GEOFFROY-ST-UILAIRÉ FRANGE. GEOFFROY-ST-HILAIRE
du génie spécial de' Geoffroy , c*étaît une preuve de la confiance qu^inspirait sa vaste capacité. Geoffroy se mit à IVeum arec enthousiasme, et se montra promptement digne de ses éminentes fonctions. Ce fut à cette époque que,
Sarmi les travaux qui lui parvenaient e toutes parts , comme au chef de la science zoo logique, il remarqua un manuscrit sur la structure anatomique des mollusques , manuscrit venu de province, rédigé par un Jeune Inconnu.
Geoffroy répondit aussitôt à Tauteur :
<i Venez vite à Paris , venez remplir « parmi nousle rôle d'un nouveau Linné, « d'un nouveau restaurateur des seieoces • naturelles. » Cuvier , car c'était lui , avait été deviné par le jeune savant dont il allait être le rival! Pendant les deux années suivantes (1796-1796), le professeur du musée vécut , travailla, signa ses écrits nvec le jeune homme obscur qu'il avait nppelé. Ils commencèrent ensemble cette collection de quadrupèdes et d'oiseaux qui est main»
tenant la plus belle de TEurope. Geoffroy fut ensuite désigné pour faire partie de Texpédition d'Égypte , et en rap< porta de précieuses collections. Mais, • après qu*Alexandrie , résidence de la commission d'itgypte, eut capitulé, un littérateur anglais, M. Hamilton, jaloux de s'approprier à peu de frais les travaux de nos savants, se présenta à Geoffroy avec une autorisation du général ennemi , pour que ces trésors lui fussent délivrés. La noble réponse de notre compatriote mérite d'être rapportée.
« Cette odieuse spoliation , dit-il , ne «s'accomplira pas; nous-mêmes, nous « brûlerons toutes nos richesses. C est «de la célébrité que vous voulez; eh « bien, cooqitez sur les souvenirs de « rhistoire, vous aurez brûlé aussi une a bibliothèque dans Alexandrie. » Geoffroy, de retour en France, reprit ses cours de zoologie. Il fut nommé, le 14 septembre 1807, membre de l'Institut (Académie des sciences), et le 20 Juillet 1809, professeur à la faculté des sciences. L'année suivante, le ^uvemement le chargea d'aller réorganiser l'instruction publique en Portugal. Il partit, eniportant une multitude d'objets posiédiésen double par notre musée, et qu'il déniait échanger eontre les riches
T. TOI. 4Mt* WraUon. (Digt. m
collections brésiliennes que les Portugais possédaient en abondance. Il effectua ces échanges, non sans avoircoum»
pendant son voyage, de fréquents dangers. Là encore le naturaliste français trouva l'occasion de montrer ce zèle généreux et cette fermeté dont il avait hit preuve en Égypte. Après la capitulation en vertu de laquelle les armées françaises évacuèrent la Péninsule, lord Prob'y et le général Beresford exigèrent la remise des collections que Geoffroy venait de se procurer ; le duc d'Abrantès avait souscrit à leurs exi2;ences. L'académicien s'y refusa nettement. Il déclara que ces collections lui appartenaient en propre. Les commissaires de l'armée anglaise , afîn d'apaiser les clameurs du peuple, réduisirent alors leur demande à quatre caisses sur dix-huit.
Geoffroy livra celles qui contenaient ses livres et ses effets mobiliers. Nous avons cité de lui quelques traits, parce qu'ils ont rapport à des intérêts nationaux; mais si l'espace ne nous manquait, nous aurions encore à parler de sa bienfaisance discrète , de son infatigable obligeance , de la grâce de son esprit et de ses manières , de ce noble caractère, qui faisait dire au général Foy : « Cœur, esprit, talent, vous avez « tout, M. Geoffroy. » Revêtu de toutes les dignités scientiQques , des honneurs mérités par ses hautes lumières, il a j)ublié de nombreux travaux. Tous ses écrits tendent à un même but , à la démonstration d'une idée qu'il a particulièrement développée dans sa PhUoso»
phie anatomique , comme il la désigne lui-même. 11 y démontre (pie l'organisme des animaux est soumis a une seule loi de composition , à une unité typéalcy modifiée sur quelques points seulement, de manière à différencier les espèces. Dans un autre travail sur les monstruosités, il a complété sa démonstration, en faisant voir que les monstrcï Irs jiliis singuliers ne (litïèrent des étre£ normaux que par le trouble survenu dans leurs développements, et qu*iis peuvent tous être rapportés au plan fondamental. Los moralistes, les philosophes se sont émus lors de l'apparition de ce système ; ils y ont vu une contradiction, sinon formelle, du moins implicite, avec la croyance en Dieu, mo*
iTGIitf KEC.) 46
719 6BeFPB«v*nv«ukm L*i7ifn«B& niamu^mm
tivant leur jugement sur ces points principaux de la doctrine de Geoffroy : Le plan général d'organisation des élres doués de vie est aussi ancien qtip la matière. — Toutes les espèces qui existent ou qui ont exi&te,âuntiierivees successivement, par voie de génération, d'un seul type; elles ne doivent leurs différenees qu'aux changements survenus dans le milieu ambiant primitif. — La matière minérale et la matière organi*
3 ne sont ooéternelles avec Dieu. — Or, isent les moralistes , si Dieu n'est pas plus ancien que la matière inorganique, il ne l'a pas créée ; si la matière organisée est coeternelle avec celle qui n'est pas douée de vie, il n'a pas créé'davantai,'e la matière organisée. Si toutes les formes diverses des êtres ne sont que des accidents produits par les circonstances oii Tanimalité s'est développée, Dieu n'a pas créé les espèces qui ont apj)aru successivement sur la terre; Dieu n'aurait donc rien créé; et s'il n'a rien créé , il n'existe pas. Geoffroy, dans sa Philosophie naturelley repousse énergiquement cette dernière conséquence. £t, suivant nous, on a torl en effet de la déduire de ses écrits. Geoffroy est rangé parmi les panthéistes par les chefs de celte opinion , et CK)mme tel, il n'est pas étonnant qujl confonde la natnre avec Dieu ; qu'il dise avec les Laraarck, les Pierre Leroux : Dieu est la vie universelle, il est tout ce qui est. Au reste, sur un sujet qui dépasse tel* lement les forces de l'intelligence humaine , les raisoiinements ont peu de valeur. Geoffroy ne comprend pas Dieu comme créateur, mais il le sent, il l'admire cunnne ordonnateur, comme principe de vie, d'harmonie, de progrès; maintes fois il exprime ce sentiment dans ses ouvrages : c'est assez pour le garantir du soup^a d'athéisme.
Geoffroy est membre de la Légion d'honneur depuis la création de cet ordre, associé libre de l'Académie de médecine, membre de presque toutes les sociétés savantes de 1 Europe ; il est professeur de philosophie anatomique a la Sorbonne, de zoologie philosophique au Jardin du roi. Mais cet homme, le créateur de la zoologie eu France , d'un génie oue bien des gens estiment supérieur à cdai d» Oivior, n*a |m» reçu les di*
gnités d'oflicier de la Légion d'honneur et de pair de France , si facilement pTOdignées à de moins habiles.
Les mcmoires qu'il a publiés sont très-nombreux, et se trouvent répandus dans une multitude de recueils scienti- Gques qu'il serait trop long d'énumérer. Ses principaux ouvrages sont : T Philosophie anatomique , t. \ des Organes respiratoires sous le rapport de la dêtermUnatim et de CidentUi de leurs pièces osseuses, Paris, 1818, in-8*, t. II; des Monstruosifés humaines, Paris , 1823 , in-8"; Histoire naturelle des mammifères (avec Frédéric Cu vier), 1810-1896 ; Système émtttiredes mammifères et des oiseaux, 1824, ii.-S"; Considérations générales sur les monstres, 1826, in-8°; Cours sur llmtoire fu»tureUede*masâmffèrest Paris, 1839, 1. 1", iu-8«.
Isidore Gf.offboy-Saint-Hilaibe , fils du précédeut, né en 180d, adjoint à son père dans ses fonctions au Jardin du roi, membre de plusieurs sociétés savantes, admis depuis 1833 à l'Institut ( Académie des sciences), se montre digne du nom qu'il porte , et i» est rangé de bonne heure parmi nos naturalistes les plus distinf;ués.
Géographes ( ingénieurs ). — Ce corps savant créé dans les derniers temps de l'àmsiëniie. monarchie, comme une section du corps d'état-major spécialement affectée aux levés des cartes qui exigeaient une étude plus spéciale de la topographie, et dont les travaux n'étaient pas compatibles avec le service actif des autres officiers d'état-major.
Ce corps fut supprimé, et la constitution militaire due à l'Assemblée constituante ne le remplaça par aucune institution semblable. Néanmoins les besoins de la guerre formèrent bientôt , dans les adjudants généraux et les aides de camp , les éléments d*un notiveau corps d'état-major , et les inî^énieurs géographes furent rétablis spécialement pour lever les cartes des pays conquis ou occupés, et on leur doit un grand nombre de carte»d'une belle exécution.
Sous la restauration, ils furent conservés pour l'exécution de la nouvelle carte de France; mais, en 1831 , des raisons d'économie ont aervi de prétexte à la fiision do corps dei iDgÉBMn
géographes dans ceM de Tétat-major.
GiOGBAPHBS DO BOl* — On 06 BSit
pas an iiwte à guelle époque a commencé
cette charge, sur laquelle on ne possède
3ue fort peu de renseignements. Voici, 'après les registres de la chambre des comptes , les noms de quelques-uns de ceux qui l'ont exercée. Le premier dont il est fait mention est :
x36o. Jt»a Eldas, prêtre éeoMaia*
1567. Hfoola» Nteolat, seigneur 4*Arftntin*, qiialiii
de premirr géographe dti roi, et comtnissnire député par S. M. à la visite générale et par* ticulière du rovaume. Il avait uour adjoint dans cette commission Antoine ae Laral» soo gendre , simir de Bêlai r, géofliphe dQ roi. Dans 1m lattNt ^ni loi fnrcM aseordéM 1598 . il est dit qu'il avait frami ans roia Henri III et Henri IV « plusirur'î bellrs cartes et descriptions géographiques de plusieurs
Îrovinoes do rojranme et limitrophes, outre » autres cartes qu'il avait fourmes aux lien» tenants générao* eoadalaattt kt «niéa».»
1573. André Thével.
1S91. Claude de CbàtiUon, topographe da ni. ■604. Guillaume ét 11 aoloiiiar » tiaar d* Cutd»
Franc.
1S16. Hugues de ChâlflloB, géographe et ingénieur du («i «n Gliaoïpagnsb Biît , N«U • T««l tt ▼erdan.
1618. André Dnclièiie.
1619. Louis de Cbabans, sieur do Maine, costnogra-
phe du roi.
i6ao. Pierre Bertiua , Hollandais « coamographe et IcetciiF da roi* Dans la même année , il y wrait cinq antres géographes du roi, René Siette, Jean Bachelier, Jerdme Bachot, Jean de Beins et l-rançois Marteiieur. Ce dernier était géographe da rai en Normandie.
>6as. Jean Cavalier et Pierra do Montmaor.
t6aa. Didier Donneit,
ifjîy. Antoine Gatitier.
1044. Les, frères de i>aiate.|fartll&
i647> Nicolas SanBOB, ittMdda aoB
laume.
lyil. (hdllaume Detltla.
V«f« 1719 D'Anvillo rofoftiMai «s hmoldo g4o* graphe daroL
Milippo BoMho mccëda I a. Bdirto.
6ioGBA.PHiB EN Fbance (histoire des voyages et de la).— Dans les siècles qui précédèrent la chute de Tempire romam, la Gaule ne peut eiter qu'an seul homme qai se soit illustré par ses voyages et ses descriptions géographiques. Nous voulons parler du Marseillais Pythéas, sur le mérite duquel les opinions sont toutefois partagées. Suivant Polybe et Strabon , ce n'est qu'un observateur inhabile dont les ouvrages n'offrent qu un tissu de fictions. Bayie dit aussi que Pvthéas a abusé étrangement du privifége des voyageun. & pendmt Entostbèoe et Hipparqne,
dont le témoignage est du plus grand poids, n'ont pas dédaigné de le prendre pour guide. Ses travaux , entièrement perdus aujourd'hui, subsistaient encore au cinquième siècle après J. G., et avaient bien probablement contribué, depuis l'ère enrétienne, à ftendre les notions géographiques relativement à certaines parties de l'Europe. En effet, Pythéas s était embarqué a- Marseille, avait fait le tour de l'I spagne, s'étilit avancé jusqu'aux îles Britanniques , et peut-être avait visité des parties plus septentrionales de notre continent. (V.
Pytbi^às.)
A l'époque de la chute de l'empire romain , les connaissances géographiques avaient fait réellement de grands progrès (*). On avait établi des rapports entre les cereles et les points du globe terrestre et ceux du globe céleste. On cherchait déjà, bien qu'on ne parvînt pas à une exactitude rigoureuse , à déterminer par longitude et latitude les positions et les distances. La terre avait été décrite du nord - ouest ati sud . depuis Thulé (l'Islande) jusqu'à 20 degrés au-dessous de l'équateur. Mais, hors l'Italie, l'Espagne, la Gaule, la Grande- Bretagne et la Germanie , on ne connaissait pas le reste de l'Europe , désigné sous le nom vague de Scythie ou de Sarmatie, comme le nord de I Asie ; et la Scandinavie demeurait détachée du continent européen. Mais après l'invasion des barbares , les connaissances géographiques, loin de s'étendre, ne firent que décroître et s'altérer dans l'Occident, jusqu'à l'époque de Charlemagne. L'obscurité qui enveloppait les pays du nord de l'Europe se dissipa devant les conquêtes du grand empereur, qui ne perdit pas une occasion de s'immiscer dans les affaires des peuples septentrionaux ; et plus tard, les Invasions sans cesse re* naissantes des peuples Scandinaves firent encore connaître des contrées jusque-là restées entièrement ignorées. On conservait d'ailleurs quelques cartes de géographie. Voici des détails curieux que l'on trouve h ce sujet dans Eginhard : « Au nombre, dit-il, des trésors
^*) Ou vuit, d'après un passage du discoun d'£uiiiene pro restaurandis scnolis, c. ao-ai, que Péoole d'Autan possédait des cartes géograpïiiiliie* lervantà riitttrucUon des élèves.
rt4 mb^VÊLèMSA L*umr£as. «émaam»
et des meubles précieux qui appart^
naîent à Tempereur Charles, on sait
3u'il y avait trois tables d'argent et une 'or d'une dimension et d'un poids considérables. Voici ce qu*il résolut et disposa au sujet de ces tables. L'une d'elles, de forme carrée, sur laquelle est représentée la ville de Constantino-
Sle, devait être jointe aux autres dons otioés i la basilique de Saint -Pierre de Rome; l'autre, de forme ronde, ornée d'une vue de la ville de Rome , devait être donnée à l'église cathédrale de Ravenne ; la troiddme, qui surpasse de beaucoup les deux autres par la beauté du travail comme par le poids , et qui, formée de trois cercles, contient une description de l'univers entier, tracée avec autant d'art que de délicatesse, était destinée, ainsi que la table d'or, à augmenter le lot qui devait être réparti entre ses héritiers et distribué en aumdnes (*). »
On lit dans Thigan, que, de tous les trésors de Charlemagne, Louis le Débonnaire ne se réserva, en mémoire de aon père , que cette table « ayant trois cercles , ce qui la faisait paraître Tassemblago de trois boucliers réunis. » Suivant les annales de Saint- Bertin , elle offrait « un disque d'argent d'une grandeur et d'une beauté remarquables, sur lequel brillaient, sculptés en relief et occupant des espaces distincts, la description du globe terrestre , les constellations et les mouvements des diverses planètes. » Elle resta dans le trésor impérial d'Aix-la-Chapelle, jusqu'à ce qu'en 842 , Lothaire , a l'approche de ses frères , la fit enlever avec tout ce qu'il y avait de prédeox dans le palais, et la fit couper en morceaux pour la distribuer à ses partisans.
£n France comme en Angleterre, jusqu'aux premières années du treizième siècle, les gens lettrés se figuraient que la terre était carr(!e; et l'étal des connaissances géographiques a cette époque est parfaitement représenté par une carte anglo-saxonne du dixième siècle.
La terre y est ligurée sous la forme d'un carré plat déchiqueté par l'Océan. Xou-
(*) Éginbard, Tie de l'empereur Charles, ]>. Tog-ito, Iniductioa de M. Teulel, 1840» tom. I.
tes In localités qui ee rattachent à l'hia*
toire sainte sont indiciuées avec un soin particulier. Les tribus d'Israël occupent uue étendue démesurée. La mer Caspienne, au lieu de ressembler à on lac, a la figure d'une baie formée par 1*0* cénn. Le mont Olympe e'ît dans l'Asie Mineure. Les fabuleux piliers d'Hercule sont représentes sous la forme réelle de deux rochers , à l'entrée de la Méditerranée. A l'extrémité f)ord - est de l'Asie on voit dessiné un lion, et audessus uue légende : Hic abundant leones (Là abondent les lions).
Ce ne fut qu'au treizième siècle que le célèbre Alam de Lille proclama que la terre était ronde; mais sou opinion ne put prévaloir.
Ln des grands résultats des croisades fut d'étendre immensément et de rectifier les connaissances géographiques, surtout chez nos aïeux, qui prirent une si grande part à ces expéditions; ma»
les idées saines (*) furent longtemps avant de pénétrer dans les masses.
« Plusieurs auteurs ne distinguaient que deux parties de la terre , l^sie et l'Europe, dans laquelle ils comprenaient l'Afrique. D'ailleurs on composait fort peu de manuels de géographie, les écoles n'en faisant pas usage (**). Nous ne
(*) Les faits suivants rapportés par l'abbé Lebeuf peuvent donner une idée de l'état
où se trouvait alors la srionco roaiplémcntaire de la géographie , la cosmographie : dans un livre provençal du treizième siècle, inlitnié les Etutignements de fenfimi sage, on (Mispigno que lo. soleil donne pendant la nuit sa lumière tantôt au purgatoire et taotét à la mer, puis en Orient ; que la terre eit soutenue par l'eau , l'eau par les pierres, les pien'es par les quatre évangélistes, et ceux-ci par le feu spirituel, image des anges et des arehanges, ce qui jusqu'à un certain point rappelle le système indien.
Dans un auU« ouvrage de la même époque , on compare l'univers à un eraf , an milieu duquel la terre est placée cooune le jaune , l'eau comme le blanc, et l'air comme la pellicule. Au-dessus est le feu qui enveloppe le tout comme ta coque enveloppe l'œuf.
(**) On (levait surtout aux Orientatix les faibles lueurs jetées sur celte étude. L'ouvrage d*Ilm<«i*Oiiardi, Is livre de la pwle mer* veilleuse , composé en i a 32 , est regardé comoM un des premiers résumés de géographie.
céOGRAPHIE FRANCE. GÉOGRAPHIE 7U
connaissons que par la mention qu'en fait Albéric des Trois- Fontaines, le traité de Mundi regionibus, rédigé par Guy de Bazoche , qui mourut en ISOS, dinntrederpglisede Châlons-sur-Marne.
Ricliard de Fournival ( voyez ce mot ) ne possédait , dans une bibliothèque oui passait pour riche, qu'un seul livre de géogrannie, la Cosmographie de Bernard Silvester. Mais un poète, Gauthier de Metz (voyez ce mot), traçait en ▼ers français Vmage du monde , c'est le titre de son livre, amas confus de descriptions merveilleuses. TTne chronique d'Auxerre, rédigée sous Philippe- Auguste par Robert Abolant, religieux de Tordre de Prémontré, oommenee par unp description des trois parties du globe ; on y voit, au centre de l'Asie, le paradis terrestre , d'où jaillissent les miatre grands fleuves s le Nil, le Gange, le Tigre et TEuphrate, qui, après être rentres sous terre, en ressortent sur d'autres points. On parcourt la Judée, la Syrie, la Scythie, l'Arménie, TÉgypte; ou l'Egypte finit, l'Afrique apparatt; mais l'auteur n'en connaît que les côtes septentrionales. II parle ensuite de l'Italie, de l'Espagne, de la France; il place rHibemie entre la France et la Bretngne , et termine l'Europe au noid par la grande île Scanzia. Bernard Guiaonis, ^ui vécut plus tard sous le règne de Philippe te Bel, se trompe si grossièrement en décrivant les Gaules , qu'on doit supposer que plusieurs de ses contemporains étaient mieux instruits que lui.
« Ce serait bien plutôt dans le grand ouvrage où Vincent de Beauvais a recueilli tout ce qu'on savait de son temps en histoire, en morale, en physique et en métaphysique, qu'il conviendrait de chercher le tableau des eonttées terrestres alors connues. JSon sans doute que ce tableau soit complet ni exact : il est par trop succinct; il représente mal la terre; mais il représente fidèlement la géographie du treizième siècle. Vincent s'applique et réussit à mettre en ordre les notions çà et là dispersées. Il en puise un grand nombre oans le quatorzième livre des Origines d'Isidore de Séville, et supplée, autant qu'il peut, à ce que ce livre ne contient pas. 11 offre aussi une nooModature systématique
des r(^gions asiatiques, africaines, européennes, qu'à l'exemple de ses devanciers, il suppose avoir été distribuées entre les trois fils de Noé. H les divise et soos-divise avec méthode, sans indiquer pourtant d'une manière précise les positions et les distances. On s'aperçoit que les croisades ont fait un peu mieux connaître la Grèce, la Syrie, la Palestine; mais Vincent n'a point encore acquis une idée juste de la mer Baltique et des pays septentrionaux. Il suppose que rOcéan termine l'Europe vers le soixantième degré de latitucfe, et qu'il en sépare des portions insulaires. Son contemporain, Albert le Grand, est mieux instruit sur ce point : il présente la mer Baltique comme un grand golfe ou sinus que le continent environne.
A la vérité, c'est le seul article remarquable dans Jes notices géographiques qu'Albert rassemble en commentant les livres d'Aristote sur le monde et le ciel; mais cet article est de la plus haute importance, si Albert, comme il y a toute apparence, est le premier auteur qui ait uiit connaître ce golfe et les contrées qui le limitent (*). »
Le goût des excursions lointaines, répandu par les croisades, ne tarda pas à porter ses fruits, et l'on vit paraître plusieurs descriptions de la Palestine, de l'Arménie, de la Tartarie, des Indes, dues à des voyageurs, la plupart de l'ordre de Saint-Dominique. Brocard de Saint-Sion, frère prêcheur, envoyé en mission dans la terre sainte (1232), y vécut dix ans au monastère dont il prit le nom , et publia, sous le titre de Jlfer des kystoires , une relation naïve de ses voyages. On a perdu la Description du Mogol d'André de Lucimel on de Lonjuuiel (Longjumeau) , qui , en 1245, alla prêcher ie christianisme en Mogolie.
Cependant, pour ne parler que de ce ui intéresse la France, on a conservé es fragments du récit du moine Ascelin, et de son compagnon , Simon de Saint^uentin , envoyés par InnocentlV, en 1246 et 1247, vers les khans tartares et mogols pour les convertir. As-
O Dranoa , Cours d'élades hÎ8toiiqa«i ,
1842 , in 8°, t. II , j). 38o et suiv. Voy. aussi l'Histoire littéraire de la l*ranoej t. XVI, « p. lao et suiv.
7S6 «éofiBânm UUMI¥1M. «éMAAMOB
celin n'a presque rien écrit sur les pays qu'il a traversés, et n'a même rendu i|u*uii compte assez succinct de son séjour chez les ^lo^ols. Quelques années
f)lus tard , le bruit s'étant répandu que e grand khan avait embrassé la religion chrétienne, saint Louis envoya aussitôt dans ce pays le cordelier brabançon Rubruqiiis ou Ruisbroek, qui partit en 1253, accompagne de trois jacobins et de plusieurs laïques. Sa relation renferme des |»articularités du plus haut intérêt sur les Tartares(*). Il est, en général , très-véridique quand il parle de ce qu'il a vu ; mais il n'en est pas de même quand il raconte sur la foi d'atitrui. Ainsi, il fait mention dn Prétro- Jean , et de ce prétendu royaume chrétien établi d'abord au centre de l'Asie, puis transporté en Afrique, point d histoire encore fort obscur aujourd'hm*.
II rapporte que « dans le grand Cnrthay se trouve une ville dont les murailles iiontd argent et les bastions d'or, etc., etc. » Irm autre cdté, il est le pre> mier qui, au moyen âge, ait représenté la mer Caspienne comme un grand lac isolé; car, malgré l'assertion d'Hérodote, on persistait à prétendre qu'elle s'unissait a la mer du Nord.
A l'époque de Rubruquis, on possédait et Ton continuait de tracer des caries intonnes du globe terrestre. « Il y en avait même de deui espèces : les unes n'étaient que de simples copies de celles de IHoIeniée; ou insérait dans les autres les nouvelles contrées doiit on avait reconnu ou conjecturé Texistenoe.
Des cartes, à la vérité bien grossières, accompagnent le poème de Gautier de Metz, et Tabbe ie Rœul a tait connaître celle qui se trouve à la bibliothèque de Sainte-Geneviève, et au'il croit faite à la fin du treizième siècle : elle est jointe
(•) Fntre autres choses, il raconte qu'il rencontra en Tartarie une femme de Metz du nom de PaqiMtt», et un orfèvre, hma» geois de Paris , nommé Bouchier, qui avait fabriqué au khan une fontaine mécanique figurtM un arbre d'argent soutenu par quatre lions du même métal , et ainrmoolé d*un ange d'argent qui tenait ime trompette et devait, an moyen de soutilels, sonner de son instrument lorsque le moment de boire serait ar- * rivé.
à une chronique qui finit avec le règne de saint Louis; mais les proportions ]r sont SI mal gardées et tas positions si fautives, quelle ne peut servir qu'à montrer quelle était alors rimperlectioo des connaissances géograplii(^ues (*). Nous ne voyons d'iHleurs produire au* eu ne carte dans les démêlés qui s'élevaient concernant les limites des diocèses. Les différends de cette espèce entre lesévéques d*ÀuiLerre et d'Autuo, entre celui de Paris et ceux de Chartres et de Beauvais, furent terminés par des arbitrages, et d'après des traditions attestées par des vieillards ; aucune sorte de renseignement géographique n*iollua sur les décisions. Quelques princes et»
pendant et quelques auteurs rommencaient à s'occuper de la description Tmiiiédiate de certains pa^s européens.
Mais la France, au trememe sièt^e, ne fournit aucun travail, aucun essai de cette espèce. La géographie, purement civile , s'y réduisait à des notions iuexao> tes, incomplètes et peu répandues ; rien v^j avait pénétré de la géographie physique, à peine ébauchée en Orient. Ce qu'il y aurait eu de plus avancé, c'eût été la géographie astronomique, si l'on avait su appliquer au globe terrestre les idées exposées dans quelques traités de la sphère; mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, la sphéricité de la terre était encore ignorée du vulgaire , et méconnue
(•) l es détails suivants complètent les faits menliounés par l'auteur que nous citons. Sur les cartes des douzième et treizième aie* deit kt limites des régions étaient des li|;nes droites on légèrement courbes , sans angles saillants ni rentrants. Les fleuvon étaient marqués par deux lignes parallèles presque toujours di oitcs. Dnns les mappemondes du quatorzième et dn quinzième siècle , ou voi( ordinairement au milieu un gros point, por^ tant trois croix; au-deisuâ eit écrit le nom de Jérusalem; par ce centre passe une ligne verticale au haut de laquelle est écrit Orient et au bai Oeàtfmt. Une seconde ligne passant également par Jérusalem , et coupant la première à angle droit, aboutit à droite au mot MtJif à gauche au mot Seotentrion. Ces mappemondes énuent esiiaaées i on Irès-haat prix , ainsi qu'on peut le voir d'aitrcs l'inventaire des livres de Jean, duc de Berri , dans l'Histoire de Charles VI, publiée par leLabourenr*
même par la plupart des hommes Idstraits (*).»
XjR oéDtm&rit de la boussole, à laquelle nous croyons que la France eut une grande part (voyez Boussole), ne fit Qu'augmenter Télan donné Odr les eipéditions d'oiitreflier. Maii, dans le quntorzième siècle, nous n*avons à citer aucun nom de voyageur français; seulement, au Sénégal et dans là Guinée (voyez ce mot), des établissements furent fondés par les Dieppois, et, dans les premières années du siècle suivant, Bétheiu otirt conquit les Canaries. (Yojez
BETHENCOUaT.)
Enfin arriva le grand siècle des découvertes, le quinzième siècle, où les Portugais se signalèrent de la manière la plus glorieuse, en doublant le cap Bofador, en abordant anx tles de Porto- Santa et de I^Iadère, aux Acores, aux îles du cap Vert, etc., et enfin au cap de Bonne-Ëspérance. Ce siècle fut dignement fermé par la découverte de r Amérique en 1491. La France de cette époque, occupée tout entière à ses guerres d'Italie, à sa lutte contre Charles-Quint, déchirée par les querelles religieuses, resta en arrière des autres nations de TRurope. Cependant, en 1503, quelques tentatives commerciales furent faites dans les Indes. En 1606, Aubert découvrit, dit-on , le Canada. En 1534, le pilote florentin Juan Verraszano, que François I*"" avait pris à son service, parcourut la côte de la Floride (voyez ce mot). Les Français visitèrent successivement, au seizième siècle, Terre-Neuve, le Canada, le cap Breton , RIo-Janeiro, l'Algérie. (Voyez Colonies, t. V, p. 306.)
La géographie, grâce à ces voyages, devint l'étude favorite de beaucoup de gens instruits , et l'on peut voir, surtout dans les récits du savant Postel, quels progrès cette science avait ftits. Les ouvrages géographiques se sont tellement multiplies pendant le seizième siècle , que leur analyse a suffi pour remplir vin^ volumes.
En général, on connaissait alors, sut Pun et l'autre hémisphère, les régions et les mers ('om[)rises entre le cercle polaire arctique et le tropique du Capri-
(*) Histoire littéraire de la France , t. XT^ Discours sur l'élat dfig kttres^p. laô-is?.
corne; on s'était même avancé au delà de ce dernier cercle, jusqu'au cap de Bonne-Espérance en AfHque, jusqu'au détroit de Mngpllnn en Amérique; mais il y avait encore un grand nombre de distances à mesurer, d'erreurs à rectifier et de lacunes à remplir, sans parler des nombreuses découvertes qui lestaient à faire.
Le dix-septième siècle, où la puiseanœ française prit un si vaste développement, offre un grand nombre de voyageurs français. Pyrard de Laval publia , en 1615, la meilleure description des Indes orientales qui edt encore paru : il avait visité le Brésil, les Maldives et les Moluques. Le savant Monconys parcourut les trois parties de l'ancien continent. Le disciple de Gassendi, Bemier, médecin philosophe,
Sartit en 1654 pour les États du Grand logol, et ses relations sont loin , m^me aujourd'hui , d'avoir perdu leur intérêt. Tavernierftit moins instruit, il est vrai; mais il fit en quarante ans six voyages dans diverses contrées de l'Asie, etj tout en achetant et vendant ses pierreries, il nota de curieuses observations.
Aucun homme peot4tre n'avait autant voyagé. Il voyageait encore à quatrevingt-quatre ans, quand il mourut à Moscou en 1689. Jean Ttievenot, qui parcourut FAsie, et en rapporta, mfon, le café, mérite un rang distingué parmi les voyageiirs les [)lus dignes d'estime. Il en ^t de tnême de Chardin. La relation de son voyage en Perse est .sans contredit, comme production littéraire et comme relation uistorique, la meilleure que la France ait produite avant
En même temps, des sociétés s*orga>
nisaient partout en France pour entreprendre des explorations vers les contrées peu connues ou non encore découvertes. Déjà un liède auparavant, en 1503, quelques négociants de Bnuen avaient mis en mer un faible armement, qui, assailli par des tempêtes au cap de Bonne-Espérance, avait eu grand' peine à regagner l'Europe. Les Dieppois avaient dérouvert, conjointement avec les Bretons, l ile IVrre-Neuve, et s'y étaient établis en 1508. £n 1601 , une société formée en Bretagne expédia deux navires, que Pyrard conduisit aux Maldives, mais sans succès. £n 1616 et
«iMBâMIlB L*UK
en 1619, uDecomj[>agDie nouvelle envoya à rtle de Java, spaa le oommaDdemeot -i» Girard le Flamand, plusieurs vaisseaux. Néanmoins, ils rapportèrent des cargaisons à peine suffisantes pour encourager les armateurs à de nouvelles entreprises. En 162.5, des navigateurs de Dieppe s'établirent à la Martinique.
Des négociants de la même ville, en 1633 , et une autre compagnie , en 1642, tentèrent, avee moins dis succès, de former un établissement à Madagascar.
Enfin Colbert créa, en 1664, une compagnie des Indes orientales privilégiée
(voyez COMPÀGIIIBS DB GOMMBBCE) ;
mais elle fut, ainsi que les diverses sociétés qui lui succédèrent, réduite par diverses causes à une extrême détresse.
On lui doit néanmoins des notions géographiques fort exactes sur Mada* gast'nr, sur la péninsule de Guzarate, sur Ceyliin, Saint-Thomé, Pondichéry, etc. , et même sur le royaume de Siam (voyez Choist). Pour ce qui regarde les Indes occidentales, diverses expéditions avaient été tentées , sous le ministère Richelieu, sans grand résultat. Ce ne fut que sous Colbert que nos colonies du nouveau monde prirent un immense accroissement, et que Ton connut les pays qu'elles embrassaient.
La première apparition d'un navire français dans la mer du Sud date de 1607*!. Ce bâtiment était cominnndé par un nommé Jean Baptiste de la Feuillade. En 1712 , huit ou neuf corsaires de notre nation croisèrent sur les côtes du Oiilî et du Pérou. Au commencement de 1721 , on vit arriver dans la mer du Sud quatorze bâtiments, la plupart armés en guerre, et équipés par les négociants de Saint-Malo. Dans la même année, un navire fronçais fit voile de la Chine vers la Nouvelle-Espagne, et, se dirigeant vers le ÏNord, il arriva à la baie de Vandenw en moins de cinquante jours; résultat qui n'avait pas encore été obtenu dans la traversée de l'océan Paciv iique de l'ouest à Test.
Pendant longtemps, les négociants de Dieppe et de Rouen eurent la possession exclusive du commerce avec l'Afrique (voyez Guinée). Dès l'année 1626, ils avaient des établissements considérables à Temboucbure du Sénégal, A partir de iWé^ cinq compagnies
VERS. «ÉOOBAWB
privilégiées furent successivement instituées. Leur prompte ruine démontra
que le commerce, pour prospérer, devait être abandonne à lui-même. Néanmoins, l'ardeur que ces compagnies mirent dans leurs premières s|>éeulatiODS»
contribua beaucoup à grossir la masse des documents géographiques que Ton possédait déjà ; et avant que l'association africaine fût déiiuilivement constituée, les Français tinrent le premier rang parmi les explorateurs de l'Afrique. En 1637, un jeune homme nommé Jannequin s'avança sur le Sénégal Jusqu'au district appelé le Terrier-Rouçe , et malgré ses inexactitudes, sa relation répandit des notions précieuses sur des pays jusqu'alors inconnus. L'opinion que le Niger et le Sénégal ne formaient qu'un seul et même fleuve prévalait do son temps , et subsista jusqu'au COin* mencement du dernier siècle.
De 1697 à 1715, beaucoup de renseignements sur les pays qui environnent le Sénégal furent uus à l'activité de Brice, associé de l'administration des compagnies françaises qui exploitaient l'Afrique. Bans un de ses nombreux voyages, il remonta le Sénégal jusqu'à Gallam, et établit une factorerie à Dramanet. Plus tard, encouragé par Brice, un jeune homme nommé Compagnon (voyez ce nom) pénétra dans le Eumbouk, dont, grûce à son habileté et à sa prudence, il put parcourir pendant un an et demi tous les districts sans aucane difUcolté. Les détails qu'il donna à son retour sur la richesse du pays inspirèrent aux Français le désir d'y établir leur domination ; mais cette entreprise était au-dessus de leurs forces, et le fort Saint- Joseph resta la limite extrême de leurs établissements dans le Sénégal.
De volumineux traités de géographie se multiplièrent dans tout le cours du
dix-septieme siècle, et ils sont aujourd'hui, et avec raison, complètement oubliés. A quoi en effet serviraient les longues et insipides descriptions de la terre par Boussingaut, Robbe, Mannesson-.Mallet , Martineau du Plessis, le Cocq, Aiidiffret; ou bien la Géograpliie royale du P. Labbe, ou la Géographie du prince , par la Motte le Vayer ? Les traités des saoson et de Pierre Duf al.
très-supérieurs aux ouvrages que nous Tenons de citer , ne sont bons tout au plus qu'à constater l'état où se trouvait la science à leur é|)oque. Les cartes exécutées par Nicolas Sanson et ses filSf bien qu'elles indiquassent un immense progrès , paraissent anjoord*bui bien imparfaites (*'. I.n dessir» des cartes ne commença réellement à s'améliorer que de 1670 à 1700 ; l'on en fit disparaTtre tous les emblèmes bizarres, tous les ornements dont on les avait jusqu'alors surchargées, comme les animaux monstrueux qui remplissaient les déserts et les mers, etc. La création de TAcadéroie des sciences seconda aussi vivement les progrès de la science géographique. L'Académie des inscriptions ne tut guère, jusqu'en 1700, occupée qu'à faire des devises et des projets de médaille en l'honneur du grand roi; elle ne renfermait dans son seiti aucun géographe , tendis qu'au nombre des membres de rAcadémie des seicnees se trouvaient déjà , outre les astronomes Cassini et Lahire, les voyageurs Tournefort et Melchisédech Thévenot. Cette compagnie publia elle-même , en 1693 , les obseihrations &ites par quelques-uns de ses membres en diverses contrées.
En 1671 , l'astronome Picard se rendit à Uraniabourg enDanemarli, pour faire des observations d*8près les indications de Cassini, et après avoir calculé, avec une rare exactitude, la différence entre les longitudes des observatoires d'Uraniabourg et de Paris, il Ait à son retour chargé , ainsi que Lahire , d'examiner et de corriger la carte de France au moyen de ses observations astronomiques. « En exécutant leur tâclie , les deux savants se virent obligés de resserrer ce pays en de beaucoup plus étroites limites qu'on ne lui en supposait d'après les cartes contemporaines.
Us lui ôtèrent plus d'un de^ de longitude le long de la côte occidentale , à partir de la Bretagne jusqu'à la baie de Biscaye , et retranchèrent de la même façon enriron un demi-degré sor les e6tes du Languedoc et de la Provenoe.
(*) C*esl à un moine véaitieu nommé CoronolU que sont dus les deux globes d'une si grande dimension qui sont COOSCrvés i It wMietilèqns dn fjw»
Ces changements furent l'occasion d'une plaisanterie de Louis XIV qui, complimentant les académidens à leur retour, leur dit en propres termes : « Je vois « avec peine , Messieurs , que votre « voyage m'a codté une bonne partie « de mon rovaume. » Cassini , cependant , travaillait sans se lasser à améliorer la géos^raphie en la faisant proiiter des calculs astronomiques. En 1696, il traoi sur le parquet de TObservatoire de Paris un planisphère où se trouvaient indiquées les trente -neuf positions déterminées par les observations les plus récentes. Il reprochait avec véhémence au monde savant les défauts de la géographie, que les progrès delà science laissaient considérablement en arrière. Les faiseurs de cartes ne te* . naient aucun compte des observations astronomiques multipliées chaque jour autour d'eux, et qui, malgré leur notables inexactitudes, ne conduisaient jamais à des erreurs comme celles dont le respect de l'antiquité perpétuait la tradition. Sur l'indication et d'après les désirs de Cassini, Chazelles fut envoyé dans le Levant pour corriger la carte oe la Méditerranée. Les observations confirmèrent kl différence de longitude entre les rivages de la Palestine et la méridienne de Paris. La carte de la partie de la Méditerranée qui se trouve à l'ouest de cette méridienne ne fut corrigée qu'en 1720. Il est remarquable que Peiresc , en 16âô , avait réduit de 45* à SO* la distance d*Alep à Mar> seille. Mais les savants n*acceptaient pas généralement les améliorations, encore que proposées par des hommes d'un savoir éminent. La géographie retombait sans cesse dans les erreurs de l'antiquité , et avait besoin , Cassini le proclamait hautement, d'une réforme complète.
« Guillaume Deli^, ami de Cassini,
fut le premier qui s'occupa sérieusement de reconstruire l'édifice s^ographique. Il conçut jeune ce grand dessein, et s'y appliqua avec uneardeursiextraordinaire, qu'il avait terminé sa tâche à l'âge de 25 ans. Dès l'année 1700, il publia sa m<ip[)pmonde, ainsi gue ses cartes séparées d'Europe, d'Asie et d'Afrique. En les dressant il avait bardiment abftDdoBDé les erremento de set piédé-
m . «IMAMHB I/DMVSMk IliHilimwll-
cesseurs, et avait usé sans scrupule des matériàux qae les progrès de i*«ttnNio-
mie avaient mis à sa disposition... Rien ne diminue la gloire qui revient à Deiisle pour avoir opéré eo géographie uae réTolution complète ; car il parvint à faire concorder les meenrei andenneaet modfrnes, et à combiner une mnssp plus considérable de documents. Au lieu de limiter ses corrections à une partie du globe, il les étendit au ti\obe entier, ce qui lui donne un droit très-positif à <'tre regardé comme le créateur de la géographie moderne. Pierre le Grand , a aon passage à Paris , hii rendit hommage en le visitant pour lui donner tous les rensei^nempnts qu'il possédait lui-même sur la géographie de la Kus* ait. (Voyez aussi Dblislb.)
« Deiisie mourut en 1726; mais il ▼éeut assez pourvoir son élève, J. B.
d'Anville (voyez, ce nom) , atteindre, dans sa scieuce favorite , à un degré qui promettait de rapides perfection* nements à la géographie... Les recherches des savants , et les connaissances acquises sur la conformation du globe, dans le cours do dernier siècle, ont fonmi d'éclatantes preuves de sa merveilleuse sagacité. L'Italie, avant lui, était exagérée sur les cartes bien au delà de ses dimensions réelles, et se proloneait de Test à Touest, suivant les idées es anciens. Mais après avoir découvert la véritable valeur des mesures employées par eux, ii réduisit Téteudue de cette péninsule, et les opérations géodésiques de Benott XIV démontrèrent qu'il avait eu raison- La hardiesse du ontife acheva ce qu'avait commencé activité résolue des géographes (*). »
La France peut donc réclamer sans partage la gloire d'avoir redressé les vieilles erreurs de la géographie ancienne et moderne. On sait du reste ue l'exécution des cartes S'éleva aussi, epuis la fin du dix-septième siècle , à un haut degré de perfection. La plus célèbre de toutes est la carte de France en 188 feuilles , dite de rAcadémie des
(*) Extrait de l'excellent ouvrage intitulé : Histoire générale des voraf^es, traduit de l'anglais de W. Desborougb Coolcy , par
Ad. Joanae et Old-ltick, t8M, t H, p. 368 «t saiv* ^
sciences ou de Cassioi de Tbttry, qui ea fax le principal auteur. Elle t senri de
modèle à plusieurs cartes du même genre publiées dans les pays étrangers.
Les cartes hydrographique» de la mémo époque sont aussi fort reeommandabl€8 par leur exactitude , et en particulier celles de Bellin, de PuységUT et de ]>e8* près de Mannevillette.
L'Académie des sciences oui, depuis 1670, avait diargé plusieurs de Ses membres de différentes missions scientifiques, fit, depuis 1730 , entreprendre plusieurs voysUes d'une immense importanee; car ils avaient pour objet la mesure et la figure de la terre. Deux commissions académiques furent envoyées> Tune au Pérou, en 1736, l'autre au cercle polaire , en 1737 , pour mesurer, de part et d'autre, deux de* grés de latitude pris sur le même méridien. Cette opération, doi>t l'honneur revient pres(jue exclusivemeut à des sa* vanta français, comme Bouguer, Mau* pertuis , Ciniraut , la Caille, etc., ne laissa subsister aucun doute sur l'aplatissement de la terre vers le pôle. Mais pour évaluer avee précision cet aplatie* sèment, il fallut plus tard de nouveaux calculs, de nouvelles vérifications , qui sont dues à MIVL Méchaio, Delambre, Biot et Arago.
Parmi les voyageurs qui, dans le cours du dix- huitième siècle, ont visité différentes parties du monde , la France a plusieurs noms à citer : Poivre, à qui les tlea de Bourbon et de France ont dd plusieurs années de prospérité, parcourut l'Asie, l'Afrique et l'Amérique, et publia un livre fort court, mais plein d'idées administratives d'une bauta portée. Roebon fit connaître eiactement Madagascar, plusieurs contrées des Indes orientales et des Ktats barbaresques. Divers voyages scientifiques, comme oeux de Gourtanvaux , Pingré, Borda, Kerguelen, Chabert, Fleurieu, ont servi à rectifier , par des observations nouvelles , plusieurs détails de la géographie astronomique , physique et positive. Le Gentil, qui alla, en 1761 , observer dans l'Inde le passage de Vénus sur le disque du soleil, rapporta de précieux renseignements sur l'astronomie des Indiens, leurs antiquitéB* Tbia" toira naturelle de leur piyra»
Quant aux idations de Yojage&, eU«3 é'étaieiit, avant 170e, muUipnéef à un
tel point, qu'on en avait formé des collections fort volumineuses. L'une des plus précieuses est connue sous le nom de Grands et petits voyages. Les petits sont niatifs aux Indes orientales , les Crands aux Indes occidentales , c'est-àdire, à l'Amérique. C'est un recueil de relations primitives , de mémoires originaux , publié en Jatin , et orné de figures par Théodore de Bry et Mérien.
Melchisédech Thévenot traduisit de diverses langues en français, 56 relations traitent le plus souvent de la Chine «I des Indes orientales. Parmi lea autres collections imprimées en France, on doit encore citer celle qui porte le titre de Lettres édifianies , et qui est dne aux lettres écrites de diflfêrents pays par les missionnaires. Mais ces recueils étaient si volumineux, qu'on dut nécessairement en £ure des abrégés, dont les jatillauraaoQt ceux de l'abbe Piévôt, de ]a Harpe et de M. de Walckenaer.
. Mais malgré les résultats de ces travaux , ce sont surtout les voyages autour du ^lobe qui ont perfectioiiae la géograplue, et Tout amenée au point où nous la voyons aujourd'hui. La première expédition de ce genre qui appartienne à la France fut faite par BougainvUIe (voyez ee mot). Dans un premier voyage, il avait fondé aux tlea Falkland, le 17 mars 1764, une colonie qui commençait à prospérer , quand la France, voyant ce nouvel établissement menacé |iar les Anglais , et réclamé par TEspagne en vertu d'une ancienne concession
{)apale , dont l'autorité n'était depuis ongtemps , et avec raison , reconnue par personne , prit le parti de le céder a cette dernière puissance. T.e roi d'Espagne s'engagea a payer âûO,000 couronnes comme indemnité des dépenses Qu'avait occasionnées le d^cbement des terres. Gomme une partie de cette somme revenait à Bougainville , auteur du projet de colonisation et principal propriétaire des terres concédées, il lut envoyé en 1766 avec deux bfttiments, pour restituer solennellement oos lies au gouvernement espagnol.
La restitutiou ayant été opérée au mois de novembre 1767 , Bougainville , aûul qui ses instiuctioiw le Im pfescri-
vaientv «ntra dans la mer Pacifique.
Après «voir pendant 6S joui* essuyé
des tempêtes continuelles dans le détroit de Majîellan, il parvint enfin -à un groupe d lies qui n'avait pas encore été aperçu, et auquel il donna le nom d'Ar* cMpd dmgwmàx* Il découvrit «incttsivement un autre groupe qu'il nomma les grandes CycladeSy puis l'archipel de ia Lomsiade et l ile de BougainvUie. Il foviat à Sairtt-Malo le 16 mars 1766 , après un voyage de deux ans et quatre mois. La relation qu'il publia eut un grand succès ; mais les cartes et les déterminations géographiques sont ia partie faible de l'ouvrage, d^aillears fon instructif et fort intéressant.
£n 1769, un habile marin nommé Surville, parti de Nantes avec deux navires , déeouvrit au sud-est de la Nonvelle-Guinée une terre à laquelle il donna le nom de Paye des Arsacides. Il visita ensuite la riouvelle-Zélande , pendant que le eapitaine Gook était occupé à relever les mêmes edtes ; mais les deux navigateurs ne se rencontrèrent point.
En 1772, un autre Français, Kerguelen , partit de l'île de France , et le 12 février découvrit, sous les iff B' de latitude sud, une terre élevée, sur la côte de laquelle il demeura six jours , et qu'il appela de son nom. Dans un nouveau voyage , il découvrit do nouveau cette terre, et releva plus de 80 lieues de côtes.
Nous devons mentionner ici un fait qui honorera à jamais notre pays. Au moment où la France déclara la guerre à l'Angleterre (mars 1779), le mmistre de la marine adressa de Paris, à tous les commandants de vaisseaux français , une eireulaire leur faisant connaître Texpédition et la destination du capitaine Cook, alors parti pour un nouveau voyage , et (êur enjoignant de le traiter , partout oil Ils le rencontreraient , comme un oiBeier dHioe puissance neu* trc et alliée.
Aussitôt que la guerre de l'Indépendance eut été terminée, la France se hâta d'éqaiper une escadre destinée à résoudre les problèmes scientifiques que Cook avait laissés sans solution. Le commandement de cette exf^dition fut confié à la Pérouse. Il partit de Brest
l" aofit 1786» à la tèle des dm fré-
732 Gi^OGBAPHIE L^imiYERS. «iMBAVHlK
gâtes la Boussole ttV Astrolabe. Nous raconterons ailleurs (vov. la Pe&ouss) la maHieiureafle destinée do ce marin , dont la dernière commnnteatfon date du
7 février 1788. Nous nous bornerons ici à dire que les observations qu'il transmit à cette époque étaient fort . préeieases poar la géographie. Il décrivait avec peu de détails, il est vrai, maisavecunegrandeexactitude, la partie de la côte nord-ouest de T Amérique que Gook n*8Taitpa aaminer, et complétait le tracé de ce continent. Ses découvertes sur la côte de Tartarie furent encore plus importantes. Il reconnut positivement la terre de Sagaleen^ dont les Russes , malgré leur proximité, niaient même l'existence. Deux ans s'étaient écoulés au delà de l'époque à laquelle la Pérouse devait être de retour, quand, sur une demande de T Assemblée nationale au roi, demande faite au mois de février 1791 , deux navires furent équipés dans le double but d'aller à la recherche du navigateur et de compléter le système de découvertes géographiques qu'il laissait inachevé.
Le commandement de cette expédition fut confié an contre-amiral d*Entreeasteaux. Ce marin ne s'écarta qu*une seule fois de la rèi^le qu'il s'était imposée de naviguer aussi près que possible du rivage , pour tâcher de découvrir quelques traces de ceux qu'il cherchait, et malheureusement l'île de la Recherche, qu'il omit de visiter, renfermait précisément deux de nos compatriotes naufragés. D'Entrecasteaux qui« sans faire des découvertes bien importantes, avait reconnu avec une fidélité remarquable près de 300 lieues de côtes au sudouest de la Nouvelle>HoUande, qui avait constaté Tidentité des Hes Salomon avec les terres aperçues par Surville et Shortiand , mourut le 20 juillet 1793, un peu avant d'arriver à Java.
Quelques mois avant son départ, le 14 décembre 1790, Etienne Marchand partit de Marseille sur le navire le Solide , équipé aux frais de la maison Beaux de cette ville. Il entra dans To* céan Pacifique par le cap de Horn , se dirigea sur les îles Marquises de Mendoça, et reconnut un groupe entier dlles qu'il nomma Meê de la Révohh Mon. Sans qu'il Ven doutât, elles avaient
été aperçues un mois auparavant par le capitaine américain Ingraham. Après avoir toncbé aux Iles Sandwich, il se dirigea vos la Chine , fit une excellente reconnaissance hydrographique du détroit de Gaspar , alors mal connu , et revint à Toulon le 14 août 1799. Êtienne Marchand a été heureux de trouver nn habile rédacteur de son voyage dans Fleurieu , qui en a fait ressortir avec habileté tout ce qui pouvait s'y trouver •d'utile et d'intéressant.
En 1801 , deux navires , le Céogra" phe et le Naturaliste, commandés par les capitaines Baudin et Uamelin, furent chargés, par le premier consul , de compléter la reconnaissance déjà faite en partie de la terre australe. Cette expédition n'eut pas tous les résultats qu'on en pouvait espérer. La baie des Requins et les lies voisines furent soigneusement examinées. Plusieurs positions dans l'archipel du Nord furent , déterminées avec une grande exactitude; mais, en générai, les deux navires se tinrent à une trop grande distance des côtes qu'ils exploraient pour en donner une description complète.
Les guerres de l'empire empêchèrent la France de poursuivre seii voya* ges d'explorations maritimes ; maïs à peine la paix eut-elle été définitivement rétablie, que cinq voyages autour du monde furent, à de courts intervalles, entrepris par nos compatriotes : le premier, parC. de Roquefeuille , de 1816 à 1817 ; le deuxième, par M. Freycinet, de 1819 à 1890 ; le troisième , par Duperrey, de 1822 à 1825; le quatrième, par Bougainville, de 1824 à 1826, et le cinquième par le capitaine Laplace, eomroandant la corvette la Pa/ocrUey pendant les années 1830 , 1831 et 1833. Mais le voyage le plus importnnt fut celui de l'infortuné Dumont-d'Urville, récemment enlevé à la France par Thorrible catastrophe du 8 mai 1843 (*). Au retour de deux campagnes dans les mers océaniennes , il fit adopter , par M. de Rosamel , alors ministre de la marine, le plan d'une troisième campagne. Les deux corvettes l' istrolabe et la Zélée furent équipées , et sortirent de la rade de Toulon, le 8 septembre
(*) An chemin de fv de Paris à YoMillei.
1837. Après avoir relâché aux Canaries,
Suis à Kio-Janeiro , elles pénétrèrent ans le détroit de Magellan, j firent un court séjour, longèrent les cotes orientales de la Terre-de-Feu, sur lesquelles on n'avait que des données vagues , et se dirigèrent vers les mers australes, où 1m navires coururent les plus grands dangers. £nGn, le 27 février 1838, on se trouva en vue d'un groupe d'îlots et de rochers , et d'une côte escarpée et sinueuse ; dans l'espace de huit jours, malgré les obstacles de )a brume, du mauvais temps et des filaces, on parvint à tracer exactement la configuration de ces terres dans une étendue ti'environ 120 milles , entre le 68* et le 64*" degré de latitude. La plus orientale de ces terres reçut !e nom de Terre Joinville; la principale, celui de Terre Louis-Phi*^ lippe.
Après une station au Chili , d'Urville traversa toute rOcéîtnie, se rendit, en octobre 1839, à Batavia, puisàUobart- TowD, d*où il appareilla le l** janvier 1840 pour une nouvelle exploration antarctique. Le 19 janvier, par 66 degrés de latitude, on aperçut une terre brumeuse , que le chef de Texpédition appela Adélie^ du nom de sa femme. Le 24, on découvrit encore la terre qui fut appelée Clarie. Après avoir relAché de nouveau à Uobart-Town , on se porta à la Nouvelle-Zélande pour en compléter l^ydrographie, puis à la Nouvelle- Guinée, dont on constata que la Louisiade n'était séparée par aucun détroit. L'expédition ne rentra à Toulon «pie le 6 novembre 1840 (*).
D'autres excursions lointaines et périlleuses avaient été faites depuis le commencement du dix-ueuvième siècle, par des Français, dans diverses parties
(*) Liste chronologique des voyages aatour du inonde eaU epris par des I raQçais. «966-1^. BoofrafiiTine.
T7tS, Ia Pérousc , «B M nçst d» U «MOlM
nouvelle.
1790-179». E. Marchand.
Hoi>iio4< Les deux oofwUw I» ClifWyfa «t h
Ifahindut»»
1S16-1817. C. de Roqnefetiille.
iSig-rSjo. Freycinet.
1822-1825. L.-J. Ouperrey.
1824- 1826. BougaioTlIlr* tl3o-x852. Laptace.
sS37 i84o. DumMil dfCTnine,
du monde. Deux courageux voyageurs, Caillaud et Caillé , avaient pénétré dans Tintérieur de P Afrique. Gelui-ci est , sans contredit , l'un des premiers qui aient visité Tombouctou. Nous pouvons encore , pour une époque plus récente, citer les noms de Jacquemont, de Rocher-d'Hérioourt, de Texier, de La»
borde, etc.
La collection des cartes et plans conservée à la bibliothèque du roi, à Paris, est une des plus riches de ce genre qui existent au monde; et, pour ne par^ 1er que des monuments géographiques qui intéressent notre pays , nous nous Domerons àciter parmi les objets qu'elle
f possède : des cartes françaises de rïico* aï, 1555 à 1.^58; une earte de France, véritable miniature , faite pour Charles IX, en 1568, par Pierre Hamon ; la carte de la Guillotière ; la Picardie de Tolivet, de 1560, et sa France de 1570; la France de Postel , de la même année, etc.; les monuments de Nancy ( seislème siècle) ; la cosmographie de Christophe de Savfgny, de 1587; la mappemonde d'Oronce Finé, de 1531 ; des cartes autographes ded'Anville ; les fleuves et rivières de rEuro[)e , par Louis XV ; la carte tracée par l'infortuné la Bourdonnaie, pour sa défen.se, pendant sa captivité à la Bastille, carte dessinée avec du marc de café et une
fnece de monnaie, sur un moudioir des ndes, etc., etc.
Nous terminerons en disant que l'une des plus belles cartes qui existent, est la carte de France publiée déjà en partie
f)ar le dépôt de la guerre. On doit seuement regretter Tinrorrection avec laquelle les noms de lieux y sont en général transcrits. N'oublions pas non plus de mentionner la magnifique carte géologique due à MM. Élie de Beaumont, ingénieurs des mines et membres de l'Institut.
GBdjLAOE (le), ou droit de geôle, était la vedevanoe pécuniaire que cnaquispri* sonnier devait au geôlier pour son entrée et pour sa sortie , ainsi que pour son lit, giste et place.
Cet usage barbare de faire payer ao' prisonnier In loyer de sa prison a sa source dans la vénalité de la justice. Ce n'est qu'une des mille monstruosités qui résultaient d*un pareH abus. Les
seigneurs et le roi étaient habitués à Toir, dans leur droit de justioe, la meil*
leure branche de leurs revenus. Forcés d'avoir des maisons de détention , ils trouvèrent le moyeu d'éviter tous trais à cet égard, et d'augmenter même leurs bénéfices , en affermant la geôle, et en
i)ermettant aux fermiers de percevoir es droits dont nous avons parlé.
Une des elausts du cabier des char^ était que le geôlier nourrirait indistinctement tous les prisonniers f|ue le prévôt ou le lieutenant pourrait envoyer ; et Ton lit un tarif gradué selon la condition des personnes , et suivant les adoucissrnu'nts que la fortune de chacun pourrait lui permettre. Livrés à l'arbitraire d'uu geôlier cupide, les malheureux prisonmers seraient morts de faim et de dénûmeDt, si la charité publique ne fdt venue suppléer à l'inliumauité de la loi. Vainement on iiiuiit la ration de pain qui devait être donnée au prisonnier (elle varia d'une livre et demie a deux livres) , les abus étaient si fréquents et si peu susrpplil)les de surveillance, qu'au dix-septieuib siècle, a une épo(|ue où le régime des prisons avait déjà reçu de notables améliorations, un arrêt du parlement de Paris (16Gâ) dut condamner uu geùlier a éire pendu, pour avoir laissé mourir unprl* sonniersans secours.
Une ordonnance de Henri VI d'Angleterre, alors régnant à Paris (mai 142&), rendue sur un règlement du parlement, contient le tarif des droits de geôlage pour les prisons du Cliàtelet.
Ce tarif se trouve reproduit textuellement dans 1 ordonnance de 1485 , et dans les ordonnances subséquentes; nous le donnons ici comme un des documents qui servent le mieux à faire connaître la matière de cet article, Tétât des prisons, le régime des prisonniers , au quinzième et au seizième siècle.
iSq. Avons ordonné et ordonnons que chMcua priftoanier soit mis et logié en ladite geôle aolsn MO «ttt, le «as d« Ma empriaoïi" nemeat ou le mandement du jnfle et saigneur
qui Tenvoyera prisonnier;
Et se ung conte ou une contesse est mis en prison audit Chasiellet, sera payé pour MU geolage d^eutrée et d'issue i o Uv. parisis;
Item payera pour semblable cauw lug clie<
valiar bennaffet im une dsme lianivelle» ao sols;
Tiem ung nmpie chevalier ou une aimpi*
dame , 5 sols ;
Item nng eseuier ou simple demoiacille noble, 2 2 deniers;
Item un:; T omhard OU Lombarde pour ce mesme, aa deniers;
Item ung juif ou une juive peur aetWa Meeeuse, ii sols;
Itam tous autres priMumerspour cemesœe»
t6o. Sa ung prisonnier gist et cheynae «•
beauvoir, en la mote ou en la salle, il payera ehascuue nuit pour Ut 4 deniers et pour place % deniers ; et se il veult faira voiir son lit
de sa maison, faire le pouilUCtnepeyeie que
a deniers pour place.
i6i. Cbascuoe personne qui sera empri^ sonnée en la Boucherie, en Beaumont ou 11 Griescbe, qui sont prisons fiTraées, payera pour la nuit 4 deniers et a deniers pour la place.
i6a. Se ung prisonnier CSt en beauvoir, et il gist sur nattes ou sur couche de paille ou de feurre , il doit pour cbsscune nuit a damera.
163. Se ung prisonnier est mis en la fosse, il doit , quant il a de quoy payer, pour chascune nuit unç denier; et s'il est mis ou puis en la gourdaine ou bersneil ou en oubUeUe, il doit autant que s'il esiuit à la fosse.
164. 5ye unf; personne est mise en barbarie ou glorietle, il doit autant que celui qui est mis en beauvoir; et a*il e lit, 4 deaien pour lit.
165. Se ung prisonnier est mis entre deux buis (portes;, il payera autant comme en la fosse , c'est assavoir ung denier.
iG;, Sera tenu/, ledit geôlier de bailler et livrer à ses despens, pain et eau aux prisonniers qui n'aivont ae quoi ▼ivra; 00 cet qu'ilz ne seroient emprisonnés pour dettes, aufpiel oas leurs créanciers s+ront tenus de leur quérir à Tordunnance du prévost de Paris et selon ce que vim» aennl efaien ou
à bon iiiarclié.
16S. Et est défendu audit geôlier, que à priseunien criminels ne baflle pour leun vivm que pain et eau sur peine de perdre ce qu'il leur baillera niiltie, se ce n'est pas commandement du prevost ou du lieutenant.
169. Le geôlier ne pourra oonUraindre aucun priaoaaier à eiirea sa table a*il ne lui plaist
173. Le geôlier sera tenu de tenir pleine d'eau la grand pierre qui est sur les carraulx, afin oue les prisomuers en puÎMent aYoêr lens danger.
WÊmjum FRANCE. Gfioum jzs
i(74« Le ge^evaei» tenu d'avoir lis souffisnt de éma. lei et qu'il n'en puis&e mettra ne prandre proffît d'un lit que de deux personnes ou de trois ati p^us.
175. Se aucun prisonnier veult avoir ua lit de sa maison, avoir le pourra ou oas que le f^fôlier n'aura de quoy emplir la place, ou quel cas icellui prisoiiTiier ne pourra mettre gésier avec lui uug hooinie , duquel le geôlier aura uog denier de prouffit, avec les deux deniers pour places.
Pour ne rien laisser à désirer dans la barbarie absurde de ce règlement, la même ordonnance qui tarifait par sous et deniers ce que valait un gîte dans la fosse y dans la grieschr , ou entre deux huis, accordait par Part. 182 aux geôliers le droit de retenir les prisonniers m prison, après leur acquittement» jusqu'à ce qu'ils eussent payé leur geùlage. Cette disposition se maintint jusqu'en 1649. A cette époque, Henri II, nid par un sentiment diiumanité qui l'honore, déclara que tous les prisonniers qui n'étaient retenus que pour le droit de iste et de geôlage seraient mis en lierté (la même décision l'ut renouvelée par une ordonnance de 1670); et pour concilier cet acte de justice avec les droits acquis des intéressés, le roi voulut (|ue le moulant des sommes que les geôliers perdaient par cette OMSure fttt rabattu sur le prix deleurfenne.CeuiE- Cl , cependant , n'en conservèrent pas moins leur recours contre les prisonniers; les tribunaux accordaient même à leurs créances un privilège de premier ordre, qui les faisait préférer à U»us autres créanciers.
Le fermage des geôles , comme nous le yerrons au mot Geôlibb, fa% aboli sous Louis XV; mais l'usage du droit de ^eôie subsista, sans stihir de moditications importantes, jusqu'à la révolution francise.
Geôliers. On appelait anciennement geôle {m basse Intinité, geola, gaola ; en vieux frai>çais, gayole, cagp)(*), le lieu où Ton enfermait les prisonniers.
Les geôliers ou gardiens de la geôle sont ceux qui étaient proposés à In garde et à la police des prisons. Dans la prison du Châtelet , et au commencement du dix-ïMptièrae siècle dans toutes les prî»
. O^Ca attt «Mlle eosoce dans le dialecte
sons royales, le geôlier prenait le titre de grejjtjer de la geôle; les seigneurs ne pouvaient avoir que des geôHers,
D'après l'ordonnance de 1425, renouvelée par celles de 1485 et 163S, aucun ne put être doresnavant receu en Pof- Jîce de geôlier^ $*U iCétoit pur lay ou marié et sans Étmmre, Leur costume était celui des seiîgeiits , UD àabU royé ou pariy.
On imposa aux geôliers l'obligation d'être de nonnes vie et mesure, et de savoir lire et écrire. Cette prescription
{►araît au moins singulière quand on es voit chargés de tenir le registre d'éorou 01^ devaient être inscriteslTentrée et la sortie de cbeque prisonnier. Mais il faut savoir que dans le principe ils employaient à ce soin un subordonné, qui prenait le nom de clerc de la geôle . et qui, avec un certain nombre de guichetiers et de valets qu'il choisissait luimême , et dont il était responsable, composait le personnel administratif et exécutif de la prison. Quant au gediier, il bornait ses fonctions à surveiller d'une manière générale les prisonniers; sa grande affaire était de tirer la quintessencedes profitsdont safermeluidon* naît le monopole ; car il était, en mémè temps que fonctionnaire public, loueur et gargotierpar adjudication. Pour pouvoir payer au roi son fermage, il devait faire passer les devoirs de la charge après les exigences d'un commerce dont les détails absorbaient toutes sesfaicuités. (Voyez Geôlage.)
Nous avons expliqué , dans Tartide qui précède, comment l'avarice des justiciers mit les prisons en ferme. Si déjà les traitants ordinaires pouvaient en plein jour, et sous les yeux du roi et de la justice , se livrer impunément aux actes les plu^ effrontés de rapacité et d'arbitraire, que ne pouvait-on pas attendre d'un geôlier sans éducation, ordinairement sans principes, à qui bi loi elle-même remettait en quelque sorte la vie et la mort d'un prisonnier, et qui avait, pour couvrir ses machinations intéresses , le mauvais renom de la' victime, et les ténèbres et le silence d'un cachot ? Aussi les excès des geôliers furent énormes. Leur brutalité et leur rapacité avaient passé en proverbe comme celles des sergents ; tout œ que
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raconte Gil-Blas là-dessus peut passer pour de l'histoire ( vo^ez dans les ordonnances sur le régime des prisons, les dispositions relatives aux geôliers). Un article leur défend de s'attribuer les aumônes qu'on les charge de faire passer aux prisonniers ; un autre leur en- Joint de faire inventaire des objets trou- Tés sur o0QX-ci à leur entrée , sans en rien détourner à leur profit (*). On prévoit le cas où il leur arriverait de violer leurs captives ; celoi oà, contrai* rement aux conditions de leur bail , ils laisseraient moarir quelque prisoimier de Mm ou de maladie, sans avoir prévenu le médecin. On ne cesse de leur recommander de visiter les cachots et salles au moins une fois par jour.
Ces prescriptions étaient si peu observées , qu'on les trouve répétées textuellement pendant trois si&les consécutifs. Leur exécution pure et simple était un idéal qu'on poursuivait en vain ; i! fallut le règne de Louis XVI et la révolution pour lui donner un commencement de réalisation .
Tout ce que nous disons là n'est rien moins qu'exagéré, T^n jurisconsulte
ijrave, plein d'humanité du reste et de umières, écrivant sur ce sujet à la (in du dernier siècle , laissa tomber sans réflexion, dans le recueil le plus philosophique et le plus répandu de ce temps, ces froides et signiBcatives naroles :
*Le règlement de 1717 détend aux geôliers-guichetiers de battre les prisonniers. Il leur arrive néanmoins, Jorsau'ils en trouvent de mutins , de séditieux , de les frapper de leurs bâtons ou (Tenvoyer leurs chiens sur eux; mais comme ils sont censés n'employer ces moyens répréhensibles que lorsqu'ils sont eux-mêmes en danger, et
£)ur arrêter lesprisonniciB, on ferme sytttx sur ce f te confrarention . a Cependant , il faut le recounaître , les statuts de certains seigneurs contenaient, sur le régime des prisons, des
(*) Un trItdA d*iiiie ordonnance du Chitdet donne cependant au geôlier de celte prboD le droit : « Si aucun est justicié pour tes démérites, de preudre la ceinture du condamné, ores qirèUe fût d*argent, non excédant le prix d un marc, et sa bourse et son argent monnoyc jusqu'à dix livres. » Le reste appartenait au bourreau.
ERS. eBOLlM'*
clauses empreintes d*un remarqtiable esprit de douceur et de sagesse. Ainsi , on lit dans des règlements de Louis de Ta rente, comte de' Provence , et de la reine Jeanne , son épouse , donnés, le S novembre 1352 , à fa ville de Sisteron : a Pour l'emprisonnement des prévenus, les concierges n'ont rieo à euger; car il ne faut point aggraver le malheury ni ajouter aux rigueurs de la prison , qui, n'ayant pour objet que de s'assurer 4e Ut personne des détenus, M saurait servir de prétexte à des vio* lences (*). »
Le système du fermage des geôles fut aboli par le régent en 1724. void le préambule de la déclaration :
« I.ouis , etc. Hous avons été informe que les baux des prisons, dont le produit fait partie de la ferme de nos domaines, donnoient lien souvent aux nactioiis dce §«6- Uers qui croyoicnt pouvoir se dédommager du prix de leurs fermes, en faisant pajfer aux prisonniers des droits an delà de cens qui leur sont peimis par les ordoniuuMei cl par les arrêts de nos cours de parlement : ces abus nous ont paru d'autant plus im< portants que le paupoirdes geôliers *ur ceux qui sont détenus dans leurs prisons ne per menant pas souvent d'avoir des preuves suffisantes de leurs prévarications , et ne puu' vant par cette raisoH être dépossédés de leurs bans, les règlements que les rois nos prédécesseurs ont faits pour la police des prisons étaient souvent sans exécution} c*etl CO qui nous a déteraiiné à décharger les geôliers da paver aucune chose pour le loyer ou ferme des prisons , afin qu'il n'y ait à l'avenir aucun obslade qui puisse arrêter ou retatder Texécntîon entière des disposilious de nos ordonnances par rapport à un objet si important pour l'ordre public
A dater de cette époque, les fonctions de geôlier se relevèrent, au moins pour les prisons royales, de rabaissement où
les fermiers les avaient mises. Des ofQces de concierge , de greffier des prisons , de geôliers , furent créés , et les abus disparurent en partie.
Il n'entre pas dans notre plan de parler ici des obligations diverses imposées aux geôliers par les ordonnances ; ce sont choses de discipline qui se trouveront beaucoup mieux placées à
(*) Yoyez l'Histoire municipale deSisterOD^ par M. Laplane , p. lox.
GEOLOGIE
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