout se confondit : les éléments les plus divers existèrent ensemble, d'abord hostiles, puis se modifiant par de grossières combinaisons, d'où sortit, après des siècles, une nouvelle société. Ainsi s'effectua, ainsi se maintint la conquête des Francs, ainsi se prépara l'avenir de notre pays, ainsi se combinèrent les éléments divers dont est formée notre civilisation, et à chacun desquels il faut soigneusement assigner la place qui lui appartient, si Ton veut arriver a rinteliigence complète de notre état social.

FfiAUC-SÀLB. — Ce mot avait autrefoisdeux significations. On appelait ;;<7?/s de franc-salé ceux où chacun pouvait acheter et revendre le sel sans payer au roi aucun impôt. Tels étaient le Poitou, l'Aunis, la Saintonge, le Périgord, l'Angoumois, le Limousin, la Marche, qui avaient acquis ce droit sous Henri II, moyennant finance. La ville de Calais et les pays reconquis l'avaient aussi obtenu lorsqu'ils étaient sortis des mains des Anglais.

Le franc-sa^è ou droit defranc-wU désignait aussi une certaine provision de sel accordée à des officiers royaux ou à d'autres personnes pour leur consommation. (Voyez Gabbllb*)

Fbancs-maçons. — Dès le douzième et le treizième siècle, les architectes, maçons ou tailleurs de pierres étaient réunis en compagnies qui avaient (eurs Statuts et leurs chefs, et qui allaient s'établir dans les lieux où il y avait à élever des édifices religieux. Quand on considère la perfection et l'uniformité des monuments de cette époque , on ne peut douter qu'il n'existât, parmi les architectes , une doctrine bien arrêtée et des traditions d'art qui se transmettaient oralement et par (a pratique. Il est à remarquer aussi que la plupart des grands travaux qui attestent le génie de ces artistes ne nous transmettent

FB^NCS-MAÇONS FRÀ

pas leurs noms. Pendant cette période (ie foi et de ferveur, il n'y eut point d'individus pour de pareils ouvrages, mais seulement des confréries où Ton mettait en commun sa vie, 868 biene« ses espérances, son génie.

Ce fut Ërwin de Steinbach , Timmortel architeete de ia besitique île Stra»bourg, qui réunit, dit-ovi, le premier, en une grande association les compagjiies d'ouvriers réunies autour de lui pour eette œu?re admirable; il y agré-

Î(ea des maîtres anglais et ittdiens. Dèp ors la loge de Strasbourg eut, sur les autres loges d'Allemagne qui lui étaient affiliées , une suprématie qu'elle ne perdit qu'après la réuttkm de cette Tille à la France.

Si les confrères ne se qualifièrent pas seulement de maçans, mais de jfrancS' maçons, c'est qu'à leurs doetrmes architectoniques se mêlèrent des idées religieuses et morales , des dogmes enseignés symboliquement aux inities, des einpronts faits à la Bible, à la pbiloso^ phie ancienne, à TÉglise primitive, aux gnostiques, aux mystères égyptiens et grecs. Bientôt même , des pca'sonnes totalement étrangères aux arts, dont le concours est nécessaire pour la construction des édifices, eurent le désir de s'affilier à l'ordre, et les confrères se prêtèrent volontiers à ces réceptions.

Au quinzième sièclr, l'architecte Dotzinger, qui répara le chœur de la catliédrale de Strasbourg, profita de son aseendant pour rattaciier let ones aux autres, par un lien commun, toutes les corporations éparses. Cette vaste association maçonnique fut formée en 1452, et consolidée, en 1460, par une assem»

bléé générale des maîtres de loges. Dans cette assemblée, qui se tint à Ratisbonne, on s'occupa des règlements pour ut véeeption des apprentis, des compacaons et des maîtres, et des signes secrets par lesquels les membres pourraient se reconnaître.

D'après une tradition différente de celle qui attriboe la fondation des pr^ mières loges aux architectes d'Alsace, on a prétendu que les divers ordres de maçonnerie n'étaient que des contrefaéma dk Tordre do Temple, établies d'abord dans les pays où les premiers

CE. FRANCS-MAÇONS 47|i

chevaliers se réfiigièreBt après (eur dis*

persion.

Quoi qu'il en soit , les francs-maiùuns se vantent de remonter encore bien an delà du treizième siècle : ils reconnaissent pour leur fomlateur , pour leur maître , Hiram , constructeur du temple de Salomon ; et c'est à la réédilica'tlon de son œuvre qu'ils sont censés se vouer.

Ces associations d'un certain nombre d'hommes éclairés, et cherchant à perpétuer et à étendre leurs connaissances et leurs idées plus avancées que celles de la multitude , agirent longtemps dans l'ombre. Ce fut une lutte active , mais cachée , eotre l'inteiligenee et la force brutale,

La franc- maçonnerie ne fut cependant introduite et solidement établie en Franee qu*à une époque assez rapprochée de nous. On li\e cet événement aux premières années du dix-septièuïe siècle. Ce furent des Anglais, lord Der^ vent-Waters, le cbevalitfr Hfaskeline, et quelques autres, qui , vers 1725, établirent à Paris la première loge.

Le lord fondateur ayant été décapité en Angleterre , lord d'Hamouester fut, en 17&, élu grand maître par les loges parisiennes, dont le nombre alors n'excédait pas celui de quatre. Prêt a quitter la France , il convoqua une assemblée pour retection de son successeur^ Le roi on fut instruit , et déclara que si le choix tombait sur un Français, il le ferait mettre à la Bastille. Cepen- «tant le duc d'Antin devint , le 24 juin 1738, grand maître inamovible , et ne fut pas emprisonne. Les persécutions de la police vinrent, toutefois, favoriser dès lors cette institution naissante. En 1742, le nombre des loges s'était augmenté de q'intrp à vingt- deux. L'année suivante , un prince du sang, le comte de Clermont , succéda au due d'Antin. Mais cette période fut marquée nonseulement par des sentences du Châielet, renouvelant (1744 et 1745) les défenses faites aux maçons de s'assembler en loge, et aux propriétaires ou cabaretiers de les recevoir, à peine de 3,000 livres d'amende, mais encore par de nombreux désordres et par une complète anarchie dans le sem de la société maçomiiqne. Ce fut alors nssi que ae

476 nuNcs-MAçoNs LilinVERS. francs-taupins

cachèrent, sous le voile de In maçonnerie, les plus scandaleuses débauches;

Klusieurs loges nouvelles s'éluient étalies, où Ton admettait des ehevaUers et des chevalières ; tels étaient les ordres des .'Iphrodites, des Hermaphrodites, des Fendeurs, de la Fidélité, etc.

Les habitants des provinces partagèrent le goât des Parisiens pour les sociétés mystérieuses. Les Anglais, surtout ceiix du parti du prétendant, ftvorisèrent la propagation des loges, CI)drles-l^:douard, se trouvant à Arras le 15 avril 1747, délivra aux maçons de cette ville une bulle d'institution de chapitre primordial , sous le nom û'Éeos.se jacobite. Le père de Robespierre fut investi du gouvernement de cette société. A la même époque , plusieurs villes de France, notamment Strasbourg, Marseille, Lyon, Toutoiise, Bordeaux , etc., avaient des loiirs iiidépendantes de la grande loge de Paris.

Kn 1756, cette dernière s'affranchit de la dépendance de la grande loge d'Angleterre, et s'attribua la suprématie sur toutes les loges du royaume. Cependant l'anarchie .continua. Des dissensions violentes éclatèrent. Les partis se réunirent pourtant un instant, à Toccasion de l'avènement du duc de Chartres à la grande maîtrise , et de la nomination du duc de Luxembourg comme sou substitut; mais il se forma, en 1 773 , sous le nom de Grand-0?iefi ty une loge schismatique , qui ne se réunit aux autres loges qu'en 1799.

Parmi les personnages qui figurèrent dans l'ordre de la franc-maçonnerie, on remarqua , outre ceux que nous avons déjà indiqués, le fameux comte de Saint -Germain, Cagliostro; enfin, la duchesse de Bouillon, qui porta le titre de grande maîtresse; car nous avons vu qu'on y admettait des femmes. Aussi les opinions hardies de l'ordre , ses efforts et son influence subirent-ils un grand relâchement. Il vint se .m^ier comme une simple vague à la tempête révolutionnaire , dont il avait cependant oontriboé à préparer l'eiplosion.

Dans ia suite, la maçonnerie manifesta encore son action, mais en se couvrant des noms de Théophtianihr<h pe$ et de TWnoMfiAes. Sous cette der-

nière dénomination surtout , elle joua un rôle important dans nos armées , sous le consulat et l'empire ; et elle ne resta pas non p^los inactive pendant les dernières années de la restauration. Mais, toujours dépassé par les révolutions qui ne s'appuient pas longtemps sur de vaines théories on sur des sociétés secrètes , Tordre maçonnique a été réduit, en 1830, à de misérables formules de réception ; et il est en quelque sorte anéanti, bien que ses premiers grades aient été exercés par des personnages aujourd'hui puissants. On assure qu'il ne s'agit plus maintenant, dans les loges , que de secours à donner à des confrères malheureux, de liens de fraternité et de civilisation à maintenir parmi les hommes ; et , enfin, de reunions et de cérémonies dont les plaisirs de la danse et de la table forment le principal attrait.

Fbancs-Taupi-ns. « On appelle to^ parU, taupins, dit une chronique latine du douzième siècle citée par du Gange, certains ouvriers nommés aussi fossores (mineurs). Ce mot vie^it de ce qu'ils fouillent la terre à la façon des taupes, et sapent la base des murs et des tours, avec de fortes niachines de fer appelées talpae. « Cette utile milice souterraine, bien qu'exposée à autant de dangers (|ue les hommes d'armes, fut néanmoins longtemps en butte au mépris des no« Mes, et il fallut l'intervention de la poudre, (jui confondit les artilleurs avec les mineurs, pour relever la position militaire de ceux-ci , qu'on ne nomma plus taupins que par dférision.

Le nom de taupin devint en effet une injure adressée par la noblesse aux milices des campagnes, soit à cause des taupinières qui remplissent les cultures des paysans , soit à cause de la poltronnerie des vilains qui, enrôlés malgré eux , mal armés et rarement épargnés faute de rançon, avaient le pied léger à 1.1 fuite en ras de déroute, et enviaient alors les trous des taupes pour s'y blottir. On vit pourtant sortir quelquefois des rangs des taupins, certains hommes qui s'ennoblirent en acquérnut une célébrité guerrière pendant les longues luttes contre les Anglais, et les querelles des Ansagnaos et des Bourgsgnons.

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