‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 182 sur 198 · GAZETTE · texte numérisé non relu

GAZETTE

battre Ibrahim près d'EI-Arich , le pacha de Damas, le commandant de Vavant-gurde du fameux Djezzar , Abdalla, campé avec ses mameluks et de l'infanterie à une lieue de Khan-Jounes, se replia sur Gaza. Bonaparte l'y suivit, form int ses divisions en carré : la division Kléber à la gauche , le général Bon au centre,' et Lannes à droite. Murat, commandant la cavalerie, marchait en avant avec six pièces de canon et se disposait à charger, quand la cavalerie d'Abdalla fit, à son aspect, plusieurs mouvements indiquant de l'indécision.

Bientôt elle se relira au galop pour prendre une nouvelle position. Murât fit manœuvrer sa cavalerie de manière à l'attirer au combat; les Turcs battirent continuellement en retraite, et disparurent tout à fait avant la nuit. L'armée française se trouvait déjà à une lieue au delà de Gaza; le quartier général campa sur les hauteurs qui dominent cette place, et les habitants vinrent se rendre. L'ancienne capitale des Philistins avaitété successivement prise et assiégée par des personnages bien divers de nation, d'âges, de célébrité : par Simon IVIachabée, par Alexandre le Grand , par les héros de la première croisade, par Saladin , et par Richard Cœur de I.ion; elle possédait un fort circulaire, flanqué détours, et qui renfermait douze niiliiers de noudrc, quelques canons , beaucoup (le munitions (le guerre, et des vivres. Bonaparte organisa une administration , laissa une garnison dans Gaza , et continua sa marche sur .îaffa (20 février 1799).

Gazan de la Pkvrière (le comte Honoré-Théophile-Maxime), né en 1765, fit, sous les ordres de Moreau, à l'armée du Rhin, ses premières campagnes jusqu'en 1796, oij il fut promu au grade de général de brigade , en récompense de son brillant courage à là journée d'Ettlingen. En 1799 , nommé général de division, il servit en Suisse, sous les ordres de Masséna (voyez Constance [bataille de]). Masséna ayant passé, en 1800, au commandement de l'armée d'Italie, Gazan fut destiné à l'accompagner, et se signala à latéte du 2" corps. Après la paix, il fut nommé commandant de la 1"^^ subdivision de la 27'' division militaire en Piémont. En 1806,

en récompense de sa belle conduite à l'affaire de Diernstein, il fut fait grand officier de la Légion d'honneur ; cité avec éloges, après la victoire d'Iéna, il se distingua de nouveau en Espagne, au double siège de Saragosse, résista, avec un très-faible corps , à Ballesteros , qui lui en opposait un trois fois plus fort, et culbuta le lendemain l'avant - garde espagnole. A la première restauration, il restn en activité; mais se trouvant accidentellement à Grasse, lorsqu'on y fut instruit du débarquement de l'empereur au golfe Juan , il partit pour Paris, reprit du service, et fut nommé pair de France. Le 4 juin 1815, le duc de Dnnzig et lui furent chargés de portera l'armée l'adresse des représentants.

Il siège encore aujourd'hui au Luxembourg.

Gazette. Dès le règne de Henri IV, il se publiait à Paris un Mercure français, ou suite de C histoire de la paix , commençant l'an 1605, pour suite du septennâire du D. Catjer, etc. C'était un recueil purement littéraire, imitation du Mercure anglais, qui , ouvrant l'ère de la presse périodique , parut en Angleterre , l'an 1588 ; mais aucun journal politique n'existait en France, lorsqu'au mois de mai 1631 parut le premier numéro de la Gazette. On raconte de la manière suivante les commencements d'une institution qui, dans nos gouvernements modernes , est devenue une puissance si formidable. Le célèbre généalogiste d'Hozier , que ses fonctions obligeaient à entretenir une correspondance fort active, tant avec l'intérieur du royaume qu'avec les pays étrangers, en communiquait les nouvelles à son ami Théophraste Renaudot, médecin du roi, directeur d'un mont-depiété, maître général des bur('au.c d'adresses (voyez cet article), commissaire général des pauvres, etc. Renaudot, de son côté, tout en visitant ses malades, les amusait de la lecture de ces lettres. Voyant le succès de ses causeries, il songea à les faire imprimer et à les vendre à ceux qui se portaient bien. Il parla de son projet à Richelieu, qui appréciaitle mérite du médecin, son compatriote , et il lui demanda l'autorisation nécessaire pour le mettre à exécution. Le cardinal comprit aussitôt de

GASBTTE FRANCE. GAZETTE 073

quelle importance serait pour le gouvernement une feuille racontant les événements sous la dictée et dans le sens du pouvoir. Il se hâta d'aceorder le privilège demandé, sans prévoir Témancipation future dn journal ; bien plus, il rédigea lui - même des articles |X>ur Ja Gazette : récits de capitulations, de faits militaires et traités; îl communiqua des dépc' lies d'ambassadeurs ou (le généraux , (juand nette publicité pouvait servir sa politique. On dit même que Louis XIII envoyait de la rédaction de sa façon. Aussi ces gazettes sont -elles, pour l'histoire du dix -septième siècle, un recueil fort précieux. Elles paraissaient hei>donia-> dairement, en tres-petit in-4'', de 8 à 13 péages, et sons le titre de Bureau d'à' dresses ou d'extraordinaire. On donnait aux numéros le nom de gazettes, d'une pièce de monnaie, jjraae/^a, qui se payait à Venise pour une feuille périodique, vers le commencement du siècle.

Pour faire connaître comment Re-

raudot appréciait la portée et les avantages de J^on invention, lisons ses deux préfaces. « Sire , » dit-il au roi , après force phrases louangeuses et soumises, « la mémoire des nommes est trop « labile pour luy fier toutes les mer- « veilles dont V' INI. va remplir le Sep- « tentrion et tout le Continent. Il la faut « désormais soulager par des écrits qui «volent comme en un instant du Nord « au Midy, voire par tous les coins de la « terre. C'est ce que je iay maintenant, « Sire , d'autant plus hardiment que la «bonté de V. M. ne dédaigne pas la «lecture de ces feuilles. Aussi rfont- « elles rien de petit que leur volume et «mon stile. C'est, au reste, le journal « des roys et des puissances de la terre. «Tout y est i)ar eux et pour eux , qui «en font le capital; les autres [terson- «( nages ne leur servent que d'acces- «soire.... J'offre à V. M. en toute hu- « milité ce recueil de toutes mes gazet- " tes de cette année, laquf^lle je finiray « par mes prières à Dieu, qu atitaiit qitb «sa protection est assurée à cet £stut, «elle accompagne partout V. M., qui «en est la vie et le bonheur insépara- « ble. Ce sont les vœux et resperaiice • de cinquante nuUions d'âmes, et en-

T. YUi. 43* UvraUon, (Digt. emcy

« tre elles , Sire , du très-humble , très- « fidelle , et très-obéissant serviteur et « sujet de V. M.

« Théophraste REnAimoT. »

Voici des extraits de la préface au

public : « La publication des ga-

n zettes est, à la vérité, nouvelle, mais «en France seulement, et cette nou- « veauté ne leur peut acquérir que de «la grâce, qu'elles se conserveront

« toujours aisémeiit surtout seront-

« elles maintenues pour l'utilité (ju'ea « reçoivent le public et les particuliers : « le public, pour ce qu^elles empesehent « plusieurs fatjx bruits qui servent son- « vent d'allumettes aux moûvemens et

«séditions intestines les particu-

« liers , chacun d*eux ajustant volontiers «ses affaires au modèle du temps.

« Ainsi le marchand ne va plus trafi- « quer en une vdie assiégée ou ruinée, « ni le soldat ehercber employ dans les « pays où il n'y a point de i;uerre; sans « parler du soulagement qu'elles apf,or- « tent à ceux qui escrivent à leurs amis, « auxquels ils estoient auparavant obli- « gez , pour contenter leur curiosité, « de descrire laborieusement des nou- « velles le plus souvent inventées à A plaisir, et fondées sur l'incertitude « d'un simple ouy-dire. Encore que le «seul contentetiient (pie leur variété «produit ainsi freqncnnnent, et qui <' sert d'un agréable divertissement ès «compagnies, qu*elie empesche des « médisances et autres vices que Toisi- « veté produit, deust suffire pour les « rendre recommandables. Du motus « sont-elles en ce point exemtes de « blasme, qu'elles ne sont pas aucune- « ment nuisibles à la foule du peuple, « non plus que le reste de mes inno- « centes inventions : estant permis à un «cliacun de s*en passer, si bon luy « semble.

« La ditticulté que je dise rencontrei' « en lu compilation de mes gazettes et « nouvelles n'est pas iey mise en avant « pour en faire plus estimer mon ou«

« vrage c'est pour excuser mon stile,

« s'il ne respond pas toujours à la di-

« gnité de son sujet Les capitaines

« y voudroient rencontrer tous les jours

« des batailles et des sièges levez ou des « villes prises; les plaideurs des arrests « en pareil cas; les personnes dévotieu-

Page 1