GENÈVE
8,000 hommes de troupes françaises.
Le général OU voulut refuser d v adhérer. Masséna reprit en cet instant la fierté convenable à son caractère, à son nom, à sa gloire. «Vous np le voulez «pas, dit-il aux généraux ennemis; eli «Lien! messieurs, a demain.» Cette fermeté imposa; il fut rappelé; Tarticle po^'^n. Sans doute, il était honorable de sortir de Gènes en conservnnt nonseulement son armée, son artillerie, 868 munitions, en les disant même reconduire en France aux dépens de l'Angleterre, eri assurant la liberté des Italiens, partisans de la France. Suivant une clause singulière, et qui sufBt pour Télo^e du général en chef, les coalisés exigèrent qu'il s'embarquât pour la Provence, aven les bagages, rartilierie et les escortes. Le reste de la garnison, au nombre de 8,600 combattants, sous les ordres de Gazan, sortit en armes
f)ar une route libre d'ennemis. D'aileurs , les conférences s'étaient ouvertes au moment même où Ott recevait Tordre de lever le siège : cette circonstance lui faisait une loi de se presser de conclure. Quelque honorable qu'il fi\t, ce traité contrariait singulièrement les desseins de Masséna; aussi la possibilité de recevoir quelques heureuses nouvelles le détermina à ne le signer qu'à la nuit, encore après avoir vingt fois répété aux Génois : « Malheureux! sau- « vez donc encore votre patrie! Donnez- « moi ou assurez-moi des vivres pour « quatre à cinq jours seulement, el je « oécbire le traité! » Mais tout était épuisé, le courage et les ressources; Masséna signa donc, le 5 juin, à sept heures du soir. Quelques jours après, Bonaparte, vainqueur à Marengo, stipula révacuation de Gènes par les troupes autrichiennes. Suchet y entra le 34 juin 1800.
Genesius d'Ables (saint) , martyr vivait dans le troisième siècle. Il était célèbre dans sa patrie par son talent comme tachygraphe. Quand l'empereur Maximilien-Hercule , collègue de Dioclétien, étant venu à Arles, y publia on édit de persécution , Genesius , encore catéchumène, refusa de transcrire cet acte sur les registres publics, et fut obligé de prendre la fuite. Découvert et «rrétéf il eut la téte trancbée sur les
bords du Rhône. Le Martyrologe romain marque sa féte au 25 août. Son histoire se trouve à la On des lettres de saint Paulin, auquel elle est attribuée.
Genette (ordre de In). On lit dans le Théâtre d* honneur et de chevalerie , que Charles Martel, vainqueur des Sarrasins , fonda cet ordre militaire long', temps avant qu'il fût question de chevalerie.... Les seize chevaliers qui le composaient portaient , suivant cette tradition tant soit peu ridicule, m ad* lier dtor à trois chaînes y entrelacées de roses , au bout duquel pendoit une genette, aussi d'or massU\ Le P. IMénétrier ne se sentit pas le courage de faire remonter si haut l'institution de la genette; il l'attribua à Charles VI, et prétendit que les chevaliers portaient un collier orné de gousses de genêt. Cet ordre serait alors le même que celui de la Cosse de genrt (voyez ec mot).
Geniîve (relations avec la république de). Les relations de la France et de Genève ne oommeseèrent à prendre quelque importance qu'à l'époque ou cette ville , érigée en république, proscrivit le catholicisme par un décret du 37 août 1535. Genève devenue, surtout depuis le séjour de Calvin, le foyer et lj| ville sainte du protestantisme , excita les méfiances et la haine des calholifjues de la France. Les Genevois , violemment accusés d'avoir été les complices de la conjuration d'Ainbt>ise , eurent grand'peine à se disculper auprès de l'ambassadeur français en Suisse. Au mois de janvier 1561, Catherine de Médicis, sur les plaintes des catholiques du royaume , écrivit une lettre menaçante au conseil de la république. £lle lui demandait impérieusement de rappeler les prédicateurs génevois établis en France , et d'empêcher dorénavant les autres de s'y rendre. Calvin fut chargé de. répondre à cette lettre, qui resta sans résultat.
Pendant tout le cours du seizième siècle, les Génevois firent, aussi souvent
Îiu'ils le purent , passer des secours à eors coreligionnaires de France. De leur côté, les réformés du royaume s'empressèrent, lors du passage de l'ar- niée espagnole, qui traversait la Savoie et la Franebe-Comté pour se rendre dans les Pays-Bas, d'envoyer à Genève
«BNàVE t'UJSIY£ES. GENÈVE
finë gârnison de 5 à 6(MI hommes qu'on
jr entretint pendant plusieurs mois. La nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy étant arrivée à Genève , y répandit une consternation générale. Un jeOne public ftit ordonné , et tous les protestants qui purent se réfugier dans la ville furent accueillis avec les marqneé de la plus vive sympathie par le peuple et les magistrats.
En 1578 , Genève, éternel objet de convoitise pour le duc de Savoie, chercha à se faire comprendre dans le traité d'alliance conclu entre la France et leS Suisses. Les négociations trr^îiièrent en longueur, et no furent terminées qu'au mois d'août de rannée suivante. Par un traité signé h Soletire entre Genève , la France , et les cantons de lîerne et de Soleure , Henri III s'engagrait à concourir a la défense de la république dans les cas pressants, au moyen d'une gar* nison dont 11 payerait la solde , et qui serait fournie par les cantons de Berne et de Soleure; les Génevois,de leur cdté. S'engageaient à fournir en tout temps un passage aux troupes du roi.
Le duc de Savoie nynnt renouvelé ses intrigues et ses nu-nnees en Io82, Henri IV, encore roi de INavarre, écrivit aussitôt au grand conseil pour lui promettre aide et secours. Il liii envoya un habile ingénieur, et déclara que, nonseulement il mettrait, au besoin, des troupés à la disposition de Genève, mais encore qu'il n'épargnerait pas sa propre personne pour la d^endre.
L'occupation par le duc de Savoie du marquisat de Saluces , appartenant à la France, resserra l'alliance du royaume et des Génevois qui, en 1589, conclurent deux traités avec ISicoLis Harlay de Sancy, ambassadeur de Henri IIL Le roi leur assurait la possession du Chablais et du pays de Gex , et la propriété des bailliages de Trui , de Gaillard et de plusieurs autres districts. Les hostilités contre le duc de Savoie commencèrent par de brillants succès. Malheureusement les troubles de la ligue obligèrent Henri III de rappeler ses troupes. Henri IV fut longtemps avant que de pouvoir secourir Genève d'une manière efficace. Enfin , au mois de février 151)1, on vit arriver I,.500 fautas- •itis et 300 cavaliers français , qui rele-
vèrent le courage des habitants et leur permirent de reprendre l'offensive.
Ceux-ci, du reste, saisirent toutes les occasions de témoigner leur reconnaissance à Henri IV ; et lorsqu'ils eurent appris la nouvelle de la soumission de Paris , le conseil fit tirer le canon de tous les bastions de la ville, en signe de réjouissance.
L'épuisement des finances de In république était tel en 1597, qu'elle ne put se joindre à ce prince lorscju il déclara la guerre au duc de Savoie. Quelque mécontentement que Henri IV enéprouvfit, il rejeta la proposition que lui fit son ennemi, de restituer a la France le marquisat de Saluées , pourvu qu'en eompensation le roi l'aidât à se mettre en possession de Genève.
Bien (jue cette ville eût été comprise dans le traité de Vervins parmi les alliéâ des Suisses, et que Henri IV eât déclaré expressément qu'il îa prenait sotis sa protection , le duc de Savoie essaya de s'en emparer par escalade, dans la nuit du 12 décembre 1602. Les assaillants furent repoussés. La fausse nouvelle de la prise de la ville s'étant répandue, H< nri IV s'était écrié : « Ven- « tre-saint-gris, il ne la gardera ^uère. » Plus tard, mieux informé, il écrivit aux conseils qu'il aurait marché lui-mémè
f)our les protéger. Cependant il les exlorta à la paix , et les aida à conclure , dès le mois de février, un armistice avec le (liic, armistice qui fut changé eo traité le '21 juillet 1(503, (> prince ne renonça pourtant pas à ses projets de conquête. En 1609, il prit à son servîcé deux aventuriers français nommés du Terrai! et Tînstide, qui lui promirent de lui livrer Genève; mais ils furent découverts et envoyés au supplice. Une nouvelle tentative se préparant en 1611, les réformés de France s'alarmèrent.
Un grand nombre de gentilshommes du Midi accoururent pour défendre leurs coreligionnaires , auxquels les églises protestantes de France firent parvenir des secours pécuniaires jusqu'à concurrence de plus de 20,000 écus. Nîmes et I\IontpeIlier envoyèrent une compagnie d'infanterie dont la dépense fut payée jusqu'au moment de leur arrivée. En méiue tem|(S, Marie de Médicis, régente, donna ordre a tous les gouverneurs des
GBNBTB
places voisines de la Savoie de se tenîr prêts à secourir les Genevois. Puis elle iit déclarer au duc , que toute attaque eontre Genève le pays de Yaud se^ raît considérée par la France oomme une violation de la paix. Ces mesures énergiques produisirent l'effet qu'on en attendait : le duc de Savoie licencia ses troupes.
Pendant tout le résine de Louis XIÎI, la mésintelligence éclata plusieurs fois entre la France et Genève, relativement h la souTeralneté ^e lès deiix puys exerçaient cotijcKntement sut* plusieulfi terres du pavîî de Gex. Condé , occupé au siège de Dole, avant appris que les Géifètoîs avalèof iouml des munitions de
§uerre atix Franes-Comtois, les menaça *être line gorge-chaude pour ses soldnfs. Et en 1641 , à la diele de Baden, les députés géiievois eurent à essuyer des propos outrageants de la part de Fambassarleiir de France en Suisse. La bonne intelligence se rétablit en i657 entre les deux pays, par suite des services que les Génevois rendirent à la France lors du renouvellement de notié alliance avec les cantons suisses.
Ce fut en 1666 que des troupes çéne- ▼oises prirent pour la première fois du aerti<je dans notre pays. Elles ne se montèrent d'abord qu'à 200 hommes, puis enfin à 800 , et lurent mises sur le même pied que les autres troupes suisses à In solde de la France.
Genève avant accueilli les protestants chassés de France à l'époque de la révocation de l edit de Nantes, se vit menacée de la colère de touis XIY qui , dit-on, eut plusd*ane fois la [)ensée de l'incorporer au royaume; et il est probable que les circonstances difficiles où il se trouva à la fin de son régne l'empêchèrent seules de mettre ce projet M exécution. Genève fut, en 1731 , comprise dans le traité d'Utrecht.
Les querelles intestines qui, en 1734, s'élevèrent entre le gouvernement etltf bourgeoisie, se terminèrent au bout de quatre ans par Tinlervention de la France jointe à celle des cantons de Bérne et de Zurich; et en 1749, utt traité régla les difficultés relatives aux droits de souveraineté des Génevois dans le pays de Gex.
Les nouveaux troubles dont Généré
fut le théâtre en 17S2 amenèrent encore
l'intervention de la France, qui prétendit rétablir dans la ville la constitution de ]73â, abolie par le i^arti des natifs i c'eât-à-dire , de la bourgeoisie. Le parti des négatifs, c'est-à-dire, du grand conseil, implora le secours des puissances voiaines. Si.\ mille Français, auxquels se joignirent des troupes bernoises et savoyardes, assiégèrent la ville, qui se rendit le 2 juillet, aussitôt que la tranchée eut été ouverte.
Quelques années pluitard, |a révolution française cauSa à Genève une vive fermentation. Le parti populaire reprit te dessus , et força le conseil générai d'approuver plusieurs oonstitulloiii de plus en plus démocratiques.
A la un de septembre 1792, après la conquête de la Savoie par le général Moutesquiou , Genève fut forcée de conclure avec le vainqueur, qui y était entré «ans éprouver de résistance, urt traité par lequel les troupes bernoises venues au secours de la ville devaient l'évacuer airisi que la divisioii française. La Conventiob proclama l'indépendance de Genève. Le voisinage des soldats français ne tarda pas à avoir l'effet qu'o6 èn attendait, ta, parti pc^ptiiaire devint assez fort pour demander la réunion de la ville à la république française. Le 15 avril 1798, une division de rarmée d'Italie entra dans la ville par les trois portes. Peu après, une commission conclut avec le Directoire un traité par lequel « la république de Ge- R nève renonçait aux alliances qui Tunis- « salent àdes'ÉtatsétrMigers. Elledépo- « sait et versait dans le sein de la grande « nation tous ses droits à une souverai- « neté particulière. Elle faisait, en outre, « hommage à la république française de « ses arsenaux, de soDartillerie,ei de ses « munitions de guerre autres que la pou- « dre. » Genève devintle chef-lieu du dénartement du Léman. Les autorités francises furent installées le 13 Juirt 1798, et depuis cette époque jusqu'à la chute de l'empire, Genève ne cessa pas de faire partie de l'empire français.
L'occupation française passa une espèce de niveau sur les castes qui faisaient le malheur de la cité, qui excitaient sans cesse ces orages dans vn verre d'eau ^ et le terrain étant «iiili
700 fiVIlfcVB L'UNIVERS. GBIlBYllm
aplani, l'égalité des citoyens put être consacrée, en principe du moins, dans les nouvelles constitutions aue Grenève ^'est données à la suite des événem nls de 1814 qni Tout séparéede la France et rendue à la Suisse.
GsNÈvE (prise et combats de). Le 80 décembre 1813, 12,000 Autrichiens, commandés par le comte de Bubna , et faisant partie de la grande armée alliée qui venait envaiiir la France, se présentèrent aux portes de Genève. Le baron Capelle, qui en était préfet (c'est le même qui, en 1830, signa les ordonnances de juillet), le baron Capelle, di- «ons-nous, avait honteusement abandonné son poste dès la veille. Aucune mesure n'avait été prise pour mettre la ville en état de défense; les troupes étaient peu nombreuses ; enfin , c*était un vieillard infirme, le général Jordy , qui les commandait : Genève fut donc livrée presque dès la prennère sommation. La garnison , laissant un matériel d*artillerie considérable, se retira sur Rumilly , petite ville Je Savoie, où du moins elle résista izlorieusement aux alliés le 20 janvier 1814.
Dans les premiers jours du mois sui* vant» Tannée d'Augereau reprit l'offensive sur le Rhône (voyez France [campagne de J ). Les Autrichiens furent acculés aux portes de Genève , et nos troupes, après une suite de glorieuses actions qui eurent lieu les 25, 26 et 27, sous les murs de la ville, contraignirent Bubna a s'y renfermer.
Cette place fût sans doute retombée en notre pouvoir sauB la trahison d'Augereau.
G£r«£y£ (traités de). Notre histoire mentionne deux traités importants signés dans cette ville : le premier fut conclu, le 13 mai ! l'.)9. entre Louis XII et Philibert II , duc de Savoie , au moment où le roi de France se disposait à passer en Italie. Philibert promit de donner prissoi^e à farniée française , et de lui fournir 200 lances et 6Ô0 cavaliers ; le roi s'engagea , de son côté, à solder ces auxiliaires et à payer au duc et à son frère une pension de 82,000 livres.
Le second traité eut lieu le 7 novembre 1515, sous la médiation du duc de Savoie , entre huit cantons et
François I*"". Les Suisses cédaient au roi tous les districts qu'ils avaient con-
3ui8 deux ans auparavant, n Texceptloii e Bellinzona que Louis XTl leur avait abandonnée en 1503, et François I*"^
{)ron»it de paver 300,000 écus d'or pour a restilutioh de cette ville; 400,000 écus pour le traité conclu à Dijon par In lYemouille, sous son prédécesseur, et 300,000 autres pour les frais de la dernière guerre. De plus, le roi devait fournir aux Suisses , s'ils étaient attaqués, une troupe de 1,500 cavaliers.
En compensation de ces conditions onéreuses, qui confirmaient les honteux traités de Galerate et de Dijon, les cantons autorisaient le roi de France à lever des troupes chez eux. Zurich, Lri, Schwitz, Bâle et Scbaffliouse ayant refusé leur adhésion , la paix^ générale avec les cantons ne put être signée que l'année suivante.
Le négociateur, du côté des Français, était Pierre de la Guiche , sénéchal de Lyon.
Gène viKVE (sainte), patronne de Paris , na(|iiit à Nanterre vers 423, Les uns ea font une bergère, les autres prétendent que sa famille possédait des biens considérables. Elle n'avait que 7 ans quand saint Germain d'Auxerre,
{tassant à Nauterre , la remarqua dans a foule accourue autour de lui pour recevoir sa bénédiction. Il la fit venir à lui, la consncra nu Seigneur, et, comme signe de cette consécration , lui attacha au cou un denier, pièce de monnaie en cuivre sur laquelle était gravée une croÎK , en lui prescrivant de ne jamais porter d'autre ornement, d'autre bijou.
Geneviève promit au saint de rester vierge et de renoncer au monde. Après la mort de ses parents elle vint habiter à Paris; mais là, malgré sa piété, la calomnie et la persécution s'attachèrent à elle. Cependant Tinvasion d* Attila jetait dans les Gaules une terreur profonde : on abandonnait les villes; à Paris , les habitants semblaient disposés a quitter leurs murs quand la sainte jeune fille les rassura et leur prédit que le torrent ne les atteindrait pns. Les Pnrisiens murmurèrent contre la prophétie de cette femme et voulurent même la lapider; un prêtre empêcha cette action impie et les habitaots ras-
«IHBVIÉTà FRANCE. ^EMKfïïkn . 701:
tèrent dans leur ville. Bientôt raccomplissement de sa prédiction, la visite de saint Germain , et le spectacle de ses vertus, la rendirent l'objet de la vénération publique et lui donnèrent la plus grande influence sur le peuple, auquel elle rendit des services si^^naIës. Les Francs , faisant peser sur la Gaule le poids d'une nouvelle invasion , étaient arrivés devant Paris et l'avaient environné de toutes parts; le siège durait depuis longtemps, et la famine était grande. Prenant pitié des souffrances du peuple, Geneviève lit remonter quelques bateaux sur la Seine et procura des vivres à la ville. Quand les burbares furent enfin maîtres du pays , la femme chrétienne exerça même sur eux sou ascendant; elle arrachait fréquemment des grâces à leur roi Cbildéric, qui n'osait les lui refuser. On prétend que, lorsqu'il prononçait une condainn<ition à mort , Il s'enfermait, redoutant les paroles et les regards de la sainte, cet ange tutélaire de tous les malheureux.
A sa voix , les chaînes des captifs tombaient et les portes des cachots s'ouvraient.
Dans toute cette légende, a dit à son cours d'histoire de France , M. Michelet , à qui nous empruntons une partie des détails qui précèdent, « il ^ a un sentiment de bonté et d'humanité qui est très-remarquable et que l'on ne trouve point dans les mœurs du ciaquième siècle.
a Toutefois, cette double influence du christianisme et de la femme sur les barbares n'est pas un fait isolé , exceptionnel ; ou en trouve des exemples frappants dans l'histoire des premiers rois mérovingiens.
« Certes cette lé-gende , qui conserva pour les Parisiens un caractère national, indigène, s'il est permis de parler ainsi , a bien Reloue chose de merveilleux, maïs rien d'invraisemblable, et l'on pourrait même dire que dans l'histoire de Geneviève il y a bien moins d'invraisemblances que dans Thistoire d'une femme plus rapprochée de nous , de la Pucclle d Orléans. La popularité de Geneviève était immense ; deux fois die avait défendu la ville, elle l'avait sauvée , elle l'avait nourrie. Les Parineos gardèrent la mémoire de »e» bien-
faits. Clovis avait bâti , sur la colline méridionale de Paris, une égUse en l'honneur des apôtres Pierre et Paul; ce fut dans cette église que Geneviève fut inhumée. Le souvenir des bienfaits de Geneviève demevralt si profondé»
ment gravé dans l'âme des habitants de Paris, que bientôt ils oublièrent que l'église était dédiée aux apôtres, et que dans le temple ils ne virent plus que la sainte ; réglise fut potir eai l'église de Sainte-Geneviève. »
On prétend que Geneviève mourut l'an 51 2 , âgée de 8G ans.
La châsse qui contint ses reliques ne fut d'abord que de bois; sous Dagobert, Éloi l'orna de rinceaux d'or et d'argent qui la couronnaient eu forme de temple. Les invasions des I^ormands forcèrent les gardiens de ce dépôt à cacher dans une chapelle souterraine les restes vénérés de la sainte , que ren* ferma un coffret recouvert seulement de quelques lames d'argent. Enfin » en 1240, des offrandes nombreuses permirent à un orfèvre fameux de fabriquer une nouvelle chasse où il entra 7 mares 1/3 d'or et tftS marcs d'argent.
Soutenue par quatre statues de vierges plus grandes que nature , cette châsse était couverte de pierreries; Marie de Hédicis la fit surmonter encore d'une couronne et d'un bouquet de diamants.
Depuis les premières années du treizième siècle jusqu'au commencement du dix-huitième, la châsse de la sainte fut soixante-quinze fois promenée processionnellement daus les rues de la ville; solennité autant municipale que religieuse , et qui s'accomplissait sous la sanction du parlement de Paris. Dixneuf fois le but de cette cérémonie fut d'obtenir du beau temps; sept fois seu- ' lement de solliciter de la pluie. De 1347 à 1513 huit processions furent faites pour le succès de nos armes contre l'Anglais ; enfin , de 1531 a 1589 , les troubles religieux firent au moins douze fois recourir au même préservatif. A la révolution le célèbre reliquaire disparut ainsi que son contenu , mais un zèle pieux sauva, dit-on, du bûcher de la Grève quelques saints débris aujourd'hui offerts a la vénération des fidèles dans l'édiM Saint-Etieniie du Mont
«ims mviL
L'UKIVERS.
Gbntb ciTfiM tons 08 titre noai comprpnons les corps des ingénieurs des mines et les iogénieurs des ponts
et chaussées.
Le corps des ingéniéurs âêê mk^êê est spécialement dbargé de surveiller
l'exploitation des mines quand elle est faite pour le compte des particuliers, et de la diriger quand elle a lieu dans rintérét du domaine public.
Charles VI avait institué , dans chaque bailliage, des cofnniissaires royaux poursurveiller lesexploitationset résoudre les difficultés élevées sur le fait des mines. Ils étaient à la fois administrateurs et magistrats. Plus tard on créa un grand maître surintendant des mines , un lieutenant général et on eontrdieur, des lieutenants partîcaliers, et plusieurs conseillers dii roi, pour cette branche importante de l'administration publique; mais il s'écoula bien du temps avant que Ton songeât à choisir des hommes capables de répandre les connaissances de l'art parmi les exploitants et de régulariser leurs travaux.
On envoya d*abord des élèves visiter les mines les plus importantes des pays étrangers ; on créa des inspecteurs généraux des mines, des commissaires du roi ; enfin . en 1788 , Louis XVI fonda à Paris l'École royale des mines, destinée à former des ingénieurs. En 1788, l'administration et le corps des mines se composaient d'un intendant, de deux commissaires du roi , de cinq inspecteurs généraux , de trois sous-inspecteurs, et de six ingénieurs, dont le nombre devait augmenter à mesure que les élèves auraient acquis une instruction suffisante ; d*un directeur de l'école , de deux professeurs . et de douze élevés. 11 existait en outre divers fonctionnaires de même nature dans les pays d'états, et une administration spéciale des carrières de Paris.
Le 18 novembre 1810, un décret donna au corps des mines une organisation analogue à celle du corps des ponts et chaussées , et détermina d'une manière précise les fonctions des ingénieurs. Cette organisation fut légèrement modifiée par une oïdcmnance de 37 avril 1832.
Rétablie à Paris par une ordonnance du 6 décembre 1816, l'école des mines
est aujourd'hui la pépinière des nieiirs du corps. Les élèves interoM sortent de l'école polytechnique.
Depuis 1816, le gouvernement avait arrêté qu*il serait établi à Saint-Etienne (Loire) une école de mineurs pour l'instruction des jeunes gens se destinant aux travaux des mines , dans Tintérét privé des concessionnalies; mais cette école ne Ait définitivement organisée que par une ordeunanœ royale du 7 mars 1831.
L.a création du corps des inyéïmurs de» pont» et ekau»»ie» date de l'année 1750 (voy. GÉNIE militaire). Par un arrêté du conseil daté du 9 juillet , et par des lettres patentes du 17 aoUt, ou créa un arohiteete premier ingénieur i quatre insf^eurs généraux, un directeur du bureau des géograî)hPS et dessinateurs, vingt -cinq ingénieurs en commission pour les pays d'élection, et un certain nombre de sous-inspecteurs pour suivre les ouvrages. En 1770 le roi établit trois nouveaux ingénieurs pour la généralité de Paris ; il érigea les sous-inspecteurs en inspecteurs, et en fixa le nombre à cinquante. Il y avait de plus trois ingénieurs pour les turcieset levées , un inspecteur et un ingénieur pour le pavé.
Les pays d'états avaient en outre leurs ingénieurs ou agents particuliers ; mais, par la loi du 19 janvier 1791 , ces ingénieurs turent compris dans la nouvelle organisation du corps. Cette dernière loi portait qu'il y aurait une administration centrale des ponts et chaussées, un premier ingénieur, huit inspecteurs généraux , un premier commis , ete.
Le premier ingénieur devait être pris parmi les inspecteurs cçf'néraux, et nommé par le roi; les inspecteurs généraux choisis parmi les ingénieurs en obef du département , et nommés au scrutin par le premier ingénieur et les inspecteurs généraux. Le même décret organisait Vécole des ponts et chaus' »ée». Le 18 aeât suivant, radministra-i . tion centrale fot placée sous la dépendance du ministère de l'intérieur, et la même loi créa un ingénieur en chef par département, et autant d'ingénieurs or> d inaires qu'il en serait demandé par lee départements.
Le l*"^ juillet 1792, une loi rçorga«
GÉNIE MARITIME «ENIE MILITAIRB 70$
nisa récole des ponts et chaussées et y admit les élèves des anciennes écoles de Brelacne et de Languedoc. Knlin , it ooTps des ponts et chaussées fut constitué 5 peu près tel qu'il est aujourd'hui, par le décret du 25 août 1804 (4 fructidor an XII), qui établit cinq inspecteurs gén^ux, dix- sept inspecteuib divisionnaires, cent trente-quatre ingénieurs en chef, trois cent six inizénieurs ordinaires, quinze aspirants, et soixante élèves. De légères modifications ont été apportées à oette organisation , principalement en ce qui concerne le nombre des ingénieurs qui est nécessairement variable , proportionnellement à l*étendae du territoire et au besoin du service.
Une ordonnance royale du 27 juillet 1814 a décide que le corps des ingénieurs et Técole des ponts et chaussées prendraient les titres de corps royal et d'école royale. Les ingénieurs des ponts et chaussées se recrutent evclusivement parmi les élèves sortis de récole polytechnique.
GiwiE MARITIME. Avant 1765, les bâtiments de In marine royale étaient achetés en Hollande ou construits dans nos ports par des maîtres charpentiers venus, pour la plupart, d'Amsterdam.
Une ordonnance du 15 avril fOSO fixait le service et les émoluments de ces constructeurs. Les progrès de l'archlteeture navale exigeant chaque joiir des connaissances plus étendues, Louis XV accorda, par ordonnance du 26 mars 1765, le titre d'ingénieur aux maîtres charpentiers constructeurs les plus instruits. La même ordonnance détermina . les fonctions du nouveau corps dans les ports de Brest , Toulon et Rochefort *, il y eut un ingénieur en chef, deux ou trois ingénieurs ordinaires, quatre ou six sous-ingénieurs et quelques élèves. Des ingénieurs constructeurs ordinaires turent détachés dans les autres ports, tels que Lorient, le Havre, Nantes, Marseille, Bayonne, Bordeaux, etc., pour y diriger les travaux. Les ingénieurs en chef étaient choisis parmi les ingénieurs ordinaires les plus capables, sans égard à l'ancienneté. Les places d'ingénieurs ordinaires étaient mises au concours parmi les sous-ingénieurs.
Les places vacantes de sous-ingénieurs
appartenaient aux plus anciens élèves ; ceux-ci étaient pris parmi des jeunes gens de seize à vingt ans, qui subissaient un examen spécial après avoir servi les travaux pendant deux ans sur les chantiers. Une fois admis , ils étaient tenus d'étudier l'arithmétique^ la géométrie, l'hydraulique, l'algèbre , l'application de l'algèbre à la géométrie , et de subir sur ces matières' un examen qi)i déterminait leur classement.
Sous le ministère de M. de Boynes (21 janvier 1T74) , l'état des ingénieurs constructeurs fut plus positivement déterminé. Ils formèrent, avec l'administration de la marine, sous les ordres de rintendant , un corps uniaue qui prit le nom d'ojficifj^s de port une telle confusion ne pouvait durer longtemps. Dès 1776, M. de Sartines sépara de nouveau les ingénieurs constructeurs, et les fit passer sous les ordres du commandant militaire. Ils exéciitaient les travaux des ports sous la direction des officiers de la marine. A ta révolution de 1780 , les ingénieurs des constructions navales se retrouvèrent soumis à un ordonnateur dirigeant en chef les travaux, les approvisionnementSt les mouvements , la police des chiour* mes et des hôpitaux, et les levées des gens de mer. Le 3 brumaire an iv, les attributions et les gradesdes ingénieurs de la marine furent déterminés par une loi dont les dispositions ont depuis éprouvé très-peu de changements. Aujourd'hi^i les membres ce corps sont pris exclusivement parmi les élèves de récole po« lytechnique. Comme le nombre total aes officiers fixé par une ordonnance royale du 2 mars 1838 n'est que de 05, dont 1 inspecteur général, 6 directeurs, 94 ingénieurs et 35 sous-in^énieurs, ce n'est qu'à des intervalles éloignés que l'on peut y admettre des élèves sortis de cette école, et toujours en très-petit
nombre (*).
GÉHlEHItlTAiBE.— Ce corps, coîuposé presque entièrement d'officiers (jui n'ont sous leurs ordres que les bataillons de sapeurs et les compagnies de mineurs, est, si l'on peut employer une
(•) Extrait epenude partie du Diclionnaire des travaux publics, civils, militaires et maritimes, par M. Tarbé de Vauxclairs, x8i5,
704 «ilIR MILnPAllIB LimmiS. «ifillIB MlUTAIBB
telle expression , le corps le plus civil de l'armée. Il i'ait peu cie service militaira, oa plutôt il ii*eii fait qu'en campagne. Il porte la toise et la pioche , et non les armes. En temps de poix, il bâtit, répare ou démolit des forteresses et 068 casernes. En temps de guerre, H attaque on défend les places , trace les lignes des camps retranchés et les parallèles des sièges. Le ^énie occupe dans Tarmée un rang élevé ; il a pour pépinière réoole polytechnique; enfin les officiers n'entrent dans son sein que par le g;rade de lieutenants, à moins qu'ils n'aient coamieucé à servir dans les sapeurs.
T.e mot génie a , dans la langue militaire, ou il ne date guère que d'un siècle , une double acception : il sert tantôt à désij^ner la science dont Vauban fut le fondateur, et tantôt le personnel de notre armée qui met cette science en pratique. Il a succédé aux anciens termes a^engignerie et d'engigneurs , on in^gmmny empruntés à Titalien ingpf/nn , et se rapportant au maniement des engins ou machines de guerre. Quant aux constructeurs de furlifleations, ils ne s'appelèrent longtemps qu'archifectes. Depuis la grniule révolution opéiée dans l'architecture militaire par riuvention de la poudre et par Tusage de rartillerie , réfection des villes fortifiées, les travaux de siége^ les fortifications de campagne, ont exclu:>ivement regardé les ingénieurs militaires.
Les opérations du génie concernaient primitivement le grand maître des arbalétriers, puis les maîtres et surtout le grand maître de l'artillerie. Ce fut sur des ingénieurs italiens attirés en France au seizième siècle, et surtout pai- t^iatherine de iMedicis, que se formèrent d'abord les ingénieurs français.
Dès de Serré dirigeait comme surintendant des fortifications le siège d'Orléans. Mais Henri IV n'avait pas de corps de génie organise, lorsque Sully encouragea des officiers d'infanterie à se livrer aux études qui devaient les mettre en état de remplir les fonctions d'ingénieurs militaires, et appela aussi des Italiens à ce service. C'est à cette époque qu'il faut placer Torigine du comité des fortifications. H se oom-
posait de trois hommes : de Sully, ba- Lile ingénieur avant d'être grand ministre; d'Errard de Bar le-Duc et de Claude de Chiltillon, qui, le premier, porta le titre de directeur des fortifications.
Sous le ministère de le Tellier, la sti-
rintendance des fortifications ne fut
Elus qu'un office admifiistratif. On étalit , pour diriger les sièges et travaux d*art, un commissaire général des fortifications ; le chevalier de Clairville obtint le premier cet emploi. Quant aux ofliciers du génie , Colbert et Louvois purent bientôt ne plus recourir à des étrangers. Vauban, qui exerça la charge de commissaire général dès fortifications depuis 1G79 jusqu'en 1707, fonda, en 1668, le corps des ingénieurs civils et militaires.
A la paix de Ryswick (1697) on comptait 600 ingénieurs militaires ; mais Tannée suivante le désordre des finances en fit renvoyer d*un seul coup la moitié, sans retraite et sans dédommagement.
Cette mesure eut des conséquences funestes; car la plupart de ces officiers furent réduits a chercher à l'étranger une existence et une patrie; et dans la guerre de la succession d'Espagne on les vit venir attaquer ces mêmes places qu'ils avaient aide à bâtir, tandis qu'ils n'avaient laissé en France que des élèves inexpérimentés. C'est pour prévenir le retour d'une si fatale pénurie
au'on établit, en 1748, V école de génie e Mézières , pépinière d'ingénieurs dont Cbâtillon et Duvignau fondèrent l'instruction sur un plan justement admiré, qui a servi de modèle tà toutes les in.Ntitiitions du même genre, tant a l'étranger qu*en France. Cette école fournit toujours au corps du génie les officiers nécessaires pour tenir au complet le nombre de trois cents fixé par 1 ordonnance do 7 février 1744.
En 1750 s'opéra la séparation de la branche militaire et de la branche civile du génie : c'est donc de cette année seulement qu'on peut dater avec exactitude la naissance de l'arme appelée génie. En 1755, le génie et l'artillerie furent reunis; mais ils se séparèrent dès 1768, sous le ministerede Belle-I&le. Le eéaie eut alors dans ses attributions iet fortifications , la eastramétation et
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les mines ; mais au commencement des guerres de la république, cette dernière branche passa dans le service de Tartillerie, et maintenant la castramétatkm semble plutôt ressortir ao corps d*étatmajor qu'au génie. Au reste, le génie a fait longtemps les foDctions du coros d*état-major , et a été tantôt séparé au corps des ingénieurs géographes, tantôt fondu avec eux. (Voyez GÉOGnAPHEs.)
L'arme du génie, qui a présentement son état-major , son comité , ses géuénm, ses régiments, son arsenal, ses écoles et son train, ne formait d'abord qu'un simple cadre. Le personnel de cette troupe , en 1668 , n'était que de 66 individus. Les soldats étaient alors employés pendant la paix aux fortifications ; rinfanterie exécutait les travaux de siéc:e. Les compac^nies de sapeurs et de niiiieurs, (ieiiiaiiilées avec instance
λar Vauban dès 1669, et formées après e siège de Philipsbourf^ (1688), avaient été pres(^ue constamment fondues dnns l'artillerie, et ne furent attachées deiinitivement au eénie qu'en 1798.
Le 9 septeniBre de la même année , l'école de Mézières fut supprimée, et réorganisée deux ans plus tard à Metz.
Depuis lors le vestibule obligé de l'école du génie militaire fut Péoole polytechnique. (V. ÉCOLES MILITAIBES.)
Le personnel du génie militaire s'élevait, le 10 brumaire an iv , a 20,272 hommes. Maintenu à peu près sur ce pied par l'empire , il ne compte plus aujourd'hui qu'environ 6,000 ofliciers ou soldats, savoir : 400 ofiUciers appartenant à rétat-major de l'arme; 3 raçiments dont reffectif,8ar le pied de paix, est de 5,644 hommes , et sur le pied de guerre, de 8,335; enOu, 500 gardes choisis parmi les sous ofûciers les plus instruits des régiments, et qui sont chargés, soit nnx armées, soit dans les places de l'intérieur , de la surveillance des travaux sous la direction des ofliciers.
( Comme complément de cet artîele ,
voyez aussi Fortificatiows.)
Genissieux (J. J. V. )i né dans le Baupbiné vers 1756, exerçait la profession ^'avocat à Grenoble', lorsquil fut nommé depnté de l'Isère à la Convention nationale. 11 s'v rangea du parti de la Montagne , et, dès avant le procès de
T. vui. 40" livraison. (.Diqt. m
Louis XVI, demanda que tous les membres de la famille de Bourbon fussent exilés du territoire de la république. Il YOta ensuite la mort de ce prinee sans appel ni sursis.
Travailleur infatigable, il se fit constamment remarquer par son assiduité aux séances des comités, qui le chargèrent plusieurs fois de présenter des rapports en leur nom, sur des matières de législation et de police. Ce fut lui qui, le 26 mars 1793, proposa le désarmement des suspects. Il se plaignit amèrement , le 6 mai 1796 , des trop grandes facilités qu'on ncrordait anx émi-
§rés pour rentrer en France, au moyeu e la loi qui rappelait les cito^^ens que la terreur seule avait forcés de s'expatrier. Il parla, au mois de septembre de la même année , en faveur des prêtres denortés et de leurs familles ; mais en même temps il s'opposa à la rentrée de l'ancien évêque d'Autun , Talleyrand, et du général Montesquieu.
La réélection forcée des deux tiers des conventionnels le fit passer an Conseil des Cinq-Cents, où il attaqua vivement sou compatriote Dumolard , auquel il reprocha de vouloir porter atteinte à la loi du 3 brumaire; puis, effrayé delà marche rapide de la réactioll et des progrès du rovalisme, il provoqua l'exclusion de Joh Aymé, qu'il llétrit du titre de chef des* chauffeurs et égorgeurs, comius sous le nom de cornpagnies de Jésus et du Soleil.
Nommé ministre de la justice par le Directoire, le 3 janvier 1790, il ne conserva ce poste important que pendant trois mois, et y resta néanmoins assez de temps pour faire preuve de capacité et d'intégrité. A la sortie du ministère , il occupa la place de substitut du commissaire du gouvernement près le tribunal de cassation. N^omnié, en 1798, président de l'assemblée électorale de Paris ( section de l'Oratoire ), il fut de nouveau élu membre du Conseil des Cinq-Cents.
Toujours dévoué à la cause de la révolution et adversaire du royalisme , il prit une grande part à la journée du 18 fructidor, et se fit remarquer par la violence de ses apostrophes contre Rouchon (de l'Ardèche), ami secret des clichyens, et qui repoussait, en consé-
yCL., £XC. 45.
rot OniI.HI L'UNIVERS. «tlTLIS
ouence, la confiscation des biens des ueiiui tés. Ses opinions devaient natur reileinent le ranger parmi les opposants à Tattenlat du 18 brumaire; aussi fut-il arrêté pendant quelques instants après la victoire de Bonaparte. Rendu cependant à la liberté bientôt après, il devint membre du tribunal d*appel de la SeinOi et occupa cette place jusqa*en ootiÂre 1804, époque de sa mort.
Genlis ( Étiennette ou. Stéphanie- Félicité Ducrest de Sainl-Aubm-Brûlart, comtesse de), née en 1746, à Chan^ piéri , près d'Autun , est une de ces grandes réputations littéraires qui brillent d*un incomparable éclat pendant tiflques années, pour retomber ensuite ans un complet et juste oubli.
Mademoiselle de Saint-Aubin , qui était destinée à écrire de si gros volumes sur réducation , et à diriger des enfants nppelés à de hautes destinées, fut parfaitement mal élevée, comme on peut le voir dans ses Mémoires, auxquels nous renvoyons pour les détails.
Déjà elle préludait à cette brilhinle médiocrité universelle , qui , plus tard, la fit regarder comme un prodige , lorsque ses parents, ruinés, obligés de payer leurs dettes, se trouvèrent réduits à une mifire rente viafïère. La mère quitta le non] de Saint- Aubin
Sour prendre celui de Ducrest, et toutes eux se sauvèrent de la misère aux dé* pens de l'honneur, en acceptant un asile du fermier général la Popelinière. La jeune liile, qui savait également bien jouer de divers instruments, et surtout de la harpe , se vit introduite dans les bonnes maisons comme artiste, et le
{)rix de ses soirées était fixé à 25 louis, orsqu'elle ne passait pas minuit. Ces deux femmes vécurent pendant longtemps aux dépens des gens de finance, logeant tantôt chez l'un, tantôt chez Tautre, jusqu'au jour où la ruine d'un de leurs protecteurs les obligea à prendra un appartement. Libres alors deiecevoir qui bon leur semblait, elles se composèreai une société d'artistes et de gens de lettres, le comte de Brdlart-Genlis, qui les visitait parfois, était un libertin blasé ; mais la jeune Ducrest résolut de devenir comtesse , et réussit. Son mariage causa d'abord un véritable scandale dans la noblesse. Enifai, réconciliée
avec la famille de son mari , elle fut pr^ntée à la cour par la marquise de Poisîeux , dont Diderot, son amant, a dit qu'il VitoaU mUtiéê parce qu'elle avait trop peu d'honneur. ]Mais ce u*était pas à la cour de Versailles qu'elle devait jeter son plus grand éclat.
Sa tante , madame de Montesson , était maîtresse du duc d*Orléans ; madame de Genlis résolut de faire de cette boute de sa famille le marchepied de sa fi»rtnne. Présentée à Villers-Coterets, madame de Genlis y eut un suoeès complet, et fut nommée successivement dame de la duchesse de Chartres et gouvernante de ses lilles. Elle vint en cette qualité s'installer au Palais-RoyaH m:dp;ré la répugnance de la duefaessci mère de ses élèves.
Sa réputation comme femme d'esprit ne tarda pas à s*étal>lir, et, dès Tabord, elle se posa en ennemie jurée des philosophes. Cependant, elle s'occupait ac* .tivement de l'éducation de ses élèves, dont elle avait su se faire chérir, lorsque le duc de Chartres, enchanté de ses talents et de ses complaisances , eut l'idée de la nommer gouvenieur de ses iils. Le dùc ayant fait part à Louis XVI de cette détermination,- le monarque ré^ pondit en levant les épaules : « Gouvei^ « neur on gouvernante! vous êtes le « maître de faire ce qu'il vous plaira ; « d'ailleurs, le comte d'Artois a des en- « fants. »
An moment où le fils aîné du duc de Chartres (aujourd'hui Louis-Philippe) dut faire sa première communion, madame de Genlis s*ittstitua docteur en théologie , et composa, pour son élève, la Religion considérép comme l'imif/ue base du bonheur et de la véritable phihsophie» Cette mauvaise compilation valut à son auteur plus de critiques que ne l'avaient fait encore les autres ouvrages (ju'elle avait déjà lancés dans le monde littéraire.
La révolution approchant , madame de G enlis suivit la fortune du due d*Qrléans. On la vit se mêler aux vainqueurs de la Bastille, en prenant part aux faiwidoles par lesquelles on célébra ce triomphe populaire. Liée avec Pétion et avec Barrère , liée d'une façon plus intime avec Mirabèau, elle donna des articles à in Feuille villageoise * en même
6KNLIS IFRANGE^ GENUS
temps qu^elle assistait aux séances des
jacobins et des cordeliers.
Après la fuite de Yarennes , ce tut medame de Geiilis, appelée alors ma> dame Brûlarf, qui rédigea pour le duc d'Orléans la fameuse déclaration par laquelle il reaon^it a la régence.
.En 1791, elle aceompagna en Angleterre mademoiselle d'Orléans > et bientôt toutes deux furent considérées comme émigrées. Mais il est digne de remarque que , tant qu'elle e&pera le trionipDe, madame de Genlie , se sépa* rant des émigrés royalistes, se donnn le titre d'émigrarUe jacobine. Apres la catastrophe du duc Égalité , elle reprit la monme nobiliaire et aiSbcta une étroite dévotion.
Une brochure, le Précis de la conduite de madame de Genlis pendant la révolution, fut une sorte d'apologie destinée à obtenir sa radiation de la liste des émigrés. On trouve annexée à ce précis une lettre adressée au duc d'Orieans (Louis-Phiiipue), qui avait le mime bot. Le Diveetoire était menacé d*ane raine certaine, et, p«mi les différents partis, il y en avait un qui voulait porter au trône Louis - Philippe d'Orléans , auquel madame de Genlis éerit en ces termes :
« Vous , prétendre à la royauté , de- « venir un usurpateur pour abolir une «république que vous avez reconnue, « que vons ara ehérie, et pour laquelle «vous avez combattu vaillamment i Et « dans quel moment ? Quand la France « s'organise , quand te gouvernement « s'établit, quand il parait se fonder sur « les bases solides de la morale et de la «justice! Quel sernit le degré de con- « fiance que laFranee pourrnit accorder «i un roi constitutionnel de 23 ans, «qn'elle aurait vu deux ans anpara- • vant ardent répuhlirnin, et le partisan «le plus entliou.si:iste de l'égalité? Un «tel roi ne pourrait-il pas , tout aussi « bien aa*an autre , abolir insensible- « ment la constitution et devenir des* « pote ?.... D'ailleurs, quand vous pour- « riez raisonnablement et légitimement «prétendre au trône, je vous y verrais «monter avec peine , parce que vous « n'avez (à l'exception du courage et de « la probité) ni les talents , ni les qua- «lites néeessaires dans ce rang. Vous
« avez de l'instruction, des lumières, et « mille vertus ; chaque état demande des «qualités particulières, et vous n'avez « point celles qui font les grands « rois. »
Cette lettre n'eut d'autre résultat que d'attirer à son auteur de nouvelles haines. Ce fat ensuite au premier consul ue s'adressèrent les adulations de maame de Genlis, et elle obtint de celuici, non-seulement sa radiation, mais encore une pension de 6,000 francs , et un logement à l'Arsenal. Napoléon, qui voulait rétablir une cour, comptait sur madame de Genlis pour l'aider à restaurer Tancienne étiquette. L'intrigante sut tirer parti de cette faiblesse du grand bonune.
La restauration la trouva disposée à jeter de la boue à l'idole qu'elle venait d'encenser ; ses avances furent vaines : Louis XVIII détestait tout ce qui avait appartenu à la maison d'Orléans, et toujours il la tint à distance , quoique lui laissant le titre d'inspectrice des écoles, qoe lui avait donne l'empereur, et lui accordant , par Tentremise de M. Decazes , plusieurs gratiûcations.
Toutefois, le duc d'Orléans faisait à son ancienne institutrice une pension qu'il accompagnait de quelques visites ; mais jamais , ni avant ni après la révolution de juillet, il ne la reçut ostensibiement au Palais-Royal.
Madame de Genlis habitait , lors* qu'elle mourut, à la fin de 1830, nn appartement des plus simples, rue Saint- Pbilipf>e du Roule. On dit qu'elle conserva, jusqu'à la fin de sa vie, les grâee» et la légèreté de son esprit. Lorsqu'on la trouva morte dans son lit, elle laissait pour tout héritage de vieux meubles communs , et quelques pièces de billon. Pourtant jamais écrivain n'avait poussé plus loin qu'elle la spéculation mercantile, tranchons le mot , le brigandage littéraire. Dans ses dernières années, elle sellnait sans relfteiie à des oompilations , souvent même à de honteux plagiats , qui donnèrent lien il de scandaleux procès.
Le catalogue de ses œuvres se monte à près de 100 volumes; elle écrirait encore sans relâche lorsque la mort vint la saisir, à 84 ans.
Que reste-t-il de tout ce qui fit la va-
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cité de madame de Genlis ? une répatation justement flétrie ; et de son œuvre immense ? rien , si ce n'est un tout petit volume , Mademoiselle de Clei'tnont, charmante composition qui semble échappée à la plume si chastp , si sobre et si élégante de madame de la Fayette.
RivaroU qui n*avaitpas lumademoisrlie de Glermont, a pu dire, en parlant
de madame de Genlis, que le ciel refusa la magie du talent à ses productions, comme il avait refusé le charme de rinnocence à sa jeunesse.
Genobaude, chef franc, qui, en 388, avec "Marcomir et Sunnon , passa le Khin , dévasta toutes les provinces de la rive gauche, et défit les troupes galloromaines envoyées contre ses bandes (*).
Genola (bataille de). — En 1799, Championnet, pressé d*elfectaer sa
jonction avec Duhesme, se porta en avant, dans la vue d'attaquer Mêlas, qui menaçait d'investir Coni ^ et qui avait fait ses disfiositions d'attaque dans la même direction. Les deux armées se trouvèrent , le 3 novembre , entre la Granaet la Stura. La division Grenier,
8resque enveloppée, se jeta par son anc droit du coté de Genola. L*atta-
Îue sous Fossaiio ne ftit pns moins vive. ,es Français attaquèrent sans succès décisif. La perte du poste de Savigliano oblii^ea Championnet de retirer une partie de ses forces sur Valdigio, centre de sa position. Attaqué par un ennemi supérieur en nombre, craignant d'être tourné , il se retira avec sa gauche sur Centale. Duhesme arriva , mais tard, et rétror^rada ensuite sur Saluées. Méias acheva de rassembler ses colonnes sans obstacle devant Centale.
Championnet profita de la nuit pour faire sa retraite par la vallée de Grana et (if Coni. Le lendeDiain , un corps considérable de Français postes à Morozzo fut encore contraint de mettre l)as les armes , parce que la retraite était coimée sur cette dernière ville.
armée française perdit à Genola , et dans les attaques du lendemain, plus de 8,000 hommes , environ un tiers de sa
^ (*) Grég. de Tours , Ui«t. des Français, fiv. u, ch. 9.
fofce totale. Championnet fut vainca parce que le Direr toire l'obligea de livrer bataille avec des forces de moitié inférieures à celles des Autrichiens : il avait d'ailleurs embrassé un trop grand front pour !a qnantité de ses troupes disponibles, tandis que Mêlas, qui voulait frapper un coup décisif, avait concentré ses forces de manière à se porter sur les points qui lai préBenteraient le plus de chances.
G£MOUD£ (Antoine-Eugène) naquit à Montélimart en 1799. Selon les uns, son père exerçait à Grenoble la proft»* sion de limonadier; selon les autres, sa famille appartenait à une classe plus élevée de la bourgeoisie : quelques-uns ont été jusqu'à le faire descendre de certains seigneurs de Savoie, qui auraient abandonné la Bresse, devenue française sous Henri IV, etc. , etc. Un U\L certain , c'est qu'il se fit donner par Louis XVIII des lettres de noblesse, en vertu desquelles il s'intitula de Genoude , et non plus simplement Genoud, nom qu'il avait porte jusqu'alors. M.
de Genoude dat à la protection de M. de Fontanes une modeste place dans l'université, et commença à traduire plusieurs- livres sacrés. Jusqu'à quel point se mit-il en état de comprendre ces textes ? A entendre ses amis , ses traductions sont des chefs-d'cbuvre dexactiLude et de poésie. Il nous est malheureusement impossible de ne pas nous défier de ces admirations. En 1815, il laissa la sa classe de sixième et ses livres hébreux pour se jeter dans le mou- Yemeot politique, et s'attacha, comme aide de camp, au prince de Polignac.
Après avoir travaillé avec lui, surtout par des intrigues, a faire triompher la cause royaliste dans le Midi, il revint à Paris pour y commencer, sous le patronage de M. de Polignac, une fortune qui ne cessa pas depuis de s'accroître. Dans sa jeunesse, il s'eluit montré grand admirateur de Voltaire et de Rouseeau.
Après le retour des Bourbons, il fut un des dévots les plus fervents de la nouvelle cour. Ses amis disent qu'à cette époque, le ciel Tint l'éclairer sur ses erreurs. Le ciel prit bien son temps; car cette dévotion de fraîche date ouvrit à M. Genoude toutes les portes : pensions, décorations, lettres de noblesse.
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privilèges de journaliste, indemnités secrètes pour services clandestins rendus dans la presse, loot fat accordé à Thomme sans grand talent, mais souple et habile, qui se vouait corps et âme à la cause du trône et de l'autel. En même temps qu'il rédigeait dans les journaux un grand nombre d'articles politiques, M. Genoude achevait ses traductions de la Bible. Quand l'œuvre fut complète, Louis XVIII la fit imprimer gratuitement par les presses de l*État. En 189t , après avoir fait une tournée en Vendée, il écrivit une relation de son voyage, qui fut déclarée un chef-d'œuvre, à Tunantmité, par tous les royalistes. Ce voyage avait été très-avantaeeux pour l'auteur : il avait fait en Vendée un bon mariage, au moyen duquel il put bientôt, en joignant'ia fortune de sa femme à la sienne, acheter, pour 300,000 fr., la terre du Plessis aux Tournelles. En 1822, il se lit donner le privilège de la Gazette dç France ^ dont il est resté depuis ce temps le directeur et le prin* cipal rédacteur.
La révolution de juillet est venue arrêter le cours des prospérités toujours croissantes de M. Genoude. Il a dit moins le mérite de n'avoir point abandonné le parti auquel il devait sa fortune; mais pour essayer de ramener sur ses princes dèclius les sympathies de la France, il a imaginé un étrange moyen; et Ton a vu avec étonnement, quelques années après la révolution de juillet, la Gazette promettre la suppression du monopole et le suffrage universel, comme un des fruits du retnblissement de Henri V. Jamais amalgame plus monstrueux n'a été imaginé
^r les ûiiseurs de systèmes politiques, est difficile de croire que M. Genoude puisse être de bonne foi en cette conciliation chimérique. Est-ce du moins un mensonge habile? La Gazelle m gagne à cela qu'un avantage : c*est de pouvoir attaquer tous les actes contrerévolutionnaires du gouvernement actuel; c'est de se créer un droit de contrdle très-élendu; c'est de voir ses articles reproduits par les journaux de la gauche, quand elle réclame comme eux la réforme électorale. Mais enfin où tout cela peut-il mener la Gazette et
ses abonnés? Si l'occasion se présentait d'appliquer son prétendu système , que feràlt^le?
M. Genoude prend maintenant d'autant plus volontiers un ton d'autorité et d'ins[)iration, que depuis plusieurs années il s*est fait prêtre. Après la mort de sa femme, il est entré dans les ordres, dont l'archevêque de Paris, alors M. de Quélen , lui a aplani l'entrée par ses dispenses. Aussi, ses amis, à tous les éloges qu'ils lui prodiguent ont -ils joint celui de grand orateur évatigelique. Pour nous, nous avons entendu M. Genoude, et il nous est impossible de partager Vadmiration qu'il inspire à ses adeptes.
Getsoutllï;re, partie de l'ancienne armure destinée à garantir le genou, et qui s'adaptait aux cuissards et aux grèves ou jambières.
GÉNOVÉFAiNS. — Après avoir érifzé sur le tombeau de sainte Geneviève une église dédiée aux apôtres Pierre et Paul , Clovis y établit une eomrounauté de prêtres vivant sous la règle de Saint- Augustin, et, plus tard, ils obtinrent une maison abbatiale dotée de nombreux privilèges. Louis YII, mécontent de leur conduite, les remplaça par 12 chanoines réguliers de l'abbaye'de Saint- Victor. Depuis, cette maison, constamment placée sous la règle de Saint-Augustin , devint la première d*une illustre congrégation , ayant pour chef un abbé élu tous les trois ans , et comptant, au dix-huitième siècle, 107 monastères et plus de 1,800 religieux, dont 500 au moins desservaient des cures. Les lettres étaient cultivées avec succès dans cette congrégation, oui citait avec honneur, parmi ses memnres , les PP. Fronteau, Lallemand , du Molinet, le Bossu, Mercier de Saint-Léger et d'autres.
L'habillement des génovéfains était une robe blanche et un rochet. Hors du couvent, ils mettaient par-dessus un long manteau noir.
Ils faisaient des vœux perpétuels.
Gems d'aambs. Voyez Gendaehb-
BIlB.
Gensonnb (Armand). — Député de
Bordeaux à l'Assemblée législative et à la Convention nationale, Gensonné fut un des chefs les plus marquants du
m «MMMHié umvifEBS. «MMUÉL
parti de ia Gironde, ainsi nommé, non pas parce que tous ses membres appartenaient au même dépattement, mais parce qu'ils se groupaient nutour d'un triumvirat bordelais, composé de Vcrgniaud, Guadet et Geosonné.
Dam ce triumvirat, p]i»reiiian|iialile par aon éloquence pariementain que par la profondeur de ses vues politiques, Oeasonoé n'occupait guère que le troisième rang pour le talent oratoire; mail, pour le talent diplomatique, il y occupait la première place. Il en était le négociateur influent; il en était le représentant accrédité auprès de tous les ambitieux qui menaient ou esaayaicnt de mener les différents çartis, soit à la cour, soit dans ToppontiOD révolutionnaire.
Sous ce rapport, il n'eet aucun député du département de la Gironde qui
ait eu plus de part que Gensonné aux succès et aux défaites qui ont tour à tour élevé ou abaisse ses collègues, jusqu'au HMiment de leur chute définitive ; il n*en est aucun sur leauel pèse une .'jîissi forte responsabilité aans les fautes qui les couduisirent à Téchafaud.
Pour les historiens royalistes, Genaonné est républicain; pour les partisans do I.T république, il est royaliste. Cette bizarre contradiction, à laquelle beaucoup d'autres girondins prêtent matière, suffirait à elle seule pour donner la mesure de Tbomme qui nous occupe, bomme distingué d'ailleurs à tant de titres. Naturellement sceptique, arrivé aux affoires dans un moment oik la monarchie même se trouvait mise en question, ambitieux avant tout, Gensonné s'était fait une reliiiioti politique d'une élasticité fort commode. Il n'était ni républicain, ni royaliste, ou plutôt il était tantôt l'un tantôt l'autre, d'après les nécessités du moment. Comme Brissot, couime Roland, et mémecomme Danton , il jouait tour à tour sur le dé de la répubîique on m le dé de la monarchie, suivant que ce jeu était nécessaire pour arriver au pouvoir ou pour s'y maintenir. Si une forme de gouvernement quelconque avait sa préférence, c'était une monnrchie constitutionnelle, mais à cette conrlition seulement que Bordeaux, sa ville natale, passerait
avant toutes les autres villes, surtout avant Paris, et que lui , Gensonné , et ses
f»artisans auraient la banle main dans es affaires de la France, au détriment de9 montagnards et de tout le parti populaire. Pour effrayer la cour, il se ftisait républicain ; pour dominer lei masses, il redevenait royaliste. Mirabeau avait adopté une tactique du même genre, avec cette différence, toutefois, qu'il avait eu le bon sens de ne jamais sortir de la sphère de la royauté conatitutionnelle; tandis que les girondins, ses imprudents imitateurs dans ce jeu de basctUe, avaient pris pour points extrftnes deux éléments inconciliables, 1»
république et la monarchie. Peau et le feu. Voilcà sur quels fondements -ils espéraient asseoir un système de modération. Qu'arriva-t-il? La cour les repoussa comme républicains; la république 1rs frappa comme royalistes.
Gensonné se croyait lioninie d'Etat d'abord; le citoyen ne venait qu'eusuite : comme si on pouvait être Pun sans Pautre; comme si la première condition ^)our ffouverner un empire n'était
fm de se prononcer ouvertement pour a forme de gouvernement qui ecmvient le mieux à cet empire, au moins pour un temps donné. Aussi, déniant à Gensonné et à ses amis le nom â'hofmnes d'État qu'ils s'étaient arrogé, et aue Pon continuait i leur donner par déri* sion, Camille Desmoulins ne voulait-il voir en eux que des autocrates. En effet, l'absence de convictions profondes ne peut engendrer qu'une ambition toute personnelle, qu*une autocratie au petit pied, la pire de toutes, parce que, étant trop faible pour ne pas partacor avec ses ayants cause, elle ne tarde pas à amener Poligarèhie avec toutes les rivalités jalouses, toutes les causes de morcellement, toutes les tentatives de démembrement qui en sont insépara* bles. L'égoîsme a beau 6Sre, il est fn* compatible avec l'esprit d'association; et, soit qu'il préfère la monarchie, soit qu'il aime mieux la république, il ne cesse jamais d'être un dissolvant qui menace l'existence même des nations.
Est-il républicain, il marche au fédé' ralhmf ; est-il royaliste, il conduit à Voligarchie : deux écueils qui se res-
semblent beaucoup. Ce n'est donc pas sans motif que les montagnards reprochaient aux girondins de compromettre Tuiiité et rindivisibilité de la France; car les uns (les girondins républicains) étaient iédéramUs^ comme Bozot, Boyer-Fonfrède. Isnard, etc.; les autres (les girondins constitutionnels) étaient oligarques, comme Brisjsot, £U>> landf Gensonné, etc.
Avec de pareilles dispositioDS, Gensonné ne pouvait mener à bien ni les affaires de la France, ni celles de la bourgeoisie, pour laquelle il avait pris parti contre le peuple, ni celles de It députation delà Gironde, ni même celles du triumvirat bordelais, dont il était le membre le plus versé dans les mystères de la diplomatie. De plus, car ses liaisons étroites, par ses inteUigences secrètes avec le général Dumouriez , il contribua plus que tout autre à la déconsidération et à la ruiue du parti girondin, oue ses relations avec Brissoly rjntime de Guadet, avaient déjà si gia* vement compromis.
L'amitié du général Dumouriez joue un rôle important dans la vie politique de Gensonné , qui avait jeté les yeux sur lui pour en faire l'exécuteur des projets de la Gironde. C'est par Gensonné que les girondins connurent Dumouriez.
Gelm-ci profita de leur assistance j|KNir s*élever au ministère; mais, lorsqu'à son tour il fut devenu un personnage important, et qu'il eut reçu la consécration de la victoire, il voulut marcher sans lisière : un pareil homme ne pouvait travailler que pour lui-même. Après la mort du roi, tout en paraissant incliner vers les girondins, il se lia secrètement avec les montajpiards du parti (le Danton , lesquels étaient orléanistes; les girondins royalistes, au contraire, . croyaient le moment venu de proclamer Louis XVII avec une r^enoe , système si favorable au triomphe de l'oligarchie. Tout porte à croire que, charmé de ce rôle de médiateur, Dumouriez donnait des espérances aux deux partis. Ce uu'il y a de certain, c'est que Gensonné ne cessa jamais d'être sa dupe, et que, peu de joiirs encore avant sa trahison, il espérait le détacher de Danton et de la ftetion orléaniste. Il n^en fut rien;
mais la responsabilité des crimes da Dumouriei retomba , du moinsd'abord,
non pas sur les daiitonistcs , ses complices de la veille, mais sur les girondins, ses anciens clients, ses anciens complices. Ce n'est guère qu'un an plus tard que le comité de salut public fit expier aux dantonistes leurs dilapidations et leur duplicité. Alors les girondins n'étaient plus; ils avaient cruellement payé leurs erreurs et le mauvais service que leur avait rendu Gensonné, en se portant garant du patriotisme et de la moralité du soldat'diplomate qui devait trahir.
Un examen rapide de la carrière politique de Gensonné justifiera , nous le croyons, le jui^mentqui vient d'eu être porté.
Gensonné naquit à Bordeaux , le 10 aoilt 1758. Il embrassa la carrière du barreau , où il avait déjà acquis une brillante réputation , lorsque la révolution kii ouvrit on nouvel avenir. En 17dl, ilfutnommé membre du tribunal de cassation , qui venait d'être fondé.
Dans le courant de la même année, l'Assemblée constituante, dont il avait attiré l'attention par la publication d'an mémoire en faveur des hommes de couleur, le chargea d'une mission dans les départements de TOuest : il s'agissait de vaincra la résistance que les prêtres de ces provinces , et surtout ceux de la Vendée, apportaient à la mise en activité de la constitution civile du clergé. Dans cette mission, il eut j>our collègue Gallois , et pour auxillaira le général Dumouriez ; dès lors, commença entre lui et ce dernier la liaison qui devait devenir si funeste aux girondins.
Aux élections du mois de septembre 1791, Gensonné fut nommé, à l'unanimité, parmi les représentants de la ville de Bordeaux à l'Assemblée législative.
Il alla se laneer , avec Yergniaud et Guadet, dans les rançs de l'opposition; et, comme il ne s'agissait alors que de renverser le ministère, il fit ou il laissa croire qu'il faisait du républicanisme.
Le 9 octobra, huit Jours après l'ouverture de la session, il parut pour la première fois à la tribune , où il lut son rapport sur la mission que lui avait confiée rasseodilée précédente. Il oon-
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71^ éBHsoMNE L'UNIVERS. emsoiriift
venait que plusieurs départements de i'Ouest refusaient de reconnaitre les
I urètres assermentés; mais il indiquait es voies de la persuasion comme beaucoup plus propres que celles de la ri-
gueur à ramener les esprits. Plus tard, n*en vota pas moins le décret qui prononçait la peine de la déportation ooii> tre les prêtres réfractai res.
Bientôt désigné pour faire partie du comité diplomatique, Gensouné fut un des membres les plus influents de ce comité, qui était , comme un second ministère, en possession de la confiance de r Assemblée nationale , et chargé de surveiller le ministère delà cour. C»(iit Gensonné qui, le \" janvier 1792 , fit, au nom du comité diplomatique, le rapport à la suite duquel un décret d'ac-. eusatîon fut rendu à Tonanimité eontre les deux princes , frères du roi , Tes* ministre Galonné, le vicomte de Mirabeau, frère du grand orateur, et le marquis de Lagueuille. Ce fut encore lui (31 avril) qui vtoujours au nom du même comité, proposa et fit adopter, à l'unanimité moins sept voix, le décret portant déclaration de guerre à l'Autriche.
Alors Gensonné était toujours opposé à l'esprit contre-révolutionnaire de la cour; mais il n'était plus républicain.
Ce brusque changement , qui devait être suivi de tant d'autres , avait pour cause la chute de Tancien ministère (24 mars) et l'avènement d'un ministère girondin , où figuraient Dumouriez , Roland , Lacoste et Clavière , auxquels fut adjoint Servan , le 14 avril. Gensonné était donc ministériel , lorsqu'il proposa le décret du 2t avril, T.es girondins et la cour étaient d'accord pour la guerre , mais par des raisons bien différentes : reux-ci comptaient sur des victoires qui forceraient l'Europe à reconnaître la révolution française et à chasser les émigrés; celle-là prévoyait et préparait quelques défaites qui l'ai* dernientà renverser en même temps les girondins et les montagnards : elle s'entendait avec l'étranger pour briser la constitution. Aussi un assez grand nombre (le pntriotes , et entre autres Robespierre , étaient - ils beaucoup moins belliqueux que Gensonné et que Brissot*
^ Lorsquel a division eut éclaté dans le ministère girondin , la position de Gensonné devint fort délicate. Dumouriez, son protégé et son ami, n'eut pas plutôt approche la cour,qu'il commença a changer de système. Soit qu'il ne fut que vénal , soit qu'il eût des arrièrepensées d*ambition, le général Dumouriez s'arrangeait toujours de manière à trahir quelqu'un. Successivement cet homme a voulu être le Monck de Louis XVI, le Monck des girondins, le Monde des orléanistes. A cette époque , ayant besoin de gagner les bonnes grâces du roi et de la reine, il ne demandait pas mieux
3ue de passer en transfîigedans les rangs u parti feuillant. Restés fidèles au drapeau girondin, Roland et Clavière étaient en lutte aveclui, et avaient pour défenseurs Vei^iaud et Goadet : tandis que Gensonné , quoique mécontent de Dumouriez , ne pouvait se résoudre à séparer sa cause d'avec celle de son ami. Sans la crainte de voir leurs divisions tourner à l'avantage des montagnards , les triumvirs de Bordeaux se seraient peut-être brouillés dans cette circonstance; mais l'imprudent Dumouriez, qui tirait presque vanité d*ane défection aussi maladroite que honteuse, empêcha Gensonné de se compromettre davantage. Il n'en resta pas moins prouvé par l'expérience que le triumvirat bordelais et tout le parti girondin était incapable de rester uni , dès qu'il se trouvait en possession du pouvoir, et qu'il n'était fort , qu'il n'était compacte que pour faire de l'opposition*' C'est le propre de toutes les coalitions de se démembrer et de tomber dans l'oligarchie , dès qu'elles ont renversé Tobstacle qui leur avait donné naissance. Voyant que Dumouriez les trahissait, les girondins cherchèrent à lui opposer Servan, jeune otticier plein de décision, dont ils firent un ministre de la guerre. Pour plus de sûreté , ils se rapprochèrent des montagnards, qu'ils avaient traités assez durenientaprès leur premier triomphe, et ils redevinrent ou ils laissèrent croire qu*ils redevenaient républicains comme devant.
Toutes leurs attaques se portèrent dès lors contre Dumouriez et contre le comUé auMcMe». Ou a prétendu qu*à
cette époque il n'existait plus de comité semblable. En matière de comités seerats , il est toujours fort difllcile de savoir à quoi s'en tenir; mais , ce qui est certain, c'est que la cour s'entendait avec TAutriche et que la reine était, sinon Pâme, diî moins le centre de toutes les intrigues étrangères. Le 25 mai, Gensonné et Brissot dénoncèrent formellement l'existence du comité autrichien , et demandèrent qu'au décret d'accnsation , rendu le 10 mars préoé* dent, contre le ministre de l'intérieur Delessart, on en joifziiît un autre contre les ex-ministres Montuioriu et Bertrand de Molleville. L'sssemblée se i>orna à ordonner une enqnlte contre ces derniers.
Aurès la destitution de Roland , de davière et de Serran (13 juin), c'est-à* dire, après Texpulsion des eirondins du ministère, Gensonné redouma d'énergie contre la cour, et même aussi d'énergie républicaine, jusqu'à la fameuse journée du 90 juin , où les girondine laissèrent agir le peuple, dans l'espoir de retirer les marrons du feu. Celte iournée n'ayant pas eu les suites qu'ils s en promettaient, ils continuèrent à poursuivre le nou?eaa ministère (feuillant), persuadés que sa chute leur rendrait leur ancienne influence , et rouvrirait la
r)rte du conseil à Roland , à Clavière, Serran, et même à Dumouriez , qui, n'ayant recueilli que la disiirfice pour prix de sa défection, clierc hait à rentrer eu grâce auprès de ses premiers amis.
Peu de temps après le 20 juin , Gensonné, ainsi que Yergniaud et Guadet, effrayés des progrès du parti nionta-
gnard, et prévoyant bien que la chute u trdne profiterait encore plus d leurs rivaux qu'à eux-mêmes, firent une noavelle halle dans leur course républicaine, et se sentirent atteints d'un nouvel accès monarchique. On put voir alors que chez eux l'ambition passait avant les convictions politiques. Des négociations furent ouvertes etitre le roi et les girondins par l'entremise du peintre Boze, qui remit à Louis XVI un mémoire rédigé, dit-on, par Gensonné. Cette démarche leur avait sans doute été sugs^érée par la grande scène de reconciliation du 7 juillet , où révéque Lamou-
retle avait fait jurer à l'assemblée de maintenir la constitution , et de combattre avec la même rigueur les parti* sans de la république et les partisans des deux chambres. iVIais le mémoire ^ rédigé par Gensonné n'eut pas plus de soècèsqne le baUer tPmnowette, et les girondins ne s*en trouvèrent que plus compromis encore.
Repofussés par Louis XVI, Gensonné, Guanet et Yergniaud reprireat leur . rôle de membres de l'opposition, et s'en» tendirent de nouveau avec les montaf^nards pour frapper un çrand coup. La journée du 10 août fut le résultat de œt aeoord. Mais on ne tarda pas à s'apercevoir que les girondins ne voulaient qu'effrayer la cour, et la forcer à reprendre les ministres de leur choix.
Quand ils virent le trdne à moitié abattu , ils essayèrent de le relever;
3uand ils virent que Louis XVI était evenu impossible , ils songèrent au dauphin et à l'établissement d'une régence. La manière dont Yergniaud, Guadet et Gensonné présidèrent tour h . tour l'Assemblée législative dans la journée même du 10 août, ne laisse aucun doute à cet égard. Us eurent le courage de protéger la personne du roi; mais, pour mieux faire comprendre qu3 la royauté ne périrait pas avec lui , ils affectèrent de donner le nom de prince royo/ au dauphin. Ce fut sur la propositmn de (jcnsonné que furent alors décrétées les attributions du conseil exécutif, destiné à remplacer provisoirement le gouvernement royal. A partir de c ette époque , Gensonné et les girondins rompirent pour toujours avec les montagnards , qui , presque tous, désiraient sincèrement la république.
Les massacres de septembre vinrent encore augmenter la division : Gensonné et ses amis y furent complètement étrangers ; mais on leur a reproché avec raison de n'avoir presque rien fait pour les empêcher, comme s'ils avaient voulu se ménager un affreux grief d'accusation contre la vilJe du Taris.
Tel fut Gensonné à l'Assemblée législative ; sa conduite à la Convention nationale ne paraît guère mieux dessinei). 11 avait été élu le troisième par la ville de Bordeaux ; sa position» ainsi
M mmwummt vmmMS. mmamnà
que celle de tous ses amis, était alors compMlemtiit ùnmm : fl m présentait à to Convention comme républicain
après avoir joué un rôlo tant so^t |MNI monarchique à la Législative.
Comme pour mieux se compromet* tre, il ne cessa de tonner contra les massacres de septembre, que la Gironde n'avait pns eti le roiirnsre d'empêcher; il essaya d'eo faire retomber la responsabilité sur tout le parti de la Monta- «M « qooiqoe les auteurs en fussent bien connris et , grâce à [3ieu , en petit nombre. Ses adversaires n'eurent pas grand'peine à récriminer , de leur côté, contre lui : ils loi rappelèrent ses intelligences avec la cour , et on alla jusqu'à l'accuser d'avoir f^té stipendié par le ministre JKarbonne. A ces imputations il opposa une profession de foi républicaine : on ajoute même qu*il se vanta de s'être engagé par serment, dès l'année 1790, à renverser In monarchie. Il ne voyait pas qu'en croyant se justilier auprès des rwublicains , il se reconnaissait coupable de trahison enrera Louis XVI.
Dans le procès du roi , Gensonné essaya d'abord de aanver l'illustra aecusé en votant pour l'appel au peuple; mais cette meîîure dilatoire ayant été re-
{)0ussce , il vota pour la nlort et contre e sursis. Après l'exécution, il deenanda que la Commune de Paris répondît à la Franco de In srtrctc de la reine, du dauphin, et des autres memlircs survivants de la famille royale. Rien de plus noble que ce voeu qui malheureaaement n'était pas désintéressé; car , à cette époque , se voyant gagnés de vitesse par les montagnards, les girondins s'étaient rappelé leurs anciennes vues sur le dauphin et la régence.
Il paraîtrait même que Gensonné fut TAnie de toutes les menées qui eurent lieu, pour arriver à cette lin, dans le comité ded^ense générale, dont il fut presque toujours membra, et où il eut une grande innuence. Alors, co»nme toujours, il avait placétoutes ses espérances en Dumouriez, qui continuait à le tromper suivant sa coutume. Peu de temps avant sa trahison, Dumouriez entretenait des intelligences avec Danton et Gensonné. Ni Danton ni Gensonné ne
prévoyaient la basse action du vaiot qucur de Jemmapes ; mail Ton et Tan-
tre cherchaient à employer son épée en faveur de leur parti. Alors Danton était orléaniste et Gensonné partisan de la régence. Ils remplirent de leurs querelles les séances du dernier comité de. défense générale (24 mars-6 avril) dont ils faisaient partie tous les deux.
Les soupçons que sa vieille amitié pour DomcNirics raisait planer sur Gcn* sonné lurent ' bientôt confirmés publiquement. Dans le procès de Miaczinski, aide de camp de Dumouriez, condamné a mort le 7 avril , par le tribunal révoiotionnaire , il ressortit dea débats la preuve qu'il y avait eu des liaisons entre le général et le député. Alors la conduite de Gensonné fut déférée à l'examen d'une comminfon; mais les événements do 81 mai et du S juin vinrent encore aggraver sa position; son nom fut compris dans la liste des 22 députés proscrits. Il refusa, diton , les moyens de se sauver aue lui aurait offerts Garât, ministre de l'intérieur. Décrété d'accusation , le 3 octobre 1793 , sur le rapport d'Amar, il parut le 24 devant le tribunal révolutionnaire avec ses amis; condamné à mort , il périt le SI octobra, à Tége de 35 ans.
Moins éloquent que Vergniaud, que Guadet, et peut-être même que Fonfrède, Gensonné avait la parole facile et quelquefois sini^nlièrement causti-
Î[ue. Dans une séance , où il demandait a punition des meurtriers de oeptembro, une voix ayant crié : « Ils ont sauvé la patrie! —Oui , répliqua Gensonné, comme les oies sauvèrent le Capitole. »
S'il fallait en croire la déposition du
capucin Chabot dans le procès desiiirondins, les triumvirs bordehis (faiiraient pas joui de l'estime de tous leurs collégues.Voici en quels termeaGrangeneuvc^ député de la Gironde lai-mémc , mais républicain fédéraliste, se serait exprimé sur le compte de son compatriote : « ... Gensonné est le plus hypo- « cri te de tous ; c'était un aristoorato « qui n'a fait le patriote que pour avoir ^ « des places ; il ne fut pas plutôt pro- ' « cureur de la commune de Bordeaux
« que, pour faire la cour au duc de «Duras, il fit tout son possible pour « diMouore le dub national. » Sans avouer ces paroles mêmes , Grangeneuve convint avoir témoigné assez ver* tement ses soupçons.
Gbhtikn (Benoît), religieux de Saînt- Benis , et docteur en théologie , vivait sous le rèîïne de Charles VI. Il fut choisi plusieurs fois pour porter la parole dans les remontrances que I université fit faire aux princes du sang , et représenta ce même corps au concile de Constance, où il se distingua par son éloquence et son savoir. Mais ce qui rend surtout son nom puuulaire, c^est <ra*on lui attribue génoralement la eé* lèbre chronique latine connue sous le nom th' Ch ranique du religieux de Saint- DenySf de 1380 à 1422. Le Laboureur, dans sa préface de Y Histoire de Char^ les J^f, rend compte des recherches auxquelles il s'est livré pour découvrir Tauteur anonyme de cet ouvrage. Il a reconnu qu'à cette époque deux des religieux de Saint- Denis avaient eu quel« que renommée et quelque importance , Benoît Gentien et Guillaume Barrault.
l^t dernier appai Lenaut a une ianiille ont avait embrassé avec ardeur le parti bourguignon , le Laboureur pense que la chronique doit être plutôt attribuée au premier, l'un des hommes les plus éminents de l'université; mais on doit lui objecter que la chronique parle souvent de Gentien , et toujours à la troisième personne , qu'elle le traite de fameux et d'éloquent, et qu'il est peu vraisemblable que l'auteur se fttt ainsi lui-même accablé de louanges, tandis qu'en d'autres endroits l'auteur de la chronique parle souvent de lui-même comme acteur, en disant nuL Quant h l'opinion émise par M. de Barante , qui veut donner cette histoire à Guillaume Barrault, elle ne doit être cour sidérée que comme une simple hypop tfaèse quïm ne saurait appuyer sur aucune preuve solide.
La chronique du religieux de Saint- Denis , bien que citée par tous les historiens qui se sont oooupés de l'époque qu'elle embrasse , vient d'être publiée et traduite, pour la première fois, par
M. BellagM^t dans \^ collection des
Documents inédits sur rhistoire de France, imprimés par ordre du ministère de rinstroetion publique ; 3 vol. in-4"* ont déjà paru.
GE^iTiLLET (Innocent), jurisconsulte protestant, né à Vienne en Dauphiné au commencement du seizième siècle , président de la chambre de l'édit de Grenoble, puis syndic de la république de Genève, auteur de plusieurs ouvrages de controverse, et entre autres d'une Apologie de la religion protestante (ea latin, Geniève, 1687, m ^**), et d'un Discours sur les moyens de bien gouverner. etc.y contre Nie, Machiavel (1576, in-S*»; 2* édit., 1577, petit in-12). IjC succès qu'a obtenu ce livre lui a fait donner le titre de V Anti- Machiavel ; mais aucune édition ne porte ce titre.
On a encore de Gentillet un ouvrage intitulé V AnH-SodH, 1613, in'4^, et».
Gentilshommes de la. chambre.
François V ayant supprimé l'office de grand chambrïer de France, en 1545, créa une charge de premier gentilhomme (le la chambre du roi. Depuis Louis XIII il y en eut quatre. Le premier gentilhomme de la chambre remplissait auprès du rui les fonctions du grand chambellan en son absence, lui donnait la chemise, et le servait lorsqu'il niaiif^eait dans sa chambre. Il réglait le service et la dépense de la chambre, ^it chargé de la «orintendaiiee des deuils de la cour, 6tde celle des divertissements, ballets, comédies, mascarades, etc. Les théâtres royaux étaient aussi placés sous leur surveillance , et ils régnaient en maîtres souverains dans les coulisses ; acteurs ou actrices n'y pouvaient débuter ni être reçus sans leur autorisation. Le choix des pièces qui devaient être jouées à la cour dépendait de leur goût ou de leur caprice.
Les premiers gentilshomînes de la chambre, en 1789, étaient les ducs de Richelieu , de Duras , de Villequier, de Pleury.
Gentilshommes ordinaires. Iaut fonction élait de se trouver au lever et au coucher du roi. Cétait a lui seul qulls rendaient réponse des ordres qu'ils «raient exécutés de sa part, quand on les envoyait auprès des parlements, des l^éraux» ou dans les pays étrangers,
716 GENTILSHOmMES L'UNIVERS. GEOFFRIN
avec la qualité de ministres extraordinaires , pour notifier ia naissance des princes de lu famille royale , ou pour négocier des affaires secrètes. Les gentilshommes ordinaires, créés par Henri III, se vantaient d'avoir eu dans leur compagnie, Malherbe^ipliacine , Voltaire, etc.
Gatiiishommes servants. Ils faisaient journellement, à la table du roi, les fonctions que remplissaient dans les cérémonies , le grand pannetier , le grand écbanson , le grand écuyer traneoaDt; ils servaient l'épée an côté.
Gentilshomnies-vei'riers. La Gascogne , la basse Bretagne , la Beauce , la Lorraine (*), n'étaient pas les seuls pays célèbres par leur gentilhommerie.
Tous les verriers ayant le privilège de soujjler les bout^Ules , possédaient des titres de noblesse » des armoiries , encouragement donné par les rois de France à une industrie naissante (voy.
Vebberies). Les gentilshommes embrassant ce métier ne dérogeaient pas, et cependant les beaux esprits sediver* tissaient à leur sujet! Maynard raillait fort agréablement le poëteSaint-Amand, dont le père passait pour être gentilhomme de cette façon , il lui diswt :
Gcattlliomine da
Si v«as tombes à terres
Adiea TM quaKtétl
Mais, pour nous, il nous est impossible de nous associer à ces plaisanteries.
L'origine de cette noblesse en valait bien une antre. Écoutez ce que dit Henri Corneille Agrippa de celle de la plupart des gentilshommes de son temps : «... Toutesfois les noblesses et gentillesses sont souvent acquises par
(*) Il y avait, en Lorraine, un moyen ezpéditif d'ncqiiérir la noblesse. Un des ducs de celte province, ne sachant comment suppléer à la pauvreté des eannet, leur avait
concédé un grand nombre des privilèges , entre autres celui de conférer des titres de noblesse , et ces bons religieux délivraient le brevet , au juste prix de 600 liv. Celte noblesse , qu'on donnait, comme l'on voit, pour un morceau de pain , a peuplé le pays de finales en court et en mont, dont chaque twhle des carmes a aOoogé son nom rotnrier. Tels sont les Fîgnancourt, 1rs Daufrcmont, etc., dont les radicales sont La 'vigne, Aujer,
aucuns par m , ou pour avoir
empoisonné quelqu'un, ou exécuté quelque meurtre ou parricide : et s'en trouve assez qui sont genfUshommei
par trahison Un grand nombre y
parvient par médisances , calomnies et imputations... Si quelqu'un veut devemr gentilhomme j qu'il devienne chasseur premièrement; car ce sont les principes et rudimens de la noblesse. Celui qui n'est propre à faire ces choses, achète la noblesse à beau.\ deniers comptans : car elle est à vendre aussi bien. S'il n'est pécunieux , qu'il se mette à complaire et flatter les rois et princes, et dire toujours oui, ou se pousse par quelque inechaneeté et fi'ande de courtisans ; qu'il servedeeourretier, et porte
message aux principales p de la
cour, ou prostitue sa femme et ses iiiles à quelques princes, ou lui-même trouve moyen de faire servir sa personne aux appétits des datnes , ou espousc quelques p... royales ou leurs bastardes. Voilà le souverain degré de noblesse, ear, par ce moyen , on est ineorporé en icelie (*). »
Geoi^fkin (Marie -Thérèse Rodet, madame ), naquit à Paris le 2 juin 1699, et mourut au mois d'octobie 1777. Pendant le dix-septième et le dix-huitième siècle , plusieurs femmes d'esprit se sont plu à réunir et à présider des coteries littéraires. Mais de toutes ces illustres maîtresses de maison, telles que mademoiselle de Scudéry , madame de Tencin , madame dtt DctTant, etc. . il n'en est peut-être pas une qui mérite plus que madame Geoffrin que la postérité lui continue l'estime et la considération dont elle a joui pendant sa vie. En effet, elle ne se contenta pas de donner des dtners aux gens de lettres et aux artistes. C'était pour elle un besoin, une habitude de taire du bien. Elle recommandait le mérite obscur, usait du crédit des personnages puissants qui la visitaient , pour servir ses amis , et les aidait même de sa bourse. Ainsi plusieurs membres de l'Académie française reçurent d'elle des pensions viagères assez considérables; et tous ces bien-
(*) Extrait d'nne traduction publiée en i6o3, de son ouvrage intitulé : De Cinctr» titude et la vanité des sciences.
«mmu»! FRANGE. oiomot • 717
faits étaient répandus avec autant de dlliefttesse que de cénérostté.
Pendant plus o^im demMiècle , sa
m?iî«;on fut le rendez-vous des lettres et lies arts, et il ne venait point à Paris d étranger de distinction, ni niénae de prince ou de souverain voyageur, qui ne brigui^t l'avantage d'être présenté chez cette simple bourgeoise. Elle compta parmi ses convives habituels :
Yleo, Carie Vanloo, d'Alembert, Fon* tenelle, Helvétius, Morellet, Buffon, Marmontel , Thomas , Raynal , mademoiselle de Lespinasse, etc. Son éducation avait été assez commune, et, comme elle l'avouait ingénument, elle ignorait m^me l'orthographe. Néanmoins, elle sut recevoir et présider cette illustre assemblée avec une grâce et un savoirvivre exquis. Ce rat Toccupation de toute sa vie , et elle la continua jusque dans la vieillesse la plus avancée.
Madame Geoûrin a peu écrit ; encore une main complaisante a-t-eile dû corriger les fautes qui se trouvaient dans ses opuscules. Mais les adages et les maximes que l'on cite d'elle (car elle aimait beaucoup à formuler ainsi ses pensées) prouvent qu'elle joignait à un goût naturel et à un sens très-droit un esprit fin, juste et perçant. T)u reste, plusieurs de ses amis, surtout Marmontel, Thomas, d'Alembertet Morellet, ont acquitté envers cette dame, dans leurs écrits, la dette du cœur, et nous ont fait d'elle un portrait dont l'exacte précision laisse peu à désirer. Ils s'accordent à nous la dépeindre bonne, obligeante, amie, par-dessus tout, du ealme et de la simplicité , et rachetant amplement, par ses précieuses qualités, ses singularités et sa brusquerie grondeuse.
Geoffboi (assise de). La seule circonstance remarquable que présente le règne de GeofTroi U , duc de Bretagne (voyez Bbetagnb , p. 353) , ce sont les changements qu'il introduisit dans la législation de sa province. Au douzième siècle, les terres seigneuriales se partageaient, après le décès du possesseur, entre tous les mâles de la famille, usage qui devait prom[ttement amener l'affaiblissement de ia noblesse. En 1185, le duc réunit ses barons dans une assemblée désignée par les historiens sous le
nom é'assise de GeoffroU II y fut con-^ venu qu'à l'avenir l'héritage noble serait recueilli en entier par l'aîné, sous
la condition que celui-ci ferait aux cadets une provision sortable, si mieux il n'aimait leur abandonner auelque terre, au cas où il.|^ jiurait piusieors dans la succession.
De ce lait on peut inférer, d'abord que la noblesse ae Bretagne était déjjà très-appauvrie , ensuite que le due étàit dans l'obligation ou dans l'usage d'assembler ses barons pour les consulter dans les affaires importantes. A cette assemblée assistèrent encore les é vécues de Rennes, Vannes, Nantes et Samt- Malo. La signature et le sceau de la duchesse Constance furent apposés à ce règlement , dont le préambule porte :
« Faisant le gré aux évéques et aux ba- « rons, 0 (oui) le commun assentement, « etc. »
Malgré cette règle positive et générale, olusieurs seigneurs affectèrent de se prévaloir de leur indé|)eodance pour
y contrevenir. Dom Morice (*) cite un assez grand nombre d'exemples pareils,
Geoffroi Grise - GoneUe , comte d'Anjou , qui devait son surnom à ia couleur de sa casaque, en basse latinité, gonelia j succéda en 958 à Foulques le Bon , son père. (Voyez les Foulques d'Anjou.) Lotbaire , en reepnnaissanee du secours que le comte lui avait prêté contre Otton II de Germanie , le gratifia, lui et ses successeurs, du titre de sénéchal du royaume. GeofTroi eut à défendre en 980 , contre les prétentions de son gendre Conan le Tort, comte dé Rennes, la partie de son domaine située entre le Maine et la Bretagne. Il guerroya cinq ans après avec le comte de Poitiers , et mourut en assiégeant le château deMarson, dont le propriétaire, son vassal , s'était révolté. Il eut pour successeur son fils Foulques Nerra.
Gboffroi II Martel , comte d'Anjou, né en 1006, succéda en 1040 à son père Foulques Nerra. JVlais avant de gouverner l'Anjou, il avait eu déjà une existence brillante et bien remplie.
Ayant épousé Agnès de Bourgogne , veuve de Guillaume V, duc d'Aquitaine, il en avait reçu en dot des biens impor*
(*) ÀcleideBretasiw» t.II,préface^p. viu.
Tlft ommm LinnfEBS. €,mnmmY
taotSf et trouvait moyen de s'immiseer oontrfnjeUeinem ma aMm du Poitou
et de l'Aquitaine. Brave , querelleur , toujours en guerre avec ses voisins , il enleva aussi le comté de Vendôme à Foulques, dit YOUon^ ton ne^a ; et ponr racheter l'odieux son usurpation, il fonda l'abbaye de la Trinité de Vendôme. En 1032 à la demande de Michel Paphlagoniên , em^reur d'Orient, Geoffroi paeia en Sicile avec tm corps de troupes , pour combattre les Sarrasins qui ravageaient cette île , et les défit complètement près de Messine.
A la «nitede cette Tletoire, et sur TiiH vitntion de l'empereur, il se rendit à Constantiiiople , où Michel lui donna , comme un témoignage de sa reconnaissance, la relique de la Sainte Larme, dont le comte fit présent à f aU>ave de Vendôme , et qui y fut longtemps I objet de la vénération des fidèles.
A son retour de Constantinople , Ocoffiroi Martel administra te comté d'Anjou pour son père, qui faisait son pèlerinage en terre sainte. En 1039, il marcha contre le comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, qui lut rédamait mio bonne partie de son héritage , et le tua. Il y avait alors à peine cinq ans qu'il s'était battu avec Guillaume VI d'Aquitaine, qui mourut des suites de sa longue eaptivitô.
Kn 1013, nniivnlle guerre contre Thibaut 111 , comte de Blois, que Henri T*^, roi de France, avait dépouillé de la ville de Tours , pour la donner au comte d'Anjou. L'année suivante, se livre la bataille de Nouy, près Saint-Martin le Beau, dans laquelle le comte de Blois et de Touraine est défait par Geoffroi Martel. Thibaut est fait prisonnier, et, pour sa rançon, cède au comte d'Anjou tout ce qui lui restait en Touraine, à l'exception de l'abbaye de Marmoutiers.
Geoffroi porta ensuite ses vues sur le Maine , dont il réussit à se faire administrateur pendant la minorité du jeune comte Herbert II. Son humeur inquiète lui fit encore tourner ses ar^ mes contre les ennemis de l'empereur Henri III en Italie; contre Guérin, sire de Craon ; contre le roi Henri , le duc de I^ormandie, le comte de Blois et OuiUaume TU d*Aquîtaiiie ; mais ses
dernières expéditions ne furent presque jamais heureuses. Voyant approcher Id
terme de ses jours , il se retira au monastère de Saint-Nicolas d'Angers, où il mourut en 1060 , sans laisser de postérité. En lui finit la première brancha des comtes d'Anjou.
Geoffroi III le Barbu Mirr^^fla en 1060, avec sou frère Foulques ie lié' chin (voyez ce mot), aux États laissés par Geonroi Martel, onde maternel des deux comtes. Nous avons vu ailleurs qu'il vécut dans des querelles continuelles avec Foulques , et périt misérable* ment vers 1008.
Gboffuoi IY Martel fut associé en 10î)8 nu gouvernement du comté de son père, Foulques le Réchin. Nous avons vu dans l'article consacré à ce dernier , comment ce jeune prince prit les armes pour défendre les droits de sa naissance. Après sa réconciliation avec son père, il enleva les châteaux de la Châtre-sur- Loire et de Thooars. Mais le 18 nnt 1106, comme il traitait d'une capitulation avec des barons d'Anjou assiégés par lui dans le château de Caudé (haut Anjou ) , un archer lui déooehn un trait qui le blessa mortellement. H mourut kl nuit suivante, et fut inhumé à Saint- Nicolas d'Angers, auprès de son grandoncle, dont il avait iu valeur, le nom et le surnom.
Orderic Vital accuse Bertrade , marâtre de Geoffîroi, de l'avoir iait assassiner.
GBorvaoi V, le Bèl ou Pkmiagenetf comte d'Anjou et du Maine, nsiqoit a Angers en 1113. Foulques V, son père, l'un des plus puissants seigneurs de France, appelé au trône de Jérusalem, avait investi , en partant , son fils de» comtes d'Anjou et du Maine. Le mariage de celui-ci avec Mathilde le rendit héritier du duché de Normandie après la mort de Henri I*' son beau- père, qui unissait cetapanafi;e à la couronne d'An* gleterre. Geoffroi Plantagenet , après avoir lutté contre une ligue de seigneurs poitevins et une conjuration de ses grands vassaux, eut à combattre pendant huit ans pour recueillir cette succession que lui disputaient le comte de Blois et le roi de France. De nouveaux troidiles suivirent cette guerre ; Louis le Jme porta ait anuas dans Jet £tat9
«JBOFFROY FRATVGE» 6SOFFBOT TI9
de GeoffroH qui encouint en outre les censures du pape Eusène TII. Ce prince mourut au Cliàteau-du-Loir eu lioL.
(Voyez aussi NoBMANDiBCddcsdejJ
« On louait sa bravoure. Toutefois, il n'avait presque jamais éprouvé à la guerre que des revers ; il perdit par sa suite tom 868 avantages , excita la déflanee de son beau-père, se brouilla avec sa femme , révolta les ISormands et les Anglais par sou aveugle partialité pour les Aûgevins , et souleva par une tërudté gratuite tous les pays où il porta les armes. Malgré sa réputation de bon chevalier et d'excellent chasseur, loin d'étendre sa domination , il ne réussit jamais , pendant un r^sne de 33 ans , à 88 mettre en poaseisioa de oe qui lui appartenait (*). »
On connaît les hautes destinées de ses successeurs. (Voyez aussi Annales, tome I", page 110, et Maire (ducs du].)
Geoffrot de Pruilly. Ce personnage, oublié dans toutes les biographies, est désigné par plusieurs ehroniquee eontemporaines comme Tinventeur, ou au moins comme le législatrur des tournois , et c'est à ce titre que nous le mentionnons iei. Sa TÎe et sa mort furent peu dienes d'uit. chevalier auteur de la race des comtes de Vendôme. Il était attaché à Foulques le Kérhin , comte d'Anjou, qui laii>ait une guerre eontinuelle à son frère Geonroi le Barbu, comte de Touraine. Geoffroi de Pruilly, de concert avec trois autres chevaliers, arrêta traîtreusement, le 4 avril 1068 , Geoffroi le Barbu , qui s'était confié à lui. Mais le lendemain de l'arrivée du prisonnier à Angers , la ville se souleva. Le comte de ïouraine tut remis en liberté, et Geoffroi de Pruilly massacré avee ses trois compagnons.
Geoffroy (Julien-Louis), né à Renu^, en 1743, mort en 1814. Après avoir filt ses elasses diez les jésuites, au ool« lége Louis le Grand, il prit le petit col^
let, et entra, comme maître d'études, au collège de Montaiga, d'où il sortit pour faire l'éducation des enfants d'un riche banquier. Pendant ses loisirB , il tom*
{*) Sisraondii lUitoirê de* fren^au, t. V,
posa une tragédie de Cafon, et concourut pour un prix d'éloquence latine, fondé par l'université. Sa pièce fut reçue par la Comédie-Française, mais non jouée, et ne lui valut que ses entrées an théâtre : son discours latin fut plus heureux et remporta le prix. Dans deux antres concours dn'méme genre, Geoffroy fut eneoreoourotttaé. Mais, s'étant mis sur les rangs pour disputer le prix d'éloquence française, il échoua complètement. Le sujet était l'éloge de Cfaarles V : le vainqueur fut la Harpe.
Le dépit du vaincu fut, dit-on, l'origine de l'inimitié qui éclata bient(3t entre les deux critiques. V Année Ut' iéraire, journal qui avait eu pour directeur Desfontames, puisFréron, enrôla bientôt Ge< »ff roy parmi ses rédacteurs. Fréron était mort : le nouveau critique parut avoir hérité sa haine contre les pbilosophes , et surtout contre Voltaire, et se fit tout d'abord de nombreux ennemis par la mordante amertume et la violence bilieuse de ses cenr sures. La révolution ayant édaté, Geoffroy |Suerroya avec sa plume con^ tre les idées nouvelles; mais, lorsque cette oppositiou devint dangereuse , il se tut, prit la fuite, et alla se cacher dans un village, où il échangea sa férule de critique contre une férule de maître d'école. Il rc'tsit ainsi à se faire oublier. On ne le vu. reparaître que plusieurs mou après le 18 brumahre. Sur la recommandation trcs pressante d'amis en crédit, il entra alors au Jouj'nal des débats, et lut chargé du feuilleton. Dans cette position nouvelle, il recommença sa guerre contre le parti philo* sophîque, et se livra à ses antipathies avec d'autant plus d'abandon que toute réaction contre la liberté de la pensée, sous quelque forme que ce lât, était sdre (le plaire à l'empereur. Du reste, il plaida cette cause encore plus pour satisfaire la malignité de son numeur et ses sentiments de Jalousie on de haine contre certains auteurs, que pour obéir à une conviction sérieuse. Parmi ses querelles les plus vives, on cite surtout celle qu'il eut avec Chénier. Geoffrcy y port^a un acharnement qui a quelque chose d'odieux : mais la société inoccupée des salons de Paris s'amusait de ces furieux combats de plume , et par-i
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730 6BOFFROY-ST-HILAIRE UUNIVERS. GEOFPROY-ST-HILAIRE
donnait au feuilletoniste sa méchanceté, parce que les traits eu étaient divertissants. Toutefois , si la critique était toajoiirs ainsi faite, au lieud*étre l'amie utile des arts, elle n'en serait plus que le flénij, et ses arrêts, au lieu d'encourager le talent, ne serviraient qu'à le désespérer par le sentiment de rinjostioe, ou qu*a le jeter, par le besoin de la vengeance, dans de tristes excès. On a reproché à Geoffroy un autre tort encore plus ^rave. ÎS'on-seulement sa critique aurait été entachée de partialité, mais encore de vénalitr. On assure qu'avec son fetiillelon il battit monnaie sur les acteurs qui |ie reculaient devant aucun sacrifice pour acheter de lui des éloges ou du silence. Malheureusement pour la mémoire de Geoffroy, cette accusation paraît fondée.
Son talent, qui était d'un genre distingué, a nécessairement souffert de cette dérogeance à la dignité d'écrivain et de critique. Emporté par la vivacité de ses passions et par la soif du lucre, il n'a pas tiré de ses <|nalttés heureuses tout ce qu'elles auraient pu lui donner, s'il avait mis dans ses travaux plus de calme et de conscience, et l'intérêt qui s'attachait à ses violentes querelles avec les auteurs contemporains, a nécessaire* ment péri en grande partie. Outre un recueil d'articles de journal, on a encore de Geoffroy uii Commentaire sur Rtteine, et une Traduction de ThéO" crite. On raconte que Talma , contre lequel le feuilleton des Débats avait, avec une insolente partialité, pris parti pour Lafon , se vengea expéditivement en appliquant de rudes soufflets sur les joues du feuilletoniste , et que Geoffroy montra daus cette aventure, comme dans plusieurs autres du même genre, aussi peu de bravoure qu'il déployait d'insolence dans son journal.
Geoffroy-Saint-Hilaibe (Etienne) naquit a Étampes en 1772. Dirigé, dès sa jeunesse, vers l'état ecelésiastique, il iut même, à douze ans, pourvu d'un canonicat. Riais il abandonna cette carrière dès qu'il eut achevé sa philosophie, et vmt à Paris pour étudier les sciences. Bientôt il devint Tami et le disciple de Haùy. Lorsque cet illustre savant fut arrétié , au 10 août , comme prêtre réfractaire , le jeune Geoffroy
courut chez Baubenton^, ét chez quelques autres académiciens, les pria, avec les plus vives instances, d'employer leur crédit pour faire mettre le prisonnier en liberté , et Haiiy , réclamé par le premier de nos corps savants , put sortir de prison avant les iournées de septembre. Geoffroy ne se nome pas à ce seul acte de dévouement ; d'autres prêtres, professeurs au collège de Navarre, restaient détenus dans la même prison : il entreprend de les sauver. Le 3 septembre, il entre dans leurs cachots sous le costume d'un coimnissnire inspecteur des prisons , leur explique les moyens d'évasion <|u'il a préparés , et, dans la nuit, il se tient avee une échelle contre un mur de la prison, qu'ils pouvaient facilement escalader d'après ses indications. Toutes ces précautions ne furent utiles qu'à douze ecclésiastiques, autres que le proviseur et les professeurs du collège de Navarre. Ce généreux dévouement fit à Geoffroy des protecteurs pleins de zèle. Haiiy reconnaissant écrivait à Daubenton : « En «retour des services que je vous ai «rendus, aimez, aidez , adoptez noa «jeune libérateur. »
Sept mois après ces évâaements, Daubenton, qui traitait Geoffroy comme un fils , le fit nommer sous-£;ardc démonstrateur du cabinet d'histoire naturelle, en remplacement de Lacépède, démissionnaire. Un peu plus tard, lorsque le Jardin des Plantes fut réorganisé , Daubenton le fit comprendre parmi les douze naturalistes professeurs attachés à cet établissement. La chaire de zoologie pour les animaux vertébrés lui était assignée . et comme il faisait difGculté de l'accepter, parce qu'il ns s'était appliqué jusqu'alors qu'à la minéralogie, Daubenton s'impatienta de son refus : « J'ai sur vous, lui dit-il, « l'autorité d'un père , et je prends sui « moi la responsabilité de l'événement.
«Nul n'a encore enseigné à Paris la « zoologie proprement dite ; à peine s'il «existe de loin en loin quelques jalons «pour en faire une science; tout est « encore à créer : osez le tenter , et « faites que dans vingt ans on puisse « dire : La zoologie est une science, et « une science toute française. »11 y avait dans ces paroles plus que la prévision