‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 153 sur 198 · FRONDE · texte numérisé non relu

FRONDE

des négociations secrètes avec le dnn de Bouilion à Turenne , avec ie maréclial de Tarenne à Stenay , avec le duc de la Rochefoucauld en Poitous et avec plusieurs partisnns des princes, tant à Paris qu'à Bordeaux. Enfin, les frondeurs, qui avaient abandonné Condé et les princes à la vengeance timide de Maza*. rin, travaillèrent eux-mêmes à leur délivrance. Gondi , de concert avec la princesse palatine, Anne de Gonza^ue, «entraîna le parlement, et Tamena a se déclarer aussi pour eux. Mnznrin , nssniili de toutes parts, prit alors le parti de quitter la cour et de se retirer à Liège. Mais, auparavant , il se donna le mérite de tirer les princes de leur prison du Havre (février 1651), et pour ce bienlait ne reçut d'eux que du dédain et des mépris. Condé xtmnt à Paris, au milieu des cris de joie de oe même peuple qui avait célébré son emprisonnement.

Une captivité de treize mois ne Tavait pas rendu plus sage. Évidemment ce pnnee ne devait être habile qu'à la téte des armées. Il reprit ses air.s de hauteur et son ancienne exigence , et demanda des gouvernements considérables, qui lui eussent fait une royauté dans le Midi. La reine refusa , et il se brouilla de nouveau avec la cour. Il se sépara en même temps des frondeurs, par le refus qu*il fit , malgré ses engagements antérieurs, de consentir ;i Punion du prince de Conli avec mademoiselle de Chevreuse ; Gondi et la maison de Chevreuse soulevèrent les frondeurs contre lui ; alors , se voyant isolé de nouveau entre la cour et la fronde , il ne ménagea plus rien , intrigua avec l'Espagne, et, retiré à Saint-Maur, entouré d'une nombreuse noblesse, il prit l'attitude d'un ennemi déclaré.

reine eut peur : pour le ramener, elle éloigna Servien et Lyonne , créatures de Ifazarin, par lestjuels celui>ci était toujours présent, (^ondé reparut encore une lois ; mais pouvait-on s'entendre.' Il revenait plus hautain; la cour était plus repoussante ; Gondi, enfin, couvert de la pourpre romaine, était plus turbulent que jamais. Son parti et celui du prince menaçaient tous les jours d'en venir aux mams. Condé se déeida enfin ; il jeta le hochet de l'intrigue qu'il ne savait pas manier, et,

tirant son épée du fourreau, il se rendit en Guienne, appela l'Espagnol, et commença la guerre au moment où le roi atteignait sa majorité (sept. 165 f).

Mazarin épiait l'occasion de rentrer dans le royaume ; il crut l'avoir trouvée (I6Ô2), leva une petite armée de 7,000 hommes avec l'argent de la Flrance qu'il appelait le sien , et reparut (1652), ramené par le maréchal d'Hocquincourt.

Le roi et son frère allèrent au-devant de lui ; mais le duc d'Orléans, leur oncle, leva des troupes dans Paris , apparemment pour empêcher le ministre d'y revenir. Le parlement, de son côté , se ranima. • Il redoubla ses arrêts , et les mutins de cette compagnie en firent donner un par lequel ils mettoient à prix latétedu cardinal, et promettoient 60,000 écQS à celui qui le tueroit H. » Mais eetarrét, loin de produire un crime, ne fit que provoquer de nouvelles plaisanteries , tant l'animosité des partis était peu sérieuse. Tous les actes du parlement semblaient émanés de ma* lades en délire. Il proscrivit Condé en même temps que Mazarin, ordonna au duc d'Orléans de marcher contre le cardinal , et défendit en même temps de prendre aucuns deniers dans les recettes publiques pour soudoyer ses troupes. « On ne pouvait attendre autre chose, dit Voltaire, d'une compagnie de magistrats, qui, jetée hors de sa sphère, et ne connaissant ni ses droits, ni son pouvoir réel, ni les alfaires politiij|ues, ni la guerre, s'assemblant et décidant en tumulte, prenait des partis auxquels elle n'avait pas pensé le jour d'auparavant, et dont elle-même s'étounait ensuite (*•). •

Une telle assemblée méritait d'être interdite ; elle le fut en effet par ordon» nance du roi , et on la transféra à Pontoise, où Ton ne vit venir que quatorze membres. Les deux partis en étaient cependant venus aux mains; Condé, maître d une partie des provinces méridiotjales, rencontra près de la ILoire l'armée du roi divisée en deux corps , commandés par les maréchaux d'Hocquincourt et de Turenne; Turenne était redevenu fidèle au moment de la défection de Condé. La rébellion , qui

(*) Mémoires de rnadame de MoUevîHe* (*«) Siflcle de Louis X1V« cU. v.

fl8 PMHTDB L'UNI

ne lui avait pas profité, ne fut pas plus glorieuse pour le prince : vainqueur à 31éneau (voyez ce mot), Condé fut repoussé de Gien, où était la cour, qui, sans l'habileté UeTurenne, tombait aux jnains de l'ennemi (avril 10^2).

Après ces rencontres, Coudé marcha sur Paris pour s'assurer du parlement, de Gaston , de Gondi et du peuple.

Bientôt, mécontent de Tappui oe l'Espagne, il appela Charles IV de Lorraine t celui-ci aooounit, pour une somme d'argent que lui paya Condé, et repartit |K>ur une plus forte que lui donna le cardinal. Ainsi Tardent sortait de France, Otk il était d'ailleurs si diflicile d'en trouver ; Gourville, homme attaché au

fjrince de Condé, nous apprend que pour ui en procurer il vola celui d une reoette* et alla prendre dans son logis un directeur des postes , i qui il fit payer rançon.

L'année royale s'était aussi rapprochée de Paris. Condé livra à Turetine^ dans le faubourg Saint-Antoine, un sanglant combat, pendant lequel les portes de Paris furent fermées (2 juillet 1 062). La Ulie de Gaston, Mademoiselle, les fit rouvrii*, et sauva le prince, qui fut encore assez puissant pour se faire iiomniPi-, par le parlement, «généralissime des armées, et pour faire donner au duo d^Oriéans le titre de lieutenant général du royaume, quoique le roi fût majeur.

Ce fut le dernier acte du parlement

Sarisien : la compagnie de Ponloise, avec lathieu Molé a sa téte , obtint du roi qu'il éloignerait de nouveau le cardinal, afin que tout prétexte l'iît ôté à la sédition. Alazarni fut donc renvoyé pour le moment et pour la forme ; if se retira à Sedan (10 aoilt 1652). Le roi n'eut plus qu'à rentrerdans sa capitale. «On étoit dégoûte à Paris des uns les autres. Les parlementaires s'acoommodoient mal entré eux , et ils s*accommodoient encore plus mal avec les princes. Les

E rinces eux-mêmes n'étoicnt pas trop ien ensemble, et iisnecomptoient plus sur le parlement. Le peuple, de soU côté, n'aimoit p!us ni les frondeUrs d*éptH- ni ceux de robe.... Enliu le prévôt des marchands alla , de la part de la ville et de toos ses habitants , supplier Je loi de leur ibire l'hooneur d'y tete-

'EES. nmiSAC

uir C). » Louis XIV y rentra , après avoir publié une amnistie, et trouva

tout paisible dans cette ville naguère BÎ

agitée (20 octobre 1652).

Le duc d'Orléans fut relégué à Blois; le cardinal de Ketz fut arrêté au Louvre et traîné de prison en prison jusqu'au château de Nantes, d'où il ne sortit que pour se réfugier à l'étranger.

Quelques magistrats furent punis de rexil ; le priilce de Condé n*osant se fier à ranmistic royale , rejoignit les Espa-^. gnols dans les Pays-Has. Enfin, quelques mois après la rentrée du roi , Âlazarin revint en France et y rèdevint toutpuissattt (mars 16â8). On lui donna un festin à l'Iiôtel de ville, au milieu des acclamations descitovens; le parlement lui rendit de grands honneurs, et condamna à mort le prince deOondé, dont il avait partagé les fautes ; enfin, peu de temps après , le prince de Conti épousa une nièce du cardinal.

La fironde fût an tumulte presque sans causes, et absolument sans résultat. On y a vu une tentative de la nation pour pénétrer dans le gouvernement, ou une réaction féodale : mais ces aperçus tiennent du système. L*bistoire n'a'pas de jugement irrave à porter sur elle : !a faiblesse engendra la licence, et, la liceiite des excès ridicules. G*est une époque singulière qui ne compte point parmi les grands fiJts historiques , mais que l'on ne peut pas oublier parce qu'elle amuse par le contraste des petites choses et des grands noms.

FRO^SAC , Franclaciim , petite ville comprise autrefois dans la Guienne, aujourd'hui dans le département de la Gironde ( arrondissement de Libourne), et pejij)iée de 1,500 liabitauts.

En 76!), Charletnagne , voyant les Aquitains toujours indociles et "prompts à saisir toutes les occasions de révolte, erutavoir besoin de se renforcer militairement contre eux, et résolut de b.itir sur leur territoire une nouvelle fortert'sse. Pour remplacement de ce château fort, dont la garnison firanque devait fitire i*unique population ou du moins la population dominante , il choisit l'angle ionué a 3 kil. au-dessous de Libourne ,

(*) Mémoire de la diidiene de Nemouri*

par la jonction de la Garonne et de la I>ordoii;ne, et voulant marquer à la foia

Torigine et la destination de cette place, il lui donna le nom de Franc'mr , qui se reconnaît aujourd'hui dans celui de Fronsac (*). La terre de Frotisac , cheflieu du Fronsadois , était , sous Tancienne monarchie, une des plus belles du royaume. Klle fut érigée en comté en lôâl, puis en marquisat quatre ans plua tard , en fiiTaur d^Antonin de Loatrac , dont la (ille unique la porta dans la maison de Caumont. François d'Orléans-Longueville, comte de Saint-Pol, marié à Anne de Caumont, fut créé dud de Fronaac et pair de Fcaneet par lat* très de Pan 1608.

Le cardinal de Richelieu ayant acquis Fronsac après Textinction de ci'tte pal» rie, par la mort du comte de Saint-Poi, en 163 1, ol)tint du roi In confirmation de son érection en duclie-pairie , pour lui et ses hoirs des deux sexes (1U34). Il donna ce duché à son neveu « Armand de !MailIé-Brezé, mort en 1646. La sœur de celui-ci, Claire, en hérita et le céda à Armand- Jean du Plessis , duc de Ai<* efaelieu. La postérité de ce dernier la conserva; les liU aînés de la maison de Richelieu portaient le titre de ducs da Fronsac du vivant de leur pere.

Fbontenay, ancienne seigneurie de Franche-Comié (auj. du dép. du Jura), érigée en marquisat en 1743, en faveur d'un nienibrH d*> la famille de Montrickard de l iaemal.

Faoutbii AY l'Abattob. Voy. For*

TBNAY l'Abattue.

Fbontièbes. Voyez Limites, Fbomiighan, Frontinianunif petite ▼itio comptiae autrefois dans le bas Lan* guedoc, et aujourd'hui dans le département de rUerauit(arrondi6iemeut da Montpellier).

Frontignan qui, suivant quelques auteurs, s'appelait anciennement Forum Domitii, fleure dès le douziènie siècle comme un château hien fortifié , et son nom reparaît souvent depuis dans l'histoire du pays ; les calvinistes Tassié^èrent en 1;)62, sans pouvoir s'en emparer. En 1G29, Louis XHI y établit un siège principal d\n nirau té ; c était a cette époque une des places Itt plua impur* ' 0^1giiibanl,'ViedeCiMrlanagiiBelAn-

tantes pour le commerce luaritiou» de la province; mais quelle uua toit sa vi*

leur historique, cette ville devra sans doute sa célébrité la plus durable à l'exrellence du vin' muscat et aux délicieux raisins sec^ que produit son territoire. Sa population aetuelle eat da SidOO ha* bit'ints.

FH0si>f0NB (combat de). — Au moment où Rome reprit pour quelques instants un gouvernement républieaia en 1798, des séditions fréquentes furent excitées dans ses provinces , et Macdonald montra , par sa conduite dans ces oireonstances difficiles , ee qu'on pou* ▼ait attendre de son courage, de Son sang -froid et de ses talents militaires. Au premier bruit de la révolte de Circéo, il mit eu marche une petite colonne de Français et de Polonais, commandée par le g(!néral de brigade Girardon. Lea premiers chocs eurent lieu à Ferentino.

Il tallut combattre plusieurs heures pour eulbutar les rebelles; on en fit un grand carnage. Cependant, guidés par des chefs habiles et expérniicntés , leurs débris ne tardèrent pas a se rallier vers la Gosa , leur droite appuyée à Veroli» leur gauche à Frosinone. Ils osèrent, dans cette position , proposer au général français un traité conditionnel ; mais, au lieu de composer avec des brigands, on nurcbasur eux. On eut toutefois beaucoup de peine a forcer le passage de la Cosa, ei Ton éprouva encore une pluâ grande réiiistance au pied du rocher sur lequel s'élève ProainOMi Cependant son escarpement ne fut point un obstacle insurmontable pour les Français; ils gravirent, au milieu d'un feu très-vif de mousqueterie, jusqu'aux portes de. la ville ; il fallut monter À force de bras un canon pour en renverser une; on y réussit. Un prêtre , qui commandait les assiégés vers cette porte, fut pereé de coups de baïonnette. IMais, lor.vque nos détachements voulurent pénétrer dans les rues , ils trouvèrent toutes les maisons crénelées ; de toutea parts elles vomissaient la mort contre les assaillants ; beaucoup de Frruiçiîs succombèrent, et Ton fut enliii obligé d employer les llammes contra un anuemi aussi aehamé ; toutes las maisons d*où partaient des coups da fo* éï furent ineandiéea»

uiyui^CG Uy GoOflle

MO raOVMBMTBAV LmOVERS. imiOTlINMI

FftOTTÉ ( le comte Louis de ), né ea Normandie fers 1755, sémiten qualité

d'officier d'infanterie au commencement de la révolution. Ayant émigré en 1792, il quitta l'Angleterre deux ans après poor essayer de soulever les habitants de la Normandie. Après des succès variés et plusieurs combats où il montra de l'intelligence et du rmirn^p ù la tête de sa compagnie des gentiUkommes de la couronne, il sévit contraint, en 1796, de fuir devant Tînclic et de repasser la Mnnrhe. Profitant de la rupture des contcrences de Rastadt, il reparut sur nos côtes en 1799, avec le titre de maréchal de camp , et se trouva bientôt à la tête d'un corps de 10,000 hommes.

Toutefois, lorsque la journée du 18 brumaire eut décidé la soumission de plusieurs chefs de bandes , Frotté , après avoir essaye de résister à l'entraînement général, demanda à capituler lui-même le 28 janvier 1800, et reçut un passeport pour se rendre à Alençon , où il devait négocier un accommodement ; mais une lettre interceptée ayant fait voir que son intention était seulement de gagner du temps et non de se soumettre , il fut traduit devant une commission militaire formée à Vemeull, et condamné à mort.

Fboulay, maison ancienne qui tenait son nom de la terre de Froulay- Tessc ou Tessé-Froulay^ dans le Maine.

(Vov.TfsskO

•l'BOUME.STEAU (iNiCOlaS), HOUl SUp-

posé d*un écrivain protestant du seizième siècle, que l'on croit être Nicolas Barnaud, et auquel le Duchat, la Monnaie et d'autres critiques , attribuent, avec beaucoup de vraisemblance, les trois ouvrages suivants : le Secret des finances de France , découvei't et départi en trois livres, etc., 1581 , 3 t., souvent réunis en 1 vol. in-8° ; le Cabinet du roi de France dam; lequel il y a trois perles d'iîiestimabfe valeur, etc., 1581 et 1582, in-8" ; Traité de la polygamie sacrée; on ignore si ce dernier ouvrage , cité par le Duchat dans ses Notes sur la con/essi/on de Saney, a Jamais été imprimé.

Ce liarnaud était un médecin né à Grest en Dauphiné. La hardiesse avec laquelle il manifesta toujours ses opinions religieuses et politiques lui fit

mener une vie fort agitée et remplie par des voyages , ou plutôt des fmtes

successives en France, en Allemagne, en Suisse et en Kspagne. Retiré à (jeueve après la Saint-Barthélémy, il avait rois au jour, jsous le nom d^Ensèbe Phi* ladelphe, le Réveil-matin des Français et de leurs vohlns ^ 1574, in-8°, fivre si incendiaire qu'il tut blâmé même par les protestants. Ses ouvrages sont énumérés dans le dictionnaire de Prosper Marchand. Pour juger de l'esprit de ceux qu'il passe pour avoir écrits sous le pseudonyme de Froumenleau,il suffit de- parcourir répttre dédieatoire à Henri III, placée en tête du Secret des finances, le seul écrit en tète duquel on lise le nom de Froumenteau. L'auteur ^annonce au roi qu*il se propose de lui prouver, par des preuves authentiques, que dans l'espace de trente et un ans , le pauvre peuple a payé 15,246,000,300 et tant de mille écus qui ne sont point entrés dans les caisses de l'État ; et il lui demande qu'au lieu de créer de nouveaux impôts pour payer les dettes du royaume montant à 100 nuUions de livres, il répartisse la charge de payer cette somme entre les familles nouvellement enrichies. A la suite de cette épître vient le sommaire des cahiers présentés aux états de Blois par les députés, puis l'état des recettes et dépenses de PKtat depuis 1549 jusqu'en 1581.

Le second et le troisième tomes coiitieunent le tableau , par diocèse , des impôts levés sous Henri III, comparés à ceux du règne de Louis XII, afin de montrer l'accroissement rapide des charges publiques. Knlin, à la suite de chaque article se trouve une note des localités ruinées et des individus massacrés depuis Torique des guerres de religion.

Le Cabinet du roi de France porte au frontispice les initiales N. D. C. (Nicolas de Crest) ; il est rédigé dans le même style et les mêmes principes que Touvrage précédent.

Fbucttdob (coup d^tat du 18).

La fameuse constitution de l'an m, qui avait proposé pofir modèle des gouvernements républicains un gouvernement à cinq têtes, fonctionnait à peine depuis un an , et déjà l'expérience en avait révélé toutes les imperfections.

raudlBOft FRANCE. nvGmoE

Après un si court espace de temps, l'anarchie avait fait de tels progrès

dans les deux conseils et dans le sein même du Directoire, que la république paraissait à deux doigts de sa perte.

Sans unité dans h pouvoir exécutif.

Tordre est impossible ; sans ordre , pas de liberté non plus. Quand il n'y a [dus ni ordre ui liberté dans un État comme la France, il faut ou qu'il périsse , ou que la violence prenne Ja place de la loi. C'est , du moms , ce qu'on vit arriver le 18 fructidor ao v (4 septembre 1797).

. Les élections de Pan ▼ (mai 1797)

vinrent encore apporter un surcroît d'embarras. Jusque -là, le Directoire ne s'était traîné qu'avec peine; mais en6n il avait contenu tant bien gue mal le courant contre-révolutionnaire, grâce à l'appui que lui avaient prêté les deux conseils , composés, pour les deux tiers, d'anciens conventionnels, intéressés, ne fttt-ce que par amour-propre d'auteurs, au maintien de la constitution de l'an m. £n outre, la i;loire des armées de la république, commandées par des généraux teb que Bonaparte, Hoche et !\îorenu, avait répandu sur la situation un vernis brillant qui empéciiait d'en voir les misères. Mais , lorsque les nouvelles élections eurent réduit presque d'un tiers le nombre ^es anciens conventionnels, et fnit évanouir la majorité directoriale, deja si peu compacte, il devint évident que la constitution de Tan m courait les plus grands dangers, et que la république touchait à une crise violente.

L'année qui venait de s'écouler avait eu au moins cet avantige de prouver à la France révolutionnaire qu'une république , encore plus peut-être que toute autre forme de gouvernement, ne saurait se passer de force et d'unité dans le pouvoir exécutif. On commençait à voir le côté faible de ce Directoire* composé de cinq hommes égaux en puissance ou plutôt en faiblesse , occupant chacun à son tour le fauteuil de la présidence, se jalousant, s'entravant les uns les autres, parvenant avec une peine infinie à se dessiner en majorités flottantes, dont Tappoint était presque toujours fourni |)ar le moins digne d'entre eux, par Barras, à qui sa ver-

satilité et sa corruption même donnaient le triste privilège de dominer les

votes de ses collègues, sinon tous consciencieux comme Carnot, du moins systématiques comme l'impérieux Rewbell (voyez Dibbctoibb). Les thermi* doriens eux-mêmes ressentaient les atteintes du repentir; ils s'apercevaient, mais trop tard , que Robespierre, Saintlust, Couthon, Le Bas, Robespierre jeune , et les principaux cheft du parti populaire , avaient au moins autant de sagesse que d*and)ition, lorsnu'ils voulaient introduire l'unité dans le gouvernement républicain. Gomme ses chefs, la bourgeoisie reconnaissait qu'elle avait poussé trop loin le sentiment de la liberté personnelle, et qu'il était temps de faire quelques sacrifices pour ramener la liberté publique , rétablir l'ordre, et rester toujours puissant.

Tout le monde prévoyait que si l'on ne se hâtait pas de donner un président électif à la république, la monarchie héréditaire finirait par revenir. En nn mot, l'opinion publique inclinait vers l'unité du pouvoir.

Mais comment et par qui serait ùlt ce changement? Voila ce que personne ne savait au juste. Affaibli par ses défaites du 9 thermidor (an ii), du t2 germinal (an m), du 1*' prairial (même année) , et du 21 floréal (an v) , le peuple était, pour ainsi dire, hors de cause. Dans ce moment orageux, où l'influence militaire était si grande , que , pour la désigner, on a dû créer un nou* veau mot , le gptiéralaf , le parti populaire, comme tous les autres partis, avait bien pour lui Tépée de quelques généraux , entre autres, celle de Hoche , que l'on appelait le Jiunaparte du Rhin; mais ces généraux étaient encore plus sévèrement surveillés que les autres; les royalistes , les directoriaux , et les autres prétendants militaires , avaient l'oeil sur eux. Enfin, le moment appro- .chait où le général Uoche allait expirer au milieu des plus atroces douleurs, en disant: «Suis-je donc vétu de la robe empoisonnée de ISessus! » A tort ou à raison , les agents du Directoire ont été accusés d'avoir avancé la mort de ce jeune homme de génie, qui aspirait, dit-on , à devenir président de la république.

Le peuple écarté , restaient la bourgeoisie , les royalistes et Tarmée. Quoi*

?|ue entièrement revenue des idées de édéralistne propagées par les girondins, la bourgeoisie n'était encore qu'à demicorrigée de ses erreurs sur la nature du |X»UTO!r exécutif. Il lui était impossible de ne pas voir (pi'il n'y aurait jamais d'ordre ni de vraie liberté tant (]iie le gouvernement resterait démembré et sans force ; cependant ses préoccupa* iions dMntérêt personnel, ses spéculations commerciales, et son peu d'aptitude pour embrasser l'ensemble des ilitéréts généraux, paralysaient en {grande partie ses bons sentiments, et ne lui permettaient pns de prendre l'initiative dans ces circoiistanees épineuses. D'ailleurs et comme toujours, il régnait trop peu d*tinion dans son sein

Sourcela. Elle se tenait donc à l'état 'observation passive vis-à-vis des royalistes, de l'armée et du Directoire; penchant toutefois pour ce dernier, qui était son ouvrage et son représentant naturel.

La faction roviliste et l'armée savaient seules api>rccier à leur juste valeur les avantages de Vunité gouvernementale. Rompus à K1 discipline, les militaires savaient que, pour mener de grandes masses à la victoire, il faut un chef, qui veille et qui pense pour tous, environné de lumières, responsaltic le tous ses actes , mais libre de prendre telle ou telle déterinination suj'gérée par la vue du champ de bataille, et d'oîj , selon lui , dépend le sort du combat. Si plusieurs d'entre eux avaient encore conservé quelques doutes à cet égard , la conduite et les triomphes dti général Ëonajjarte en Italie étaient de nnture à ne pas les laisser longtemps incertains.

Quant aux royalistes , tout décrépit tjue fVit leur système, il avait du moms cela de bon qu'il les entretenait dans le sentiment de l'unité: seule croyance qui, dans le naufrage des doctrines monarchiques , dut surnager, non pas en* tière et absolue, comme ils le voulaient, Inais mitigée, rajeunie, nccomiiiodfe aux besoins de l'époque et de la civilisation nouvelle.

Aussi bien que Tarmce, It s royalisteè voyaient avec plaisir le travail do cUsso*

lution qui minait la constitution de l*an m; et ils intriguaient avec beaucoup d'activité pour en précipiter lâ

chute. Le parti royaliste et le parti militaire avaient la liiain levée pour saisir le pouvoir suprême, se mesurant du regard , comme deux amants jaloux épris d'un même objet. Lequel des deut allait remporter ?

Les avantages étaient assez bien partagés. L'armée avait pour elle sa force, ses sentiments révolutionnaires, et la prestige de la gloire , toujours si puissant sur les cœurs français ; elle avait pour elle le génie de Bonaparte , général qui se tenait le plus en dehors des partis, dans l'espoir de les soumettre tous à l'ascendant du pouvoir militaire. Les royalistes avaient pour eux l'arme de IMntrigue, quMls ont toujours su manier avec tant d'art; ils avaient pour eux le bras de plusieurs généraux, et surtout celui de l^icliegru, ancien républicain, qnlls étaient parvenus à séduire , et qui consentait à jouer le rôle d'un nouveau .MonK-. Kniin, les inconvénients de leur impopularité étaient plus que compensés par Tavantage de se trouver sur les lieux ; tandis qtie l'armée était, pour ainsi dire, tenue en exil aux frontières par la jalousie du Directoire. Les deux rivaux avaient donc en leur faveur des chances à peu près égales, quoique de nature bien différente.

Toutefois, ni i un ni l'autre ne devaient réussir, du moins pour le moment. Parmi les nombreux obstacles qui leur fermaient la route, qdehjuesuns étaient presuue iutrancbissables; d*une part, l'ambition et les mœurs violentes de l'armée étaient peu rassurantes pour l'avenir de la liberté nationale; de l'autre, les babitudes serviles des royalistes, leur avidité incorrigible, leur soif de vengeance, avide de sang autant que de contre-révolution , s'élevaient comme autant de titres d'exclusion contre eux. Le parti militaire et sou chef étaient encore trop jeunes ; depuis longtemps le parti royaliste était trop vietix. Enfin . les deux rivaux se détestaient a outrance, et ils étaient prêts à tout faire pour s'empêcher mutueUo* ment de parvenir.

Ainsi entouré de daogeiP4 le i>ifeo*

jnatcmmt fka

toîre , ou du moins la majorité des directeurs, entrevit le moveu d'exploiter à son profit les craintes dfe TopiDiou publique et la haine réciproque que se portaient l'armée, victorieuse des étrangers, et les royalistes, complices des ennemis de la France. Bans le but de tenir le général Bonaparte toujours éloigné , Rewbell , Laréveillére-Lepaux et Barras ne demandèrent pas mieux que de voir reculer le moment ou serait signée la paix avec l'Autriche. Dès lors on s'efforça d'enchaîner l'activité de Carnet qui , ne voulant pas tremper dans ces combinaisons machiavéliques , hâtait de tontes ses forces la manœuvre décisive du passage du Rhin par les deux armées placées sous le roinmandement de Hoche et de iMoreau. Quant aux royalistes, le triumvirat directorial S*effraya peu de Ion s i)rogrès, certain que l'appui de l'armée ne lui manquerait pas pour détruire en un jour l'ouvrage de toutes leurs longues intrigues.

Sous ce rapport , ses adversaires ont pu , sans trop d'invraisemblance, l'accuser d'avoir combattu mollement, et peut-être même d'avoir favorisé en secrvt les manoBums du parti oootre>ré* Toliitlonnaire, manceuvres qui devaient tourner à son n\ :nitiiie , pour peu qti'il fdt décide a tenter les chances d'un coup d'État, ce qui ne saurait être douteux aujourd'hui.

Le système adopté par les triumvirs sauvn, sinon la constitution de l'an m, du moitis le Directoire. Ce système était une espèce de compromis , mêlé d'un peu de bien et de beaucoup de mal ; contraire aux lois, puisqu'il faisait bon marché de la constitution , mais donnant une demi-satisfaction aux besoins de l'époque. Suivant leur habitude, Rewbell , Larévrillère et narra s prirent \e juste milieu entre les deux cxti cincs. Ennemis , autant par anibition que par principes, de Tunité monarchique et de l'unité militaire ; dtitorisés cependant par le vœu public à donner plus de ressort au pouvoir exécutif, qui était le leur, Ils inventèrent une quasi-unité, conception bâtarde à laquelle était re* fijsée un long avenir. Au lieu de donner au pouvoir la concentration qui lui manquait, ils se bornèrent à dinuuuer

le nombre des directeurs vraiment di«

s CE. Ï Kt CTIDOR 5St

gnes de ce nom. Jusque-là, le Directoire s'était composé de cinq membres ; bientôt il nV en eut plus que trois , car les deux collègues que les vainqueurs 8*ad* joignirent, en remplacement de Carnot et de Barthélémy , ne furent que des prête-noms. C'était un progrès, en ce sens que le chiffre trois se rapproche beaucoup plus de l'unité que le chiffre cinq ; mais, après tout, était-ce donc la peine de donner l'exemple de la violation des lois , et de multiplier les proscriptions pour un résultat si mesquin?

Il y avait évidemment quelque chose de plus utile et de plus grand à faire. La république touebait à un moment suprême « d'où allait dépendre son élévation progressive ou sa décadence. Le pouvoir politique avait encore sur le pouvoir militaire «juelques heures d avanCe , après lesquelles tout espoir do salut devait s'évanouir. Il fallait en profiter pour consolider la république.

Or , le seul moyen d'y parvenir , c'était de lui donner un président électif, ainsi que le demandaient, de l'avea même de Nn()oIéon (*) , un grand nombre de républicains aussi éclairés que sincères. La présidence réunissait tous les avantages de l'unité monarchique et de l'unité militaire , sans en avoir les iticonvénients. Alors, mais seulement alors, le pouvoir executif eût été * puissant sans cesser d'être responsable | sa responsabilité eilt tempéré son ambition , sans rien diminuer de sa force. Avec un président, la républiuue était sauvée; sans un président, elle était destinée à devenir la proie du premier général qui aurait la patience d'attendre que la poire fût mûre.

Chose vraiment étrange ! la république a essayé tous les systèmes de pouvoir ( xécutif , excepté celui qui lui convenait le mieux , excepté le seul qui lui convînt. Après avoir débuté par le gouvernement illusoire de toute une assemblée conventionnelle, cumulant les fonctions législatives avec les attributions de la puissance exécutive, elle a eu des comités de gouvernement, d*a* bord très- nombreux. Elle a été dirigée tantôt par la Commune , tantôt par le

(•) Voyei les Mémoire* de Montholon, t. IV, p. ao6 et sttiv. sur Ib i8 fructidor.

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