‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 154 sur 198 · S4 FRUCTIDOR L*UN · texte numérisé non relu

S4 FRUCTIDOR L*UN

club des jacobins, tantôt par le grnnd comité de salut public : elle a eu des décemvira et des triamvirs. Le 9 thermidor la fit retomber de DOtnreaa sous le réjEçime de la toute-puissance eonventionnelle et de plusieurs comités de gouvernement. Le règne de la Convention terminé, elle a euuD premier Directoire à cinq têtes, puis un second Directoire à trois têtes , on plutôt un triuinvirat dans le Directoire. Enlin elle a passé par je ne sais combien d*épreuves gouvernementales qui se rapprochnient de plus en plus du système de la présidence.... mais elle n'a jamais eu de président. Pour conserver Tonité et Tindivisibilité de la nation et du territoire français , elle a en recours à tous les

genres de dictature, moins la dictature 'un seul... mais elle n'a nas su trouver le secret de reconstituer runité et Tindivisibilité du gouvernement national.

Elle a épuisé presque toutes les combinaisons imaginables , sans jamais pouvoir arriver d'elle«m6me à sa vraie destination ; car , lorsque , de guerre lasse, rimité parvint a s'établir, elle s'impatronisa non pas avec un citoyen élu président, mais avec un général qui s'arrogea lui-même le titre de premier consul , ce qui ne revenait pas entièrement au même, ainsi que le prouva ' bientôt rétablissement du consulat à vie , puis ensuite l'installation de l'empire et d'une quatrième dynastie.

A ce point de vue , Tavénement du général Bonaparte fut un châtiment pour la France républicaine ; châtiment mérité , puisque la majorité s'éleva toujours contre les partisans du système de la présidence , puisque la Convention commit la faute d abolir la royauté sans remplacer le monarque héréditaire par un président électif, et que, le jour même où elle proclama la republique , elle déelara une guerre à mort à tous Ç( tix qui parleraient seulement de rétablir l'unité du pouvoir exécutif, sous quelque forme que ce pdt être. Dès lors la république fut condamnée à rouler inutilement, sur les flancs d'un moptardu, son rocher qui retombait toujours. Le jour où le rocher, poiîssé par une autre main plus intelligente, atteignit enfin le sommet , ce jour*là il n'y eut plus de république. Peu de

ERS. FEVCTIBOft

temps après , la France , de moins en moins révolutionnaire à mesure qu'elle se faisait plus impériale , commença un voyage de dix ans (pii devait la conduire dans toutes les capitales de l'Europe, remplir le monde entier du bruit de sa gloire , dépasser les limites de ce que rhomme et Thistoire avaient cru

{)Ossiblp jusque-là..., pour finir par un )rusque retour sous les murs de Paris, la ville sainte de la civilisation, violée pour la première fois en 1814, et pour la seconde fois en 1815.

La révolution eût livré de moins grandes batailles peut-être, mais à cou|j sûr elle aurait eu une meilleure fin , si le triumvirat directorial avait su profiter de l'admirable occasion que lui présentait encore une dernière fois la fortune. Malheureusement, il ne portait ni d'assez vastes pensées dans son intelligence, ni un dévouement assez noble dans son cœur , pour concevoir et pour exécuter autre chose qu'un coup d'État sans portée , relativement à ce qui eût été possible. Faire perdre aux royalistes tout le terrain qu'ils avaient regagné , voilà ce qu'il imagina de plus profond pour le salut de la république.

Qijant à la vraie question, qui était de concentrer le pouvoir dans les mains d'un président , il ne paraît pas qu'il y ait sonsé autrement que pour la rendre insoluble. Loin de s'entendre avec le parti qui demandait cette salutaire innovation , complément naturel de toutes les innovations précédentes, il n^eut rien de plus à cœur qme d'étou£fer sa voix et que de paralyser ses plus louables efforts. 11 lit plus : dans l'intérêt des passions les plus mesquines, il n'eut pas honte de confondre à dessein les principaux mrni!)res(le ce parti avec la tourbe des conspirateurs royalistes , complices des étrangers. Les nouveaux triumvirs voulaient bien faire une révolution à trois; mais chacun d'eux voulait avoir uncT part égale dans les dé* pouiiles de la constitution.

Pî'ayant ni la générosité , ni le courage d'aborder franchement le problème, il ne leur resta plus qu'a essayer de le tourner. Dans cet espoir, ils se proposèrent pour but, non pas V unité du poth voir , qui pouvait amener un résultat contraire à leur ambition , mais la die-

Digitiztxi by LiOOgle

FRUCTIDOR FRANCE. FRCCTIJMR 6S&

tatnre ^ qui ne pouvait qu'être avantageuse a leur triumvirat, en sa qualité de premier occupant. Dès lors , Tabsence de principes consciendeax les conduisit à employer la ruse ; le manque de force rei Ue leur fit faire appel à la violence. Ainsi toujours , quand le but est maavais, on D*a plus le choix des moyens, et on se trouve irduit, soit à renoncer à un projet suis grandeur, soit à se servir d'armes peu honorables.

On en vît bientôt la preave dans les

procédés des triumvirs envers leurs adversaires, et même envers deux de leurs propres collègues. Par des raisons bien difurentes, comme le fit voir plus tard, leur conduite, Carnot et Barthélémy refusèrent de s'associer aux desseins de la majorité du Directoire. Tous les deux furent voués à la pro<;cription par Barras, Rewbell et Lareveiilère. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les triumvirs s'avisèrent de représenter comme complice des royalistes, Thomme qui avait le plus glorieusement contribué à leur défaite dans l'immortelle campagne de 1793 et 1794, l'homme qui, avec le général Bonaparte , venait de contribuer le plus aux victoires de la France et aux défaites de l'Autriche, à la veille de voir envahir sa capitale , Carnot enfin , dont le respect pour la loi et le peu d'estime pour la capacité des trois dictateurs avaient seuls motivé Topposition , Carnot qui, peu de temps après, répondit à toutes les accusations, à toutes les calomnies, avec tant de force , tant de verve et par des défis si moqueurs, dans sa lettre a Bailleul. (}omme lui , Robespierre avait été accusé de royalisme dans la journée du 9 thermidor; mais, moins heureux, il mourut avant d'avoir pu confondre luimême ses calomniateurs.

Si quelque chose pouvait expliquer la haine des triumvirs contre Carnot , ce serait peut-être la crainte qu'ils eurent un moment de voir le Corps législatif lui donner raison contre eux. Cette crainte n'était pas dénuée de fonde* ment; et elle était d'autant plus sérieuse, que, dans ce cas, les partisans du système de la présidence auraient très-probablement porté leurs suffrage sur rancten membre du comité de salut pnblio.

Ce n'est pas que Carnot paraisse avoir rien fait pour briguer ce poste éminent ( s'il y avait eu la moindre preuve contre lui à cet égard, les héros du 18 fructidor n'auraient pas manqué de le représenter comme un nouveau Robespierre); mais , dans les dispositions où se trouvait l'opinion publique , l'événement était possible. A notre avis, du moins , il ne pouvait rien arriver de plus heureux; c'eût été la meilleure manière de ' réparer la fifiute commise le 9 thermidor, la meilleure manière d*en finir avec des révolutions sans cesse renaissantes, la meilleure manière de consolider l'é- , tablissement de la république. Si Carnot méritait un reproche, ce serait celui de n'avoir pas assez bien senti les avantages de l'unité du pouvoir, ou, dans une hypolbèse différente , de n'avoir pas pris lui-même l'initiative et provoqué, a ses risques et périls , l'élection d'un président. A cette époque , l'opinion publique était beaucoup plus éclairée qu'en 1794; la moindre ouverture aurait peut-être suffi pour décider la majorité des représentants, trompée plutôt que dirigée par cinq ou six agents de

Louis xvin:

Les membres du club de Clichy eux*

mêmes , ces clichiens dont on a voulu faire des royalistes à outrance, n'avaient pas tous les idées qu'on leur suppose.

La plupart d'entre eux ne voulaiept rien autre chose qu'un prompt retour vers l'ordre et vers l'unité du ()Ouvoir; s'ils avaient quelques doutes, ces doutes portaient bien plus sur les moyens de réalisation que siir fh nature du but. II est à remarquer que presque tous se rallièrent plus tard au parti qui aida le

général Bonaparte à établir cette espèce e présidence, plus militaire que civique, à laquelle fut donné le nom de consulat. « hè& membres du club de Clichy, fait dire M. de Montholon à l'empereur dans ses Ménu>ires, votèrent avec le comité royaliste sans le savoir; ils furent étonnés, lorsque après leur catastrophe, ils acquirent la conviction que Pichegru, Imbert Colomès, WîHot, Delahaye, etc., étaient des conspirateurs; que toutes ces belles harangues, ces beaux discours qu'ils avaient prononcés , étaient des actes de conspiration qui secondaient la politique de Fitt et des |irhicas. » Sui-

m vmiiTniioA L'UNI

vant la même autorité, Pichegni, Willot, Imberl Coloiuès, Rovère et deux ou trois autres, particulièreiuent DelahayCi cité plut hnut, étaient seuls dm le se* cret du parti contre - révolutionnaire.

Il est vrai que, s'il fallait en croire les révéiatioDS intéressées de Duverne , Vm des membres de Tagence royaliste de Paris , qui tombèrent daofl les mains de la polici!, 18 1 députés auraient offert à Louis XV ill d(3 le rétablir sur le trône , à condition que la constitution actuelle f ût conservée. A ce eompte , Louis XVIII n'eût été qu'une manière de président de la république; aussi lui a-t-on prêté cette réponse : « Le roi « fera tout pour réformer les abus qui «s'étaient introduits dans l'ancien réa gime; mais rien ne pourra le décider «à changer l'ancienne constitution de « l*État. » En supposant que les offres aient été réellement faites , il est plus que probable que ce fut sans le consentement et même à l'insu des 184 députés en question ; en tout cas, le refus du prétendant dut leur ouvrir les yeux et les disposerenfaveur d'une combinaison plus réalisable. Mais tout porte a croire que les faits ont été inlideleiueat rapportés par Duverne, et que les royalistes seuls firent des avances au prétendant.

Du peu que Ton sait, il semblerait résulter que les clubistes de Clichy formaient une masse oonfîise de mécontents, sans système commun» mais la> tigués de ranarchie gouvernementale, inclinaiit les uns vers la présidence élective , les autres vers la dictature d'un seul homme; miSIés de républicains modérés, d'anciens feuillants, d'anciens orléanistes , mais prêts à se prononcer

t)our changeuienl le plus simple, pour 'amélioration qui choquerait le moins les tendances de l'opinion publique.

Quoi qu'il en soit, voici comment les choses se passèrent. A peine entré dans les conseils ( 20 mal 1797 ), le nouveau tiers enleva au Directoire la majorité qu'il y avait eue jusque-là. Dès le début, Pichegru (qui n'était pas encore démasqué ) fut nommé président des Cinq- Cents, et Barbé-Marbois président des Anciens. Knsuite les conseils remplacèrent Letourneur , que le sort avait fait sortir du Directoire, par Bartliélemy, mien négodatauv du traité de Bftfe ,

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