FUNÉRAILLES L'UNIV
divisions, tant d'ung costé que d'austre. Et dirent lesdicts religieux qu'Us ne ehanteroiettt point s'us n'avoleni £9dieipoUh; et lors monsieur de Bourbon , illec assistant, demanda quelle question il y avoit, et on luy dict ce que c'estoit. Et lois demanda iedict seigneur, s'il y avoit point d*aiitre ancien qui eust veu les cstnts du temps passé en tel cas ; et deux des religieux dirent que, par leur foy, de droit il leur a^» partenoit Outre demanda Iedict sei* gneur« B*il y avoit quelque^ung mitre d'ancien que lesdictz religieux , et illec y avoit ung prestre de Taage de soyxante ans ou plus , lequel dit avoir toujours veu Iedict poiile appartenir auxditz re- • iigieux ; et alors dist Iedict seigneur : « Que oze ne si hardy homme de dire a mot, et que un baiiiast auxditz reli- « gieux Iedict poiile, et que on fist au n trépassé ainsi qu'il appartenoit. » Et le seigneur de Beauvois, lieutenant de mondict seigneur de Sai net - Denis , alors , en plorant, chanta Libéra me, qm faisait piteux nyr, etc. »
Mais cette querelle ne fut pas la seule qui troublât ce jour-là le cortège :
« Quand ce vint à saillir le chariot d'honneur desdictes Tournelles , fut deshnt entre monsiertr de Paris et le recteur , lequel yroit le plus près du corps / mais fut ordonné par messieurs les présidons que Tung yroit quant et l'autre à destre et sene'stfe. »
Les villes de province organisaient à cette époque les funérailles princieres avec une magnificence égale à celle que déployait la capitale. Il suffit', pou?, s'en convaincre , de lire comment les Nantais reçurent au milieu d'eux le cœur d*Anne de Bretagne, leur duchesse chérie (*)•
^ « I.es faubourgs furent tendus de linge blanc, signifiant que en humilité vouloient recevoir le cœur de leur souveraioe dame. A l'endroict de chacune maison, au haultdes fenestres, yavoient des sierges d'ime livre , chacun armorié aux armes de la royne.
« La ville, depuis la porte Sauit*Pierr6 jusques aux Carmes , fut tendue pareil-
(*) La relation suivante est tirée d'une dmmique contemporaine, ciiée dans l'ilistoira de Smter de M. Mdlinet.
■ RS. FUlrtnAItLES *
lement de humilité , sauf que , par le milieu d'icelles tentures , y eut une sainctura de deuil. Y avoit aussi au bas de chacune maison un sierge allumé et armoyé que tenoient jeunes enfans vestus de noir , lesquels se agenouilloieat jusques en terre comme le coanr passoit, pleurant moult tendrement. Aussi faisoient tous ks assistans non sans cause.
« Puis marcha uu crieur ayajit une robe de velours noir et ouatre eseussons
aux armes de ladicte aame. Il portoit deux cloches qu'il sonnoit, et en chacun carrefour crioit moult haut et piteusement : « DUes vos patenostres à ^ Dieu! C*est pour Pâme de la irèschrrfitienne royne et duchesse , nostre soureraine davie et duchesse , de la* quelle on porte le cœur aux Carmes.
Priez Dieu pour son âme ! »
« Après marchoient messieurs les bourgeois et gens de ville , qui estoient bien quatre cents , deux à deux , vestus de deuil, ayant chacun son sierge allumé et armoyé ; puis les églises et les couvens , chacun en son ordre, à grand nombre de riches cliappes et reliuues.
« Puis enfin Monseigneur rArebevesque de Dol , accompagné des abbés chacun en habit de prélat , et aux costés grand nombre de torches de confrairies.
«Aussi y avoient cent torches ar* moyces aux armes de la ville, portées . par [)auvres vestus de deuil.
« i?uis après, les héraults, le roy-d' armes Bretaigne et les officiers d*armes.
A dextre et à senestre , nombre de seigneurs ; puis le chancelier de Bretaigne, lequel mict le cœur sur un carreau de deuil et sous un poisle de drap d'or moult riche. Celuy poisle fîit porté par messeigneurs le vice-chancelier de Bretaigne, l'abbé de Kemperlé, et les sénéchaux de Hennés et de Nantes. Autour y avoit grand nombre dWfîciers domestiques de la maison de ladicte dame.
" Après ce, marchoient messieurs de la Justice, chambre des comptes, et autres gens de robe longue, etc..»
On pense bien que de pareilles cérémonies grevaietit de sommes énormes le trésor royal et le budget des villes. Ainsi les obsèques de François I** coûtèrent à son successeur 600,000 francs,
VUSiftAILUS FRANGE. VVll^AAILUS Mi
et peut-être autant à la ville de Paris. Avec ie roi défant, on devait, cette Ibt8-là, porter à Tabbaye royale ses deux fils morts avant lui , François, le premier dauphiu,et Charles,' duc d Orléans. Benri n avait voulu voir passer le cortège , et il s'était fait réserver secrètement une fenêtre dans la rue Saint- Jacques. Mais, lorsqu'il vit approcher les trois chars funèbres, « il voulut se lever de là, car le cœur lui liaussoit, et i! conimençoit à s'émouvoir et attrister jusques aux larmes. »
Vieilleville , qui nous transmet ces détails, s'approcha de lui, et lui dit qu'il devait montrer plus de reconnaissance envers la divine Providence qui Tavait appelé à la couronne avant le temps et contre le cours de nature; que, pour son jeune frère, il ne devait pas le regretter, puisque ranibilion en eût fait son j)liis redoutable erwieini. « Or, encore que ces remontrances fussent grandement consolatrices, si est*ce
Sue le roi ne se pouvoit tant conimaner que de se contenir. » Mais Saint- André et Vieilleville revinrent à la charge, lui racontant quelle joie le duc d*Orléans avait témoignéesur une fausse nouvelle que son frère avait été noyé; quelle correspondance il entretenait avec 1 empereur, par la ducliesse d*Étainpes. Pendant ce temps , le convoi avançait; le char qui portait le corps du duc d'Orléans, surmonté de son effigie, précédait les deux, autres, et arrivait sous les fenêtres ; « si bien que le roi se remit en place, et regarda constamment passer les trois efO^'ies. Mais il ne se put
(garder de dire, quand celle du duc d Oréans passa , comme par dédain : « Voilà « donc le bélistre qui mène Tavant- «< garde de ma félicité. » Telle était la sensibilité des princes et des courtisans de ce temps-là !
Les longs délais ordonnés par Tétiquette en pareille circonstance étaient ordinairement remplis par des intrigues d'ambition , qui laissaient peu de temps aux gens de cour pour pleurer leur mattre. Ces intrigues les préoccupaient même quelquefois au point
âu ils n'observaient paâ dans tous ses étails la pompe prescrite ; c*est ce que nous apprend un auteur oonteinporam.
« Bien que la coustume suivie en France ,
après la mort des roys , soit telle que /leurs plus favoris et ceux qui ont manié les Biiaires doivent les accompagner
Jusques an tombeau et durant quarante jours qu'ils sont gardés et servis solennellement, ceux de Guize ne firent eest honneur à leur roy et maistrè et mari de leur niepce (François II); ains fut par leur conseil envoyé jet ter dans le tombeau de son pere sans pompe funèbre : dont advint un brocard que le roy, ennemi mortel des huguenots, n'avoit pu empescher d'estre enterré à la huguenote (*). w Aussi trouva-t-on, deux jours après Tinhumation de ce prince , ces mots écrits sur un billet attaché au drap de velours noir qui couvraitson cercueil : Où esf mesAire Tanne-
Cl du Chastelf Mais il estoU François ! bruit courait que les Guises avaient détourné du trésor royal 100,000 livres, [)en(lnnt la maladie du roi ; du Cliaslel , au contraire , quoiqu'il eût été maltraité par Charles Vll, avait dépensé une pareille somme pour le faire enterrer solennellement, pendant que ceux qu'il avait toujours comblés de ses bienfaits le délaissaient pour aller grossir la cour du nouveau roi;'rauteur du billet avait voulu faire sentir combien cette conduite était différente de celle des Guises.
On vit , aux obsèques de Charles IX, « Tefligie faicte après le vif et naturel , mise .sur un grand lict de parement, couvert d une grande couverture de drap d'or frisé, nordée d*hermine, ete.
Et en cest estât demeura quarante jours ladicte effigie; et durant ce temps, aux heures du disoer et soupper, les formes et façons du service furent observées et gardées tout ainsi qu'on âVoit accoustumë faire du vivant du roy, estant même la serviette présentée par le maistre d'hostel au plus digne personnage là présent, pour essuyer les mains dudict seigneur; les trois services continuez avec les mesmes cérémonies et essais , connue ils se souloyent faire, sans oublier ceux avec la présentation de la coupe, aux endroictz et heures que ledict seigneur avoit accoustumé de boire. Les grâces dictes en la torme accoustumée , on y adjoustoit le De pr<h
(*) H^gnier de la flanche , p; 76ft»
nnréltAILLVS LUNITERS.
piriliiiAiixi»
fimdis , et l'oraison de fncîfnn , Domine j aurem tuanij cLc. , assistant a Chacun desdicts repas, les mesmes per-
sonungps qui nvoirnt nrrotistnnié fie parier audict sci^Mieur durant sa vie, et autres aussi .qui volo} eut estre présens.
« Pendant la marche du conv oi, toutes îes nies étoient tendues de noir, et, d'espace en espace, idniiiinées par une torche de cire blanche; les Ccipucins, couronnés d'épines, leurs massives croix de bois à la main , ouvrnient If eortége; les autres communautés ea lobiastiques, sous leurs divers costumes, venuitnt ensuite ; puis cinq cens pauvres vétos do deuil, et portant des torches armoriées ; les offiriers de la irnrde du roi aussi en deuil , el portant leur enseigne dans le fourreau. Le premier écuyer tranchant portajnt le penon de veloax bleu azuré , semé de fleurs de lys d'or, et couvert d'un crespe noir \ les pages vêtus de telours noir; un écuyer à cheval , portant les éperons du roi , aussi couverts de crespe noir; d'autres, sa cotte d'ariue&a son heaume et ses ganteletz.
« Le cheval d'honneur, entièrement
housse et couvert de veloux violet, azuré et semé de lleurs de lys. Le chariot d'armure, dedans lequel estoit le eorps dudict seigneur, couvert d'un drap de veloux noir, à une croix blanche , avec huiet i^randes armoiries , tiré par six coursiers lioussez.
, ^ « Les vingt-et-quatre crieurs de la ville sonnni.-s continuellement, sinon que ez end roi t z des carrefours ils s'arrestoyent [)our dire : « Priez Dieu pour « iànie du très-haut , très-puiasant et a très-magnanime Charles, etc.
« Enfin , après les oraisons et cérémonies faictes en l'abbaye, le corps fut mis en la fosse. Lors , le prmcipal des roys d'armes dit à haute voix : Koys (C armes, venez faire W^re, office. »
Et dépouillèrent alors leurs cottes d'armes, et les mirent sur la fosse; et, continuant, ledict roy d'armes dit à haute voix à tous les capitaines des gardes en partieuiier : « Apportez rcn- » ,sei(jtie (/es Snys.ses, dont rous arez la «.charge, » Ainsi des autres, et, chacun en son rang, apportovent lesdictes enseignes» et les mettoient bas sur la
fo«;sr>. Et continuant : « Messieurs les « escuyerSy apportez les éperons , les « ganteletz^ etc., « et chacun mit bas sur la fosse l'objet demandé.
« Ce faiet , fut crié par ledict héraut, par trois fois : « Le roy est mort! » Il releva la bannière de France , et dict aussi par trois fois: «.yive Henri, <c (roisJpsme dunomfàqtd Dieu donne « bonne vie. »
« Puis chacun releva ce qu'il avoit mis dessus le cercueil. Et ce raict; cha* cim se relira pour disner au disner solennel, qui fut faiet en la grand' salie tendue de noir. Et après disner, grâces étant dictes , cehiy qui représentoit le grand maistre dlrt à la compagnie :
<' Messieurs, nostre maistre est mort, car la maison est rompue. » Cela dict, il rompit son baston. »
Les funérailles des princes ou seijrneiirs offraient un grand nombre de cérémonies pareilles a celles des obsèques royales : on y voyait aussi les crieurs avec leurs sonnettes , les pauvres, des moines de toute sorte, des confréries , des bourueois , des militaires habilles de noir, des torches armoriées, etc. ; des karquebousiers portaient leur arme sous le bras . le canon bas ; des piqin'ers tenant le fer de leur pique à lu main; les porte- enseignes portaient leurs enseignes enroulées sur l'épaule , le fer en main, la poignée par derrière. Après le cercueil , on portait la lance, la cotte d'annes, le heaume, les ordres, les gantelets, les armoiries, l'épée, les éperons dorés du défunt. Les cloches de toutes les paroisses sonnaient nuit et jour, queUjmîfois pentlant une semaine. Le corps était embaumé , puis enseveli au bout de quarante jours (*).
Les effigies du cardinal et du duc de Guise (**) Ggurèrent, pendant le service funèbre que l'on célébra en leur honneur à Toulouse, en 1&88, devant la grande porte de l'église. « Us estoient
(*) Voyez, par exemple, dans les Arch. cor.
de l'hist. de l'raïKv , t. V, première série, p. 204 et 207 et suiv. , l'ordre des rôrémonies tenues pour le népas du duc de (iui-.e, assassine par Pultrot en i/iôa , cl les obsèques ilu baron de Saiiil Yidal , dans l'Histoire des guerres civdes du Velay peadant le seizième «iède, par P.Mandet, p. Ssoetiniv.
n AssasiinéàBloia.
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revestiut tous deux de lears habits ordinaires , pofgnardfz en plusieurs endroicts , et sur leur visage et sur leur corps (*). »
Aassitôt après la mort de Gabrielle d*Estrées , son corps fut apporté en cérémonie aux grands appartements du doyenne de Saint-Germain l'Auxerrois; on l'habilla d'un manteaa de satin blanc, on le plaça sur un lit de velours rouge entoure de cierges allumés et de prêtres qui chantaient les psaumes de la pénitence: ensuite, on rétendit dans un oer* cueil de plomb recouvert de son effigie, qu'on avait revêtue d'habits magnifiques; enlin, pendant phisieurs jours, sa table fut servie par ses officiers, qui coupaient, tranchaient, et lui versaient à boire comme de son vivant.
La relation des obsèques de Louis XIV, insérée dans le Mercure (jalunt de 1715, montre la persistance de ces usages, presque tous conservé^, sauf refilgie ne cire ou de plâtre, et la procession, que remplacèrent des carrosses.
Mais ce que ie Mercure ne nous raconte pas , c'est la manière dont le peuple salua sur son passage le corps du vieux roi. On sait qu'une espèce de foire était établie dans la plaine Saint- Denis le jour de la cérémonie, et que la pompe funèbre fut insultée par des cris de joie , des oriiips et des chnrisons. Spectacle de simstre augure pour la monarchie absolue!
Les obsèques du successeur de Louis XIV furent de fnnne tres-peu solennelles , et très-dillereutes de ce que doivent être les obsèques d*nn. roi bien* abné.
« On n'eut rien de plus pressé, dit l'auteur de VHistoire de la vie privée de Ijntis Xf^, que d'enlever le cadavre du château. On ne remplit aucune des formalités d'usage afuT d'abréger, et faute de trouver des gens de l'art assez intrépides pour y satisfaire. Au bout de deux fois vingt-quatre heures, il fut transféré à Saint-Denis avec une suite de quarante gardes du corps : quelques pages portaient des flambeaux. Le cercueil était dans un carrosse de chasse , et passait à travers l'onverture du de-
(*) Arch, cur. de l'hist. de France, t. XII, première série, p. 3ox.
vant; Tescorte faisait courir le mort, du même train qu'il les avait menés si souvent durant sa vie. Jamais monarque ne fut conduit si lestement.
« La même indécence régnait sur les chemins parmi les spectateurs, et à Saint-Denis les cabarets étaient retnplis d'ivrognes qui chantaient. Si c est dans le vin qu'est la vérité, on connaîtra facilement la façon de penser du peuple au propos d'un de ces hommes.
On lui disait, pour le faire sortir du cabaret, que le convoi de Louis XT • allait passer. «OMnment, s'écria-t-il , « ce coquin -là nous a fait mourir de « faim pendant sa vie, et -il nous ferait « encore mourir de soif à sa mortf»
Un bon mot d'un autre genre, attribué à l'abbé de Sainte-deneviève, fera connaîtreles sentiments (pieT.oms W avait inspirés aux citoyens d'une autre classe. On plaisantait ce religieux sur sa sainte, sur le peu d'effet qu'avait produit In découverte de sa ch.isse pendant la maladie du roi. a De quoi vous plaignez-vous?
« répondit-il : n'esMl pas mort? »
Le peuple prit, du reste, une part plus édilinnte aux pompes funéraires, lorsqu'il fut appelé a y occuper un rang digne de lui, et lorsque les derniers honneurs furent rendus à des hommes qui avaient sympathisé avec lui , défendu sa cause, prépare son émancipation, ou travaillé pour la véritable grandeur de la patrie : telles furent les obsèques nationales décrétées pendant la révolution (*). Parmi ces cérémonies, nous nous contenterons de décrire la translation des restes de Voltaire au Panthéon, le 11 juillet 1791.
Vn char de forme antique portait le sarcophage. Après une station du cercueil sur l'emplacement de la Bastille, le convoi se mit en marche. Il était ouvert par de nombreuses (ié|)ut:itions, par des ouvriers qui avnient été occupés a la démolition de la Bastille, par d<^s citoyens du faubourg Saint-Antoine et des groupes armés. Des hommes habillés à l'antique portaient une statue du philosophe en or et couronnée de lauriers. Les gens de lettres venaient
(*) Par exemple, en l'honneiir de Rousseau, deYollaire, de Mirabeau, dei«peUetier Saint- Faiigeâu, de Barra, etc»
FUNÉBAILLES
L'UNlVbUS.