‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 191 sur 198 · livre et demie · texte numérisé non relu

livre et demie

Dès le lendemain , ce décret excita une grande fermentation dans les quarfjers piul populeux de Paris : paf^

OBRMiiirAL FRATïCE. oerminal 77t

tout on ne voyait que des femmes qui Dans le sein de la Convention, les demandaient du pain, et (jui donnaient montaunnrds ne formaient plus qu'unei à Boissy-d^Anjilas le surnom de BoUsy' faible minorité, depuis le rappej des 72 famine. Le 17 , un rnssemblement, et celui des giromins mis hors la Iqî; formé par la réunion de la section de dans toutes les villes de la France e| l'Observatoire et de celle du Fir)istère, même à Paris, le parli populaire était vint présenter une pétition à ta Conven- également en minorité , grâce aux emtion nationale. « lÀ pain nous manque, prisoonements, aux proscriptions , e| «dit Torateurdes pétitionnaires; nous aux asaaMÎData ^ui n^avaient cessé de m. sommes pr^ts à regretter les sacrifices décimer ses ranjîs depuis le 9 Ihermi- « que nous avons faits pour la révolu- dor, et grâce aussi à l'ineptie des hom- « tion. » De violents murmures Tinter- me^ qui essayaient de le diriger, se rompent. Plusieurs membres de Tas- réunissant aux ennemis c|a Bobespierre semblétjfontobserver aux pétitionnaires pour le renverser, le peuple s'était con)bien sont blâmables les senfinipnts nlessé mortellement. Pour réparer cette qu' ils exprïtmnt, *^ Du pain! du pain! 9 faute, il eût fallu persévérer days la répondent ces derniers, en frap^iant politique essentiellement organisatrice avec force sur la barre. Enfin Torateur que Maximilien avait commencé à faire peut reprendre la parole; il termine en comprendre avec tant de peine aux jarenouvelant sa demande au nom de cobius. U eût fallu se persuader que le ftuît cents pétitionnaires qui attendent temps de détruire était pa«$é, et que le une réponse. Après une allocution assez temps d'édifier était venu« maintenant sévère de Thibaudeau qui présidait que In coalition des rois se voyait cor^r l'assemblée, et qui invita les pétition- trainte de mt^ttre bas les arjnes et de naires à retourner à leurs travaux, reconnaître la république. Il fallait surceux-ci sortirent, et, à ta dipmande tout briser ouvertement ayec les parti* d'André Dumont , la pétition fut ren- sans systématiques de la t^^rreur , que voyée au comité de sûreté générale. Un Robespierre avait inutilement essayé instant la Convention craignit de se d'atteindre. Loin de se modilier ainsi k voir envahie; mais cette alarme fnt son avantage, le parti populaire l'ut , 9 fatentdt calmée par Rovère, qui vint la fin de la révolutioil» ce qu*il avait été annoncer que la garde de l'assemblée au eommenceme«it, sans songer que lés et les voies de la douceur avaient suffi circonstances n'étaient plus les mêmes, pour dissiper le rassemblement. et que le souvenir des excès auxquels Mais les choses ne devaient pas en il s'était livré, quoiqo*à regret, avait rester là; le mécontentement du parti considérablement ausmeiité le nombre popubiire, qui se voyait poursuivi à son de Sf's ennemis. Avec Robej;pierre tour, et le système de réaction continue avaient disparu toutes les idées d'ordre qu'avaient adopté les meneurs de la et d'organisation ; un grand nombre de Convention, ne pouvaient manquer de révolutionnaires étaient restés terrodonner un caractère politique aux trou- ristes , et ceux qui avaient eu le courni^'e bles provoqués par la disette. Bientôt, de revenir a des sentiment^ plus huen efret, les pétitionnaires ne se borné- mains, poussaient Timprudence jusqu'à rent plus à demander du pain ; ils ré- défendre hautement des hommes tels clamèrent, en outre, la constitution de que Carrier, Fouquier-TinviUe, Billaud- 1793 et la délivrance des patriotes. Ton- Varennes , Collot-d'Herbois , Josepli le jours confiant dans sa lorce, le parti Bon, Fouche et autres, qui n avaienl repopulaire crut vofr une occasion de< culé devant aucune des conséquences de renverser les thermidoriens et de re- la terreur, lors même qu'elles aboutis-

f)rendre son ancienne influence; mais, saientàdescrimes. Ilest vrai que Tallien,

e sachant sans chef, car Robespierre Fréron , Barras et beaucoup d'autre^

n*avait pas trouvé de successeur, la fac- thermidoriens, maintenant devenus an^

tion contre-révolutionnaire résolut de iiterroristes, n'avaient pas commis de

l'attendre de pied ferme, et au besoin moindres excès, et prêchaient tous ley

de le provoquer, certaine que toutes les joursia terreur au nom de l'indulgeuce;

.çjiauccâ tiUieat contre lui. mais ce n'était pas une raison pour pro;»

«ERHINAL L'UNIVERS 6BMIIIAL

téger d'autres hommes qui ne rêvaient que Teffusion du sang. Aussi, avec quel art les réacteurs profitaient-ils des démarches que l'on faisait en faveurdeBillaud-Varennes pour présenter tout le parti populaire comme un ramassis de terroristes ! Dans Tétat où se trouvait ropinion publique, cette croyance seule sumsait pour réunir toutes les autres classes de la société contre les démocrates, f^ue Ton confondait sous le nom de jacobins, devenu injurieux, quoique les terroristes incorrigibles fussent bien plutôt d'anciens cordeliers , d'anciens liebartistes, et même quelques anciens dantonistes.

Dans la lutte qui se préparait, toutes les chances étaient donc contraires au parti démocratique. On en vit la preuve dès le commencement des hostilités qui éclatèrent le 1*' germinal an m (31 mars 1795). Ce jour-là, une députation des sections des Qutnze-Vinîîts et de Montreuii vint demander à la barre que la constitution de 1793 fût mise en vigueur. Cochery , orateur de la députation, prononça un discours plein de modération , où il convenait que des excès coupables avaient eu lieu, et où il disait que la section des Quinze-Vingts ne venait demander ni déportations , ni effusion de sang de tel ou tel parti, mais TouMi du passé et la mise à exécution delà constitution de 1793. Après une réponse évasive de Thibaudeau, président, le inontaiinard Ch.lles demanda, conformément à farlicle 124 de cette constitution, que la déclaration des droits de l'homme et du citoyen fût exposée dans toutes les places publiques. I<a demande de la section des Quinzer Vingts n*avaitrleD que de légal, puisque la constitution de 1793 avait été acceptée par le peuple. Malheureusement cette constitution, improvisée dans un moment d'effervescence, renfermait un ^nd nombrede dispositions tellement impraticables , que la Convention ellemême l'avait suspendue presque aussitôt que votée. Tallien \oulut saisir cette occasion pour écarter la demande des pétitionnaires , qui , si elle eût été acceptée, eût entravé la marche de la réaction. « Ceux qui réclament si fort la «constitution , dit-il avec colère , ne «8onV«e pas ceux qui l'ont enfermée

«dans une boîte? » Puis, s'apercevant aux murmures qui avaient accueilli ses paroles , qu'il avait été trop loin pour cette fois, il se ravisa, et prit un biais, qui, suivant lui, devait mener ulus sûrement laréactionà son but. Il oemanda qu'il fiftt fait incessamment un rapport sur les moyens d*exécuter la constitution. La discussion fut un mojuent interrompue par une députation de la section Popmcourt, qui exprima sa haine contre les partisans de la terreur et de la tyrannie. Les applaudissements que provoqua cette pétition, venue si à ropos, donnèrent du courage a Thiaudeau, qui abandonna un moment le fauteuil pour parler contre la constitution de 1793 , et s'opposer à ce qu'on exposât dans des lieux publics « une «constitution qui n'était point démo- «cratiqœ, car elle mettait la représen- «tation nationale au pouvoir d*une «commune usurpatrice, et à la discréation des jacobins. » Il déclara au'il ne oonsentirait jamais à une exécution prompte et subite de cette constitution. Jl alla plus loin , il demanda une augmentation de puissance pour le comité de salut public. Sur la proposition de Legendre, on décida qu'il serait nommé une commission spéciale de onze membres, pour la coniection des lois organiques qui devaient régler l'exécution de la constitution de 1793. En d'autres termes, on se laissa libre de modilier à volonté la constitution.

Pendant que l'assemblée délibérait, des rixes avaient lieu , dans le jardin des Tuileries, entre les sans-culottes et la jeunesse durée qui eut d'abord le dessous. Deux ou trois muscadins avaient même été plongés dans le bassin des Tuileries.

Le moment sembla propice pour prendre des mesures dans le genre de I celles que Thibaudeau avait annoncées.

En effet, Sieyès parut à la tribune pour y faire un rapport, au nom des comités réurns, sur la situation de Paris. A la suite, il proposa un projet de loi de I grande poUce , pour réprimer les attroupements séditieux ; appeler les bons . 1 citoyens au secours de la Convention, dans le cas où elle serait attaquée ; repousser la force |»ar la force ; déporter I ceux qui pousseraient des cris de réTolte

•nniTAL FRANCE. «BRMtVAL

dans le sein de l'assemblée ; convoquer à Châlons-sur-Marne les suppléants et députés en mission , pour y former ia représentation nationale, si la Convention actuelle venait à être entamée, opprimée , ou dissoute momcntanémentj etc., etc. Un article de cette nouvelle loi martiale , dont le but était de rendre un nouveau 31 mai impossible, et de permettre à l.i réaction d'aller encore plus avant, l'article 13 portait qu'il n*y aurait plus qti*un seul tocsin è Paris, celui du pavillon de l'rAiïîYe', aux Tuileries; ce qui fit dire plus tard, quand on entendait le tocsin : « Voici « la messe de Tabbé Sieyès qui com- • mence. » Les montagnards n'eurent pas de peine à deviner le but de cette fameuse loi de grande police. Goujon a*empressa d'invoquer l'ajournement.

Châles demanda si l'on voulait rentrer sous le régime deJa terreur : h mesure qu'on proposait lui sembhi une nouvelle loi martiale; il y reconnut l'empreinte de l'esprit de Mirabeau, et réclama aussi l'ajournement. Rewbell défendit la loi que Legcndre et Sergent avaient déjà approuvée.

Pendant que Rewbell parlait, une grande agitation se manifesta dans l'assemblée. On entendit un grand tumulte:

c'était une bande de 1,000 à 1,200 mus-^ cadins , armés de bâtons , qui s'étaient précipités, dans le jardin des Tuileries, sur les restes du rassemblement d'ouvriers déjà à moitié dispersé par la garde nationale. Aussitôt le président se couvre; la majorité se lève en criant que le danger prévu par Sieyès est arrivé y et qu'il faut voter n I instnnt son projet, qui est effectivement décrète, sans discussion , au milieu des plus vifs applaudissements.

Lorsque le calme est rétabli, la Montagne, qui n'a pas voté, réclame contre l'opération. Le président répond que la loi est rendue , et qu'on n'y peut plus revenir. Cependant Tallien prend la parole : « On conspire ici avec le dehors, « dit-il : n'importe ! Il faut rouvrir la « discussion sur le projet , et prouver « que la Convention sait délibérer, même « au milieu des égorgeurs. » I.a jeunesse dorée se présente alors, et proteste de son dévouement pour la Convention, qui applaudit. Aussitôt le projet de

Sieyès est mis en discussion et voté article par article , non sans quelque précipitation.

Telle fut l'issue de la journée du germinal , dont les résultats devaient influer si fortement sur les journées suivantes et sur la suite des événements. Armés de leur loi de grande police, les chefs de la réaction se sentirent assez de puissance pour annuler directement ou indirectement la constitution de 1798 , et pour faire repentir le peuple de tout ce qu'il entreprendrait dorénavant, même dans l'intérêt de.son propre sort.

Cela est si vrai que , loin de suspendre, comme l'ordonnait la prudence, la discuss'on irritante à laquelle devait donner lieu la dénonciation contre Billaud, Collot, Barrère et Vadier, là majorité de la Convention décida que les amusés sernipnt entendus dès le lendemain. Maintenant qu'ils se sentaient forts, les réacteurs avaient hâte défaire le procès à la révolution, et de trouver une occasion de prouver leur puissance.

Dès le 2 germinal, la discussion s'engagea sur ce terrain, et continua jusqu'au 12, malgré les efforts de Aobert-Lindet, de Carnot, et de Prieur ( de la Côte» d'Or), pour faire comprendre à la majorité qu'il était de l'intérêt de tous de mettre lin à ce procès.

Comme on s*y attendait, l'audace des réacteurs ne fit que redoubler l'agitation qui régnait déjà dans les faubourgs. Le 4 germinal (24 mars), la séance de la Convention nit un moment troublée par un rassemblement de femmes de la section des Gravilliers , qui venaient demander du pain. Les arrivages de farine ayant manqué la veille , les Parisiens avaient été réduits à la doni-ration. T.a Convention consentit à recevoir une deputation de 20 femmes , qui exprimèrent avec colère la détresse de leurs malbenroises familles, et qui n'obtinrent que de vaines promesses; après quoi , aes patrouilles dissipèrent le rassemblement de ces Furies de ia guUk4ine, comme disait le sensible Fréron, dont les mains étaient si pures de sang.

Mais l'insurrection n'éclata que le 12, bien qu'elle eût été annoncée pour le 10, Jour de décadi et de réunion pour les

774' OBAHIHAL L*UI9I

sections. La journée fut moinsorageuse

au*on ne rayait cru. Seulement, le lenemain, 11 germinal, la seotinn des Quinze- Vingts présenta à la Convention une pétition énergique , rédiuée la Teille. « Depuis le 9 tJie rraidor , dit To- 1 dateur t nos besoins vont croissaot.

« Le 9 thermidor devait sauver le peu- « pie, et le peuple est victime de toutes « lés manoeuvres.

«On nous avait promis t|ue la Boç* «pression du maximum ramènerait « rabondance, et la disette est au com- " ble. Les incarcérations continuent.

« Le peuple enfin vent être libre ; Il sait «que quand il est opprimé, Vinsurrec-

• tion est un de ses devoirs, suivant « un des articles de la déclaration des « droits. p4Mirquoi Parts est-il êoiu m»unicffKUitéf Pourquoi les sociétés po-

• pulaires sont-elles fermées? Ot'i sont à nos moissons? Pourquoi les assignats «sont-ils tous les jours plus avilis?

«Pourquoi les fanatiques de la jeunesse u du P li >is aoyal peuvent-ils sett^fs'af fi sembler ?

« Nous demandons, si In justice n'est «pas un vain mot, la punition ou ta «mise en liberté des détenus; nous «demandons qu'on emploie tous les « moyens de subvenir à Taffreuse mi- «sère du peuple, de lui rendre ses «droits , de mettre promptement en « activité la constitution démocrati- « que de 1793. Nous sommes debout « pour soutenir la république et la U- « oerté.»

A son tour, le peuple faisait le procès à la contre-révolution , et la menaçait d'une nouvelle journée du 2 juin. Mais ses menaces étaient vaines , puisquMI n'avait ni chef, ni système bien arrêté; tandis que les réacteurs, au profit de qui tournaient les victoires de nos armées, victoires préparées par les dispositions énergiques du fçnuvi Comité de salut public, les réacteurs, en possession d'une loi martiale, et à la veille de signer la paix avec la Prusse, avaient asses de ressources pour ré^primer ce mouvement qui commençait, commè tous les autres, par une pétition bautaine, mais qui ne pouvait manquer de tourner cette fois au désavantage des assaillants. Aussi la majorité murmura- ,^eUe contre les pétitionnaires , et le pré-

ËRSi OBBMIHAL

sident, Pelet de la Lozère, leur fit-il une réponse bautaine.

Dans la soir( e du 1 1 , le mécontentement populaire tut a son comble, et on parla liautement d'une démonstration pour le lendemain. Par une circonstance curieuse, le 13 germinal tombait le l*' avril , journée ordinairement peu sérieuse. On s'étonnera peut-être de ce rapprochement et on Te trouvera peu fondé,- en ce sens que Tattaque étant venue du peuple, les réacteurs paraissent, sous ce rapport, à cciivcrt de toute responsabilité. Mais si 1 on se rappelle qu*une des causes du mécontentement populaire était le procès des anciens membres du comité de salut

1)ublic, et que Saladin, le rapporteur de a commission des vin^ et un , devait faire connaître sa décision le 12 germinal {V avril), alors on conviendra que les contre-révolutionnaires avaient pour ainsi dire le cboix du jour, et que, dans tous les cas, il leureûteté facilede mettre fin à l'agitation, en .ibnndonnant une d i sciission qu'avaient blâmée un si grand nombre d'esprits saines.

Quoi qu*il en soit , dès le matin du 12, l'insurrection commença dans ht section de la Cité par des rassemblements de femmes et d'enfants. On battit la générale. La population du Temple, du Marais let du faubourg Saint-Antoine, se leva presque tout entière. Les divers rassemblements se donnèrent la consigne , et les insurgés s'avancèrent sur les Tuileries , où siéeait la Convention, par les quais et ie oulevard , avec des bâtons , et ces mots écrits à la craie sur leurs chapeaux : Du pain; la eomHtutUm de 1793.

Il est a remarquer que , bien qu'ils eussent été prévenus et qu'ils eussent à leur disposition une loi martiale, 1^ comités du gouvernement ne tirent aucune tentative sérieuse pour dissiper l'émeute à sa naissance, et qu'ils ne convoquèrent les sections que lorsque les rasseuiblements étaient déjà en marche ou même arrivés. Il y a' plus , le premier détachement populaire parvint devant les Tuileries ne trouva autour de la Convention qu'une faible troupe qui fut promptentent écartée.

Ce fait seul aurait dâ ouvrir lea ymm aux membres de la Montagne, et les

MuilKAl. «MOMITAI.

empééhêr, dans ta crainte d*un ^let-

apens, de témoi^npr une satisfnction indiscrète au moment où Pavant-fiarde des insurgés, en grande ftjrtie composée de ftemmes et dVnfonts , pénétra dans la salle de la Convention, en criant: Dl$ pain! la conslîtution de 1793!

Imprudents qui oubliaient que tous les partis se ressemblent et manquent rarement d*abuser de la force, ils étouf* fèrent les murmures de la majorité par des applaudissements, et se compromirent |)ar des paroles dont leurs ennemis prenaient acte en secret.

Cependant les pétitionnaires font retentir les m^mes cris en agitant leurs chapeaux, et paraissent décidés à rester là jusqu'à ce ime TAssemblée ait fait droit a leurs aenrandes; ()uelques-uns envahissent les places vides et vont s'asseoir au milieu des représentants, sans cependant leur taire aucun mal.

Le premier mouvement de l'Assemblée avait été de se lever en masse, et de crier vive la république! mais cette démonstration qui ne prouvait rien, puisqa'il ne s'agissait pas d'une révolte royaliste, fut regardée par les insurgés comme un eneournîrejnent plutôt que comnie une menace. Lej^endre monta à la Uibune pour les détromper. A peine a-t-il prononcé ces mots : « Si la malveillance qui s'agite " que mille voix

l'interrompent en criant : A bas ! a bas ! nous n'avons pan de pain! Merlin de Thion?ille descend de sa place, se mêle à la foule, parle à plusieurs ouvriers, les éclaire, les embrasse; puis , obtenant la parole, il dit que les pélitionnaires n'ont aucune mauvaise Intention , qu'on a calomnié le peuple, et que quand il connaîtra les mesures que l'on a prises pour les subsistnnees , (juand il saura que personne plus que la Convention

fie veut ta constit^thn de 1793 Ces

derniers mots , sortant de la bouche' d'un thermidorien, sont accueillis avec acclamations par la foule comme un gage de réconciliation et couverts d'applaudissements. Alors Legendre parvient à se faire entendre, et à donner quelques explications sur le sens des paroles qui avaient choqué la muiti* tude. Le calme semble à la veille de se rétablir, lorsqu'un nouveau détnrhement pénètre, comme le premier, dans l'ea-

ceinte de la Conwntfon, en eéfant : tht

pain ! du pain ! la constitution é/e ] 793 ! Le tumulte est au comble. Cette fois , les montagnards eux-mêmes paraissent désirer réioignenwnt du peuple autant

?|ue tes thermidoriens. Gaston et Duroi ont de vains efforts pour déterminer la foule a sortir et à laisser la Convention délibérer sur leurs demandes. André Dumont^qoi a remplacé un des seerétnires au bureau, invite les pétitionnaires à défiler, à se réunir ensuite, et à nommer une députation qui exprime leur vœu. Ainsi voilà un des cheft de la réaction qui conseille aux insurgés de formuler leurs demandes. Le montagnard Uuguet essaye de le faire « ... L'a- « mour de la pétrie, dit-il , la nécessité « de rétablir le crédit des assignatSi « voilà ce qui amène ici ces citoyens, « et non pas l'envie de demander un « tyran. Savez-vous ce qu'on veut au- « jouNPhui ? C'est la constitution de « 1793 (la foule : Oui! oui!). Je de- « mande, pour tranquilliser le peuple, « la liberté des patriotes. Donnez du « pain au peuple, organises sur-le-

« champ la constitution »

A peine les applnudissements qui couvrent ces paroles ont-ils cessé, qu'on voit paraître un homme qui se présente comme orateur du peuple, et qui demande la parole en son nom : c'est f^'ajteck, relui qui commandait la section de la Cite, lors de l'insurrection du 31 mai et du 9 jufn. « Représentants, dit- « il, vous voyez devant vous les hom- « mes du 14 juillet, du 10 août et en-

« core du 31 mai Mettez un terme

« à vos divisions , elles déeMrent la twc trie, et la patrie ne doit pas iot^fiir « de vos haines. Faites-nous donc jus- « tice de l'armée de Fréron, de ces « messieurs à bâton... Où sont passés « tous les grains qu'a produits la ré- « coite abondante de l'annéederniére?...

« Et toi , Montagne sainte, qui as tant « combattu pour la république, leshom- • mes du 14 juillet, du 10 aoét et d« « 31 mai te réclament dans ce moment « de crise; tu les trouveras toujours a prêts à te soutenir, prêts à verser leur « sang pour la république.

« Les citoyens pour lesquels je parte «veulent la constitution de 1793; ils « sont las de passer les nuits à la porte.

«BftMlHAIi L'UNIVERS. 6i»IIIIIAL

« des boulangers : il est temps (|ue

«'celui qui fait venir les subsistances, « qui a fait la révolution, puisse.subsis- « ter. rsous vous demaudons ia liberté « de plotiears nuilliers de pères de fa- « mille patriotes qui sont inearcérés » depuis le 9 thermidor. Si vous avez » changé Tordre de choses qui existait « avant cette époque, ee n*est pas sar « eux que doit tomber votre colère; « c^est vous seuls qui avez eu tort. La « section de la Cité n'est point accoQ> « ttimée à vous faire pérore un temps <t précieux par des flagorneries dignes « au cabinet de Versailles; aussi vous « ai-je parlé énergiqueinent en son « nom. »

Ce discours, cent fois interrompu

par les applaudissements de la foule et de la Montagne, fit beaucoup plus de mal Que de bien. Il avait le tort d*étre 110 véritable anachronisme, et de jeter des menaces vaines à des ennemis qui gardaient en réserve des forces redoutables. A cette époque, les hommes du 14 juillet, du 10 noiH et du 31 mai, étaient déjà -à moitié vaincus; à cette époque, on pouvait se passer de leur énergie, parce que l'étranger n'était plus à cramdre; et le souvenir de leurs excès, en grande partie causés |)ar l'imperfection de leur doctrine, qui oonsistnit à améliorer le sort du pauvre au détriment du riche, ce souvenir disposait l*opinion publique en faveur des chefs de la bourgeoisie d'alors, quoiqu'ils tombassent eux-mêmes dans une erreur semblable, puisqu'ils ne savaient faire du bien au riche qu^en faisant du mal au pauvre. Ce fut cette double erreur du parti populaire et du parti bourgeois qui empêcha la révolution de porter tous ses fruits et de fonder un gouvernement durable; comme ce fut la rivalité des royalistes partisans de la branche aînée, et des royalistes partisans de ia branche cadette, qui permit aux lépuUicains de déjouer si facilement toutes les tentatives de restauration monarchique. Parmi les thermidoriens, la plupart, à l'exemple de Taliien et de Fréron, travaillaient pour le jeune duc de Chartres; parmi les girondins, le plus grand nombre, comme Henri Larivière, Isnard , Aubry, Saladin , Lanjuinais,et peut-être même Boissy-d'An-

glas, avaient jeté les yeux sur le jeune

dauphin pour en revenir à leur ancien projet de régence , ou même , à défaut du dauphin , acceptaient Louis XVIII.

Mais derrière tous ces partis, il y avait l'armée qui était encore sincèrement révolutionnaire, et qui devait finir par discipliner et par enrégimenter tous ces prolétaires, tous ces bourgeois, tous ces royalistes de toutes couleurs et de toutes nuances. Alors le sabre d'un soldat de génie dictera la loi à la France et à l'Europe entière , Jusqu'au moment où

11 se brisera , comme toutes les armes purement révolutionnaires , sous les efforts immodérés de son maître.

Mais, pour en revenir a la séance du

12 germinal , le discours virulent de Vaneck ne fit qu'augmenter la confusion, et interrompit pendant lonatenips la marche de l'Assemblée. Les interpellations $e succèdent : un citoyen de la foule demande que le représentant du peuple qui a paru improuver quelque chose dans le discours de Yaneck, le dise tout haut. guHl le dise! s*écrîe l'imprudent Duhem , qui avait si cruellement attaqué Robespierre dans la séance du 9 thermidor, et qui ne se doutait pas alors que son tour était si près de venir. Le président se couvre.

Quand le calme fut un peu revenu , le président se découvrit, et répondit à la section de la Fidélité, dont une députation était venue demander à peu près la même chose que Vaneck, mais dans des termes plus convenables. Puis se succèdent à la barre plusieurs dej)Utations de sections, dont le plus grand nombre protestent de leur attachement pour la Convention nationale, qu'elles invitent à ne pas se séf»arer avant d'avoir établi le régime constitutionnel , et quelles remercient d'avoir rendu le retour de la terreur impossible, par l'engagement qu'elle a pris de mettre en vigueur, par des lois organiques, la constitution de 1798. Plusieurs dépatalions déclarent que si les sections qui les ont envoyées ne se présentent pas en masse pour témoigner de leur fldélité à la représentation nationale, c'est parce que en route elles ont appris qu*un ordre appelait tous les citoyens sous leurs drapeaux , et qu'elles se sont empressées d'obéir. De toutes ces mani-

«EBMINAL

FRANCE. GBRMINAL

festations, il résultait deux choses évidentes : l'une, que la majorité des sections était animée de sentiments tels, que 8Î le gouvernement TeAt touIq « le Tassemblement populaire n*eât pas ea le temps de se former, et , en tout cas , n'eût pas réussi à violer l'enceinte de la Convention; l'autre, que l'opinion publique, divisée siir la question de savoir s'il friM iit on non punir Billaud , Collot, Barrère et Vadier, avait pris ati sr-rieux la déclaration par laquelle la Convention 8*était engagée à respecter la eonstitution de 1793, déclarée la loi suprême de l'État par Sieyès lui-même, dans la séance du 4 germinal, aux applaudissements unanimes de TAssemblée. Bien plus , la majorité des membres de la Convention pirtageait les sentiments de Topinion publique sur ce point. Il n'eiU donc pas été difticile de satisfaire la masse des insurgés, qui voulaient avant tout qu^on mit (in à la fominë et à la réaction.

Mais les meneurs girondins, et, comme eux, Tallien, Fréron, Barras,

ne voyaient pas avec, plaisir ce besoin énéral de réconciliation , qui eût arrêté ans sa marche ascendante le mouvement contre-révolutionnaire. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le président, Pelet de la Lozère, qui rerevait le mot d'ordre de Sieyès, de Boissy-d'Anglas et de Rewbell , alors unis , ne fit rien pour éclairer la multitude. Il 8*oublia même jusqu*à prononcer des paroles insultantes au moment où , ^r^ca nux discours des députations des sections , la foule était prête h comprendre ses torts. « La Convention , dit-il, aura le courage « de dire la vérité. Les rorfaUstes et les « assassins cherchent à exciter un mou- « vement. » C'est alors que Choudieu , indigné de cette injure, que Pelet lui* même savait calomnieuse, s'écria, en montrant le fauteuil du président : « I^e « royalisme î il est /à/» Pelet riposte en menaçant les insurgés de la foudre.

« La roudre, dit Rnamps, c'est ton ar- « mée du Palais-Rnyal. » Le fougueux montagnard oubliait la loi de grande police nouvellement rendue. Pelet la lui rappela en ces termes : « La Gonven- « tion connaît le dévouement et la « force des bons citoyens de Paris, K et c^est avec les armes de la vertu

« qu*elle frappera \ti&re$tes du crime, r> Ces paroles se retrouvent dans le compte rendu du Moniteur, qui , à la vérité, met à chaque instant dans 11 bouche du président cette invitation:

« Citoyens, la Convention vous engage à défiler. » Mais la feuille officielle convient aussi que le président n'en continaait pas moins à entendre les orateurs des sections et à leur répondre; tandis que le vrai moyen de dissiper la foule eût été de lever la séance. Le Moniteur convient encore que les montagnards eux-mêmes désiraient l'éloignement des |)erturbateurs , puisque Châles, Monel et Duhem demandèrent la parole contre le président, qui, suivant eux, ne ûisait pas son devoir, et le sommèrent da donner ordre aux bons citoyens de se retirer, pour permettre à l'Assemblée de délibérer. Lnfin (et ceci donnerait à croire que les meneurs auraient voulu une émeute plus sérieuse , dans le £;enre de celle qui eut lieu le 1*^' prairial), ce ne fut pas le président qui prévint la foule que, pendant qu'elle se compromettait ainsi, on battait la générale) ce fut un montagnard, re fut Duhem.qui lui annonça cette nouvelle, et qui ajouta

3u'on assurait que le tocsin du pavillon e rUni^ avait sonné, sans qu'on pût dire par quel ordre. Vainement Prieur de la IVlarne donna un moyen de faire sortir la multitude, en déclarant que la Convention ne désemparerait pas sans avoir statué sur l'objet de ses demandes, le président répondit qu'il ne pouvait consulter l'Assemblée que lorsqu'elle serait en état de délibérer, ajoutant, du reste , que la Convention prendrait ton^ tes les mesures possibles pour assurer du pain au peuple, et qu'elle ne souffrirait pas qu'il fût tait d'injustice à personne. Mais alors, on ne peut trop le répéter, pourquoi ne pas lever la séance? • pourquoi laisser les montagnards se compromettre? Voilà une faute dont Pel^ de la Lozère ne pourra jamais se laver dans Tbistoire, en supposant que ce ne soit qu'une faute. Il est permis d'en douter, lorsqu'on voit plus tard, dans la séance si déplorable du t*' prairial, Boissy d'Anglas, auquel , du reste, on ne saurait refuser le mérite du courage, suivre le même système de conduite, et prendre au même piège les

«BftMIHAI. LOTNÎVERS.

«EBMIITAL

derniers chefs de la Mrfntagne, nouvellement arrivés de rarmee. Il fallait done aux girondins plus qu'une réparation du 31 m ni et du 2 juio$ Us avaient soif de vengeance.

Choudieu interpelle de nouveau le président, et demande formellement qu'il soit remplacé, s*il ne veut pas faire son devoir. Il njoute : «.le déclare aux bons a citoyens qui m'entendent » (il y avait beaucoup d'agents provocateurs dans la firale), «je déclare ^u*on leur tend un « piège en /es faisant rester ici. On veut « dire que la Convention n'est pas libre, « et Ton veut sonner le tocsin pour la « faire sortir de Paris. » Cest alors seulement que Barras vint, au nom du salut public , sommer les citoyens étrangers 4 ia Convention de sortir. Aussitôt une partie des insurgés commence à déGler, puis la section de Bon conseil et la section de la Uaile au blé sont admises à la barre. Leur langnge n'a rien que de rassurant pour la Convention ) elles ne veulent plus du régime de la terreur; mais on voit aussi (ju'elles sont lasses de la réaction. Le calme est complètement rétabli , et les restes de la foule oéfilent aux applaudissement!

de la Montagne et des tribunes de Pextrémité i^aucbe. Les députés patriotes se réjouissaient de voir le peuple échapper au piège du Pavillon ae VUrùté} ils ne se doutaient pas encore qu'on allait bientôt leur faire rendre compte de leurs paroles, de leurs applaudi&semeats, et même de leur attitude.

Pour le moment, tout semble rentré dans l'ordre naturel. Boissy d'Anglas monte à la tribune \m\T achever son rapport sur les subsistances, et faire aaeepter un projet de décret dans le bot d*assurer les arrivai^es. Seulement , comme par manière de transition, les députes de la droite et du centre commencent à échanger des paroles irritantes avec les menibres de la Monlagne. C'est Barras qui a donné le sii^nal, et déjà r^ecointre de Versailles, therniidorien repentant , s'est fait rappeler a Tordre.

Mais Porage, un moment iospendu,

éclata tout à coup, lors(|u'au nom du comité de sàreté générale , Isaheau vient amoneer que Te député Auguis , chargé par le comité de parcourir les

.différents quartiers de Paris (sans escorte suffisante), a été attacjué et blessé, et que maintenant encore \\ est retenu prisonnier (!nns une section. Pour exciter plus fortement encore l'indignation de l'assemblée , Isabeau ajoute : « Cet «événement ne vous étonnera plu8« « lorsque vous sauret que œ matin, en- « tre dix et onze heures, un homme « placé à cette tribune , en face du prea sident, écrivait avec un crayon la « liste des représentants qui devaient « être proscrits. « Puis jetant un coup d'œil rapide sur les événements de la journée, il ajouta : a Le rassemblement « de ce matin a commencé» comme tous « les autres rassemblements , dans la « section de la Cité, par des femmes et « des enfants qui se sont portés chez « les boulangers. Ils ont empêché les « citoyens paisibles de recevoir la /ïor- « tion qui leur était destinée. Ils ont o ol)lii;é les antoiités constituées, qui « du reste ont Jail leur devoir, de leur « donner une caisse qu'ils ont battue « dans les rues. L'incendie a bientôt « gagné, on a répandu mille bruits afa freux pour exciter à l'insurrection. On « a dit que la section des Gravilliers « avait été désarmée la nuit derniè* « re; qu'un grand nombre de députés « avaient quitté Paris. Calomniateurs « infâmes, venez voir cette assemblée , « regardez combien elle est nombreu- « se, et jtiiîez s'il est encore permis « do dire que les représentants du peu- « pie désertent leur poste.... » Et il termina en proposant de déclarer au peuple français qu'il y avait eu attentat contre h liberté des délibérations de la Convention , et que le comité de sûreté générale ferait rechercher et traduire devant le tribunal criminel de Paris les auteurs et iustigateurs de cet attentat. Ce projet de décret excite les murmures des montagnards , qui devinent enfin rarrière-pensée de leurs ad* versaires. Thibaudeau prend la parole pour l'appuyer. Ce rôle lui va moins nud qu'à un autre , parce qu'il a eu le bon sens de ne pas paraître dans rassemblée tant que la multitude avait en»

combré le lieu de ses délibérations, « Le temps dea faiblesses estpassr , » dit-il , aux ai)plaudissementi> des reacteurs, dont quelques-uns s'écrient, eo

«nuairiL

niontrdnf la Montagne : « LettuMstim du peuple, les voilà! » Un montagnard

ayant rp|>ro( hé n 'I hibaudeau dr s'/^tre sauve, le président le rappelle à l'ordre, et ajoute : • Non , Tliibaudeau ne s'est « point saD?é, il est resté à son poste, et « toi, as organisé la guerre civile. » Cette sortie était plus audacieuse , ou même , si l'on veut , plus adroite que iuàte et noble ; car , en définitive , si Thib.iudeau avait bien fait de s'absenter, Pelet de la Lozère avait eu tort de

S'en faire pas autant. Sa faute était 'autant plus grave, qu'en sa qualité de président, il eût tout empêché par sa retraite, et ce n'étnit pas lui qui avait te droit de reprocher à d'antres d'avoir organisé la guerre civile. Mais dans les révolutions il semble qu'on se croit justifié d'un fait, quand on a l'audace d'accuser ses ennemis de ce même fait.

Tliibaudeau continue de parler ; quand H a fini, on va aut voix, et le décret, présenté par Isabeau au nom du comité de silreté pencrnlo, est adopté «ans ue la Montagne prenne part à la déliération.

Alors commencent les récrimînationi

les plus violentes contre la Montagne et les montagnards. Cbénier en donne l'exemple , Barras n'oublie pas de i'iiliitpr -j suivant lui , c'est Inutilement qu'on mvoquela Montagne, il n'y a plus que la Convention du 9 thermidor. Thibault prétend qu'on a demandé la téte dé Tallien et de Fréron. Après cela , André Dumont n'a pas de peine à reconnaître que le moment des dénonciations est arrivé, lui qui, d» puis In mort de R()bespierre , n a jamais cesse de prêcher la clémence en demandant chagiie jour de nouvelles têtes. Il dénonce Châles, Choudieu, Fonssedoire; il dénonce la Montagne tout entière, qu'd a l'effrontcrîedereprésenter comme royalîMe. A son avis , le seul but du moU* veulent avait été d'empêcher la Convention (le prononcer sur le sort de (rois brigands qui avaient inondé la répubUque de sana. Ce n'est pas nous qili prendrons la défense de Billaud-Varennes on de ColIot-d'Hrrhois ; mais André Dumont exa^^erait, suivant sa coutume. lorsqu'il disait 4ue le motivement n'àvdit psA eu d'autre but que de sauvéir les aocdsél. Le principal désir du

peuple était (|e mettre ùn h l'anarchiç conventionnelle et à la réaction qui OQ était à la fois la cause et la conséquence, Cepejidant on doit rendre cette justice à André Dumont, aue, contre l'attente énérale, il demanda , non pa$ la mort es trois brigands» mais seulement leur expulsion du territoire français. Sa proposition fut accueillie par les applaudissements les plus vifs, et décrétée $ur4ëchamp.

Après les dénonciations, les arrestations, Crassons et plusieurs autres montagnards s'etant plaints de ia précipitation avec laquelle la majorité avait voté l'expulsion de Rillaud, Collot et Barrère, et ayant réclame l'appel nominal , Bourdon de 1 Oise vint au secours d'André Dumont, et montra oo'îl ne voulait pas rester au-dessous d'un tel émule, n Je demande, dit-il, que cet « appel nominal, qui est le dernier ef- « fort d'une minorité rebelle, soit envoyé « dans les départements. Je demande « aussi l'arrestation de Chales, Choua dieu et Fonssedoire. » L'assemblée trouve la conséquence digne des prémisses, applaudit, et vote le tout.

En ce moment, c'était celui de l'exécution, Tallien remplace Pelet de la Lozère au fauteuil. Il rappelle l'asseniblée au silence , et invite les citoyéns des tribunes à seconder la Convention par leur énergie. On lui répond par des applaudissements redoublés qui, bien que

i)artisdes tribunes, n'ont plus rien u'ilégal, maintenant qu'ils isont en faveur du parti réactionnaire.

On fait lecture de la rédaction des deux décrets que l'assemblée vient de rendre, et, sur la proposition de Fournier, on décide que Vadier sera déporté comme les trois membres de l'ancien comité de salut public. Cette décision est suivie des cris de vive la f^mbU' que ! vive la ConvenHtm!

Sur ces entrefaites, on reçoit une lettre d'Auguis, que les comités, maitres de tant de forces cependant , n'ont pas encoie délivré. La Convention envoie la force armée au secours du représentant prisonnier, et se déclare en permanence Jusqu'à ce qu'il soit rentré dans son sein. Bièntdt on voit Isabeau , organe du comité de sûreté générale, rmrati^ à la tribune avec tous lès ^mptômès dé

GERMINAL

L'UNIVERS

GERMINAL

la plus vive indignation. « Encore un « nouvel attentat, dit-il; la faction qui a « arrêté Auguis a fait feu sur votre col- « lègue Pénieres, et prdbaUnnent il est « mort.» La vérité est que Pénières, qui s'était aventuré aussi follement qu'Auguis dans les rues de Paris , avait été arrêté par quelques agitateurs, et qu'un ooap 4le feu avait retenti à ses oreilles, mais sans l'atteindre. Pénières était donc en tout état de santé pendant que le trop sensible Isabeau annonçait, non sans ({uelque légèreté, sa mort a la Convention. L'assemblée n'en ressentit pas moins ime douleur profonde, et Barras profita de son émotion pour faire nommer un eommandant eénëral de la force armée de Paris. Ce fut le général Pichegru, nouvellement revenu de sa brillante campagne de Hollande , que Barras fit appeler à cet honneur. Legendre demanda et obtint que Merlin de Ttilonville et Barras fussent adjoints au général Picliegru. La contre-révolution sentait le besoin de se cacher derrière les Tidtoires des phalanges républicaines.

Peu de temps après, Auguis entra dans la salle. Quand les applaudissements eurent cessé, il raconta ses aventures. Il résulte de son récit ^u*il a été

insulté ; que deux citoyens gui l'accom-

f)agnaient à cheval ont été séparés de ni ; qu'on a déchire son sabre ; enfin qu'il a reçu un coup de pique à la lèvre et un autre à la main... Des furieux lui arrachèrent son érharpe; mais il convient que le plus ^rand nombre des cito)rens le .respectèrent , qu'il entra de lui*méme, et non pas comme ])ri<:onnier , dans le corps de garde du Petit- Pont. Les citoyens qu'il y trouva lui dirent : « Si c'est ici le lieu de votre « tombeau, ce sera aussi le ndtre. » C'est par eux qu'il a été escorté et conduit à la Convention. Mais alors pourquoi cette lettre de détresse écrite à l'assemblée, lettre où Augui;: se représentait comme retenu prisonnier et ayant besoin de secours ? André Dumont sentit le côté faible de l'aventure , car il s'empressa d*invoquer un autre souvenir.

« Il faut que cette journée soit com- « plète, dit-il; Vassassinat de Pénières « m'ouvre les yeux ; » et i^l demande l'arrestation de Huguet, qui avait conseillé

au peuple de ne pas abandonner ses droits. L'arrestation est prononcée.

Moins heureux, Giraud de l'Aube provoque Inutilement un décret d^arrestation contre Milhaud (du Cantal) et Villars (fie Châlons).

Après la lecture d'une proclamation aux citoyens de Paris , présentée par Mathieu', organe du comité de sûreté générale, les dénonciations et les arrestations continuent. A la demande de Fréron, qui annonce que le fil du complot n'est pas encore entièrement coupé, et que les restes de la faction se sont retranchés dans la ci-devant église de Notre-Dame, la Convention décrète que les députés frappés d'arrestation seront tranmrés au château de Ham. Puis, en passant , Fréron fait prononcer l'arrestation de Léonard Bourdon , son ancien complice dans la journée du 9 thermidor, maintenant en brouille avec les réacteurs. Vainement Thibaudeau, s'apercevant qu'on va trop loin et qu'on l'a pris pour dupe , s'élève contre la translation an fort de Ham , et dit que l'arrestation, en pareil cas, ne doit être qu'une mesure intérieure , la majorité ne l'entend plus, maintenant qu'il ne flatte plus ses passions. Un député que le ManUeur ne nomme pas n'a qu'à prononcer ces mots : On lue nos col' lègues, et vous manquez d énergie, pour faire décréter le maintien du décret obtenu par Fréron.

Quelques minutes plus tard , et l'argument de Vinconnu tombait de luimême ; car Isabeau parait enfin, apportant des nouvelles de Pénières , et ne sachant pas trop comment revenir sur les données de sa première narration.

« Il a été attaqué, dit-il, il a été séparé « de ceux qui l'accompagnaient, jeté par « terre, et l'on a liiit feu sur lui (mouve- « ment d'horreur) ; mais le génie de la « république ta préservé. » Le bruit de sa mort avait donc été légèrement répandu ? Et cependant c'est ce bruit qui a ouvert les yeux à André Dumont, c'est sur ce bruit (|u'ont été prises les mesures de rigueur! Aussi, pour empêcher qu'on eût le temps de faire ces réflexions, Isabeau se hflte-t-il d'ajouter: « Dans ce moment , i! est encore pri- « sonnier entre les mains des factieux de « la section du Panthéon ; mais les co-

CSEflMiNAL

FRAiNCE

GERMINAL

1 mités ont donné des ordres pour sa dé- « livrance. «Or, cette dernière'nouvelle n*était pas plus exacte que la première, ainsi qu'on ie verra tout à Tneore. En effet, après qu'André Dumont eut fait décréter l'arrestation de Runmps, coupable d'avoir dit que les comités du gouvernement trahissaient la répabli(]ue, on vit arriver le représentant Pénières, dont la pudeur devait être un peu émue par les applaudissements qui fêtaient son retour. Il est curieux de lire, même dans le Moniteur, le récit de son incartade et de ses dangers imac^inaires. Auguis, au moins, avait reçu de légères i)iessures; mais lui qui, a la nouvelle de Tarrestatîon de sou collègue , avait entrepris d'aller briser ses fers à la tête d'une troupe de trois cavaliers , dont deux gendarmes et un commandant qui le quitta en chemin, lui , Pénières, il n'avait pas la moindre égratignure. Sur la place du Panthéon , arrêté par un groupe de factieux , il piqua des deux ei gagna é» chemin, 11 passa , toujours piquant des deux , devant un premier corps de garde où , le prenant sans doute pour un cavalier dont le cheval a le mors aux dents , on voulut l'arrêter ; mais peine inutile, grâce à la vitesse de son coursier. Un second corps de garde se trouve sur son passage; il pnsse encore malgré les efforts de ceux uui veulent Tarreter ; mais un coup de fusil est tiré sur lui ou sur son cheval. Par un bonheur miraculeux, ils ne sont atteints ni l'un ui l'autre. Aussitôt que Pénières a entendu la détonation, il pique de nouveau, et court à bride abattue sans savoir où il va, car, au milieu de ce tumulte, il ne reconnut plus son chemin. Il erra ainsi jusqu'à ce que son cheval s'abattit soit par suite d'un faux pas , soit parce qu'on lui avait mis des piques entre les jambes. Voilà donc Pénières arrêté dans sa course par une foule de gens qui, ayant entendu la déchiurge, criaient : Jux armes ! Le plus curieux , c'est qu'on le prit pour l'individu qui avait tiré ie coup de fusil , et que , plutôt que de démentir ce bruit, il se hiissa conduire au comité civil de la section, sous l'accusation d'avoir tiré sur le peuple. Là seulement il avoua la vérité i et bien qu'il y edt de torts indfcca pour croire que tout ee brait avait

été causé par la décharge d'un des deux pistolets attachés à l'arçon de la selle , on traita Pénières avec tous les égards dus à son caractère de représentant du peuple ; on demanda qu'il fut reconduit a son poste, et on nomma une députa^ tion pour l'accompagner. Telle est la substance, telles sont même presque littéralement les expressions de la victime , racontant ses malheurs à la tribune de la Convention.

Il était temps d'abréger cette scène, qui connnençait à devenir ridicule; aussi la Convention ne tardâ t elle pas à suspendre sa séance (six heures du matin) , mais seulement après avoir prononcé deux nouvelles arrestations, celles de Duhem et d'Amar , et après avoir déclaré, au milieu des applaudissements, que les citoyens qui avaient pris les armes pour défendre la repré> sentation nationale avaient bien mérité de la patrie.

Le lendemain (13 germinal), la force armée n'eut pas grand'peine à disperser les quelques rassemblements qui s'étaient rormés , l'un dans la section des Gravilliers , en faveur de Léonard Bourdon ; un autre à la barrière de Chaillot, dans l'espoir ou sous le prétexte d'empêcher de passer les voitures qui emmenaient Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois et Barrère ; Vadier avait réussi à s'échapper. A la salle de la section des Quinze-Vingts , un groupe de mécontents essayèrent de délibérer ; mais ils ne purent se mettre d'accord.

Piebegru lit vider la plaee sans avoir besoin de recourir à la force: A trois heures du matin, il se rendit à la barre de la Convention , où il ne dit que ces mots : «■ Représentants, vos décrets sont exécutés. »

Le succès de la réaction était donc complet. Néanmoins les impatients n'étaient pas encore satisfaits : pendant quatre jours consécutifs, on s'occupa encore de dénonciations. Enfin, le 16 germinal (5 avril) , un décret d'arrestation fut lancé contre Moïse Bayle, Thuriot, Gambon , Granet de Marseille, rientz, Maignet, Lerasseur de la Sarthe, Crassous et Lecointre de Versailles. Fouche , d'abord assez vivement inquiété, avait, comme toujours, trouvé moyen de m tirer d'affidre ; leii*

lenient çqtU fpi$ , il n'avait aussi jïUn dioisi son camp que daqs la journée du 9 thermidor.

On ne doit pas non plus pas«îer sous silence un fait vraiment divine d'attention , c>st i;i r^^rai^ et Tespèce d obscurité où semblé «0 condamner le comité de salut public , pendant la mêlée. De là, cependant, venait la haute direction; de là Sieyès avait fait sortir sa loi de grande police; de là i\ avait conduit tOU9 les fils de Tintrigue. Comment s'en étonner? Sieyes eut toujours pour habitude d^ se cacher au moment oà il frappait ses coups les plus forts ; aussi Robespierre l avait-il surnommé la iaupe de fa révaluthm. Peu de temps après, qu.uid vint l'insurrection de prairial, Sieyès était e;)pore bien n^oifîs en évidence. Il (itait parti avec une mission diplomatique pour la Hol ande; mais il avait laissé sa lui de grande police, qui devait agir pour lui. ii^Ur de la majorité do I9 CQnventibn liepuis le lappci aes soixante et treise et des girondins proscrits ; sûr de pouvoir mettre au service de In Convention une partie des troupes que les victoires du peuple avaient rendues disponibles, il ne craignait plus d'activer la réaction, maintenant que la reaction avait à son service riobtrument de ia lui et de la Jui ve. Âvte éê pareilles ressources , il savait qu'il serait possible non-seulement d'amender la constitution de 1793, mais encore de la dénaturer ; qu'il serait pos- M» |ifKi-S0nleniept d'empécber la ^ volutioD à» renaître de ses cendres, mais encore de fustiger le peuple et de le destituer du véritable rang qu'il doit occuper dqns une sa^e démocratie. Si nous la blânions, ce n*€9t pss d*avoir compris qu'un peuple ne peut pas toujours vivre en révolution , c'est d'avoir remplacé le système révolutionnaire par une maovanM ttntative d'organisation , d'avoir txagéréun bon principe, et surtout d'avoir employé de mauvais moyens dans un mpoient où il n'edt

£as été difficile d'en employer de meiU !urs, puisque toutes les classes de la société sentaient le besoin d'une réconciliation générale. Au 18 brumaire, on s'aperçut , mais trop tard » que ce «'est pas avec des moyens de rose et de • Yioleoee qufun graad peuple doit pas-

ser de l'état révolutionnaire 9U rçgiipe de Tordre et de la li|)erté. ^ '

Geruiny, ancienne seigneurie à 16 kiloni. de Nancy, érigée en comté, en 1724, en faveur i|e Joseph le Bègue, garde des soeaui du duc de Lorraine.

Germon (B.), jésuite, oé, en 1663, à Orléans, où il monrut en 1718, est surtout connu par ses noinbretises disputes avec les bénédictins de Sainttiaur, au sujet de Tauthenticité des pièces citées dans ia Diplomatique de doni ÎSIabillon. Cette querelle terminée, Germop ^attaqua l'his^^ire des congrégations de AnxIUis do P. Serry, doitiipiicain français, ce qui donna lieu à de nombreux écrits de part et d'autre. On a de lui : De / eieribus regum Francorum diplomatibus dUserlaiio, Paris, 1703i in-13 : elle fut suivie de trois autres ; 20 Lettres et questions sur IhiS' toire des congrégations de Juxiliis ; 3" Traité théologique sur les cent et une proposUknu immcien dans la butte VnmenUue.

Gernsbach (combat de). — Le général en chef de l'armée de ^Uin-et- Moselle, Moreau, qui, après avoir effectué sou célèbre passage du Ebin à Kehl, et remporté, à Renchen , une brillante victoire sur les Autrichiens, n'avait pas pruGté de leur première stupeur pour les écraser, résolut enQn de les attaquer de nouveau. La bataille, dite de Rastadt, n'eut lieu que le 6; mais, la veille ô , Moreau ordouna au général Taponnier, qui commandait la seconde division du rentre, de pénétrer dans la vallée de la Murg, et de s'emparer de Gernsbach, d'où les ennemis pouvaient inquiéter la gauche de i armée. Dès cinq heures du matin, les troupes, après s'être avancées sur la route de Bade à la laveur de la nuit, attaquèrent le bourg, et l'emportèrent malgré la résistance opiniâtre de trois bataillons quj le défendaient.

Gëron« (sii^ et prise de), Yoyci

GlROi\£.

Gers (département du). — Ce département, f}Ui tiire son nom de la rivière

du Gers, est un de ceux qui ont été f'ormés de la Guienne , et comprend , outre la majeure partie i^e l'Armagnac, une petite portion du Commingies. ' Sitiié

dm ta 1^09 «u^rouest ite h ffVM^t

«mon

il est borné, au nord, par le département de Lot-et-Garonne; à l*ouest, par

celui des Landes; au sud , par ceux des Basses et Hautes-Pyrénées; à Test, par celui de la Haute-Garonne; au nordest , par celui de Tam-et Garonne. Sa superlicie est de 625,868 hectares, dont environ 333,585 en terres labourables; 87,772 en vijines; 60,866 en prés; 59,276 en l>ois; 35,711 en landes, pâtis et bruyères; 20,634 en cultures diverses, etc. Son revenu territorial est évalué à 16,415,000 fr.; et il a payé à l'État, en impositions directes, eu 1889,2,081,7«9rr.

Les rivières principales de ta région située sur le bassin de la Garonne sont : la Save, la Ginione, l'Artois, le Gers et la l^ayse , atiluents directs de la gauche du fleuve. Une petite portion du cours de l'Adour arrose l'angle sudouest du département, et y reçoit l'Arcos et la Lees; la partie occidentale est àussi arrosée par la Midou et la Douze, affluents de rAdour. Le pays est traversé par 8 routes royales et 17 départementales. C'est dans ce département

âue commencent les premiers gradins u va^te atnphitbéâtre qui se termine aux sommités des Pyrénées. Aussi le sol est-il généralement montueux et élevé, coupé de gorges et de collines.

Le Gers est divisé en cinq arrondissements , dont les chefs-lieux sont : Auch (chef lieu du département), Mirande, Condoin,Lectoure, Loni|jez. Il renferme 39 cantons et 497 communes.

t<a population est de 312,882 hab., jKirmi lesquels on compte 2,230 électeurs représentes à la chambre par cinq députés. Le département fait partie de la 20* division militaire (Toulouse) , et du 24* arrondissement forestier ( Pau).

Il est du ressort de la cour royale d'Agen et de Tacadémie de Cahors. Aucli est le siège d*un archevéclié qui a pour suffragants les diocèses ifAuch« iTAire, de Tarbes et de Bayonne.

Parmi les noms distingués dont s'honore le département, on peut citer ceux du duc de Roquelaure, de Tantiquaire Sabatbier, du maré< bal Laones, (lu |;énéral Siibervie, etc. , etc.

Gebsuis j;Jeau CUarlierde)^ TUlustre docteur émngéliqm et très-chrétien, naquft (en 1869,- près de Eetfael, diocèse

de Reims, dans le hameau de Gerson , dont on lui donna le nom* Ce fut % M

ris, au collège de Navarre, quMI vint achever ses études, et prendre ses grades en théologie. Il était docteur de cette faculté, curé de Saint-Jean ei| Grève, et chanoine de ISotre-DnMe, qtiand il fut appelé à son éder à Pierre a Ailly, son ami, dans l'éminente dignité de chancelier de Tuniversité. Au miliet| des désordres épouvantables où se troi^ valent alors plongées l'Europe, la France et rÉi^lise, le vertueux Gerson comprit toute la gravité de sa mission ; mais ii ne tarda pas à ftire l'expérienca des obstacles qui devaient s*opposer à son accomplissement. Quand il voulut rétablir la discipline dans les écoles, réprimer les abus , il ne recueillit de sop zèle que dUimers dégoâts, de profonds découragements. S'il resta clmncelier, ce ne fut qu'à la sollicitation de ses amis, et en particulier du duc de Bourgogne. Cependant, ce génie essentiellement contemplatif et religieux, cette âme tendre et simple, était plus propre qu'il ne le croyait lui-même, à soutenir un rôie dinicile sur la scène politique.

La première démarche du chancelier fut de se rendre, an nom deTuniversité, alors parvenue à Tapogée de sa nuissance, devant le malheureux ^arl« VI, pour lui signaler, dans un discours qui notis a été conservé , les calamités où les fautes des princes entraînaient le royaume. Après avoir énuméré les ex* cès des seigneurs , dont la dissension est trop nuisable et rechH toute sur le pauvre peuple, et les maux causés aux yens petirs.pw les variais de car* tains grands, etiolérés par les maîtres, il dit au roy : « Toy, prince, tu nefaiets « pas tfh maux, il est vrai , mais tu les « souffres ; advise si Dieu jugera juste- • ment contre toy en disant : Je né te «punis pas; mais si les diables d'enfer R te tourmentent, je ne les empe&cberai <t point. »

En entendant ces paroles, le duc d'Orléans ne put se contenir. Il M plaignit à l'université de l'audnce desôn chef. Gerson , toujours ferme et calme, ne se rétracta point, et bientôt on put Yoir qu'il n'en voulait point à celui qui l'avait oOéDsë. 6a reconnaisDancef «on

«BRSON L'UNIVERS. 6£nS0N

attachement efivers le duc de Bourgogne, ne l'empêchèrent point de s'élever avec chaleur contre le meurtre de ce même due d*0rléaii8; de prononcer, à Saint-Jean en Grève, Téloge funèbre de la victime , et de fnire condamner , par l'université et par révéque de Paris, les neuf propositions de la fameuse apologie de Jean Petit (voyez ce mot). En Butte alors à la haine de Jean sans Peur, il se vit un jour ( 1413) sommé par les cabociUeiis de payer une taxe, Mout manière eTempnuU; il refusa de pnver ; on pilla sa maison, et le chancelier fut contraint de se bouter és haultes voustes de Notre-Dame, où il resta caché pendant deux mois ('). Quand il

f»at reprendre ses fonctions, ce fut pour es exercer arec plus d*intrépidite encore.

Dans cette carrière si belle, si droite, remarquons pourtant un écart, pardon* nable, il est vrni, à une époque de réaction où la violence gagnait les meilleurs esprits. Au service funèbre célébré poar le due d'Orléans ( 5 janvier 1415), Gerson, préchant devant le roi et les princes , attaqua non-seulement le duc de Bourgogne, avec lequel on venait de &ire la paix , maïs encore le gouvernement populaire. « Tout le mal « est venu , dit-il , de ce que le roi et la « bonne bourgeoisie ont été en servitude « par Toutrageuse entreprise de gens de «petit état.... Dieu Ta perriiis afin que «nous connussions la différence entre «la domination royale et celle d'aucuns « populaires ; car là royale a commuué- • ment et doit avoir douceur ; celle du « vilain est domination tyrannique et « qui se détruit elle-même. Aussi Aris- «tote enseignait-il à Alexandre : IN e- « lève pas ceux que la nature a faits «pour obéir..... L'état de bourgeoisie «des marchands et Inboureurs est figu- « ré, dans la statue de iNabuchodonosor, tt par les jambes , qui sont de fer et eu « partie de terre , pour leur labeur et «humilité à servir et obéir.... Kn leur « état doit être le fer de labeur et la <i terre d'humilité (**).»

Nous avons peine à reconnaître ici

(•) J. Juvéïial des Ursim.

(•*)OEuvres de Gerson, édit. Dupin, t. IV,

l'homme qui savait si bien faire entendre au roi le cri de la misère publique, lui donner de salutaires conseils, entre autres celui-ci : « Il serait très- «bondefalre venir des principaux points «du royaume des personnes, tant no- « bles que clercs et bourgeois, pour en- « tendre de leur bouche le libre exposé «de la déplorable situation de leurs

contrées ; car ils connaissent beau- «coup mieux les choses par pratique ' « et par expérience que ceux qui mènent «joyeuse vie dans leurs maisons de Paa ris, où afflue In ricliesse de tout fe « royaume, comme la vie au c(cur {*). »

Du reste, au moment même où Gerson se déclarait contre la liberté politique, il demandait lè gouvernement populaire dans l'Église. On Tavait vu, au concile de Pise"(1409) , montrer la raison la plus éclairée, la plus indépendante; proclamer la souveraineté des conciles généraux; nier l'inviolabilité et rinfaillibilité du pape; et concourir, de toute son autorité , à la déchéance des deux papes. Il parut encore comme nmbassadeur du roi et de l'université, au concile qui fut convoaué en 1414, à Constance , pour résouare les hautes questions religieuses soulevées par le schisme d'Occident et la réformation, et les questions de droit de Tapologie de Jean Petit.

Le chancelier voulait voir ces sortes d*assemblées composées « de tous les » ordres hiérarchiques de l'Église ca- «tholique, sans exclure aucun fidèle « qui désirerait se faire entendre. » £t en effet, il ne s*en tint pas à la théorie du républicanisme ecclésiastique; à Constance, il fit donner le droit de suffrage aux simples prêtres, et même aux docteurs. laïques , et coopéra puissamment à déposer Jean XXu et à faire déclarer les deux autres papes déchus.

Malheureusement, nous devons ajouter qu'il avait écrit , dès le 27 mai 1414 , à rarchevéque de Prague , pour qu'il livrât Jean Huss au bras séculier : « Il «faut, disait-il , couper court aux dis- « putes qui compromettent la vérité; il «laut, par une cruauté miséricor-

(*) Ibid., p. 6o5. CcUe traduction ne saurait ii:q4^-|»|^ luuve expressioa du lesUe

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