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devait s'y attendre , prit le parti de l'amiral. Seize des plus mutins furent jetés en prison ; mais uu grand nomore de matelots désertèrent et revinrent dans leur patrie. Ceux qui restèrent se trouvèrent à la bataille de Crécy, et furent en partie cause de la défaite (voyez Cbbcy). Philippe, après le débarquement d'ÉiJotiard , les avait fait venir sous la conduite de leurs deux amiraux, Charles Griinaldî et Antoine Doria ; car les Génois avaient alors la réputation d'être en même temps les meilleurs archers et les meilleurs marins de .l'Europe. Maigre le désastre qu'ils éprouvèrent dans cette journée , où ils furent taillés en pièces par leurs alliés les Frnnrnis, ils n'abandonnèrent pas la cause de la France ; car, pendant le long siège de Calais, on vit plusieurs de leurs galères traverser courageusement la flotte anglaise t pour porter du renfort et des provisions aux assiégés.
A la iin du quatorzième siècle , les Génois étaient dédiirés par des guerres intestines, menacés dans leur nationalité par le duc de Milan, Jean Galéas; ils résolurent donc de se mettre sous la protection d'un prince qui pût les défendre sans toutefois les asservir. Us firent choix de Charles VI, dont la faiblesse réelle et la force apparente remplissaient le mieux leurs vues « Vers le milieu du mois.d*8oât, dit le religieux de Saint-Denis, une ambassade solennelle du doge et de la république de Gênes arriva en France, au urand étounement des habitants , qui n'avaient pas ouï dire qu'un peuple fût jamais venu de f)nys si lointain pour demander des secours. T,es ambassadeurs se préseritère<it devant le conseil des princes, dans l'hôtel royal de Saint*Paul , se prosternèrent aux pieds du roi, et lui demandèrent Imniblenient audienee. Le roi les reçut avec bonté et courtoisie, et leur permit d'exposer oe qu'ils avaient à diré. La république de Gènes, di- « rent-ils , offre ses compliments à Votre « royale Majesté; elle nous a chargés de H venir humblement implorer l'appui de « votre bras puissant, qui est toujours « prct à protéger les malheureux... La « Seigneurie de> Génois, atiitée par les « orages de la sédition, ne saurai lechap- « per au naufrage , si elle ne trouve une
« main puissante qui la ramène au port « de la paix. Tel a été l'avis de tous les « Génois; et après avoir pesé mûrement « les noms, les qualités et la grandeur «de tous les princes orthodoxes, c'est « à Votre souveraine Majesté qu'ils ont « décide de se soumettre. Ce n'est qu'à « l'ombre de votre protection, excellent « prince, qu'ils peuvent vivre en sûreté. « Si vous daignez leur accorder cette u grâce, ils regarderont désormais com- « me votre bien tont ce que vous leur « aurez' conservé, et il n^ aura point » de nation qui puisse ies égaler en Adé- « lite. »
« Le roi, qui désirait avec ardeur agrandir son royaume, remercia les
ambassadeurs, et accueillit avec faveur leurs propositions. Les envoyés s'empressèrent d'aller porter a leurs concitoyens cette heureuse nouvelle.
« Galéas, seigneur de Milan, qui passait pour le plus habile et le plus puissant de tous les princes d'Occident, intrigua alors contre le' roi, et chercha par tous les moyens possibles à s'assurer la seigneurie de Gênes...
« Le roi enjoignit à l'évôque de ATeaux et à maître Pierre Beauble, cliar^es de traiter en son nom avec les Génois, de faire connaître au duc Galéas ses intentions formelles. Les deux chevaliers eurent plusieurs conférences avec le doge et les conseillers de la république sur les conditions de leur soumission au roi; mais on ne put d'abord s'entendre a ce sujet... Enfin, les Génois confirmèrent le traité conclu, et se placèrent sous l'obéissance du roi. Les ambnssndeurs, munis des lettres royales, ratifièrent aussi les conventions par lesquelles le doge et la commune de Gênes, tant la noblesse que le peuple, choisissaient le roi et ses successeurs pour véritables seigneurs de leur ville, territoire et dépendances , quelque part qu'ils se pussent étendre. Ils transféraient aussi au roi et à ses successeurs tous 1rs droits de propriété, juridiction et suzeraineté qu'ils avaient ou pouvaient avoir sur ladite ville, sur les territoires susdits; ils consentaient à ce que le roi établît un gouverneur pour leur eoinmander eu son nom et décider à son gré de toutes les aliaires; ils promettaient de lervir le roi envers el
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contre tous, à condition qu'il leur accorderait toujours sa puissante protectioD. Pour donner plus de force à ce traité, !e doge, suivi d* une foule immense de peuple, se rendit vers le palnîs ducal au son du beffroi, et Ht publier par la voix do héraut, à son de trompe, en présence des ambassadeurs, toutes les conditions qfi\ avaient été arrêtées. Il se démit ensuite de sa dii;nité, et déposa entre leurs mains les insignes du dogat, c'est-à-dire Tépée, le sceptre et le siéf^e durai. Mais alin de prévenir le désordre et l'anarchie, les ambassadeurs lui rendirent ces insignes, pour si longtemps qu'il plairait au roi. Le peuple soumit alors à Tapprobation do ooge le choix du syndic et des conseillers qu'ils avaient élus. Après quoi, tous les Génois jurèrent d'une voix unanime de garder une fidélité et une obéissance inviolables au roi et à ses successeurs (*). »
£n 1397, Valéran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, étant arrivé à Grénés pour en prendre îe commandement au nom du roi , le doge Adorne se démit de sa charge. Mais la peste qui régnait alors dans la ville empêcha le nouvel envoyé d'y séjourner longtemps.
Il remit en parlant le gouvernement de la ville à l évèque de Meaux. Les querelles sans cesse renaissantes des Guelfes et des Gibelins forcèrent ce dernier de quitter la ville. Son sin nrsseur, nommé Calville, n'eut pas un meilleur sort. Les Génois lui substituèrent Boccanégra, avec le titre de capitaine de la garde du roi de France; puis ils députèrent à Charles VI pour le prier d'agréer leur choix. La députatiou fut si mal accoeillie, que Boccanégra se démit de sa charge. EnGn, le 31 octobre 1401 , le maréchal P>ouciranlt arriva à Gènes à la tête de mille hommes de pied et de mille cavaliers. Les mesures énergiques qu'il prit dès son arrivée rétablirent le calme dans la ville. Cet illustre guerrier, embrassant avec ardeur les intérêts des Génois, fit contre les Tares plusieurs expéditions heoreuses. Mais les Florentins vinrent mettra
(*) Chronique du religieux de SainUDenis, publiée pour la première lois et fradiiile par L. Bellaguct, t. Il, liv. xvi, ch. 19 ; liv. xvii, çh. 7.
un terme à ses projets ambitieux sur PiseetLivouroe. «Boucicault,ditM. de SIsmondi, par son courage et sa sévérité, avait rétabli Tordre dans Gênes;
il avait forcé les factions à poser les armes, et il avait fait déclarer son gouvernement irrévocable sur la demande des Génois eox>mémes. Cependant un mécontetitement général commençait à se manifester à Gènes contre luT; les accusations de lèse-majeste qu'il avait encouragées portaient la désolation dans les familles; les impôts oppressifs ruinaient le peuple. » Chaque jour, quelues-uns des privilèges de la nation taient violés, et, malgré les capitulations, la Lîgurie était presque traitée comme un pays eonqui". Enfui, les Génois, prolitaiit de l'absence de Boucicault, qui, appelé parie duc de Milan, avait quitté la ville avec la plus grande partie de ses troupes, prirent les armes le 6 septembre 1101). Tous les Fr.iiiciiis furent massacrés ou chassés; les forteresses tombèrent suocessivement au pouvoir des insurgés. Toutes les tentatives de Boucicauit pour se remettre en po.ssession de la ville furent repoussées. « Par représailles, dit Juvénal des Ursins, à Paris et ailleurs en ce royaume, on prenoit par autorité de justice tous les Genevois (Génois) qu'on trou voit pour la rébellion qui avoit esté faite à Gennes, et en prenoil-on argent le plus qu'on pouvoit. »
. Les Génois, après leur affranchissement, se Jetèrent avec ardeur dans le parti contraire k la France, et armèrent une flotte pour s'opposer à l'expédition de Louis d'Anjou contre le royaume de Inaptes. Six galères provençales furent, le 16 mai 1410, rencontrées par les vaisseaux génois, et prises ou coulées à fond.
Malgré l'expulsion des Français, les Génois ne purent recouvrer leur indépendanoe. En proie à des dissensions toujours renaissantes, ils furent, en 1421 , forcés de subir le joug du duc de Milan. De sanglantes révolutions suivirent, jusqu'à ce que le doge Pierre FIrégoso, voyant sa patrie menacée par Alphonse, roi d'Aragon, rival de la mai-son d'Anjou, persuada aux Génois de se soumettre à Charles VU. Par un traité conclu au mois de février 14&8|
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on délégua, en effet, au roi de France ^ le pouvoir légal du doge; mais il fut ' convenu que Gènes garderait ses lois, ton gouvernement, ses finances, et tons les privilèges d'une ville libre. Charles n'acquérait ainsi d'autre avantage réel que celui de pouvoir favoriser les tentatives de la maison d'Anjoa sur le royaume de T^aples. Il se hâta d'envoyer à Gênes Jean d'Anjou, duc titulaire* de Calabre, avec dix galères et des troupes sufGsantes pour mettre garnison dans Gènes et dans Savone. Jean, à son ar^ rivée, prêta le serment de respecter les lois et les privilèges des Génois, aussi bien que les statuts et l'indépendance de la banque de Saint-George Assiégé presque aussitôt par une flotte aragonaise et des troupes de Génois émigrés , il ne fut délivré que par la mort d'Alphonse (28 juin 1458). Une attaque audacieuse fut faite eDsuite contre lui, te 13 septembre 1459. par Pierre Frégoso.
Elle n'eut d'autre résultat que la mort de ce turbulent chef de parti.
« Le duc de Calabre ne pouvait es« pérer des succès dans le rovrinme de rïnpies qu'autant que les Franç^iiis innintiendraient leur domination a Gènes.
La flotte génoise protégeait les communications entre les côtes de Provence et celles de Campnnie. Gènes était l'étape naturelle de tous ceux qui suivaient cette route, et les richesses de la république avaient été jusqu'alors généreusement employées à seconder le roi René. Louis dè la Vallée, que d'autres nonunent Vallier, avait été nommé gouverneur de Gènes au départ du doc de Calabre. En général, il s'était conduit avec modération; mais une imprudente demande de Charles VU, qui jugeait sans doute les richesses de Oénes inépuisables, offensa les Génolst les poussa a la révolte; et, ce qui peut paraître étrange, ce furent les guerres civiles d* Angleterre qui produisirent ce mouvement.
« Après la bataille de Northampton, le roi de Frnnre fit presser les Génois d'envoyer une puissante flotte de galères au secours de Marguerite* Cette demnnde causa une grande fermentation à Gènes; de riches marcbands génois étaient établis à Londres et auraient été Tîetiiiies des hostilités de la république.
Les conseillers , après une discussion animée dans laquelle le gouverneur fut traité avec peu d'égards, rejetèrent la demande du roi , en déclarant que l6 trésor était vide. Alors le gouverneur chercha à le remplir par de nouvelles taxes : il demauda au commerce des emprunts forc^. TjCS nobles, dont pliitsieurs étaient engagés dans cette profession , lui proposèrent d'augmenter plutôt les droits sur la consommation, dont ils étaient exempts ; la querelle s'engagea bientôt entre les divers ordres de l'État, stir les privilèges de In noblesse. Les Français, tous gentilshommes , qui étaient en garnison à Gènes , oublièrent , dans cette occasion , leur impartialité; c'était leur cause même qu'ils voyaient débattre dans un pays étranger; ils ne pouvaient sentir de sympathie que pour la noblesse; ils se déclarèrent avec cluileur pour elle, et bientôt ils excitèrent , dans le parti populaire, une (gale animosité contre eux-mêmes. Le 9 mars 1461, un homme obscur sortit de Tun des conseils en criant aux armes. Les plébéiens répondirent à son appel, et Louis de la Vallée fut contraint de se retirer , avec tous les Français , dans la forteresse de Castelleto, abandonnant la ville aux partis des Adorni et des Fregosi , qui s'étaient momentanément réunis. INous ne trouvons les suites de cette révolte ni dans les chroniques de France , ni dans celles de Provence. Cependant on sait qu'une armée de 6,000 soldats, presque tous gentilshonunes et armés de casques et de cuirasses , quoiqu'ils dussent combattre à pied dans les montagnes de la Ligurie , fut embarquée en Provence , et envoyée à Gènes pour reooumr cette ville importante. Les historiens génois affirment que le roi René commandait en personne cette expédition ; il paraît néanmoins qu'il ne (piitta pas la Provence. Les Français debar* qués à Savone fbrent joints par touté la noblesse génoisre; ils s'avancèrent, sans rencontrer de résistance, jusqu'à San-Pietro-d'Arena« tandis que leuc flotte vint fêter l'ancre en face de ce faubourg. De leur côté , Paul Fri^oso»
archevé(pic de Gènes, et Prosper Ador* no , avec toute la jeunesse plébéienne, et icà renforts que leur avait fait jpasser
le &at &ê Wiftin, ooeopaient les baatsurs au-dessus do eonvent de Saii<Be-
nîgno. Trois jours se perdirent en néfforiations sans résultat , après quoi les Français eoimnenrèrent Pattaque le 17 joillet 1461. Ils s'emparèrent, avec leur ritïpétuosité ordinaire , dp la première des montagnrs qu'ils attaquèrent, mais la chaleur était étouffante , ils étaient loeablés par le poids de leurs armes.... Cafin, à midi, le bruit se répandit dans les deux armées que Tiberto Brandolini , avec un corps (.on.sidérable de ca- Talericf milanaise, arrivait par la Polsereraao secours des Génois. Les Français commencèrent alors à [x rdre courage, et quelques-ims à tourner le dos ; dès que les Génois les virent plier , ils se précipitèrent sur etn de toutes les hau-; teurs , et les .ncculèrent sur le ri\age. Les Français y perdirent 2.ô()0 lu/inmes; be iucoup d'autres se notèrent en voulant regagner à la nage leurs vaisseaux. Le Castelletto fut év'acu(> ; la flotte de René reiza^na les porîs de la Provence, et Louis fie kl Vallée fut chargé de conserver du moins Sdvone avec une gar- ■ison {*). »
La mort de Charles VII , qui survint peu après ce désastre, empêcha la France de songer a le venger ; d'ailleurs Louis XI était trop prudent , au milieu des dangers qui Tentouraient de toutes )arts , pour songer h une expédition ointaine dont le succès eiît prolité seuemeni; aux princes de la maison d'Aur wa qu'il détestait ; bien plus : cotnnid; la garnison de Savone lui coiU iit beaucoup d'argent sans lui être d'aucune utilité , il remit cette place à Ludovic Sforzff, au commencement de Tannée 1464, et en outre, il lui céda, sous condition d'hommage , tous les droits que les rois de France avaient acquis sur Gènes. Ce traité fut notifié par les ambassadeurs français à toute Tltalie.
Cependant, plust;ird, lorsque Louis XI se fut affermi solidement sur son trône, il tourna de nouveau ses regards vers ritaKe , et sut préparer les conquêtes de ses successeurs. En 1478 , après la conjuration des Pazzi contre les Médicis , il envoya a Florence f hi-
' 1^ Siimondi, BSstoûe des Ffançus, t. XXYi p. 48 «t 5e.
nppe de Comînes, et le chargea en
même temps de recevoir Thommagede
la république de Gènes.
Cette ville, toujours en proie aux querelles intestines , retomba au pouvoir du duc de Milan, au mois d'octobre 1488. Mais comme un parti avait , peu de temps auparavant , invoqué la protection du roi de France en lui offrant la seigneurie de la république , Ledift . le Maure , pour concilier ses prétentions avec celles de ce prince , demanda à tenir Gènes conune un fief mouvant de la couronne de France, et Cbar-.
les Vîîl ren investit en efilet , à eetle
condition , en H90.
A rej)oqne où l'expédition de Charles VIII en Italie fut résolue , le roi , qui avait d*abord voulu se rendre par mer à Napies , fit préparer, dans le port de Gènes , la flotte la plus belle qu'eUt encore vue la république; malneureuseinent elle ne servit à rien par suite du changement qui survint daae les projets du roi. Le duc d'Orléans (Louis XII} était entré à Gênes, vers le milieu de l'année 1494 , avec 3,000 sol- ■ data suisses ; mais la férecité par la« quelle ces auxiliaires se signalaient dans les combats souleva tellement les habitants de Gènes, qu'à leur retour une émeute sanglante éclata dans la TiMe v peu s'en fallut que Gênes entière ne se déclarât contre la France; le mouvement fut à grand'peme apaisé par le duc d'Orléans.
Uannée suivante , Charles VIII , trompé par les émigrés genoi.'^, (lendant sa retraite vers la France, détacha une partie de ses troupes pour faire , sur la répuidique , une tentative que se flotte devait seconder; mais les Français furent repoussés avec grande perte , et la Hotte lut défaite dans le golfe de Rupello. Une expédition du même genre, dirigée par J.-J. Trivulzio, en 1497,.
n'eut pas une meilleure réussite. Néanmoins , en 14ii9, lorsque Louis XII se fut empare de Milan, les Génois lui envoyèrent une ambassade pour se soumettre à lui. Il accepta leur offre , et leur donna pour gouverneur Philippe de Ravenstem de la tuaisou de Cleves.
Quelques années plus tard , en* fâOS, Louis XII fît une entrée aolenneUe dans Géaes, qui déploya toutes sea richesses
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f>our îe recevoir. « II Gt lui-m^me, dans 'é£:!i.se de Saint-Laurent, dit son historien , Jean d'Anton , les serments accoutumés et promesses dues, pour maintenir et garder les droits et franchises de la ville , rommp au seigneur dudit lieu appartient de faire.» Partout les habitants manifestèrent le plus vif enthoasiasme; les femmes surtout lui firent le plus brillant accueil. L'une d'entre elles, nommée Tommasina Spinola,gui passait pour l'une des plus belles femmes de Pitalie , choisit Louis Xn pour être son intendio; et Ton assure que cette relation de galanterie resta toujours dans les limites de l'honneur.
Cependant , quatre ans plus tard , la
préféreiire accordée par le gouverneur français aux nobles , rinsolence de ces derniers envers les plébéiens iirent , en 1506, éclater une nouvelle révolte. Le peuple demanda que les deux tiers des places du gouvernement lui fussent réservés. Le décret fut voté par le conseil souverain , et François de la Rochechouart , nommé Roccabertino par les Italiens , qui commandait à Gènes en l'absence de Philippe de Ravenstein, le sanctionna de son côté. Toutefois les nobles ne te soumirent pas longtemps à ce partage : ils allèrent rejoindre à Asti Philippe de Ravenstein , et, le 15 août , rentrèrent avec lui à Gènes dans un appareil menaçant. De nouveaux mouvements populaires ayant en lieu, et l'autorité française étant tiiéconnuc, le gouverneur quitta la ville le 25 oc-, lobre. Les armes de France furent abattues ; le peuple choisit pour doge un teinturier nommé Paul Novi.
A ces nouvelles Louis XII leva une armée de 50,000 hommes , et , au mois d'avril 1507, entra en Italie et se dirigea sur Gènes , qui avait été déjà bombardée par la garnison française laissée dans le Castelletto. Après quelques combats peu importants , et oii les Génois forent battus, le sénat envoya des députés au roi pour annoncer l'entière sotunission de la ville (voyez GâN£S [sièges de]).
Le 29 avril , le roi entra dans Gênes à cheval , l'épée nue à la main. Les magistrats , et toute la population à genoux , tenant des branches d'olivier, le
recurent en criant miséricorde. Louis
XII leur accorda un pardon qui leur coûta cher : soixante-dix-neuf citoyens furent exceptés de l'amnistie et pendus dans les rues après une courte procé* dure; Paul Novi , qui s'était réfugié en Corse, fut livré et exécuté le 5 juin suivant. La ville dut payer en outre une contribution militaire *de 300,000 florins qui , plus tard , fut réduite d'un tiers ; une forteresse inexpugnable fut élevée à la Lanterne ; tous les privilèges de la ville , et le traité précédemment conclu avec la France , Tarent brûlés; on établit une nouvelle municipalité composée par moitié de nobles et de plébéiens ; enlin , toutes les monnaies de la république furent fondues et remplacées par des pièces à l'effigie du roi.
Jusqu'à la tin des guerres de la France en Italie , Gênes changea encore plusieurs fois de mattre. Après plusieurs tentatives faites par Jutes II pour la soustraire à la domination française, Fregoso, voyant le Milanais évacue par les Français, en 1512, rentra dans la ville avec un corps de troupes suisses et vénitiennes. Le gouverneur français se jeta dans le fort de la Lanterne^ et Fregoso fut nommé doge.
La Lanterne n'avait pas capitulé lorsqu'au mois de mai lâin une flotte française entra dans le port ; les Adorni , partisans de Louis XII , la secondaient du côté de la terre; la ville fut contrainte de se soumettre, et Antonio Adorno se vit nommé à la fois lieutenant par le roi , et doge par le peuple ; mais ce gouvernement ne subsista que quelques semaines. Après la défaite des Français à Trecate , le nouveau doge, Octavieu Fregoso, força la Lanterne à se rendre et la lit raser.
En 1515, Fregoso, sachant que les Espagnols avaient offert de livreras patrie au duc de INlilan , conclut, avec le corjuetable de Rourbon , un traité qui devait rester secret jusqu'au moment où les armées françaises entreraient en Italie. Il fut exécuté [)onctucl!enient , et quand 8.000 Français, sous le commandement d' Ai mar (le Prie, arrivèrent de Marseille à Gènes , Fregoso déposa le titre de doge et prit celui de gouverneur |)erpétuel de Gènes au nom du roi de France.
En 1522, Gènes fut prise et pillée par les Espagnols, qui en furent chassés au bout de cinq années. Kl le reconnut «ncora une fois la souveraineté du roi de France, et Théodore Trivulzio en fut nommé gouverneur. Enfln , en 1528, André Doria ayant quitté le service de la France pour se mettre à la solde de l'empereur, se présenta à la tête de sn flotte devant sa patrie (12 septembre) ; la garnison française , qui s'était jetée dans Savone et dans le Castelletto , fut forcée de capituler le 21 octobre.
Ces revers mirent fin pour toujours à la domination française sur la république. Les rapport^ qui existèrent entre les deux pays , pendant le seizième siècle , ne concernèrent que la Corse , où les Français avaient fait une (Ifscente en iSaà (voy. Cobse). Seulement, lors des dissensions qui, en 1675, éclatèrent entre les deux classes de nobles à Gènes, le parti plébéien songea de nouveau à se soumettre à la France , tandis que les anciens nobles implorèrent le secours du roi d*Espagne, du pape et de l'empereur ; mais les querelles intestines furent apaisées par la médiation du pape Grégoire XIII.
En 1628 , le duc de Savoie s'adressa à Richelieu et lui proposa de partager, entre la France et son duché , tout le territoire génois , y compris Tiie de Corse. La France , pour son lot , devait avoir Génes et la rivière du Levant, dont la possession lui aurait assuré l'entrée du Milanais et de la Toscane.
Ces propositions furent agréées en 16^4, et, au printemps de Tannée suivante, le connétable de Lesdi^niéres et le maréchal de Créqui entrèrent en Italie avec 12,000 hommes. Les Français, unis auK troupes du duc de Savoie, pénétrèrent jusqu'à deux lieues de Génes et se disposèrent à en faire le siège; mais les secours arrivés d'Espagne forcèrent les coalisés à la retraite.
Le traité de Monzon , en 16S6, mit fin à la guerre.
Jusqu'à l'époque de la guerre de la •France avec la Hollande , nos relations avec Gênes n'offrent rien d*intéresrfant. Mais, p cette époque, il s'éleva entre les deux États un différend assez sérieux.
Un bâtiment hollandais, poursuivi par
T. Tiii. 44* Uvraiscn* (Digt. bkg
les Turcs , s'était réfugié dans le port delà république, et y avait été réparé. Le capitaine obtint la permission de se rembarquer, après avoir fourni caution que dans la mer de Génes il ne comme^ trait aucune hostilité envers les Français ou leurs alliés. Néanmoins , Louis XIV regardant cet acte comme une rupture de la neutralité, fit enlever, par représailles, plusieurs galères génoises, et nn't un embargo sur tous les navires de la republique. De plus , une escadre française attaqua un navire ennemi jusque sous le canon de la ville. Le sénat, pour venïjer cette instilte, fit tirer plusieurs bordées de la batterie de Carignan.
La république, bien gue s'attendant
à une rupture avec Louis XIV, envoya un ambassadeur à Paris pour offrir satisfaction de ce qui s'était passé. Louis XIV exigea qu'on lui livrât les canon»
niersqui avaient tiré sur ses vaisseaux; qu'en cas d'une rupture entre la France et FEspagne, la république se déclarât pour la France ; qu'elle lui avançât 500,000 pistoles ; enfin , qu'elle lui permît d'engager 2.000 Corses. Ces demandes furent refusées. La vengeance de Louis XIV, ajournée par suite de quelques embarras plus sérieux, éclata enfln en 1G84. Gènes, qui n'était plus d'aucun poids dans la balance de l'Europe comme puissance politique , s'était tournée entièrement du cdté de l'Espagne. Elle avait vendu de la poudre et des bombes aux Algériens; elle construisait en outre quatre galères pour le service de l'Espagne. Il n'en fallait pas tant pour exciter la colère du grand roi. Le 17 mai, une flotte française parut devant Gènes, et y jeta 12,300 bombes (voyez GÈNES [sièges et attaques dej).
La république fut obligée d'envoyer son doge a Paris , malgré la loi qui lui défetidait , sous peine de déchéance, de sortir de la ville.
La guerre ayant éclaté de nouveau en 1689, entre la France et l'Europe, la république put à grand'peine maintenir sa neutralité. Le comte deCaraffa, qui, en 1691, commandait Tarmée impériale, exigea, à titre d'indemnité, pour les quartiers d'hiver qu'il promit de ne pas prendre sur le territoire de Génes, une boni me de ôOO,000 écus, réduite plus