‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 185 sur 198 · GÊNES · texte numérisé non relu

GÊNES

tard à 200,000. A cette nouvelle, Louis Xiy tit prévenir la république que chaque payement qu*elle ferait à sfss ennoinis ifBrait regardé, de sa part, comme

un enga^îement de pareille somnie envers lui-même, et qu'au surplus elle poi^vait compter sur sa protection. La république refusa la protectioo de ia France, mais elle ne continua pas non plus le payement de rindefiinité , que plu^ tard elle fut obligée de changer en une contribution ànouelle, payée a Tempereur pendant toute la durée de ïa guerre d'Italie.

JNous avons parié ailleurs des négociations auxquelles donna lieu la cession de nie de Corse (vo\ ( z ce mot), abandonnée déGnitivement a Louîî^XV, par un traité du lô mai 17G8, en payement des sommes fournies par le roi pour la soumettre. Lors de la guerre pour la succession d'Autriche , Gènes s'allia à la mnison de Bourbon par le traité d'Aranjuez, signé le 7 mai 1745. L'armée française et espagnole ayant été battue devant Plaisance, le 16 juin 1746, Gènes fut occupée par les Aulricliieiis le à septembre de ia même année; mais trois mois plus tard, après un combat sanglant qui dura cinq jours, elle parvint à les chasser de ses murs. L'année suivante, la ville, bloquée par le comte de Schultembourg, fut vaillamment défendue par le duc de Boufflers (voyez GÈNES [sièges et attaques de]).

Celui-ci mourut pendant la levée du blocus. Il fut remplacé par le marquis de Bissi, puis par le duc de Richelieu, qui parvint à déloger les Autrichiens des postes qu'ils occupaient encoredans l'État de Gènes , et lit échouer leurs diverses tentatives pour reprendre la ville.

Le 28 octobre 1748, la république ."i^cedaau traite d'Aix-la-Chapelle, dans lequel Louis XV exigea, avant tout, que la république fdt rétablie dans toutes les possessions qu'elle avait avant la guerre.

Lorsque l'Europe tout entière se fut armée contre la révolution française,

la (Jdsition de Gènes devint excessivement diltlcile (*). Menacée à la fois par

(*) I^s capiuiiftes génois étaieiil à celle époque propi iétiiirst de quatorze millions de 9mm ^ rcttaL

l'Autriche, l'Espagne et l'Angleterre, qui bloquaient son port , elle mt longtemps avant de se décider à prendre un parti. Néanmoins , après plusieurs actes de violence commis contre des navires français par les Anglais dans le port même de Gènes, la république génoise fut forcé de conclure avec le Di* rectoire un traité, signé à Paris le 9 octobre 1796, et en vertu duquel ses ports fureut fermes aux Anglais. Deux millions nous furent payés en indemnité pour la frégate /ff Modeste, enlevée par INelson à la vue de batteries génoises ; deux autres millions furent fournis en prêt. Les familles feudataires, amies et sujettes de l'Autriche, ne furent pas exilées, mais toii^ les partisans delà France expulsés du territoire et du sénat furent rappelés. Les fleft impériaux devaient être réunis en toute souveraineté à la république de G^nes, comme suz(!raine. De son côté , la république fran^aiiie s'engaj^eait à négocier à l'amiable une convention pour fixer les limites entre le Piémont et les I^tats génois ; la ville de Gènes se clijr:c;)it de défendre ses forts, mais les Français lui

promettaient des troupes sur sa simple

deiiKuule.

Kn 1797, l'agitation ton jours croissante des esprits amena dans tiènes de graves désordres. La faction aristocratique eut le dessus. IjCS Français et leurs partisans furent alors en butte à toutes sortes de mauvais traitements.

Le lallga^e énergique du ministre français Fa} pouit et les victoires de Bonaparte amenèrent enOn une révolution dans Gènes, et la république ligurhn ne, modelée sur la république française et installée le 14 juin 1797, remplaça Tan* tique république de Gènes. La ville y gagna quelque peu de territoire , mais sa marine périt presque entièrement.

On sait comment, en 1800 , elle eut à souffrir les horreurs de ce siège, où rinvinciMe opiniâtreté de Massé'na lutta si longtemps- et avec tant de gloire contre des lorces supérieures (voy. Gènes [sièges et attaques de]). La Franoi», gouvernée alors par le premier consul, lui donna, le 29 mai 1802, une nouvelle constitution. Le 4 juin 1805, Gènes fut réunie à Tempire français , et son territoire forma trois départements. Après

FRAJNGE.

<2ÉNES

la chute de Napoléon, la garnison française qui occupait Gènes fut obli^ïée de capituler, et lord Bentinck prit possession de la ville au mois d'avril 1814, et lui rendit la constitution qui la régissait avant 1797. Mais le congrès de Vienne refusa son approbation à ces arrangements, et Gènes fut adjugée an tci de sardaigne , auquel elle appartient aujourd'hui, tout en conservant son titre de duché.

GÊNES (sièges et attaques de). —1507.

Les Génois auraient pu opposer à Louis XII une rosistnnce sérieuse ; l'art des siéiîes était trop peu avancé pour que le roi fût en état de prendre de vive force unegrande ville rendue inexpugnable par ia nature même. Mais le trouble était dans ses murs. Le 26 avril , les Français tuèrent 15 ou 16 cents hommes Œttn corps de Génois postés sur une hauteur, et s'emparèrent de leur b<utille.

n Le lendemain au matin, » dit une relation datée de Gênes, le 29 d'avril 1.507 , imprimée in-4'', goth., sur une feuille volante (*) , « le roy arrivn au « camp , dont les Fraiiroys en turent « très-fortz acouragez et'rejouyz, et de « là , à deux ou troys heures après , «douze ou quinie mille Genevois 90 « vindrent monstrer au rhief de la mon- « taigne en veue. Et incontinent chas- «tcun s'arma. Le roy envoya le nombre «de quatre mille hommes ou environ, « qui , pour abréger, frappèrent si vail- « lamment qu'ils donnèrent la fuite aux « Genevois et si en tuèrent bien deux «cens.

•tCeulx de la ville voyant que mal « alloit et la fleur de leurs gens en fuite « et les autres tuez , ilz vindrent parle- « menter au roy, etc. » La soumission fiit pleine et entière, et Paul de Novi avec les siens évacua la ville.

— 1684. «On soupçonnoit les Génois d'avoir tramé quelques pratiques secrètes avec les ennemis de l'État , et Sa Majesté, pour en avoir raison , envoya sur leurs côtes une armée navale, pour leur apprendre que la protection d'Es-

(*) (.elle pièce, qui peut être regardée Gomma une des premières feuilles destinée* à annoncer au public les nouvelles polilioues , est ins^ée dans les Arch. cur. de l'hist, wFiaiioe',t.'II, première série 1 3 et suiv.

pagne ne pouvoit les mettre h couvert de son ressentiment, Sei^nelai , secré* taire d'État , s'embarqua sur la flotte commandée par le marquis Duquesne, lieutenant général , et arriva devant Gènes le 17 de mai 1684. Le lendemain il exposa aux sénateurs députez pour le oomplimenter , les sujets que le roi prétenaoit avoir de se puiindre de leur conduite, et leur déclara que s'ils ne le désarmoient par leur soumission, ils alloient sentir les effets de sa colère. Les Génois, pour toute réponse , firent une décharge générale de toute leur artillerie sur la flotte de Franee. Les François irritez jettèrent aussitôt dans Gé* nés une quantité de bombes qui causî-' rent un désordre affreux. L embrasement, joint aux cris des habitans, flt espérer au marquis de Seigneiai que ce châtiment les auroit fendus plus traitables. Il envoya les sommer encore de donner au roi la satisfaction qu'il avoit demandée. Mais ils persistèrent dans leur résolution. Les galiotes recommen* cèrent à tirer. On fit une descente an faubouri: de Snint-Picrre d'Arène , et on réduisit en cendres une partie des magnifiques palais dont il étoit composé.

« Les Génois , dans la crainte d*ifti

second bombardement , eurent recours au pape, pour fléchir par son entremise la colère du roi. Sa Majesté déféra à la prière do pontife et promit de leur pardonner , pourvu que le doge François- Marie Imperiali Lescari, arcompâgné de quatre sénateurs , vînt faire des excuses de la part de sa république. U fal^ lut obéir (*). »

— 1747. Les Autrichiens , revenant de ia Provence qu'ils avaient envahie, bloquaient Gènes, de concert avec les Anglais.

La France fit d'abord tenir au sénat un million , par un petit vaisseau qui échappa aux Anglais. Les galères de Toulon et de Marseille partirent char* gées d'environ six mille hommes. La flotte anglaise prit six bâtiments qui portaient environ mille soldats ; mais enfin le reste des Français entra dans Géaee, et y ê% wnikn PospéraDco.

(*) Histoire de Louis JJV, pai* limim, t. n, p. 4^3 et 4a4«

L'UNIVERS. «Amn

Bientôt après, le duc de Roufflers arriva pour commander les troupes , dont le nombre aa$[iiientaU de jour en Jour. IJ se trouvait a la téte d'eoWron 8,000 hommes de troupes régulières; mnis on avait peu de provisions, poiut de poudre; les chefs du peuple étalent peu soumis au sénat , et les Autrichiens conservaient toujours quelques intelliizences. Roufflers eut d'abord autant dVmhnrrns avec ceux qu'il venait défendre qu avec ceux qu*ti venait combattre. Il mit Tordre partout ; des provisions de toute es-

f)èce abordèrent en sûreté ; on engai^ea es confesseurs à refuser Tabsotution à .quiconque balançait entre la patrie et les ennemis. Mais le plus puissant de ces encouragements fut la valeur des troupes françaises.

La cour de Vienne ordonna enfin de lever le blocus. Le duc ne jouit point de cette gloire; il mourut de la petite vérole le jour même que les eooemis se retiraient.

Gènes, cependant, était toujours menacée par les Piémontais , par la flotte anglaise, par les Autrichiens qui revenaient des Alpes. Il fallut que le maréchal de Belle-Isie descendît en Italie. Leduc de Richellea vint à Gènes avec de nouvelles troupe;?, de l'argent , malgré les biltinients anglais. La cour de Madrid promit 200,000 livres par mois aux Génois : mais la France les donna ; Richelieu repoussa les ennemis dans pluNieurs combats, mit les côtes eu sûreté. L'Angleterre s'épuisait pour faire tombfr Gênes, comme la France pour la défendre. Belle-Isie ayant pris le comté de Kice, la ville fut délivrée.

— 1800. La cour de Vienne , espérant profiter de la déplorable situation de Tarmée dltalie, voulait conquérir Gènes , se porter sur le Var, entrer en Provence , combiner ses opérations avec 15.000 Anglais débarques à Mabon, et 20,000 Napolitains, puis soulever en faveur des Rourbons les populations du Midi. Bonaparte conlia à Massena le soin de déjouer ces projets. Il fallait beaucoup de dévouement pour quitter une armée victorieuse et se mettre à la tête de 37,000 hommes cantonnes sur les hauteurs de Gènes , et qui , au combla de la détresse, devaient supporter Telibrt d*iuio dss plus bellei

armées de rAllemagne. Biais le seul nom d'armée d'Italie ne conservait-il pas une considération que tous ses matbeurs n*avaient pu lui enlever? Mas< séna se sentait assez de génie pour se créer des ressources. et soutenir honorablement la guerre. Soult, Gazan , Thurreau , Oudinot occupaient d'ailleurs les premiers postes de son étatm;»(or. Il arriva à Gènes le 18 février 1800; il y trouva une desorganisatiou complète. Aussitôt un gouvernement ferme et niiii des Français remplaçn des honmies irrésolus et malintentionnés. Depuis plusieurs mois les environs de. Gènes étaient insurgés contre les Français; Hasséna menaça les paysans de la vengeance nationale , et les punit. Il attendait de France 22 bataillons ; il en reçut seulement 1 ,000 hommes : c'était presque une légion d'officiers sans troupes. Cependant il fallait défendre toutes les avenues du Dauphiné et de la Provence > depuis le mont Cénis jusqu'à Gènes , et jamais les besoins n'avaient été plus grands. Une appréhension continuelle de disette faisait envisager l'avenir sous une perspective accablante. Tout semblait contrarier les efforts du général en chef. Mas>éna se vit bloqué dans Gènes ati moment où la pénurie et la niisere étaient au plus haut période, où l'armée n'avait pas de paiu pour vingt-quatre heures, où il attendait sous peu de jours trois demi-brigades d'iutnnterie , trois régiments de cavalerie, ou 2 millions de numéraire étaient arrivés à Nrœ, où 18,000 quintaux de blés ( tai( lit près d'entrer dans le port. Les Autrichiens lui enlevèrent ces espérauces en attaquant Gènes le 5 avril 1800. Mêlas réunit en peu de jours 10,000 hommes en avant de Bobbio, 10,000 hommes en avant de Tortone, 30,000 à AcquI et Alexandrie , et se présenta devant Gènes , laissant eucore dans le Piémont toute sa cavalerie, une artillerie superbe et 20,000 hommes d'infanterie. Qu'avait Masséna à opposer à une armée aussi formidable ?

16,320 hommes. Comme les troupes françaises étaient composées d'hommes affaiblis par les maladies , tout son but fut de parvenir à diviser celles des ennemis pour porter ses soldats en masse ven km pSurties ^^araes. Les monta*

«Éim FRA

gnes qui environnaient Gênes facilitaient singulièrement ce genre de défense; rhabileté et le génie pouvaient y suppléer au nombre. Dès le second jour de Tattaaue , Taile droite de Tarmée , commaodée par le général en clief , se trouva isolée, et chargée de défémlre seule la ville.

La ligne de ses postes , dissôminés sur plus de 60 milles d'étendue, était sans doute beaucoup trop développée, mais il fallait nécessairement conserver - tous les débouchés et iiarder ses communications. Gènes fut indiquée comme le point de retraite de toute Tarmée, comme elle était celui des attaques des Autrichiens.

Au moment où les Autrichiens attaquèrent, une Uotte anglaise parut, coupa toutes ks communications par mer, interrompit les arrivai^es de vivres néces« saires pour nourrir une armée et une population de 100,000 âmes. Des le lendemain Tennemi se présenta à Monte- Cornua, Torriglia, Sc^ffera, Cadibona, et !\Ionto-Moro ; il périt beaiicotip de inonde dans ces combats soutt'tuis à coups de fusil , de pierres , de baïonnette. Les Impériaux, parvenus sur le Alonte-Facio, d'où ils dominaient Gênes, y allumèrent un crand nombre de feux pour soulever les Génois , sur lesquels la flotte anglaise faisait pleuvoir les boulets ; ce but tut manqué.

Toutefois, Masséna sentit la nécessité de battre l'ennemi sons les yeux des habitants qui avaient été témoins de leurs avantages, et résolut de reprendre l'offensive dès le lendemain L'ennemi fut culbuté sur tous les points, et perdit l^hOO prisonniers. Les deux colonnes françaises rentrèrent dans Gènes au milieu des acclamations universelles.

Dans la journée du 8 avril , l'armée fut divisée eu deux corps : le premier fut chargé de la défense de Gênes, sous les ordres de Miollis; le second , devant tenir la campagne, forma deux divisions, commandées par Soult et Gazan, d'un cote, Gardanne et le général en chef de Tautre.

Le but de ce mouvement général était de débloquer Savone , de rétablir les communications avec Suchet, de reprendre notre première ligne.

Quelque brûlante que fût pendant

(CE. «ÉffBB «M

quinze jours l'offensive soutenue par Masséna, il ne put se dissimuler qu'abandonné à ses propres moyens, il n'a* vait rien à espérer de la force des armes contre un ennemi cinq ou six fois plus nombreux, ^lais sentant aussi combien H était important de conserver Gènes le plus longtemps possible, Masséna s'attacha h se fortifier , à découvrir quelques moyens de subsistance, à laisser presque toutes ses forces régulières . disponibles pour la défense extérieure de la place.

Environné d'ailleurs de l'admiration

générale, il trouva dans l'opinion pulique une force morale qui le mit en état d'exécuter tout ce qui était humainement possible pour le salut de la cité et de l'armée. Dairs les nombreux problèmes que ce siège laisse à résouare , on s^étonnera toujours comment, dans un pays où il n'y avait pas de vivres ostensibles pour trois jours, il en trouva ensuite, pendant le blocus le plus rigoureux, pour soixante; de même qu'il retrouva des héros dans des soldats accablés de maladies et de misères. Le moindre poste était défendu pied à pied ; et vers la fln d'avril on s'aperçut, par des marches et contre-^ marches, que IMélas se préparait à frap-' per quelque coup décisif.

Une vive fusillade s'engagea le 80 à deux heures du matin aux avant-postes des Denx-Frères. Les Autrichiens déployèrent de tous côtés des colonnes nombreuses soutenues de fortes réserves. Plusieurs points furent forcés; 25.000 Autrichiens étaient employés à ces attaques multipliées, pendant que la flotte anglaise rasait la côte et tirait des bordées pour exciter les Génois à la révolte. Masséna résolut pourtant de profiter des réserves qui n'avaient pas encore donne, pour recouvrer les positions d'où Ton pouvait bombarder Gé* nés. Les Autricniens devaient être rassurés par la retraite de l'nrmée françaiïie, et par une pluie battante qui semblait interdire toute opération militaire. L'entreprise était audacieuse et difficile ; mais elle était inattendue de Pennemi ; d'ailleurs elle devenait indispensable pour la conservation de la ville. Apres plusieurs combats acharnés, où souvent on se trouvait trop

cuftm

près pour faire usage des armes à feu , et où )a lutte continua à coups de pierres et de crosse de ftisil , cette journée, la plus importante du blocus , se décida en faveur des Français ; elle coUta à Tenaerni plus de 4,000 hommes, dont 1,600 prisonniers.

Mêlas venait de partir pour tenter de repousser l'armée de réserve dans sa marche triomphante. Ott, qui lui succéda, instruisit, le 10 mai, Masséna qu'il tirerait sur sa ligne, pour célébrer une victoire rpiiipnrtne surSurhet. Sans se laisser intimider, le général voulut venger son lieutenant; il arrêta ses dis-

Çosittons d*attaque pour le lendemain* /adjudant général Gauthier enleva à l'ennemi son camp de Baverie; mais Miollis échoiià sur le Moote-Faccio, et fut rejeté sur la Sturla. Cependant Soull opérait victorieusement son mouvement, culbutant tous les postes autrichiens, forçant leur camp de Monte- Cretto. De son côté, le général Darnaud avait livré plusieors combats, fait plus de 600 prisonniers, vaincu des difficultés de toute espèce, jusqu'à ce qu'un bataillon de lu T de ligue arrivât, et chanj^eât en une offensive brillante cette défensive longue et difficile. Le général Soult fit réunir en colonne serrée les grenadiers et la 2" de ligne; la 24" de ligne s'élan^ sur le flanc droit de Tennemi, la ^5" légère sur son flanc gauche : l'ennemi, surpris, fut culbuté du haut des rochers. Plus de 800 Autrichiens roulèrent dans les abimes; un plus grand nombre tat pris dans ses retrancneoients (*}.

(*) Nous ne pouvons rappeler tous les prodiges de valeur qui sigaalèmit ces différenti

cornbiis; mais ici nous citerons seulement uu trait sublime, (|ui, dans cette journée du 1 1 , honora les soldats français.

Lors de la désertion d'une partie des corps de l'armée d'Italie, la aS'' légère avait été chargée de désarmer la 24" de lif;iie. On craignait depuis de les rapprocher; mais pendant l'action, ces corps rivalisèrent tellement décourage sons 1rs yeux l'un de l'autre, qu'une estime mutuelle demeura seule dans l'âme de ces braves; ils s'embrassaient au milieu do feu ( t sur le champ do I)afaille par un mouvement sponlané, faisant abjuration de toute toiniliè. L'enthousiasme fut si grand , que , par m étrange aneoieiiMaié, k mitié de k

Maître de ivTonte-Moro et de Monte- Faccio, Soult y ût faire halte. Darnaud se dirigea ensuite sur Nerfi, s*eii em» para, y trouva des vivres et 2 cnnons. Peudnht ce t»nnp«;, INIasséna, ayant réuni la division Miollis, était parvenu à la reporter en a?ant« et se troaTait ainrî en mesure de donner des secMmra au général Soult.

Le lendemain, 12 mai, fut consacré à célébrer la victoire de Sontt, en se préparant à un nouveau combat, qui devait être décisif. Il s'ajîissait d'enlevef le Monte-Cretto , le point central de toutes les opérations de l'ennemi , la clef de tonte la ligne. Riett ne fut négligé pour assurer cette dernière tentative.

L'ennemi, sentant l'importance de cette position, y avait aussi rassemblé ses forces. Le corps d*atta^e tau divisé en deux colonnes : celle de droite, forte de 5 demi-brigades, marcha, «îous le général Soult, directement vers Monte-Cretlo; Gazan, commandant 3 demi-brigades, se dirigea, par les Deux-Frères , sur les quatre As qui se trouvent à leur droite. L'adjudant général Gauthier, commandant 2 brigades formant l'avant-garde de Soult, oommença le combat Ten onze heures du matin. Le début de cette journée était déjà marqué par des succès, lorsque 1 orage le plus violent et le moins attendu vint fondre sur le théâtre du combat; d*épais nuages enveloppèrent les combattants , de manière que Ton ne s'apercevait qu'à la faveur aes éclairs. Apres trois quarts d'heure d'une pluie aiïreuse, chacun se retroura dans la position où l'oraîiie l'avait pris; mais tout était mouille , les hommes , la terre et les armes. L'éuergie était éteinte, et Tennemi 8*était encoro renforcé de troupes, qui, marchant dans des vallées aii-dessous des nuages, avaient pu s'avancer durant l'état de stagnation forcée produit par l'orage sur le haut des montagnes. On fit quelques efforts; ils furent malheureux. Gauthier tomba blessé ; ses troupes reculèrent. Cependant le général Soult fit avancer rapidement le général Poinsot; reonemi

aT* pnssa dans la 74*, et la moitié de la 24* dans la aS" ; les deux corps ainsi mêlés continuèrent de combattre avec une ardeur nouvelle^

GÊNES FRANGE. GÈnÈÊ 695

• plia; les Français, arriv(^«: nu camp de Monte-Cretto,* mettaient déjà le feu à ses baraques; mais l'arrivée de nou- Tellts troupes fraîches énnemies rendit encore ce succès imttne; nos troupes se dispersèrent âe nouvemi. Alors le j;énéral rallie la 3' de ligne. A sa voix , les SOMMÉ s'àtrétent un instant; il semble leur communiquer la valeor, i*entiiou« sîasine qui Taniment; mais, en ce moment, une balle lui fracasse la jambe droite. En vain le général Poinsot donne encore l'exemple du courage ; il ne peut arrêter !a retraite, et, pour comble de douleur, Soult reste au pouvoir de l'ennemi. Le terrain, naturellement glai- Seax et incliné, était tenement imbibé, qàe nos soldats, exténués de fatigue, se Foutpnnnt à peine, ne purent Tenilever malgré les plus grands efforts.

Pendant ce malheureux combat , qui ftisait perdre tout espoir de rompre la ligne de blocus, 4,000 femmes s'étaient rassemblées dans Cènes, des sonnettes à la main, demandant du pain et la iin de leurs maux. On dissipa cet attroupement par (Quelque argent distribué à propos; mnis cette journée montra à Masséna que désormais la tache la plus difficile pour lui , serait de lutter contre un peuple aigri par la misère.

Au nu'Iieu de la rnît du t7, les Anglais et les chalotipcs napolitnines commencèrent à bombarder le quartier de la Marine. La rumeur populaire se fit entendre; Masséna dut encore resserrer sa ligne, augmenter la garnison, établir des réserves permanentes, concentrer ses forces, en évacuant tous ses postes extérieurs.

Le 20 , une dép<^che de Bonaparte annonça que le 30 on serait débloqué; 900,b00 francs arrivèrent. Ou lit lace aux besoins urgents des administra* tiens; on reprit un peu d'énergie; mais le mouvement des chaloupes et des bombardes des assiégeants annonça, à deux heures après midi, uii nouveàd bombardement, qui commet!^ à onze heures du soîr.

Rien ne peut peindre la cruelle proportion dans laquelle chacun des derniers Jours du mois accrut les maux causés par la famine. Les malheureux habitants poussaient jour et nuit des cris de désespoir; les rues étaient jon-

chées de morts et de mourants. On se disputait les chevaux, qui, morts de maladies, étaient transportés à la voirie; On s'arrachait les animaux domestiques de toute espèce; on mangeait jusqu'à des souris, des rats et de l'Iierbe, des souliers, des havre-saes et des gibernes. La plus horrible détresse régnait Surtout dans la rade où les prisonniers étaient embarqués; on n'osait envoyer personne à leur bord, de peur qu'il ne fût déchiré. Pour faire cesser tant de maux, Masséna fit proposer au générât Ott de leur envoyer par mer les vivres qu'il ne pouvait leur fournir; le général autrichien fut sourd aux cris de ses compatriotes. Un grand nombre se je* tèrent h la mer pour se soustraire à de si cruelles soulTr.inces , et se noyèrent faute de forces pour gagner le rivage.

Toutes les ressources s'épuisèrent; au 31 mai , Il n'existait plus de quoi faire

[)Our deux jours de mauvais pain que 'on distribuait aux troupes. Masséna, qui pensait que gagner du temps était tout gagner, mit néanmoins tout en oeuvre pour prolonger cette agonie; il fit donc ramasser tout ce qui existait dans la ville d'amandes, de graine de lin, d'amidon, de son, d'avoine sauvage, de cacao; amalgamant le tout, ii en fit f iire une composition que l'on distribua au lieu de pain. Ce mastic noir, pesant, non susceptible de cuisson, fut reçu sans de trop vives plaintes par le soldat, que soutenait la continuelle espéranre d'une prochaine délivrance, la gloire dont tant de dévouement deviiit être la récompense. Le 28, on annonça un mouvement rétrograde des Autrichiens. iMasséna ordonna une reconnaissance qui donna lieu à des combats meurtriers, mais où l'on acquit la certitude que rennemi n'avait pas changé de positions. La nouvelle d'une granae victoire remportée par Bonaparte se répandit, et lit reparaître quelques vivres à un prix excessif; mais uri profond découragement succéda encore à de trompeuses espérances. Le 30, Masséna reçut vers la lin du jour une demande d'entrevue de la part des généraux Keitb, Ott et Saint-Julien; on lui offrit la capitulation la plus honorable. Accoutumé a ne traiter avec les ennemis que les armes à la main, Masséna rejeta d'abord

«96 etKÈa

une semblable ouverture. Cependant le terme où Bonaparte avait promis de débloquer Gènes était passé; il ne restait par homme, au adà du 4 juin,

qu'une ration de la composition à laquelle on avait donné le nom de pain, n était, au surplus , temps de faire quel- ^lie chose potir des troupes que la patrie était intéressée à conserver; il fallait sauver rétat-major et 0,000 malades ou blessés. Ces considérations déterminèrent Masséna à répondre que, quoique rplte ouverture fiU prématurée, il se réservait cependant de traiter de son objet lorsqu il s'en serait suiiisamment occupé.

Les Anglais recommencèrent le Iiom* bardement dans la nuit. INIasséna rassembla les chefs de corps , leur demanda 8Î les troupes étaient encore en état de (aire une trouée; ils répondirent qu'il serait suivi de tous les ofliciers, mais u'on ne pouvait rien attendre de solats hors d élai de soutenir le poids de leurs fusils. D'après cette réponse, il chercha seulement à assurer la discipline, fit des promotions, et invita, par une proclamation, ses troupes à continuer d*étre dignes des éloges qu'elles avaient ntérîtâ depuis le commence* ment du siège.

On ne reçut aucunes nouvelles du dehors les l'^^et 2 juin. Le peuple entier se souleva. Il fallut, pour Popaiser, promettre de négocier, si dans les vingtquatre heures il n'arrivait pas de secours.

Ayant perdu tout espoir, Masséna se

détermina enfin à traiter. Le premier mot de lord Keith fut que sa capitulation était ^ue Tarmée retournât en France, mais que son chef demeurât prisonnier de guerre. « Vous valez seul « 20,000 hommes, » écrivit-il au général.^ Déterminé à mourir les armes à la main plutôt que de consentir à rien d*indigne de lui , Masséna déclara (]u*au> cune négociation ne serait jamais ouverte si le mot de capitulation devait y être employé. Les négociations reprirent le S juin à midi. Les principaux articles du traité d'évacuation furent arrêtés dans la journée, et la clôture des conlerenccs indiquée pour le lendemain, à midi, sur le pont de Gomegliano.

Les deux généraux autrichiens et Tamiral anglais s'y réunirent dès neuf heures du matin. Au moment de décider du sort de tant de braves, Mas»

séna conserva une liberté d'esprit si parfaite et une gaieté si bien soutenue, qu'il sut persuader à l'ennemi que notra position n'était pas aussi désespérée; on l'y vit flatter à propos l'orgueil des uns aux dépens des autres, et se fortifier des faiblesses de tous. Instruit que les Anglais faisaient aux Autriehiens les reprocnes les plus insultants sur la longueur du siège, et Keith lui répétant sans cesse : n Monsieur le général , votre « défense est trop héroïque pour que « l'on puisse rien vous refuser, » il lu! répondit avec finesse : « Monsieur Ta- « mirai, laissez arriver un peu de blé à « Gènes, et je vous réponds aueces mes- « sieurs (montrant les généraux autri- « chiens) n'y mettront jamais les pieds. » Le général en chef voulait emmener cinq corsaires français qui se trouvaient à Gènes; lord Reitn s'y opposa, en allouant les dispositions d'un biil, « que «vous n'êtes pas tenu de connaître, « dit-il à Masséna, mais que je suis « obligé de respecter. D*ailleurs, mon* «sieur le général, ajonta-t-il, nous «avons, vous le savez, un parlement « et deux partis en Angleterre. » Ces raisons étaient trop bonnes pour être combattues sérieusement. Masséna prit le ton de la plaisanterie. « Kh bien , « monsieur, répliqua l'amiral, n'eu par- « ions plus. •

Masséna plaida aussi avec chaleur pour rindéj>endance des Liguriens.

Comme il insistait vivement, le général Saint-Julien lui objecta des instructions de l'Empereur « sur les changements a «opérer dans le gouvernement de ce « pays. — Eh bien! monsieur, répondit «Masséna, vos opérations seront aussi «peu solides que votre projet a été « prématuré; je vous donne ma parole « d'honneur qu'avant vingt jours je suis « devant Gènes. — Vous verrez, mon- « sieur le général ,des hommes auxquels « vous avez appris à la défendre, » répliqua un des officiers ennemis.

Une seule clause donna lieu à une assez vive discussion, et faillit tout rompre en un moment; ce fat celle qui portait que l'on fmx partir par terre

GENESILS D ARLES FRANCE*

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