‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 192 sur 198 · GERSON · texte numérisé non relu

GERSON

FRANGE. «ERTBUYD£!fBERG ' 785

« dieuse, employer le fer et le feu. . . (*).>> Quant à la condamnation de la doctrine pi échée par Jean Petit , condamnation qui était un ûes vœux les plus ardents de l'univcrsitc , il ne l'obtint point. Ses constants etïorls pour la rélormation si urgente de l'Église n'eu< rent pas plus de succès.

Enfin, après le coDcile, Gerson, sexagénaire, aécourni^é , et craignant la haine du duc de Bourgogne, pritle chemin de Texil. Il chercha un asile dans les montagnes de la Bavière , puis à Vienne. Plus tard, Jpnn s wis Pnirftant mort, il revint en France , mais non à sa chancellerie de Paris. Il rcî>ta a Lyon, dans un couvent de célestins dont son frère était prieur. « II mène ici , depuis « quatre ans , écrivait ce frère, la vie la «plus tranquille, la plus retirée.... Il «exhorte les uns, compatit aux autres, ti les aide de ses prières.... An milieu «de ces soins, vous ne pouvez vous «figurer par quels torrents de larmes « échapuées du fond de son cœur, il dé- «plore la ruine de ce beau royaume de «France, abandonné comme une curée « à ses ennemis.... » Il passa dix années dans cette retraite. La veille de sa mort, fe grand homme réunit encore les petits en&ntsqu*il aimait à instruire, et il leur recommanda de dire dans leurs prières : « Seigneur, ayez pitié de votre « pauvre serviteur Jean Gerson... » Sur sa tombe on inscrivit ces mots : •S'tirsum corda.

Il est peu d'écrivains dont les ouvrages (5 grands vol. in-fol.) aient eu séparément plus d'éditions aneiennes. On sait aussi que son immortel livre de V Imitation de Jésus- Christ , qu'il écrivit d'abord en français , pendant sa retraite à Lyon, et qui ensuite fut traduit en latin , lui a été longtemps disputé

f)ar les divers ordres de l'Eglise et par es savants; qu'on l'a successivement attribué à Thomas de Kempen ou à Kempis, et à un personnage iman^naire, à Jean Gcrsen, moine bénédictin. Mais les recherches de M. Gence, qui a voué sa vie à la solution de ce problème, et la récente découYerted'un manuscrit français de limitation faite par H. 0. Leroy, établissent d'une manière certaine

^*) Gers, e^lst. Bulœus, V, 270.

T. viii. 60* iÀvraiaon, (Dicx. en

les droits du chancelier de Tuniversité(*) à cet ouvrage inspiré. Après r/mitation, il faut citer surtout ses traités de la simpUjtcatiùn et de la direction du ccmr ; des petits enfan ts à conduire devant le Christ ; de la mendicité spirituelle , et de la montagne de contemplation. Ces deux derniers ouTrages, destinés à Tédification de ses sœurs, avaient été , comme l'Imitation, composés d'abord en français.

GEBTBUYDE^BERG (conférences de).

— En 1710, lorsque le grand roi, accablé de revers , était forcé de mendier la paix , une espèce de congrès donna quelque renommée à la petite ville de Gertruydenl)ergen Hollande (à ISkilom.

de Breda). Le maréchal d'Uxelles et l'abbé de Polignac, pléni[)Otentiaires français, y vinrent au commencement de Tannée. Mariborough et Eui^ène , plénipotentiaires de la reine Anne et de l'Empereur, étaient déjà arrivés à la Haye; mais ils se contentèrent de déléguer deux députés hollandais pour porter leurs propositions aux envoyés de Louis XïV, et rapporter leurs réponses. Aucune antre personne ne pouvait approcher de ces messieurs , et on leur refusa obstinément la permission de sortir de la ville. L'ultimatum fut que la Hollande et ses alliés accorderaient la paix à condition que Louis obtiendrait de Philippe V d'Espagne, soit par des négociations, soit par la force des armes, qu'il abandonnât le tr(3ne pour le céder à l'archiduc (l'Autriche. Apres quatre mois de conférences languissantes, cette humiliation , déjà poussée trop loin , blessa le vieux Louis XIV jusqu'au fond du rœur. Les plénipotentiaires français quittèrent Gertruydenberg le 25 juillet, et les conférences furent rompues. (Voy. ANiTALBSt

t. II, p. 84.) '

Gektruydenbebg (prises de). — Après la prise de Breda et de Klundert, Domouriez se porta sur Gertruydenberg pour en faire le siège. Cette ville

(*) Voyez le résumé de la question dans la dissertation de M. f). Leroy (à la suite de ses Études sur tes mystères, Paris, iSSj, ia-S"), et dam les premières pages du dnquième volume de l'Histoire de France de M. Michclot. Un Éloge de Gerson a été couronné par l'Aca* demie française, le xx août xSilS.

rcL., niQ.) 60

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important, dont il voulait faire une

8 lace d'armes oui protégeât son passage U Moêrdyk, était dans le meilleur état de défense possible. Elle renfermait une forte garnison hollandaise ; elle était ea outre hérissée de forta KfsneéB et entourée d'une grande étendue de ter»

rains inondés qui ne laissaient , pour arriver au corps de la place, que des digues enfilées par les léux de sei> batteries. GependaDt Tattaque fut conduite avec tant de vigueur, que le lendemain de l'investissement, le fort de Steclitive,

2ui n'était accessible que oar une seule içue, tomba au pouTOir des Français.

Dumouriez s'empara ensuite du fort Donk, et battait en brètlic celui de Spuy , situé sur la gauche de la place , lorsque , le 5 mars 1798 , le gouverneur hollandais demanda à capituler, et Gertruydenberg se rendit aux mêmes conditions que Breda.

. Dumouriez , outre des munitions considérables, trouva dans Gertruydenberg

une marine qui aurait été suffisante pour oj>érer le passage du Moërdyk.

— L'occupation de Gertruydenberg était extréinement importante dans le moment où Dumouriez voulait envahir la Hollande; n^ais lorsqu'il fallut songer à détendre le territoire conquis, le géoâral Deflers , attaqué par une armée

Ïirassienne infiniment supérieure, s'enèrma dans Breda , en confiant la défense de Gertruydenberg au colonel depuis général i iili. Dès le 12 mars, cette a«miere place fut cernée. Le général Vanstelben , s'approchant des glacis, tenta d'effrayer la garnison française par une soinination terrible ; il menaçait de la passer au fil de répée. TlHi répondit à ces bravades, ^u'il était disposé à se défendre jusquà la dernière extrémité. Les Hollandais se prejîarerent alors à faire en règle les approches de la place. Tout annonçait une longue et vigoureuse défense ; mais nos braves avaient à lutter contre un ennemi intérieur qui anéantissait l'effet de tous leurs ofbrts t ils manquaient tout à la fois de munitions et de vivres. Il leur fallut céder à la nécessité au bout d'un mois de blocus. Tilli dicta lui-rnènie les conditions de l'évacuation; il obtint

tout iM taimi (te U guim, et

tra en France avec sa garnison (8 avril 17M).

— Les armes françaises prirent bientôt leur revancbe dans le Nord; les Anglais, les Hollandais et les Allemands , vaincus oar Pichegru dans la Belgique, virent , dans le plus rude des hivers» les Frnnçais s'avancer sur les eaux consolidées par le froid. Le général Bonneau mit alors le sie^e devant Gertruydenberg. La garnison tint quinze jours, et obtint les honneurs de la guerre (SO

janvier 1795).

Gbsâxes. Voyez GjnAXBS.

GiSOBBlTATES. YotCB BbBST.

GssTB (èhaosons de). Toy. Chansons.

Gestes municipaux. — On appelait ainsi , à l'époque où la juridiction romaine régissait la Gaule, les documents , les actes constatant l'intervention de la curie (voyez ce mot) dans les transactions des particuliers. La formule générale de ces actes était une espèce de dialogue entre le magistrat et les contractants (*).

GÉvAiiDAN. — Cette province , habitée par les anciens Gabali ( voyez ce mot) , fit successivement partie de 1* Aquitaine première, du royaume d*Austrasie et du duclié d'Aquitaine, et fut

Sossédée héréditairement par la maison e Toulouse depuis le dixième jusque vers la fm du onzième siècle. A cette dernière époque, le comte de Toulouse l'aliéna en faveur des évéqiies de Mende pour subvenir aux frais de son voyage en terre sainte. Le droit que revendi»

quaient ces prélats d'exercer exclusivement dans leur diocèse l'autorité temporelle, droit longtemps disputé, leur tut reconnu moyennant une bonne somme d'argent. Enfin , il leur fut con< finué par Louis le Jeune, duquel l'évè(}ue Adelbert III obtint la fameuse bulle d'or conservée jadis eu orii^iual dans la eathédrale de Mende , et publiée dans les preuves du Gallia christiana.

Le roi dit, dans cette charte : « qu'on « n'avait vu de mémoire d'homme au- « cun évâque de Gévaudao venir è la «cour des rois de France, ses prédé- « oessQurs, pour leur iurer fidélité* parce

(*) Savigay , Histoire du droit roouuiif U I, cfai s»

mIffÂvmÊm nunoE» d^nm» m

<t ce pays , d« dîMl» aeoèi, avait > toojouïa éw au pouvoir des évéques « qui y exerçaient l'autorité spirituelle « et temporelle -, qu'Adelbert sachant « oue la justice royale appartenait à «rantoriw royale, était venu recoB- «naître, en présence des principaux « barons du royaume , que son évéché « dépendait de la couroone de France, <t et que , se «Himettant k la personne • du roi , il lui avait prêté sermeiit de « fidélité. Le roi déclare aussi que cet « acte ne préjudicie en rien aux droits « dont les évéques çfobcUitcUns avaient « toujours Joui; et il aoeorde à AdeU « bert ci à ses successeurs tout Véué- « ché des Gabali, avec les droits réga- « liens ; il veut eufîn que cette église « soit libre et exesipte de toute eiao- « tion (*). »

En vertu de cette bulle, obtenue en 11 SI, les évéques de ce diocèse se qualifiaient de comtes de Gévaudan, titre qu'ils avaient soio de distinguer de celui d'évêques du diocèse de Mende.

Rentré dans son domaine, ce même ^delbert se donna, dans l'acte de la lÈmdatioii du monastère de Saint-CvriaqueC**), le titre d évé(]ue indigne de la sainte église de Mende.

Malgré cette aliénation , le Gévaudan conserva ses vicomtes, qui avaient commencé en 951, par Bernard , fils de Béranger, vicomte de Milliaud en Auvergne, et issu probablement des comtes de Toulouse , ducs d'Aquitaine. La vicomté de Gévaudan, dont lea titulaires devinrent par alliance comtes de Provence et de Barcelone , fut portée aussi par la main d'une femme dans la maison d'Aragon. Pierre II , roi d'Aragon (mort en 1213), l'engagea à J^aymond VI, comte de Toulouse. Celui-ci ayant été excommunié pendant les guerres de l'Albigeois, i'évêque de Mende prétendit, comme seigneur, à la oonfi.<!cation de la vicomté. En 1 258, Louis IX transigea avec le roi d'Aragon , qui lui céda ses droits sur les vicomtés de Milband et de Gévaudan.

Quant à la souveraineté que réclamait

On trouvera encore trois lettres curituses de cet Adelbert au roi , publiées par de» Brial dans la CoUection des historiem de Ftvwe, t. Xinc, pk i6o.

(**) GuiSa Chmt, I, A4, .

réviqne de Mende, laaft aaja c^

der par Odîlon, en échange de dirers

biens.

En 1306, intervint un traité de pariaçe entre Philippe le Bel et l'évéque Gmllaume. Ce dernier garda, pour lui et ses successeurs, le titre de comte du pays et la moitié de la ville; et les effets du traité subsistèrent jusqu'au dixhuitième siècle. « Le bailliage du pa} s, dit d'Expilly (Dict. des Gaules) , est en

f mariage entre I'évêque et le roi. On rend a justice tour à tour en leur nom.

Quand c'est le tour du roi , la justice se rend à Marvejols; quand c'est celui de l'évéque, elle se rend à Mende. »

Le Gévaudan faisait partie du gouvernement du Languedoc, et formait un district de la généralité de Montpel* lier. Il comptait parmi les pays d'états.

\Jassiette, ou assemblée diocésaine de Mende, formant les états particuliers du Gévaudan , se composait de I'évêque ou de son grand vicaire, président; du commissaire principal ou bailli ; des consuls de Mende et de Marvejols, commissaires ordinaires; de sept députés ecclésiastiques , six abbés et un chanoine de la cathédrale; de huit barons entrant tour à tour chaque année aux états du Languedoc , et de douze autres admis seulement à ceux du Gévaudan; de dixhuit consuls des principales localités, et d'un syndic au choix de l'assemblée. La session se tenait alternativement à Mende et à Marvejols.

La population- totale était évaluée i 150,000 âmes.

Les bornes de la province étaient : à l'est , les rivières d Allier et de Borne et la montagne de Lozère, qui la séparaient du Vêlai, du Vivarais et du diocèse d'Uzès ; au sud , le diocèse d'Alais ; à l'ouest, le Rouergue; au nord, l'Auvergne. Sa plus grande étendue était de 76 Eiloffl. du sud au nord, et 69 kilom. de l'est à l'ouest. Couvert de montagnes , ce pays était autrefois hérissé de châteaux fortifiés; la plupart ont été démolis depuis 1683.

« C'est dans le canton de la Planèse»

à 4,000 toises à l'ouest de Saint-Flour, au petit village nommé les Ternes , près du pont et dans le bois qui est sur la droite, que Ton tua, en 1787, ce terrible lynx, qui s'est acquis, sous le nom

IWS flÉTAUBAH LIIIOVERS. ^ÈfAmàX

de béte du Cévaudan, presque autant de lenommée qu'un conauérant (*). »

Le Gévnudan était divisé en deux parties, septentrionale et méridionale.

La première, beaucoup plus étendue que l'autre, comprenait le haut Gévaudan, dont les principales localités étaient : Mende, capitale du pays; Marvejols, Bagnols, Chirac, la Canourgue, Langogne, Espagnac, Saint-Cheli d'Apchier, Cbâteauneuf de Randon , Tournel, Canillac, Cenaret, Peyre, Snlç:ties, Malzieu, Grezès. Ce dernier château, qui, dans le dix-huitième siècle, appartenait à l'évéque de Mende, avait été le chef-lieu de la vicomté.

Dans ie bas Gévaudan , appartenant au pays des Cévennes, on remarquait:

Florac, Barre, Saint-Germain de Calbrette , Saint-ËtiennedeTal-Francisque, Grisao oti Ronre, Quezac, Bedouesse.

Anjourd'hui , la Gévaudan forme le département de la Lozère.

GévAUDAH (monnaies du). ^ Les monnaies frappé CD Gévaudan au déclin de la puissance romaine dans les Gaules, et sous les rois de la première race, sont nombreuses et fort intéressantes. Il en est une, entre autres, qui a beaucoup orctipé les savants du dixseptième et du di\-luiitième siècle: c'est un triens oifrant d'un coté le profil de Justin II, avec la légende d.n.iystimrs p.f.avg; de loutre, une croix haussée sur trois marches, et autour de laquelle on lit oabalobvm. Justin II vivait dans le sixième siècle. Ainsi, lorsque ce triens fut frappé, le Gévaudan appartenait depuis longtemps aux barbares, et il ()araissait étonnant qu'une pièce portant tous les titres impériaux, Dominm noster JusUnus plus feUx ttugustus y eût été frappée à cette époque en Gaule. Aussi , pour se tirer d'embarras, alla-t-on chercher Gabali en Syrie , qui , du temps de Caracalla , avait battu monnaie. Mais sans entrer dans cette discussion , nous ferons observer que la présence du nom de Justin à Javouls n'est pas plus étonnante que celle du nom de Maurice Tibère à Uzès, à Valence , à Vienne , à Arles et Marseille.

(*) Mcm. de M.Walckenaer sur les Gnbali, coUeclion des mcoioires de l'Académie des intovy t. V , p. 386 et suiv. Voy. sur la Béte M Givwdm» }» Grand d'Aïusy, Voyaics.

On doit attribuer ce fait à la défiance qu'avaient les peuples soumis aux bar* bares. En effet, comme nous le dit Procope, ce n'est qu'après la cession de la Provence que ceux-ci osèrent inscrire les noms de leurs princes sur les espèces d'or. Très-probablement, les premiers essais tentes par les rois francs , qui inscrivirent leurs noms sur des sous d'or, ne furent pas heureux, et Ton fut parfois obligé de recourir à Tancien usngc , dont on trouve des traces jusqu'à roccupation de la Gaule entière par Clotaire II. On remarque encore parmi les triens sortis de la même pro* vince deux pièces portant, Tune, deux personnages, avee la légende hvava- LORVM, et l'autre, un tireur d'arc, avec les mots yor d'un côté et gabaxidVfJÊ. de l'autre. La présence de ces personnages sur les pièces de la première race est un fait assez peu commun; la forme régulière du nom de la province GabaJUnnm indique qu'ils ap- .partiennent à la première époque au monnayage mérovingien; car, plus tard, sous Dagobert et ses successeurs , le nom du Gévaudan se traduit sous la forme barbare de gayaletaho. Les triens de cette dernière espèce sont fort curieux; ils présentent d'ordinaire pour type uue téte diadémée, et au revers un calice; plus, divers accessoires, tels que des palmes , des croisettes , etc. Quelquefois, à rexerîrue, on trouve les trois lettres ban. Ces lettres, comme les trois autres, yob, que nous avons rencontrées pl us haut, sont les initiales d'un nom de ville; seulement, vor est inconnu, tandis que ban est incontestablement l'abrégé de jbannaciaco, Bannassac On doit, en outre, attribuer au Gévaudan une foule de triens portant un monogramme dans lequel on déchiffre le mot rex, et qui ne

Sortent pour légende que des noms es monétaires, tblafiys, veiich- Mivs, BOSOLYS, ctc. Un fait qui surprend ra , c'est que cette province si riche en espèces de la première race devient, aoeontraire, extraordihairement pauvre en pièces de la seconde; c'est à peine si l'on connaît un denier de Charles le Chauve sorti de ces ateliers monétaires. Il présente le type ordinaire : ciyitas GABA1.0BVM, et au jrevers» la formule

«kATlA m HBX, avec le monogramme de Charles. Plus tard , les é9fyfâta de Mende et les rois de France frappèrent des monnaies, les uns dans leur rite épiscopale, les autres dans la ville de Marvejols. JNous en parierons à ces deux articlesi

GÉVBES, ancienne baronnîe du Maine, érigée en pairie par mutntion du nom éeTrênieSy en juillet 1670« en faveur de liéon PoHer^ duc de Gêvres.

Les deux fils d'uo PoUer de Blanemé' ml, conseiller au parlement, auquel cette terre était érhup par ni.n inge, formèrent les branches de Potier de AopUm et de PoUer de Givres,

Gex (pays de), Gesiensîs pagus ou tractas, petit pays avec titre de seiffoeurie et de baronnie , ayant environ 38 k)iom. de longueur sur 90 de largeur. II était borne au nord par le pays de Vaud; au sud, par le Rhône et la Savoie: à l'est, par le lac de Genève, et à Touest, par le Mont-Jura ou de Saint- Claude et par la Franche-Comté. Ce territoire, malgré son peu d'étendue, a

t'oué un rôle assez important dans notre listoire, grâce à sa position entre la France et la Savoie, qui furent si souvent en guerre. Il renfermait le célèbre passage de T Écluse ou de la Cluse, qui défendait l'entrée du Bugey et de la Bresse.

Les comtes de Genève possédèrent ce

pnys jusqu'à la fin du treizième siècle. Ame V, comte de Savoie, connu sous le nom de comte vert^ après quelques démêlés avec le dauphm Charles, rela* tivement à plusieurs places du Dauphiné, conclut en 1356, à Paris, un traité, en vertu duquel il acquit les seigneuries de Faucigny et de Gex. Cette oernière acquisition lui fut enlevée par la républimie de Berne, en 1556. Mais le traité ae Lausanne la rendit à Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, en 1664. Henri IV occupa , en 1589, le pays de Gex, qui, peu de temps après, fut repris par le due de Savoie. T. a ville fut alors pillée et brûlée, et le château démantelé (voyez aussi Genève [relations avec]). En 1601 , par la paix signée à Lyon, le 17 janvier, le duc Charles- Emmanuel obtint de Henri IV le marquisat de Saluces ; et, en échange, il abaDdonna à la France le pays de

Gex , outre la Bresse , le Bngey, Valromey, provinces qui avaient perdu leur importance pour la maison de Savoie, depuis qu'elle n'était plus maîtresse du pays de Vaud ni de la ville de Ge* nève.

Les Geiois inoorfiorés à la France conservèrent les privilège dont ils

avaient joui sous la domination des ducs de Savoie. Ainsi, ils pouvaient tenir tous les trois ans une assemblée d'états, et présenter au roi des cahiers sur les objets qui intéressaient l'administration locale. De plus, ils pouvaient, sans payer aucun droit, vendre à Genève et en Suisse les produits de leur territoire. Ces privilèges cessèrent à l'époque où cette vallée fut réunie à la Franche- Comté; et ce ne fut qu'en 1776 que, grftce aux pressantes sollicitations de Voltaire, un arrêt du conseil, assimi* lant aux pays étrani^ers le pays de Gex, dont le domaine de Eerney faisait partie, l'atïranchit des fermes, des gabelles, et des traites que tiraient les fermes générales pour le transit des marchan* dises de Gex à Genève et en Suisse.

Le pays de Gex, après sa réunion à la France, avait été, à titre d'engagement, donné à la maison de Condé, qui en a joui jusqu'à la mort de mademoiselle de Charo!;iis. Cette princesse en disposa en faveur du comte de la Marche, son exécuteur testamentaire. Ce territoire forme aujourd'hui un arrondissement du département de l'Ain. Il avait pour capitale Gex, aujourd'hui chef-lîeu de sous-préfecture, et renfermant une population de 3,834 habitants.

Ghtlde. Voyez Communes, t. V,

p. 440 et 441.

GiAc (Pierre de) , favori de Charles VII, petit-fils de Pierre de Giac, chancelier de Charles VI , fils de I nids de GiaCj chambellan du duc de Berry, fut placé auprès du roi par Louvet, dont il était la créature. Four se maintenir à son poste , Pierre de Giac flatta les goûts de Charles VII pour la mollesse, et iit échouer les entreprises du connétable de Kichemont en détournant Targent destiné aux frais de la guerre; mais le connétable irrité se rendit lui-même une justice qu'il n'espérait pas obtenir du roi. Giac , surpris dans 600 lit par 8on^iiflmi,a8sistédessires de

la Trémoille etd'AIbret, fut transféré d'Issoudup à Dun-le-Roi, où le bailH instruisit aussitdt son procès. L'officier de justice, qui dépendait du connétable, mit Giac à la torture et lui arracha , ou prétendit lui avoir arraché l'aveu qu'il avait empoisonné sa première femme [)0ur épouser la seconde; qu'après le crime commis, il avait fait attacher la malheureuse agonisante sur un cheval lancé au galop pendant quinze lieues , jusqu'à ce qnMw raourdt. On disait, enfin, qu'il avouait avoir commis iant de crimes que c*étaît merveilles.

Quoiqu'il offrît pour racheter sa vie 100,000 écus, et ses enfants en otage, Richemont le fit enfermer dans un sac et jeter à la rivière. Sa veuve épousa presque aussitôt le sire de la Trémoille {*). La famille de Giac, originaire d'Auvergne , s'éteignit avec le ois du condanooé.

GiBAULT. Arme offensive du moyen âge, à l'égard de laquelle les antiquaires ne sont pas d'accord. On a supposé que c'était une espèce de fronde. Mais il est plus probnhie ({iie le mot giboiult ou gihbe désignait une massue.

GiB£LiN (Esprit-Antoine), peintre et littérateur, naquit à Aixen 1789. Il eut pour premier maître Arnulfi , élève du chevalier Benedetto Lutti, célèbre peintre florentin.Ilse rendit ensuite en Italie, et y étudia principalement les ouvrages de Jules Romain et de Polydore. Il séjourna pendant dix ans a Rome , et remporta a racodrniie de Parme un prix pour son tableau ti' Achille cornoaitttni le fieuve Seamanére. De retour à Pans, en 1771, il fut chargé de peindre la grande fresque de l'école de chirurgie (aujourd'hui école de médecine), composition de 72 pieds de long sur 18 de haut. Gibelin a encore exécuté à fresque, pour le même édifîre, une figure colossale de la déesse Uygie^ et six ligures de grandeur naturelle, dont les sujets sont Fostéologie , ^angiologîe, etc. A Vécole militaire , il a décoré, dans le m^me genre de peinture, les frontons des deux pavillons méridionaux. D'un côté figure le génie des

(*) Voyez Mémoires de Richemont, le Bouvier > dit Berry , roi d'armes ; Jean Char»

sciences militàires, et de Tantre dieu Mars. L'église des Capucins (rue Neu ve- BalntcK^roix) doit ao talent de Gibelin une fresque représentant une PrédicO' f ion de saint François. On a encore de lui quelques tableaux à Thuile. Ses dessins sont estimés. Il a publié : Lettre sur les tours antiques démoUes à j4iœ, Aix , 1787, in-4'' ; Observations critiques sur un bas-relief antique conservé 4ans V hôtel de ville d*Aix, et sur les moioxques déeouveriet prés dés bains de SeœHus , Marseille , 1809 , in -8* ; plusieurs Mémoires insérés dans fa Décade, les Mémoires de 1* Institut , etc. Gibelin mourut en 1814, dans sa ville natale.

Gibelin (Jacques), médechi et littérateur, naquit à Aix en 1744. Il vint étudier les sciences naturelles à Paris, et, après y avoir passé trois ans, il se rendit à Londres, où il étudia la médecine. De retour en Provence, il fut nommé bibliothécaire de la v>lie d'Aix.

£n 1809, il coopéra à la formation de la société académique de cette ville, et en devint le secrétaire perpétuel. Il t >t mort à Aix , le 4 février 1828. Il a traduit de l'anglais plusieurs ouvrages de physique, de minéralogie, de chimie, de botanique , etc. , et les Mémoires de la vie privée de FrankHn écrits par kàmême, 1791.

Giberne. L'usage de la cartouche ne datant guère, avons-nous dit (tom. IV, pag. S19), ^ue de la tin du dix-septieme siècle, celui de la giberne ne remonte pas à une époque plus ancienne. Ce ne rut d'abord qu'un petit sac, semblable à celui que les chasseurs appellent gn becière. Avec le temps , elle prit une forme de plus en plus semblable à celle que nous lui voyons aujourd'hui ; mais on la suspendait d'abord à un ceinturon qui se bouclait sur l'habit ou la veste, au-dessus des hanches, et elle pouvait rouler sur le ceinturon , se placer en avant ou en arrière. La giberne actuelle de rinfanterie, placée sur le dos du soldat, au moyen d'une banderole de buffle, et contenant une quarantaine de cartouches, remplit-elle aussi parfaitement que possible sa destination ? Os pense bien que nous ne nous établirons pas juges en pareille matière ; nous dirons néanmoins qu'il parait avéré que

GIBEKT

FRAiNCE. GIBEALTÀE 791

la vieille giberne classique fatigue le ■oldat dans la marche» et qu'on cherche le moyen d'obvier à ce grave inconvénient. Cest dans ce but aue, depuis longtemps déjà, pour divers de nos corps d'Afrique, on a remplacé cette partie de Téquipenient par une espèce desac placé par-derant , et que , même en France, depuis quelques mois, oo a, pour plusieurs régiments de ligne , anopté des gibernes moins lourdes , qui , étroitement fixées à un ceinturon blanc , ne Tacilient pas, mais peuvent oependant, du dos, être ramenées sur le cotéousur

le ventre.

Jadis la grosse cavalerie et les dragons portaient des gibernes aussi grandes que Tinfanterie. La giberne à la

hussarde, h cartouchière, plus élégante et moins incommode, a été, depuis, adoptée pour toutes les troupes à cheval , les cuirassiers et les carabinien

exceptés.

GiBERS ou GyBBEBS DR MONS-

TBECIL , trouvère du treizième siècle, est Tauteor du célèbre roman en yer»

àeGérard de Nevers ou de la Fiolette, qui paraît avoir été publié vers 1230.

L'auteur laisse ignorer s'il l'a traduit du latin ; il Ta dédié à la comtesse Marie de Ponthieu , nièce de Philippe-Auguste. Ce poëme a été translaté en prose dans le quatorzième siècle. Gueullette en a publié une édition en ancien langage avec quelques notes explicatives.

Le comte de Tressan a remis en frao* (^ais, et habillé à la moderne, cet ouvrage, que Frédéric Schl^el a traduit en prose allemande.

GiBERT ( J. B. ) , érudit , membre de l'Académie des inscriptions , naquit à Aix en 1 7 1 1 . Bien qu'il ait occupé toute sa vie des fonctious étrangères à la littérature, il ne cessa pas un instant da se livrer avec ardeur a ses études favo* rites. Gibert, reçu à l'Académie, en 1746, mourut en 1771. On lui doit :

1* Dissertation sur rhistoire de Judith, Paris, 1739, in-8*; 3« Lettres de

M. G à M. Fréret sur l'histoire

a?ich>nnp, Paris, 1741, in-12; 3° Mémoire s ur le passage de la mer Ro ugCf Parts , 1755 , in-4'' ; 4* Mémoire sur les ranqs et les hmneursde la eour^ 1770, IJOS*; 5" Mémoires pour servir a th iS' toire des Gaules et de la France, Pa-

ris, 1744, în-12; 6«» Recherches historiques sur les cours qui exerçaient la justice de nos rois, Paris, 1763, in-4'' ; TTabkaudes mesures tMnêraires des anciens y 1756. Les plus importants de ces travaux ont été publiés dans le recueil de TAcadémie des inscriptions , qui contient en outre les suivants :

Mémoire sur le nom de Mérovingiens (tome XX); Obsenmtiovs sur la c/ironique de Paros (tome XXI II); Dissertation sur les premiers habilants de la Grà» (tome XXV).

Gibert a été aussi l'éditeur des ZNicoiirs et morceaux choisis de d^Jguesseau, et cet ouvrage fut la cause de la publication des œuvres complètes du célèbre magistrat.

Gibet. Voyez FouhCHIS PATIBU* LAiREs et Supplices.

GiBBALTAR (siégcs de). En 1704, pendant la guerre de la succession aEspagne, l'Angleterre venait de s'emparer de Gibraltar , qu'elle a toujours conservé depuis. Instruit de cette perte, Philipne V résolut de &ire investir la place ou côté de la terre par 8,000 hommes, tandis qu'une flotte de 50 voisseaux, conduite par d'Estrées, sous les ordres du comte de Toulouse, fils naturel de Louis XIV et de la Montespan, seconderait l'opération. L'amiral Rooke attaqua la flotte à 11 lieues au sud de Malaga, avec (j5 vaisseaux et plusieurs galiotes à bombes (24 août). La bataille resta indécise. Les Français se retirèrent avec gloire , n'ayant perdu que 1,500 hommes. Malheureusement , ils ignoraient la perte plus considérable de l^nnemi et surtout sa disette de poudre, et ils négligèrent d'engager le lendemain un nouveau combat , dont l'issue n'eût pu être douteuse. De ce moment commença le déclin de notre marine.

Une trop faible portion de l'escadre fiit envoyée à Gibraltar (13 vaisseaux).

Surprise même l'année suivante, par une ilotte anglaise deux fois plus considéra* ble, die rat réduite , après un combat inégal , à s'échouer , à se brûler ellemême. Quelques bâtiments, malgré une résistance admirable . furent pris à Taborda^e. Le maréchal de Tessé , qui assiégeait la place par terre, fut obligé ds lever le siège le 23 avril.

— 1782. Les Espagnols, après la ré-

79% ^nmALTAm LUNIVERS. .ÛSA

ductipi^dd nie de MinQcque, en 178} ,

(tressaient pliis que jamafs la France de es aider dans leur téméraire entreprise contre Gibraltar. Elliot semblait se jouer de tous leurs efforts. Le vainqueur de Minorque, Crillon, fut appelé en 1783 à commander le siège. Les Français envoyèrent 12,000 hommes nu camp de Saint-Roch, ou étaient arrivés le comte d'Artois, le duc de Bourbon et le prince de Nassaa. Il y avait là un véritable camp de plaisance ; les concerts, les bals, la table et le jeu faisaient passer d'agréables heures aux olUciers.

' En même temps, on faisait d'immen*

ses préparatifs pour l'attaque décisive.

Les assiégeants avaient 1,200 bouches à féu de gros calibre; ils étaient soute* nus par 60 vaisseaux, et, pour assurer le succès du côté de la mer, l'ingénieur d*Arçon avait inventé des batteries Jlottdntes. (Voy. Dictionnaibe, 1. 1",

f)ag. 304 et 805.) Mais d'un autre côté, es intrigues , l'esprit de rivalité , les préventions des chefs des troupes alliées ajoutaient encore aux difficultés de l'entreprise. De plus, l'inquiétude causée

5ar le bruit de la nrochaine arrivée 'une flotte anglaise fit hâter Tattaque générale avant que toutes les dispositions fussent bien prises.

- « Au signal donné , le 13 septembre, on eût dit qu'un volcan s'ouvrait devant Gibraltar; les alliés, après cinq heures de combat, pouvaient espérer le succès; les batteries flottantes avaient fait brèche dans Touvrage a ppelé le Vieux Môle ; mais quelques-uns de ces navires furent enflammés par les boulets rouges que lançaient les Anglais. Le combat ne fut

im interrompu par la nuit : Tincendie 'éclairait. Cependant les efforts des assiégeants se ralentissaient par degrés , tandis que ceux des assiei^és redoublaient. Des Espagnols brûlèrent euxmêmes deux batteries flottantes qui n'étaient pas atteintes par l'ennemi, prétendant qu'elles seraient tombées en son pouvoir. Plusieurs bâtiments légers accoururent pour sauver les malheureux qui se trouvaient entre la flamme et les flots. Mais les Anglais qui, avec 12 chaloupes canonnières , avaient pris en flanc les batteries flottantes , firent reculer ceux qui apportaient du secours;

alors le désordre fut m comble parmi les alliés (*).«

La perte des assiégeants fut considérable. Ils pouvaient encore espérer que la famine leur livrerait Gibraltar. Mais Tamiral Howe , sorti le 8 septembre de Portsmouth , remplit avec sa flotte la mission dont il était chargé. Pour la troisième fois , la place fut ravitaillée. On tenta en vain quelques nouvelles attaques. La paix qui fut conclue peu de temps après força de renoncer à une entreprise dont le succès eût été fort problématique, lors même que tous les chefs eussent agi avec la même bablleté, le même courage, le même ensem* ble. Depuis ce temps, ee roelier inexpugnable n'a plus été sérieusement menacé, et les Anglais ne négligent rien pour en rendre la possession per* manente.

GiBBALTAB (combat naval de). La flotte combinée de France et d'Espagne, qui chassait depuis deux Jours celled^ngleterre, la défit le 21 octobre 1782, à la sortie du détroit. iNotre ligne était composée de 32 vaisseaux , et cei)e des ennemis de 34.

Le comte de la Motte-Piquet, lieutenant général , prît une part d'autant plus glorieuse à ce combat, que le comte de Guichen, coniiuandant l'avant-garde, n^avait pu joindre à temps.

Le combat dura depuis cinq heures jusqu'à dix heures du soir. I.e lendemain , les vaisseniix eiineniis les plus près étaient a quatre lieues. li.s étaient commandés par Pamiral Howe.

Gté (Pierre, vicomte de Rohan, connu sous le nom de maréchal de), né en Bretagne vers le milieu du quinzième siècle, donna à Louis XI de nombreuses [ireuves de dévouement, et reçut le bâton (le maréchal en M75. Il commandait en Flandre en 1470, et. à la téte de 800 hommes, il reprit toutes les places dont Maximilien d'Autriche s*était emparé en Flandre. En 1482, il assiégea et prit la ville d'Aire. Après la mort du roi, le maréchal préserva la frontière de la Picardie des invasions des Autrichiens; il :accdmpagna ensuite Charles VIU à la conquête du royaume de Na-

(*) Droz , Histoire du règne de Louis XTI, t* 1, p. 365.

GtiLés fRAnCE, «ifaÉt 7W>

pies, et délivra le duc d'Orléans, assiégé dans Novare.

Louis XII le combla de faTeors, le fit

gouverneur d'Angers, lieutenant général en Bretagne, chef du conseil en l'absence du cardinal d'Amboise , et le chargea de la surintendance de l'éducation du comte d'Angouléine , héritier présomptif de la couronne. Aussi avait-il oc nomoreux ennemis.

Averti , pendant une maladie grave dont le roi fut atteint en 1505, à Blois, que la reine Anne songeait à se retirer en Bretagne, en enlevant sur son passage le jeune comte d'Angouiéme, pour assurer la couronne à sa fille , il eut le courage de traverser ces projets par un acte de viîriienr. Il fit arrêter sur la Loire les bateaux chargés des richesses et des meubles de la reine. Anne, vivement offensée, Taccusa aussitôt auprès du roi ronvnlescpnt de toute espèce de crimes iinai^inaircs , et elle arracha à Louis XII 1 ordre de lui faire son procès. Tous les ennemis du nuirécfaal se hâtèrent d'entrer dans la conspiration.

IjP pnriempnt de Toulouse , regardé comme le plus sevcMe du royaume, fut chargé du jugement. Les magistrats , quoique vendus à la cour, n'osèrent condamner Gié qu'à un exil de 10 ans, sans même alléi^uer les chefs d'accusation dans leur sentence, prononcée le 9 février 1506 , et qui coûta à la reîne 32,000 livres de son épargne. Le maréchal de Ciié fut enfermé pendant cinq ans dans ie château de Dreux. Il mourut en 1513. Les pièces de son procès sont conservées à la biblioUièqoe royale, en 708 feuillets in-fofio, n» 8357.

GiÉLÉE ou GÈLÉE (.1 acqiiemars), appelé par Sanderijs et Foppens , JaquemafHut Gielœus, poète français du treizième siècle, né à Lille, est l'un des auteurs du célèbre roman du Renard.

Ce poëme a pour sujet le récit des tours joues par le renard a son oncle et compère le loup. « C'est une longue et souvent admirable satire du monde féodal, dit M. Ampère ; c'est un trésor de comique, de verve, que se disputent l'Allemagne et la France , mais qui nous appartient certainement, au moins pour le mérite de l'exécution ; espère d'Ilinfle populaire et moqueuse, à la formation de laquelle plusieurs poètes du treizième

siècle ont concouru dans un même es* prit, et (|u'au dix-neuvième Goethe n*a pas dédaigné de rajeunir. »

On ignore au juste à qui Ton doit

Tinvention primitive de ce roman , qui fut si bien accueilli à son apparition , que plusieurs poètes du treizième siècle s'exercèrent sur le même sujet , et y ajoutèrent des aventures pour faire suite à la première partie. Perrot de Saint- Cloot ou de Samt-Cloud, l'auteur de la plus andehne composition française du Renard y déclare avoir travaillé d'après un livre qu'il appelle Àncnpre. Son travail se compose d'environ 2,000 vers.

Excité par la vogue de ce premier ouvrage, Jacquemars Giélée composa sou Nouveau Renard. La patrie de l'auteur est suflisnmment indiquée dans son œuvre, où I on trouve beaucoup de mots et de tournures du patois artésien, et m^me trois ou quatre vers en langue flamande. Ce poème eut un succès immense, et, bien qu'inférieur pour Tinyention à son modèle, il a le mérite d^une narration bien conduite et d*une diction que caractérisent In finesse et la clarté. Il est, en outre, très -curieux comme peinture de son siècle ; car en prêtant aux animaux le caractère et les habitudes de SCS contemporains, l'auteur fait la satire la plus vive de leurs moeurs, et ses attaques sont surtout dirigées contre le clergé. De plus , il cite souvent des fragments de chansons du temps avec l,i musique notée. Giélée termine ainsi son poëme:

Mil et deux ce tu et gnntrc vins Et hait CM dii faite U> fins De ceste bcandhe m nue viUs Qu'on apïMe en Flandres Litla.

La date n'est, du reste, pas la même dans tous les manuscrits.

Les autres branches du roman , qui forment avec les premières un total d'environ 30,000 vers, sont dues à Kutebœuf et à un anonyme de la ville de Troues. L'ensemble a été publié d'une manière très-incorrecte et très-incomplète par M. Méon. Les fautes de cette édition ont été relevées dans le Supplément de M. Chabaille.

On a aussi une traduction en prose de l'ouvrniîe de Giélée , composée par Jean Tennesax, écrivain du quinzième siècle. Elle a été publiée plusieurs fois

•IBir L'UNIVERS. GIEM

sous àes titres un peu différents, la plus ancienne est intitulée : Le livre de maitre Regnard et de dame Hersan , saftmmê, Uore plaUanietJaeiUeuas, eonitnawt nudnU propot et subUU passages pour monstrer les conditions et mœurs de plusieurs états et offices, Paris, Phil. Lenoir, in-4'', gothique.

GiBN , Giemum , petite ville du département du I.oiret, chef-lieu de souspréfecture. Population : 5,177 hab.

Gien remonte à une haute antiquité.

On prétend que Gharlemagne y fit Mtîr un cluUf'îiii qui plus tard devint la propriété d'Étienne de Vermandois. La ville , qui avait le titre de comté , fut vendue en 1199 à Phi lippe- Auguste, par Henri de Donzi , comte de Nerers , et

Sarsa femme Mathilde, pour la somme e 3,000 marcs d'arj^ent. En 1646 , le comté fut cédé à Charles de Lorraine, doc de Ouise, en supplément de réchange fait en 1629 avec le roi , de la principauté de Château-Renaud et de Clinchamp. Il passa ensuite par acquisition au chancelier Séguier. Avant la révolution , il était possédé par Henri Feydeau, seigneur dp Mrtrville.

Gien a été le tluàtre d'un ;issez fjrand nombre d'événements importants. Eu 1410 , les noces de la fille de Jean sans Peur j furent célébrées , et Ton y signa la célèbre lifiue contre le duc de Bour-

Sogne. (Voyez l'article suivant.) Ce fut ans le château que Jeanne d* Arc détermina Charles VH à marcher sur Reims pour s'y faire sacrer. En 1494, Anne de Beaujeu tit réparer et as^randir le château ainsi que l'enceinte de la ville.

François l" y séjourna en 1623, et liOuis XIV en 1652. Le château appartient aujourd'hui au département.

. Gien faisait autrefois partie du Gâtinals-Orléanais , du diocèse d*Auxerre, du parlement de Paris , et de l'intendance d'Orléans. C'était un rhcf-lieu d'élection. Quelques critiques soutiennent aujourd'hui que le Genabum des Commentaires de uésar est Gien et non point Orléans , comme on Ta cru longtemps.

Gi£N (ligue de). — Le mariage entre le fils pume do roi de Sicile , à peine âgé de sept nus , et la petite Catherine, tille du duc de Bourgogne , venait <le se célébrer à Gien (1410). i« roi de Sicile «

en passant h Gien , avait essayé de réconcilier entre eux les princes du sang, de paciGer la Bretagne. Ces conférences n'avaient eu aucun résultat; mais elles afaient amené le duc d'Orléans et le comte d'Armagnac à d'autres négociations. A peine le roi de Sicile fut-il

Earti , que les ducs de Berry et de Bouron , quittant Paris sans prendre congé du roi et du duc de Bourgogne , revinrent à Gien, où ils rencontrèrent les ducs d'Orléans et de Bretagne, les comtes d'Alençon , de Glermont et d'Armagnac. Tous ces personnages , également jaloux du duc de Bourgogne, signèrent, le 15 avril 1410, un traité par lequel ils s'engageaient réciproquement à tenir le roi en sa royale majesté et franchise , pi à chasser dehors ceux qui voudraient s'y opposer. Pour atteindre ce but, ou plutôt pour ressaisir le pouvoir, ils convinrent de rassembler une armée de 10,000 hommes, en fixant le contingent de chacun des confédérés.

£n même temps, ils appelèrent l'étranger à leur secours , promirent de lui faire recouvrer toutes ses anciennes possessions, et se reconnurent vassaux du roi d'Angleterre. Cette ligue fut dissoute, le 2 novembre de la même année, par la paix de Bieétre. (Voyez Paix.)

Gien (monnaie de ). — La monnaie de Gien , du douzième et du treizième siècle, est encore assez commune. Il en est souvent question dans les chartes du Berry et du Nivernais de cette époque. Ce sont des deniers qui portent pour type, d'un côté, une croix cantonnée au V et au 4" canton, d'un A et d*un «» attachés à cette croix par des rubans; et, de plus, la légende giemisca., pour demis castrum ; ce qui veut dire la ville, et nou le château de Gien. De l'autre côté , on lit , autour d*un monogramme de Foulques, oosbdvscos, pour Cosedus consul ou cornes ^ Geoffroy, cointp. Peu à peu le type du centre salière; et, sur les dernières pièces-, Ta et r» se réduisent en deux coins, le monogramme en un lambel surmontant une croix. Si l'on compare ces monnaies à celles de Geoffroy d'Anjou , on s'apercevra que ces dernières ont été prises pour modèle. Geoffroy de Semur, comtf' de Gien, qui vivait à la fln du onzième siècle et au commencement du

«uuriHUf

F&AZfCE*

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i, copia Ifls émkn angcTins

qui avaient alors un grand cours; il profita de la parité de son nom avec celui de son voisin ; parité qui rendait la MMcmblBiiee plus parfaite. Ses suc^ eeiteurs et ses descenaants, qui se nommaient tous Geoffroy comme lui, continuèrent à user de la même empreinte, que le temps altéra. Cet usage a imiter les monnaies les plus célèbres étaitd*ailieurs très-fréquent au moyen fige; nous en avons vu et nous en verrons encore plus d'un exemple.

GnifBsn (prise de). — Après la bataille d'Ettlingen, livrée le 9 juillet 1796, entre l'armée de Rhin-et-Moselle sous les ordres du général Moreau , et l*armée autrichienne sous les ordres de Tarchiduc Charles, bataille où la victoire ne se déclara pour aucun des deux pnrtis , Tarchidnc jugea cependant convenable de se retirer, dès le matin du 10, par une mardie forcée, sur Darlach, Carlsruhe et Pforzheim. Cette étrange résolution, il l'explique dans ses mémoires, en disant que, comme nous étions maîtres de la position principale et de toutes les montagnes , il ne conservait plus lui-même de chance favorable dans la vallée du Rhin. Si ce fut une faute, du moins la répara-t-il bientôt par de brillants stioeès sur le nouveau théâtre où il transporta ses opérations. De Pforzheim, le prince alla s'établir à Schorndorf ; puis, marchant sur une seule colonne , attendu que le terrain, eoopé de toutes parts, n^avait pour issue que la vallée de la Rems , il gagna Gmiind. Moreau suivit l'armée autrichienne dans un ordre à peu près parallèle, mais avec lenteur, ou plutôt avec une sage circonspection, qui provenait du manque de renseignements exacts sur la nature du nays: car, tandis qu*ii n'avait pu hii> même -faire aucune reconnaissance dans les montagnes d'Alb, il devait, au contraire , supposer que l'archidue les connaissait parfaitement. De Gaiiind , les Autrichiens se portèrent sor les hauteurs de Bomenkirch ; de là sur le bouri^ deHeideinheim, et enfin sur celui de Neresheim, où ils

Sarvinrent le 2 août. Le 9, le général aint-Cyr, qui commandait le centre de l'armée française , attaaua Heidenheim, OÙ étaient restés quelques bataillons

ennemis , ifem empra , et prit position' sur la Brenz. La journée du 4 se passa

sans engagement entre les deux armées î seulement les Français se rapprochèrent de la ligne des Autrichiens, et ceux-ci prolongèrent leurs postesdepuis BopQngen jusqu'au Danube, par Nattheim, Stauffen et Giengen. Le 5 août 1796, Moreau envoya le général Saiut-Cyr sur Gienden, Tnie Située entre Vlm el ÎVordlingen. Ce poste, après une action fort vive , resta au pouvoir de nos soldats. Ce fut un des préliminaires de la grande bataille de neresheim , où les Autrichiens et les Français laissèrent , de part et d'autre, à peu près trois mille hommes sur le terrain, sans que la victoire se fût décidée.

GiGERi (expédition de). — Colbert cherchant à fonder partout des échelles pour le commerce français, voulut, eu 1664 , créer uu établissement sur ce rivage africain de la Méditerranée, devenu aujourd'hui province française.

Le duc de Beaufort s'empara, le 22 juillet , de Gigeri , dans la région de Bougie, et il en confia le gouvernement au lieutenant général uruadagni , avec une petite garnison. On ne savait pas alors aussi bien qu'aujourd'hui combien les habitants de ces parages sont de redoutables ennemis. «Nous trayaillons à nos lignes avec beaucoup de soin , dit un rapport au roi sur cette expédition , par M. de Castellane (*) ; mais je croy devoir informer Votre Majesté de Testât où elles sont, qui n'est pas tout à fait si bon que je me Pestois imaginé... L'on a peine à eoiieevuir qu'un si petit corps de trouppes (deux Ulilie cinq cents hommes mal pourveus de vivres, avec force malades) ait osé séjourner trois mois sans se fortifier contre l'effort des ennemis, plusieurs accusent M. le dievalier de Clerville d*avoir empesché la perfection du travail , d'avoir semé la division et mesme d'en avoir fait les reproches à des vieux officiers qu'ils avoienl peur, quand ils ont proposé quelques expédiens pour leur seureté. Il a pris à tâche de persuader à M,, de Beaufort que les ligues

(*) Inséré dati3 les Archive& cur. de Vhut*

de fnofs^, W^iê Is seconde aiâii* |w et tinv.

•ICQtttI . LOmiVERS. «fOWAfi

estoient trop bonnes , et que les Turcs ne les pouvoient attaquer. Cependant, Sire, nous avons un camp de leurs trouppps réglées à la veiie de nos lignes... Les trouppes sont exlrémement dimi> nuées tant par les maladies que par les biesseures ; il y a douze cents malades, n est d*une grande conséquence, comme les soldats sont à descouvert, sans paille et sans huttes que de feuillage , exposez au serain et à la pluie, que les planches arrivent bientost... Monsieur l'intendant a dit qu'il n'y avoit plus de vivres que pour trois mois , et est aussi fort en peine des bas , des souliers et des chemises qu'on a envoyés, lesquels, outre le petit nombre, sont presque inutiles aux soldats, le tout estant trèsmal fait et de mauvaise qualité, etc.

« Il se tint hier un conseil chez M. de Beaufort , lequel fit connoître qu'il jugeoit à propos d'nller chercher les ennemis dans leur camp, et de donner un combat général ; je luy dis que Votre Majesté m'avoit ordonné de tesmoigner que son dessein estoit de bastir une citadelle et de faire un port à Gigery, et d'asseurer, en attendant, nos lignes. Uaf&ire finît par la résolution de ne point combattre.

« Après le départ de M. de Beaufort, qui fut le 27 octobre, je priay M. le chevalier de Clerville de vouloir travailler tout de bon aux lignes. Mes raisons estant inutiles auprès dudit chevalier, je priay M. de Gnfiniiine • d'assembler un conseil de guerre particulier pour faire résoudre la cnose.

M. de Clerville les paya des mesmes raisons, attribua à la foiblesse l'empressement qu'on avoit de travailler, et dit qu'il falloit mesnager la bourse de Votre Majesté, etc.; que c^estoit inspirer la peur aux soldats. Enfin son opininstrcté lut si grande, qu'il ne fut pas possible de faire travailler, et il dit toujours qu'il n*y a?oit rien à faire.

« Pendant ces déplorables démêlés, des forces imposantes attaquèrent et abbatirent les foibles redoutes occupées par les François.

« C*est alors que la consternation de l'armée fut extrême , se voyant sans redoutes, sans lif^nes, accablée du ranon dans le camp , quatre mille Turcs sur la hanteur, et tous les Maures 8*assem-

blant par les feux qui se faisoient sur les montagnes. ...Je trouvai M. de Gadaigne aans les mesmes senti mens où je i'avois hissé, qui estoient de périr ei (le suivre plustot le party du désespoir que de la retrailte, ne voulant point tenir de conseil sur ce sujet »

Il iàllot pourtant se résoudre à délibérer sur cette situation périlleuse , et assembler un conseil. La retraite fut résolue pour le 31. Guadagni s'obstinant encore à ne pas y consentir, on lui représenta o que l'on ne pouvoit plus respondre des soldats, lesquels disoient tout haut qu'ils alloient se faire Turcs. » II céda enfin. « Mais ce qu'il y eut de plus fascheux, fut la nécessité indi»> pensable d'abandonner le canon. » L'embarquement s'opéra en désordre , avec précipitation et sous le feu des Turcs. Guadagni donna de nouvelles preuves d'un rare couraij;e, et ne ménagea pas sa vie pour sauver les troupes qui lui étaient conliées. Elles s'éloignèrent heureusement du rivage ; mais on perdit encore le régiment de Picardie, embarqué à bord d un vaisseau de guerre qui sombra à la vue des côtes.

« L'establissenient projeté à Gigery a esté commencé en la manière souhait* tép ; et s'il n'a pas eu la durée qu'on attendoit, il n'y a rien à censurer, puisque la prévoyance de Sa Majesté n'a rien omis ce qu'on pouvoit humainement désirer d'elle. . . Les vaisseaux estoient en mer, les hommes en marche, et les munitions fort abondamment amassées dans la ville de Toulon.

Mais la peste afflige inopinément Toulon ; ce mal contagieux trouble inopinément la Provence. Cet accident imprévu oblige le roy à contremander les hommes qui estoient déjà comman* dez pour aller joindre les autres. Nos François africains voyant que la peste . a em'pesché l'arrivée du secours des trouppes et des munitions qu'ils attendoient, et que Thyver venu de surcroist leur oste toute espérance d'en recevoir à temps, leur propre prudence leur fait quitter ce poste (*). »

GiGNAc , petite ville do département de l'Hérault, arrondissement de Lc^ dève. Popul. 2,779 liab.

(*) Ibid. , p. 74 et 75.

«ILlBftT FRÂUCE. «ILBBKT

t n est ftit mentioii de Gignae dès le

septième siècle. Deux siècles plus tard, c'était le siège d'un évéché. La ville fut saccagée plusieurs fois, et« entre autres, en 1861 , par Seguin de Badefol , chef d^iine bande de routiers. Il y a, non loin de la ville, l'église Notre-Dame de Grûce, que l'on croit avoir été originairement un temple de Vesta. L'architecture en est ifort remarquable.

C'est un lieu de pèlerinnge où l'on se rend de douze lieues a la ronde.

Cette ville faisait anciennement partie du bas Languedoc , du diocèse et de la recette de Béziers, du parlement de Toulouse , de la f^éjiéralité de Montpellier et de rintpndance de Lanf»uedoc.

GiJOA (aftaire de). — Le 17 octobre 1810, un corps de 300 guérillas se pré* senta devant Gijon, ville et port dfe la

f)rovince des Asturies, où était posté e colonel Crétin. Quoique ce brave officier n'edt avec lai qu'un piquet de chasseurs et une comi>agnie de voltigeurs, il tenait néanmoins depuis quelque temps l'ennemi en échec, lorsqu'il vit une escadre anglaise de 87 voiles 8*approcher du port, et commencer bientôt à débarquer des troupes , dont le nombre s'éleva 5 2,000 hommes. Le colonel évacua la place en bon ordre, et, dès le soir, envoya demander des renforts au général Bonnet. Il en reçut dans la nuit, retourna au point du jour sur Gijon, et força les Anglais et les Espagnols, qui laissèrent plusieurs centaines de morts et de blessés, à se rembarquer précipitamment.

Gilbert (saint), issu d'une noble famille d'Auvergne, vécut sous Louis le Gros et Louis te Jeune, et fut premier abbé d*un monastère qui porta son nom, au diocèse de Clerniont. Gilbert avait passé sa jeunesse a la cour de France, et il était compté parmi les pins braves et les plus pieux chevaliers de son temps. Après la prédication de la deuxième croisade, il suivit le roi en terre sainte. Les tristes résultats de l*expédition jetèrent dans Tâme de Gilbert, qui les attribuait aux péchés des croisés, une tristesse profonde. Exalté d'ailleurs par les habitudes d'une vie ascétique , il résolut de se consacrer entièrement à la vie du cloltre : sa femme Pétrohilleetiw fille f gaee approuvèrent

et partagèrent cette intention. Après

avoir consulté l'évéque de Clermont et ]';ibbé de Di!o, Gilbert donna la moitié de ses biens aux pauvres, et garda l'autre pour fonder et construire deux monastères, Tun de femmes pour Pétronille et Ponce , et Tautre d'hommes , où il voulait se retirer. Le premier fut établi à Aubeteire, sous l'invocation du saint Gervais et saint Protais. Pétronille en prit le gouvernement, et fut, après sa mort , remplacée par sa fille. Gilbert se retira dans un lieu nommé Nevf'Fmt€Unès; il y fit construire un monastère, et, en 1150, il y fit venir de Dilo des chanoines prémontrés. Il fut élu abbé par tous les chanoines, et gouverna avec sagesse. A côté de l'abbaye était un vaste hôpital , où Gilbert venait soigner les innlades et les infirmes.

Apres une vie de dévouement et d'austérités, Gilbert mourut le 4 juin de Tan 1152, et fut, d'après son désir, enterré dans le cimetière de son hôpital. Le troisième abbé fit transporter les restes deGilbertdans l'église. Robert d'Auxerre, prémontré et historien presque contemporain , a rapporté l'histoire de saint Gilbert dans sa Chronique.

GiLBïiiT (Francois-Hilnire), membre du Corps législatit' et de l'institut, professeur et directeur adjoint de Técole vétérinaire d'Alfort , naquit à Châtelle» ranlt en 1757. C'est en lisant un jour Butfon que sa vocation lui fut révélée. Seul et sans protecteur, il se orésenta à M. Necker, qui, l'ayant lait examiner, lui donna une place gratuite à réeolc d'Alfort. Il ne îjnda pas à se faire remar(^uer, et, au bout de trois ans d*études, il lut nommé professeur. Doué d*une grande vivacité d'esprit, d'une élocution rapide et abondante, il eut un succès brillant. Divers mémoires couronnés par les académies , et notamment celui sur fef prairies artificielles, travail qui est encore aujourd'hui fondamental en cette matière, le firent bientôt connaître dans un cercle plus étendu. U fut dès lors consnlté sur des questions délicates d'administration, et chargé de missions importantes , notamment de l'organisation et de la dileetion des établissements de Sceaux , de Versailles et de Rambouillet. Le gouvernement eut aussi recours à sa science*

798 «lUtKK UimiWfMS. «a»l»T

et à son zèle dans un grand nombre d*épizooties. Bans !e but d'exciter Tindustrie des gens de la campagne , Gilbert composa des instructions popuf aires sur divers objets d^économie rurale et de médecine vétérinaire. Un des articles secrets do traité de paix entre la république et TEspagne accordait à la France la faculté d*a(meter dans la Péninsule ^pielques milliers de mérinos. Trois années s'étaient écoulées sans qu'on eût pensé à Teftectuer, et le terme de l'exportation était fixé à cinq ans. Gilbert remit à llnstitut, dont il avait été nommé membre à la formation, un mémoire pressant sur cet objet. Éclairé par ce mémoire, le ministre, François de NeufèbftteaUfOrdonna^yersfailn de 1797, l'exécution de la mesure, en chargeant l'auteur de cette mission délicate. Mais Gilbert fut tellement entravé, qu'il manqua deux ans de suite l*époque ûh vorable; puis, lorsqu'il la rencontra, les propriétaires refusèrent de vendre, et ces lenteurs se compliquèrent de retards dans les payements du côté de la Traiice; en sorte qde Gilbert fût obligé d*enîîager son propre patrimoine pour acquitter des dettes d'autant plus sacrées à ses yeux qu'elles intéressaient rbonneur du pays. Les diagrins que ces contrariétés lui causèrent achevèrent ce que les fatigues avaient commencé. 11 gagna une fièvre tierce qui dégénéra bientôt en ûèvre maligne, et l'emporta au bout de neuf jours , le 6 septenibre 1800. ISous avons (le |[ji, sans compter les mémoires couronnes par les académies, les ouvrages suivants, dont le style n'est pas moins recommandable que le sa* voir : l» Traité des prairies artificielles j Paris, 1790, 1 vol. in-8«, réimprimé en 1802; 2° Recherches sur /es causes des maladies charbonneuses dans les OfUmaux, Paris, 1795, 1 vol. in-8o; 3" Instrucfwn sur le vertige abdominal des chenaux, Paris, 1795, 1 vol. in-8°; 4° Instruction sur le claveau , Paris,

1796, 1 Tol. in-8^; 5« InsinteUon sur les moyens les plus propres à assurer la propagation des bêtes à lains de race d'Espagne, Paris, 1797, 1 vol.

in-8*; 6" Mémoire sur la tonte du troupeau national de RamlHnriUe^, Paris,

1797, 1 vol. in-4°. Gilbert a aussi fourni

plusieurs articles à là Déoads pJUloso'

phique, au Magasîn encyclopédique, à la Feuille du cultivateur; et au Cours d'agriculture de Rozier, l'artide Bes^ Hau» ouvert, qu'il compeia en toeiété avec Roiif^er la Bergerie.

GiLBBBT (Nicolas - Joseph - Laurent) naquit en 1751, à Fontenai-le-Châteaa, près de Kemiremont dans les Vosges.

Ses parents étaient des eultivateivn pauvres, qui épuisèrent leurs faibles moyens pour lui faire donner une éducation littéraire. On assure qu'il vint à Paris sans antro reseotttee que ta» poésies qui composent son DémU poétique (publié en 1771). Conliant et mexpérinienté, il chercha naïvement des protecteurs paritii plusieurs nobles personnages et parmi les coryphées ek la nouvelle philosophie. Il fut rebuté partout. Pour comble d'humiliation , l'Académie française rejeta successivement deux pièces de vers qn*ii mit présentées au concours. C'en fut assez pont aigrir à jamais son fîme, et lui inspirer cette liuineur chagrine et misanthropiuuc qui assombrit son visage et ses eerits. Dès lors, riodigbation fet sa muse. Il s'attacha au parti qui combattait les philosophes, et publia les deux satires qui lui ont mérité le surnom de Jttvéaal dii dix<Mtlèifte siècle. Cette énergique peinture de la sodélé corrompue au milieu de laquelle son malheureux sort l'avait jeté, cette ironie sanglante dcveraee sur la secte vaniteuse et ^îste des encyclopédistes, aeeru** rent encore le nombre de ses ennemis.

Dès ce moment, tout ce qu'il produisit fut frappé par eux de réprobation. La Barpe le Pédant le mit au ixMiibro des phis mauvais rimoilleurB de'soa tenpB.

Bientôt le maihetireux poëte resta presqiie sans secours et sans asile. M. de Beaumont, archevêque de Paris, lui avait obtenu depuis peu de tempe une modique pension, quand il fut saisi d'une aliénation mentale occasionnée soit par le désespoir, soit par une chute de ebeval qui nécessita Ifopération datrépan. Un matin, il pénétra dans la chambre de l'aiu hevêque, et là se roula jar terre, en criant : « Je vais mourirl e suis damné ! » Le prélat lit porter 'infortuné à THdtel-Dieu, où sa foNe ne fit C(u*augmenter ; enfin, dans un de

ses afloes de ûàvxe» il avala«. à Tiiisa d»

M8 8ar?dl1ants , la c1«f d'une cassette

où il avait quelque argent. Il expira vinfçt-quatre heures après dans d'horribles angoisses, le 12 novembre 1780 , à râge de ▼ing^neuf ans. Tous les amis des lettres connaissent ces strophes si touchantes, qui furent son chant du cygne, et dont Tune est ainsi conçue :

ku banqast de la inforton^ cooTiw

J'apparos un jour et je meurs; Je meurs, et sur in.i tnmbe où lentement fuRNV»

Nul ne Tiendra verser des pleurs, etc.

Ce fut huit jours avant cette mort déplorable, dans un intervalle lucide, qirii les composa. Combien ne doiventelles pas nous faire regretter tout ce que présageait une si belle inspiration! Après avoir lu ces stances admirables, on ne saul'att juger sévèrement ses- antres écrits , où , a côté é& passages pleins de verve et de vérité , se rencontrent des défauts qui tiennent à l'humeur, à la jeunesse du poète. Il a expié bien chè* rement cette gloire, le seul but de ses désirs !

Gilbert, surnommé de la PorreCy évéque de Poitiers, né dans cette ville ▼ers l'an 1070, professa pendant quelque temps la dialectique et la théologie à Paris, se mit à la tête des réalistes, et acheva sur les nominaux le triomphe que saint Bernard avait commencé en terrassant Abailard. Mais il ne sut pas lui-nièmr se préserver des attaques des prêtres et de l'abbe de Clairvaux. Plusieurs de ses propositions furent coudamnées par le concile tenu à Rein» en 1148. Gilbert se rétracta, et ne s'occupa plus jusqu'à sa mort (1 154) que du som d'instruire ses diocésains, de décorer les églises, et de Crîre Iteurir les lettres et les sciences. On a de lui un commentaire fort obscur sur ie livre de la Trinité de Boëce ; un Traité philosophique des six principes y jadis fort oéidire, et imprimé avec plusieurs anciennes éditions d'Aristote: un Commentaire sur l'Apocalypse iParis, l^lâ, in-8"), etc.

GiuBEBT (Jean-Emmanuel), médecin et naturaliste, naquit à Lyon en 17 U. Il étudia à Montpellier, et alla se fixer ensuite dans le village de Chazay, près de Lyon. Désigné par le célèbre

Haller au ministrea'de Pologne et d»

forlugil» vtt l'meni miulté um

CE. . GIU48 7d9

deux snr le choix d*un sujet capable de

fonder une école de botanique , il se décida pour la Polo^ne, et partit en 1773. Arrivé à Grodiio, il y établit un jardin botani<|ue, et attira un grand concours d'élèves par ses leçons de clinique. Lorsque l'université fut transférée à Wilua, Gilibert l'y suivit, et remplit avec honneur la chaire d*bifr toire naturelle et de matière médicale^ Mais la rigueur du climat, l'état de sa santé, joint aux persécutions, le déterminèrent à se retirer en 1783. Arrivé à Lyon, il y fut nommé médecin de l'Hotel-Dieu , médecin en chef des épidémies, professeur au ço!léc;e de médecine, et membre de l'Académie. Il eut è sonffîrir des orages de la révolution. Maire de Lyon en 1793, fl lut arrêté et détenu eu prison. Il recouvra la liberté, mais non le repos. La présidence de la commission deuartementale lui ayant été déférée penaant le &meox siège de Lyon , il fut de nouveau proscrit. Obligé dé fiîir, il erra pendant dix huit mois, au bout desquels seulement il put rentrer dans sa patrie. La place de profeaseur d'histoire naturelle à l'école centrale lui fut décernée, et il la remplit de manière à justifier la confiance de Tadministration. La mort le surprit, le 9 septembre 1S14, après quatre ans de souffrances. Sou nom a été donné par Ruiz et Pavon a un genre de plantes Uibertia) de la famille des araiiacées.

n doit à Gilibert un grand nombre d'ouvrages de botanique.

Gilles (Nicole), abréviateur des grandes chroniques de Saint-Denis, né dans le quinzième siècle, fut notaire et secrétaire de Louis XII, secrétaire du trésor jusqu'en 1196, et mourut en 1503. L'ouvrage auquel il doit sa réputation est intitulé : les Jnnales et chroniqves in France, de Porigine des François et de leur venue és Gaules, avec la suite des rois et princes, pisqu'au roi Charles riH, Paris, 1492, ln-4^ Voici le jugement qu'en porte M. iVugustin Thierry : « Cet ouvrage, qui, dès son apparition, eut un succès immense , respectait le fond des chroniques de Saint-Denis, mais en changeait le style pour l'accommoder aux idées et au gout du temps. Le peu de

couleur originale, conservée à rustQixa.

800 «ILUBB LUMVERS. GILLBS M IMIWMUL

des deux premières races par les compilateurs du douzième siècle et les traducteurs du treizième, dispnrut sous une phraséologie toute moderne. On y trouve un grand luxe de remarques sur le peu de durée de la faveur des cours , et le dévouement des rois de France au saint-siége. L'auteur va jusqu'à falsifier la prière de Clovis à la bataille de Tolbiac. Il lui fait dire : « Seigneur Jésusm Christ, je croirai en votre nom ; et tous « ceux de mon royautiie qui n'y voudront « croire seront exiles ou occis. » Ni ces mots, ni rien d'approchant, ne se trouvent dans les chroniques de Saint-Denis.

Kn parlant des exactions des rois des Fraiiks, Nicole Gilles emploie toujours les mots de tailles, emprunts et maltdtes , si célèbres de son temps. Il ajoute aux grandes chroniques beaucoup de fables et de miraclfs qui, au douzième siècle, n'étaient pas encore de l'histoire, comme les (leurs de lis apportées par un ange; la dédicace de l'église de Saint-Denis par Jésus-Christ en personne; l'érection du royaume d'Yvetot, en expiation d'un meurtre commis dans l'église, le vendredi saint, par le roi Clotaire I". Un des passages les plus originaux du livre est le portrait de Charlemagne, présente comme une espèce de Gargantua, haut de huit pieds, et mangeant à lui seul le repas de plusieurs personnes On peut dire aujourd'hui, sans trop de hardiesse, que l'ouvrage du secrétaire de Louis XII est également dépourvu d'érudition et de talent; et pourtant aucune histoire de France n'a joui d'une aussi longue popularité. Il en a paru successivement seiise éditions, dont la dernière est de 1617, cent quatorze ans après la mort de Pauteiir '*). « La première édition est très-rare. Celle de 1552, 2 vol. in-8°, est recherchée des curieux pour la beauté de l'impression et la commodité du format.

GiLLKS (Pierre), en latin GyWii<^, \m des premiers savants français qui aient fait des recherches utiles d'ans les sciences naturelles, naquit à Albi en 1490; visita Ifs bords de la Méditerranée, de l'Adriatique; fut envoyé daus le Levant

(*) Âug. Thierry, LctU*es sur l'histoire de

par François T"^; explora les ruines de Chalcédoine; revint dans sa patrie à la suite de d'Aramont, ambassadeur de France; fut appelé en Italie au}»rès du cardinal d'Armagnac, et mourut à Rome en 1655. On a de lui : OraUoiies du»

guibus suadet Carolo-Quinto imper, regpm CaUix prselio captum , gratis esse dimUtendum {Brescia^ 1540, in-8°); ex yEUano itemque ex Porphyrio,

HeBodoro, Oppiano de vi et jiatura

animalium ; lib. unus de gallicis et lathiis nominibus piscium (Lyon , Séb.

Gryphe, 1533, in-4°); de ' Bosphoro thraeio UM fret (Lyon , 1561 , in-4*'; Leyde, EIzevir, 1632 et 1635, in-24); de Topoqr. Constaniinopoleos et (h, illius antiqmtat. lib. /A (Lyon, 1501, in-4"; Leyde, 1632, in-32),"etc.

GiLLKS DE Bketagne, scigncur de Chantoeé, était fils de Jean V et frère de François r*", duc de Bretagne. Mécontent (le lu part qui lui revenait dans rhérftage paternel, il quitta la cour en 1445, et entretint des liaisons criminelles avec les Anglais. Ces torts furent encore aggraves par la haine d'un favori qtii gouvernait Tesprit du duc.

Arrêté au Guildo par les Français , il fut conduit à Binon, où le duc son frère, n'ayant pu le faire condamner , le jeta en prison. Après quatre ans de détention, il périt, dans la nuit du 34 au S5 avril 1450, étouffé entre deux matelas, dans les cachots du ciiàteau de la Hardouinaye. Cet assassinat pesa d'un tel poids sur la conscience du duc qui l*a* vait fait ou laissé commettre, qu'il mou* rut quarante jours après. On rapporte qu'un cordelier , confesseur de Gilles, l'avait cité, de la part de la victime, à comparaître, précisément dans ce délai, devant le tribunal de Dieu.

Gilles de Cohbeil, célèbre médecin du douzième siècle , sur lequel on n'a que fort peu de renseignements, naquit probablement à Corbeil. Après avoir professé avec un grand succès à Montpellier, il vint à Paris , où il fut nommé chanoine de Notre-Dame. Il exerça en outre les fonctions de médecin auprès de Philippe- Auguste , pinsieurs années avant 1215. On ignore l'époque de sa mort. On a de lui : un traite fort remarquable de PuteUm», en vers beumèttes ; 3* un traité 4s ÙH*^

«IIXBTTK

FRATfGE. 61LL0T BS «BADGOUE «01

nb, également en hexamètres , et enGn un poëme de six mille vers, divisé en qiintre livres, intitulé: de f irtntibus et Laudibus composUorum medicami- Htttfl.

Gilles de Pàbis , poète latin , né vers l'an 1164, était chanoine de Saint- Marcel , et professa , avec un erand éclat, les arts libârM» è rnnivennté de Paris. On neconnfltt deluiqahuipoâne intitulé KaroliniLf, qu*il composa pour l'instruction de Louis VIII. Les quatre premiers chants sont employés à célé- Drer la prudence, la justice/ la force et Intempérance de Charlemagne. « Dans le cinquième, dit M. Daunou (Discours sur iétat des lettres), Tauteur ose examiner , du Tivant de Philippe- Auguste, jusqu'à quel point ce monarque a pratiqué ou néglifçé ces quatre vertus. Ce dernier livre contient six cent cinquante-sept vers, dont le mérite littéraire n'est pas très- grand ; mais ce livre rst curieux par la hardiesse des réflexions et des censures. Le poète, après un éloge assez succinct des belles qualité et des bonnes actions de Philippe, lui reproche non-seulement son divorce , qu'il signale comme la cause des maladies contagieuses, des guerres, des famines, et de tous les fléaux dont la France est affligée , mats aussi sa fBerté , sa dureté , sa rigueur extrême, qui indispose les hommes paisibles, qui provoque et entretient ia résistance des rebelles. Un des derniers moreeaux de ce poëme tient à l'histoire littéraire,

Earce que le poète y célèbre quelques ommes de lettres ses compatriotes ou ses contemporains. » Le cinquième cbant n*e8t point, comme l'affirme M. Daunou , le seul qui ait été publié. Fr. Duchesne a inséré quelques fragments du quatrième, dans le tome Y de ses Seriptores rerum Jrandearum. Le chant V se trouve en entier dans le tome XVII du Recueil des historiens de France. Le P. Labbe annonçait une édition com|4ète de ce poëme , mais il ne put mettre son projet à exécution.

Gillette (comoat de). En 1793,

{)endant le siège de Lyon et de Toulon, *armée austro-sarde se préparait à envahir la Provence, quand Dugommier fut chargé du commandement de l*aile gauche de l'armée d'Italie. Il avait déjà

été forcé d'évacuer Belveder et Yesubia,

et les Impériaux se portaient sur TEsteron pour tourner ses positions par leur gaudie. Cependant , au lieu de concentrer leurs forces pour cette ma* nœuv^e, ils ne réunirent que 4,000 hommes. Dugommier sentant les conséquences d'un succès , se porte en forces à Gillette , en faisant 28 kilom. en une nuit, avec un détachement grossi en route de toutes les troupes qu'il a rencontrées. Au point du jour (18 octobre), il culbute les ennemis qui le croyaient bien éloigné. Tout fuit devant lui ; les munitions , les tentes , Tartille* rie austro-sarde , tombent en vson pouvoir ^ 800 ennemis sont tués , 760 prisonniers; la Provence est sauvée , et Toulon est repris aux Anglais, par ua trait de génie qui décelait un grand capitaine.

GiLLOT (Claude), dessinateur, peintre et graveur , né à Langres, en 1073, reçut de son père les premières Icrous de dessin , et vint ensuite à Paris se perfectionner sous Jean-Baptiste Corneille , peintre d'histoire. Ce n^est cependant pas à la peinture qu'il paraît avoir donné le plus de soin , car il est bien moins connu aujourd'hui par ses tableaux que par ses eaux-fortes , qui sont estimées. Faut-il croire ce à quoi quelques auteurs ont attribué le peu d'ouvrages qu'il a laissés.' 11 fut le maître de Watteau , et devint jaloux d'un élève qui devait bientdt le ftiire oublier. Quoi qu'il en soit , c'est à ce moment qu'il quitta la peinture pour s'occuper exclusivement de gravure. D'une nature assez inquiète, d'un caractère mobile , il avait trop peu de constance pour s'attacher aux leçons d'un maître.

Il n'en eut presque pas d'autre aue la nature , et malheureusement il choisit une nature commune et triviale. Ses tableaux représentent presque toujours quelque scène de tréteaux, quelque aventure burlesque. On y rencontre toujours un grand caractère de vérité; mais rexéeution en est souvent très-faible. Il fut reçu à l'Académie en 1715, et mour rut en 1722.

GiLLOT DE Beaucour ( Louise Gomes de Vasconcelles , dame) , femme auteur du dix-septième siècle , a écrit, entre autres romans , le Galant nou-

T. viu. 61' JÀvraison. (Dici. engycl. , £xc.)

IfilIXT

vellisfe, le Courrier d'amour^ les difémoires de Ravessant. etc.

GTLE.Y ( Jacques-Laurent , eomte), lîputcn.int général, né àFournès (Gard), en 17G9, sp fit remarquer aux armées des Alpes et des P^rénées-Orieutales, à la bataille de Thuir, à la défense du château dePuycerda (juillet 1795), fît les ( ampagnes de 1796 à 1798 , dans l'armée d'Italie, et fut envoyé successivement comme général de brigade (1799) aux armées du Danube, des Grisons, etc. IjC 13 mai 1801, il alla prendre le commandement d'une division en Portugal. Passé à la grande armée, il y fît avec distincHon les guerres de 1807 et 1808 , et la campagne d'Autriche de 1809, reçut un coup de feu à Wagram , et fut nommé général de division le 16 août , après quoi il alla prendre ( 11 mars 1810 ) le commandement général des îles de In Zélande. Il ftit nommé baroa de l'empire en janvier

A la première restauration , le général Gilly, qui nvnit envoyé sa soumission à Louis XVIII, venait de lever à la hâte, dans le département du Gard , un corps de volontaires royalistes, lorsqu'il retourna sous les drapeaux de fempereur,de son ancien général; il reçut bientôt la mission d aller dissiper les rassemblements de rilnies et de Montpellier. Leduc d'Angouléme, forcé d'abandonner toutes ses positions , effectua précipitamment sa retraite sur Montélimart. C'est alors qu'eut lieu la convention conclue à la Palue, entre le général Daultane, au nom du prince, et le colonel Saint-Laurent, au nom de Gilly : elle portait en substan(;e que l'armée royale serait immédiatement dissoute, et que le duc aurait la liberté de s'embarquer au port de Cette pour Barcelone. Napoléon approuva la conduite du général dans cette circonstance difficile, le nomma comte de Tempire, et lui confia le commandement de la 9* division militaire, avec le titre de commissaire extrnordinnire du gouvernement impérial. Le département du Gard le nomma en outre son représentant à la chambre des députés.

Après le désastre de Waterloo, Gilly passa en Amérique. Compris dans l'or- 40IU1BB0Q de proscription du 34 ji#et

, il fut condamné à mort par le jonseiî de guerre de la t'* di?tsion militaire, le §6 juin 1816. Gilly retourna en Europe en 1819. Le 2 février 1820, il arrive à Paris, et va se constituer volontairement prisonnier à TAbbaye. La nouvelle procédure s'instruisait, lorsque, à la sollicitation du duc d'An^ouIéme , des lettres de grâce lui furent accordées. Il tiit rétabli, à partir du 14 février, sur la liste des officiers généraux en activité. Toutefois, une ordonnance du décembre 1824 le mît à la retraite. Il est mort en 1829.

GiLON (le cardinal), bénédictin, surnommé de Paris, né à Toucy , près d'Auxerre, vers la fin du onzième siècle, se fît une réputation par son talent poétique, puis se retira , eu UIÛ»^ l'abbaye de Cluny. Le pape Caliste II étant venu en France , l'emmena avec lui en Italie , et le nomma évéque de Tusculum et cardinal. Gilon fut envoyé en 1127 , par Honoré II, pour apaiser en Palestine les querelles qui divisaient le clergé. A son retour, if fut nommé lésât en Pologne. Après la mort d'Ho- ^loré, il se déclara pour l'antipape Anaclet. On ignore la date de sa qnort, fixée par quelques-uns en 1142. On a de lui : 1" de f ia hier osoly mit nna quandoexpulsis et occisis pagaim, devictx sunt JSicsËa, AiUiochia et Hierusakm à ckrUmnis : cette histoire , en vçra hexamètres , est divisée en 6 livres ; elle a été insérée en partie dans le tome IV des Scriptores rerum/randcarum deBuchesne, et complètement dans le tome 111 du Thésaurus anecdotonmi de D. Martène; 2° une f' ie de saint Hugues , abbé de (Jluny , insérée dans le recueil des bollandistes au 99 avril ; S« Epittola ad Bemardum, ^n^ tiochenum patriarcham, insérée dans le tome II des Heliquiat manu&cri^torum de Ludewig.

. GiMOBX et TsBBiDBS , terre et seigneurie, avec un ancien titre de vi-

comté, en Gascogne. On trouve des vicomtes de Gimoez dès l'année 993.

Terrides fait aujourd'hui partie da département de Taru-et'Garonne , arroudissenient de Caslel-Sarrasin.

G I MONT, petite ville du département du Gers, arrondissement 4'Aucii, pop.

3,9â2habiUittS.

en» FHANCE. «HUBD

Pièft de cette ville , il y «fait , avant

1789, une abbaye d'hommes de l'ordre de CHeaux , qui avait été fondée par Géraud , seigueur de Broglio , en 1 142. La ville, bâtie sur un terrain eoneédé par l'abbaye, fnis iit anciennement partie du bas Armagnac , au pays de Rivière-Verdun, du parlement de Tou* kwse, et du diocèse et de rintemlsiMe d*Auch.

GiiNGUENÉ (Pierre -Louis) , littérateur, membre de Tlnstitut, né a Hennés en 1748, mort en 1816. Il débuta dans la earrière littéraire par une jolie pièce de vers intitulée : la Confession de Zulméy qui eut un grand succès. Quelques autres opuscules étendirent encore sa fépotatio». En , sa brochure :

De Vautorité de Rabelais dans la révolutiOH présente ^ signala son entrée dans Jaearriére politique. Ami de Cham»

fort , il rédigeait avée lui la FêiHÛ^ vit» lageoise, et fut incarcéré en 1793 avee Roticheret André Chénif-r, dont il partageait les opinions contre-révolutionnaires. Rendu à la liberté après le 9 thermidor, il fut appelé sucoassivement à diverses fonctions publiques , devint membre de l'Institut, ambassadeur auprès du roi de Sardaigne , et i^e vit nommer ay tribiffiat après le tS bnmiaire.

Eliminé en 1802, pour son opposition vigoureuse à l'établissement de tribunaiix spéciaux , il se renferma dès lors dans SCS travaut littéraires, il enrichit d'excellents articles la Décade pkihso'

Î)hique, puis la Revue philosophique et e ^fer cure de France. Kn 1811 et 18 12, parurent ses fables et quelques autres poésies. Maïs son ouvraf e le plus digne d'éloges , c*est son Histoire littéraire d Italie, en 9 vol. in-8*», dont les trois derniers ne parurent que trois ans après sa mort II s> montre écrivain habile, et critique plein de goât Cl d^|MI^ tialité. On lui doit encore un grand nombre d'articles insérés dans la Biographie universelle de M. Michaud et dans l'Encyclopédie méthodique ; e-nAn, une édition des œuvres de Chamfort et de celles de Lebrun i,Ecouchard) , son ami, publiée avec une notice biogranhique.

GiON , terre et châtellenle érigée en baronnie par lettres de février tâjl, en faveur de Jacques de Gioii«

GiBABD (Claude-Marîe), chef de brigade, né à Artena (Jura) en 1749 ; canonnier en 17G6 , il fit les campagnes d Amérique de 1776 à 1782, en qualité d'adjoint au génie militaire. A l'armée du Nord, le 18 mars 1793 , à la téte d'un bataillon , il délit le régiment de Cobourg-dragons à ISerwinden ; reçut six coups de feu, le 8 mai, dans les bois de Tabbaye de Bonne- Espérance. Le 28 prairial an ii , à la bataille de Mesiée, il prit 7 pièces de canon et fit 600 prison* niers. A l'armée du Rhin, il s'empara de tro^ redoutes , fit prisonniers deux compagnies de grenadiers, et, faute de munitions, enleva une de ces redoutes a coups de pierres. A Fribourg, suivi de 80 grenadiers et de 8 ofDciers, il fît 1,000 prisonniers et s'empara d'un drapeau. A Neubourg, il mit en déroute deux bataillons ennemis , et prit deux

eièoee de canon. A Vérone, toujours à k téle de son bataillon , il culbuta les Autrichiens, et leur fit prisonniers cinq compagnies de grenadiers. Devenu chef de la 31* demi-brigade, il battit, pen* dant la nurt do 6 au 7 thermidor, 4,000 Autrichiens, et leur fit 800 prisonniers. Il fut ensuite envoyé dans la Vendée, et vécut retiré dans ses foyers depuis le 1*^ Tcndémiatre an xiii.

GiBABD ( Gabriel ) , grammairien , né à Clermont en Auvergne vers 1(577, secrétaire-interprète du roi pour les langues esclavonne et russe , chapelain de la duchesse de Beriy, membre de l'A* cadémie française , mort en 1748 , a laissé : Im justesse de la langue jrarir çaise , ou les dij/érenfes significations dês moii qui passent pour synonymes, 1718; réimprimé depuis, plusieurs fois, sous le titre de Synonymes français, GifiARD (Jean-Baptiste, baron), lieutenant général , pair de France, né en 177S, à Aulps (Var). Après avoir servi avec distinction depuis 1793, il révéla, surtout à Austerlitz , dans le corps de cavalerie commandé par Murât, les hautes capacités qui devaient faire de lui l'un de nos meilleurs généraux d'avnntgarde. Napoléon disait de Girard à Ste- Uélène : « Getait un des nlus intrépi- « des soldats de Parmée française ; il « avait évidemment le feu sacré. »

Nommé sous-chef de l'état-major de la réserve de cavalerie , il ^nt part à la

«IBARD LUNIVERS. GIRARDET

campnîîne de Prusse de 1806, devint général de brigade le 13 novembre de cette année, et suivit sou corps d'armée en Pologne. Ensuite il passa à Tarmée d'Kspaçne, et reçut en 1809 le brevet de général de division, pour sa belle conduite à Arzobispo, où il lut Messé, comme plus tara à la journée d'Ocana.

Napoléon l'anpela à la grande armée en isri, et lui donna le commandement d'une division. A Lutzen, Girard reçut deux blessures. Il put cependant prendre part aux batailles de Dresde, de Leipzig et de Hanau.Bien qu'il eût envoyé son adhésion à Louis XVIII , il fut l'un des premiers à se replacer sous les drapeaux de Napoléon , en 1815. Nommé pair de France le 2 avril, il reçut immédiatement après Tordre d'aller prendre Je commandement d'une division , à la téte de laquelle il fut tué à Ligny.

GiBARD (femme). A Colmar, vivait dernièrement et vit peut-être encore une femme de ce nom , qui avait passé l'hiver de 1839 gagnant à grand*peine le pain qu'il lui fallait pour ne pas mourir de faim. Kilo, avait droit pourtant à un meilleur sort.

Catherine Rohmer, née à Colmar* en 1783 , d'un père sergoit et d'une mère vivandière, vit mourir son père à [la

{)rise de Calabre, et un boulet emporta a téte de sa mère à la bataille de Fleurus. En 1802, Catherine épousa Franois Girard , tajnbour-major de la 62* emi -brigade. Vivandière comme sa mère, elle entra en Espagne avec la division Donadieu, se trouva à la prise de Sara^osse, passa en Autriche avec la division Charrière, fut blessée d'un coup de lance à la bataille de Wagram , assista à la prise de Vienne , et partit de là pour Naples.

Toujours prête à supporter les fatigues dfe la guerre et a exposer sa vie pour soulager les blessés , elle retourna en Espagne et assista à la çrise de 6ironne, oià son mari fut décoré. Cette fois , elle se fit soldat elle-même , prit un fusil , et se battit avec beaucoup de bravoure. Elle suivit encore l'expédition de Russie jusqu'à Moscou , et fîit comptée parmi les 25 militaires qui restaient de quatre bataillons de mille hommes. Après la retraite, clic fut pré-

sente à la réorganisation de son régiment , à Courbevoie. Bientôt elle alla

S rendre part aux affaires de Chalons, e Troyes, de Rar-sur-Aube, de Brienne.

Se trouvant à Fontainebleau îors de l'abdication, elle part avec son mari pour suivre l'empereur à l'île d'Elbe.

Elle comptait alors huit fils sous les drapeauK. De retour à Paris , elle eu repart pour aller assister à la bataille de Waterloo. En 1815 , son mari est nommé adjudant dans Tartillerie. En 1823, elle suit Cirard en Espagne, où elle le voit mourir d'un coup de feu.

Rentrée en France , elle y épouse un sergent-major aux sapeurs du génie, et part avec ce second mari |N>ur l'expédition d'Afrique , oii ses huit fils servent sous les drapeaux. Elle perd son second mari et deux de ses fils sur ce nouveau champ de bataille, et à l'affaire de la Maison carrée, elle est blessée elle-même de deux coups de feu.

GiRABDET (Abraham), graveur en taille-douce, naquit en 17G4, au Locle, principauté de Neocfaâtel. Ses roattres, s'il en eut, sont restés inconnus. Il avait déjà gravé à l'eau-fortc avec un certain talent , lorsqu'il vint a Paris a dix-huit ans, et travailla sous Iticolet. Il exécuta, en 1806, pour la collection du musée publiée par Robillard, une Trans- /i^rationy oui obtint Taccessit à la distribution aes prix décennaux. Cette planche, qui commença sa réputation d'artiste, lut simie de VEnlèvemeyit des Sabhies, d'après le Poussin ; de la Déifi' cation d' Auguste f d'après un dessin de Bouillon; du TriompM de TUu» et de respasien, d'après Jules Romain; de la Sainte cène^ d'après Philippe de Champagne; du Christ mort, d'après André del Sarto, et d'autres encore. Il grâva un grand nombre de vignettes

5)0ur les belles éditions d'Horace et de a Fontaine, publiées par J)idot aîné.

Cet artiste n'aurait pas eu à se plaindre de la fortune, s'il n'avait cédé à des habitudes d'intempérance qui ruinèrent sa santé, et le conduisirent au tombeau à l'âge de cinquante-neuf ans. Ses gravures se distinguent par une grande fermeté de dessin, et par une harmonie parfaite des teintes.

CiRARDET (Jean), peintre, né à Lunéville en 1709, n'était pas destiné à la

«ÎBABDIir

carrière des arts. U Ht d'abord des

études pour Tétat ecclésiastique, puis suivit un cours de droit , et entra comme cornette dans un régiment de cavalerie.

Pendant tout le temps qu*il avait donné à ces différents essais infructueux, il s'était toujours occupé de dessin. Son étonnante facilité ne tarda pas à déceler sa véritable vocation. Quelques-unes de ses ébauches tombèrent entre les mains de Claude Charles, professeur de dessin à Nancy. Celui-ci y pressentit le talent. Il admit le jeune Homme dans son atelier, et détermina ses parents à lui laisser suivre une voie qu*îl devait parcourir avec honneur. Girardet ne trompa pas les espérances de son maître, et travailla sous ses yeux avec ardeur, puis partit pour l'Italie, où il passa huit ans a étudier les chefs- d'œu^Te des grands maîtres. A son retour, il rencontra dans le duc François III de Lorraine un noble protecteur, et les tableaux qu'il exécuta pour lui , les pointures à fresque qu'il fit dans la grande paierie de son palais à Florence ne tardèrent pas à le

S lacer au rang qu^il devait occuper, (uelque temps après, le roi Stanislas le nomma son premier peintre. Il peignit à fresque, en 1762, un salon dans le palais de Stuttgard. Mais c'est dans la Lorraine, sa patrie, quMl faut chercher les monuments de son talent. On en rencontre dans presque toutes les villes de cette province , à Metz , à Coinmerci , i Pont-à-Mottsson, à Sainte-Marie aux Mines , à Verdun , à Nancy et à Lunéville. Sa Descente de croix y qu'on voyait autrefois dans une d&s églises de Nancy, passe pour son chef-d'oeuvre.

Si Girardet eût vécu de nos jours, oij les artistes ont appris à mener de front la fortune et la j^loire, il eût sans doute été riche, car la réputation qu'il s'était acquise lui permettait de mettre un haut prix à ses tableaux; mais modeste autant que généreux, il ne comptait que le temps employé , ne^tenait pas compte de son ménte; et sf dans ses élèves il apercevait les germes du talent, il les aidait de sa bourse autant que de ses conseils. De longues maladies, suite de travaux excessifs , achevèrent ce qu'avaient commencé son désintéressement et sa libéralité, et Girardet était pauvre lorsqu'il mourut à JNauoy, le 2 septem-

bre 1778. Ses amis lui élevèrent un

tombeau dans l'église de Saint-Sébastien , où il fut inhumé.

GifiARDiN (René-Louis, marquis de), né à Paris en 1735, d'une famille originaire de Florence, où elle est encore connue sous le nom de Gherardini.

Deux membres de cette famille ayant été exiles pendant les troubles de cette république , l'un devint la souche des Fi^s-GrraW d'Irlande, l'autre celle des Girnrdin de Champagne. Le marquis de Girardin servit la France dans les guerres de 1780. Mais il a dû sa renommée à un ouvrage sur rembellissement des jardins, d'après un plan dont sa campagne d'Ermenonville devint le modèle, et à l'hospitalité qu'il offrit dans cette retraite à J. J. Rousseau, qu'il eut la gloire d'avoir pour ami. Après la mort du grand homme, René de Girardin lui lit élever un tombeau daus la partie de ses jardins connue sous le nom de l'île des Peupliers (voyez Ermenonville). Lorsque la révolution éclata, le marquis ne démentit point sa conduite; il se rangea du eûté des hommes qui réclamaient en fiivear des droits du peuple; mais il ne resta pas longtemps sur la scène politique, et mourut dans sa retraite, le 20 septembre 1808. On a de lui : De la composition deê pnj/sages (Paris, 1777; 4*édit., 1805, in-S**), traduit en allemand et en anglais; Discours sur la nécessité de la ratyiciUio» de la loi par la volonté gé^ nérale (Paris, 1791, in-S").

GiBARDiN (Cécile-Stanislas-Xavier, comte de), iils du précédent, naquit à Lun^lie en 176S. 11 eut pour parrain le roi Stanislas , au service duquel son père était alors attaché, et pour précepteur le philosophe de Genève. Ses principes le rendirent partisan enthousiaste de la révolution des les premiers symptômes de l'élan national , et il les manifesta en publiant un écrit intitulé :

Lettre du vicomte d'Ermenonville à M***. Député du tiers à l'assemblée bailliagère de Senlis, il y fut l'âme de l'opposition qui éclata contre l'arrêt du conseil réduisant les électeurs du troisième ordre au quart pour la formation du corps électoral chargé de nommer les députés aux états généraux, et rédigea lui-même les cahiers de ses col-

806 «nURDUr L^UiaVERS. «IRABDOr

lègues. De Senlîs, il se rendit au bailliage de Yitry-le-Français, en qualité de mandataire "du duc cTOriéans, et il y donna communication des instructions de Sieyès, qui eurent alors tant d'influence sur la marche du parti populaire. Ce fut à peu près vers ce tempslà que, se trouvant au Mans avec son réfiiment de cavalerie, comnjnndé par le comte de Valence, les habitiints de cette ville lui offrirent la cocarde nationale « en lui disant : « Élève de Jean-Jacquesi « ton patriotisme te rend digne de la ft porter, w Ils lui donnèrent ensuite des lettres de citoyen , le nommèrent commandant de la garde nationale à cheval, et rappelèrent dans le sein du conseil iTinnicipal. La ra[)idité des événements l'entrama bientôt dans la capitale. En 1791 j le collège électoral de TOise le ehoisit pour député à l*AsBemblée législative. Après y avoir siégé à FextreiDe gauche, il modifia telletiieFit ensuite ses opinions, Qu'il se trouva à l'extrême 'droite à la fia de ta session. Ainsi , dans les premières séances, il se prononça fortement pour des mesures répressives contre l'émipration, et repoussa Pajouruement du décret de déchéance réclamé contre Monsieur, comte de Provence * à raison de son droit à la régence, dans le cas où il ne rentrerait pas dans le royaume avant le terme fixé par l'Assemblée; il attaqua les ministres, disant de Tun d'eux qu'il était plutôt le ministre de l'empereur I.éopold que celui de Louis XVI; enfin le 2 mai 1792, il embrassa la défense de r^imi du peuple, oue rédigeait Marat; et cependant, le 84 au n\éme mois, il protesta de son atta^ Cliement à la nionarcliie tempérée. Toutefois, en perdant alors sa popularité, Il conserva restime de rAssemblée législative, qui , dans le courant da mois de juillet, l'ap[)ela aux honnenrs de la présidence. Au 10 aoUt, il tigura parmi les derniers défenseurs de la cour, éleva la voix en faveur des gardes suisses, et s'abstint depuis de paraître à la tribune, où il était loin d'ailleurs d'obtenir le succès qui a signalé sa nouvelle carrière Iqiislative après la restauration. M. de Girardin s'empressa de se faire donner une mission pour l'Angleterre par Tentremise de Marat. Les disposîtloDi hostiles do

cabinet de Saint-James ne lui ayant pas

S ermis de prolonger son séjour à Lonres , il revint à Paris dans fa irait du SI

janvier 1793. Compmaant les dangers de sa position, il se cacha d'abord à Ermenonville, ensuite à Sézanne, chez son oncle^ le baron de Baye. La police du comité de sûreté générale le déeou* vrit dans ce dernier asile, et il fut niis en arrestation avec ses frères. Pendant sa détention, il se fit menuisier, et fut bientôt capable de travailler pour iei chefs d*atelier de Sézanne, qui contri* huèrent à le faire oublier. En 1798, il accepta les fonctions d'administrateur du département de TOise , mais ne les conserva que deux mois , parce qu'on le destitua comme soupçonnede royalisme.

Revenu alors à Ermenonville, il y forma des liaisons de voisinage avec Joseph Bonaparte, au sort duquel il demeura depuis attaché durant de longues années. A|)rès le 18 brumaire, il fut préfet de roise, puis tribun. M. de Girardin, comme le plus grand nombre de ses collègues, fit partie de cette majorité qui donna le caractère d'un cercle de courtisans à une institution es<;entiellement démocratique. Revêtu du grade de commandant au 4* régiment d'infao'* terie, dont Joseph était colonel, il suivit, en 1806 , son puissant ami à TS'aples, où il entra a la tête de la garde du nou* Tcau roi. Sa belle conduite an siège de Gaëte le fit élever au grade de colonel. A Hayonne, deux ans après, AI. de Girardin fut nomme gênerai de brigade, et il partagea ensuite les périls des premières campagnes de la guerre d Espagne. Revenu à Paris , après la sup-

{)ression du Tribunat, il passa au Cor()s égislatit. En 1812, un décret impérial l'investit de la préfecture de la Seine- Inférieure. Maintenu par le gouvememeut royal, en 1814, il quitta Rouen, au mois d'avril 1815, pour aller prendre possession de la préfeetnre de »nne-e^ Oise, que Napoléon, à peine arrivé à Paris, venait de lui confier. Les habitants de la Seine-Inférieure lui témoignèrent leur reconnaissance en le choisissant pour député. La seconde restauration lui donna des marques de faveur suivies d'une urompte disgrâce, que formula une ordonnance de destitolien» contmHfinée JfwpSm. L'shh

toiKAttiioir ruAlrcE.

«numnoÉ

pereur de Russie ie consola, il est vrai^ en lu! eiiToyant , dans te même moment^ la croix de commandeur de Tordre de Sinnte-Anne. Mais tant que dura la réaction ultra-royaiiste, M. de Cirardia resta dans la retraite. En 1819, il consentit à reprendre ses fonctions administratives dans le département de la Côte-d'Or. Cependant les électeurs de la Seine-Iuferieure le nommèrent de oouveaâ député en novembre, et M. de Girardîn vint s'asseoir au cfité gauche, avec lequel il vota rnnstnmment. Le ministère riionora d'une nouvelle destitution , par ordonnance du 3 avril 1820. Peu de jours après, le député parut à la tribune pour présenter quelques observations sur le retrait du premier projet de loi portant abrogation de la foi électorale du 5 février; mais, fatigué de l opiniâtreté des interrupteurs, il s'écria alors: «Je m'étonne « que des ministres puissent dire tout « ce qu'ils veulent, et que ce droit soit < interdit i un repi^ésentant du joett- • pie. V A ces mots, le côté droit redoubla de fureur. IM. de Girardin continua de remplir son mandat avec zèle.

Réélu constamment depuis 1820, malgré toutes les manceuvres ministérielles, II ne cessa, jusqu'en t82fi, de fiLMirer

{)armi les membres les plus actifs de 'opposition libérale. Il mourut le 27 février 1827. Ses funérailles, comme celles de Foy et de Liancourt, attirèrent un concours innombrable de citoyens. On a publié : Discours, journal et souvenirs de Stanislas Girardin (Paris, 1828,5 vol. in-S") (*).

GiRARDON (François), né à Troyes en 1627 ou 1630, sculptait tout jeune encore de petites figures de cire avec assez d'habileté pour faire pressentir son talent futur. Toutefois, ses parents, qui le destinaient au barreau, ne lui permirent au'à regret d'entrer chez un menuisier de provmce qui sculptait des petites figures de saintes en bois pour

(*) Stanislas Girardin était l'ainé de trois frères : l'un mort en bas A^e , 1rs detix autres, le comte jiUjcandre de GirardtUf lieutenant général et capilaine des chasses sous Louis XVIII et Charles X, et le comte Louis de Brcgy de Girardin, membre du (]orps législatU' en même temps que Stani&las et colouel dlUBft dw lé$ioiia «te Paria.

la décoration des églises* Ce furent 14 ses premières études sérieuses , et aussi Torigine de sa fortunoi Envoyé au château de Saint-Liébaut pour y exécuter des bas-reliefs en bois, il intéressa à son sort le chancelier Séguier, qui le plaça d*abord à Paris diès le sculpteur François Auguier, et lui paya ensuite les frais d'im voyage à Rome. Ses travaux et la protection du chancelier lui valurent celle de Louis XIV, qui lui accorda une pension de mille écus. Gi« rardon sut aussi se concilier la faveur de le Brun, alors premier peintre du roi , et de qui dépendaient presque tous les travaux d*art. Le Brun l'employa fréquemment pour les décorations dont on embellissait Versailles et Trianon.

A sa mort, Girardon, en 1G90, obtint de Louis XIV Tinspection flénérale det ouvrages de sculpture. Ii avait été nommé, en 1657, ineitibre de l'Académie, professeur en 16ô9. et adjoint au recteur en 1674. L'Académie lui conféra, en 1693, le titre de chancelier.

Parmi les morceaux les plus remarquables qu'on a de lui, on cite le ma?*solée du cardinal de Richelieu dans l'église de ta Sorbonne; les quatre figu' res du bain d'Jpqlton à Versailles , qui lui valurent un prix d'honneur; la s/atue équestre de Louis Xlf^^ érigée sur la place Vendôme, et détruite en 1789.

On eonserve au musée des Petits-Augustins un petit modèle en bronze de cette dernière statue, modèle exécuté avec soin par Girardon lui-même. Un grand nombre de figures et de groupes d'enfants dans le jardin de Versailles et au château des Tuileries ont été aussi exécutes par lui. Il fit le tombeau de la princesse de ConH et celui de LouooU; enfin , le buste de Boileau, qui lui valut ces vers du célèbre satirique :

CifUrc an Phidias de notre âfe Mp voilà sur lie vivrf autniit que rUnirers ;

Et ne Connu t i >ii point ni irioii nota ni mes rcrs ,

DaJM ce marbre fameux taillé sur mon visage. Ut Oirmnkm laajMM en vuiM r«maf«.

Girardon mourut à Paris, le V septembre 1715.

Catherine Duchemin, son épouse, s'était fait aussi une réputation dans les arts; elle peignait les fruits et les fleurs, et fut reçue nfembre de TAcadémie en 1608. Girardon lui fit élever un

CIRACD

L*Ur<IV£RS. GIBODET-TRIOSOK

mausolée qui existait encore en 1792, et dans lequel il fut lui-même déposé, suivant ses dernières volontés.

- Les œuvres de Girardon sont d'an style noble et correct, mais on leur reproche un peu de monotonie. Ce reproche, du reste, tomberait encore plus sur le Brun que sur lui, s'il était vrai, comme on le dit, que le Brun imposait ses dessins et ses compositions aux artistes qu*il faisait travailler.

GiBAUD (Jean-Baptiste) naquit à Aix en Provence en 1753. Il fut mis en apprentissage èbes un orfèvre, où il commença à apprendre à modeler. Un de ses oncles, qui dirigeait à Paris une riche maison de commerce, le destinait à lui succéder; mais le jeune homme, entraîné par son u^oùt pour les arts, décida son parent a lui laisser suivre cette carrière, et partit pour Tltaiie avec une pension.

Giraud a donné peu d*ouvrages de sculpture, mais tous sont de remarquables morceaux. On a de lui un Mercure, dont le marbre est en Angleterre; un ÂehUle mourant ^ dont il fit présent à sa ville natale; un baigneur endormi, un faune et un soldat laboureur. Quoiqu'il n'ait pas beaucoup produit , il a cependant rendu de srands services aux arts, et contribué plus que personne à maintenir en France les bons principes de la sculpture. Après la mort de son oncle , qui Pavait mstitué son héritier, il repartit pour l'Italie. Là, pendant huit ans, il fit mouler à grands frais et sous ses yeux les plus précieux monuineuts de la sculpture antique, et en envoya les plâtres à Paris. Il dépensa à cette œuvre plus de 200,000 francs. Son hôtel devint un véritable musée, qu'il mettait généreusement à la disposition des artistes. Giraud coopéra aussi à* I*eicellent ouvrage intitulé : RechercJies sur l'art statuaire chez les Grecs. Il mourut dans sa retraite des Bouleaux , près de JNangis, le 13 février 1830, à râge de soixante-dix-huit ans.

Gtraud (Pierre-Franpois-Grégoire) naquit ;m Luc, département du Var, le 19 mars 1783. Son pere , qui le destinait au commerce, Venvoya à Toulon. Obligé de quitter cette ville lorsqu'elle fut prise par les Anglais en 1793 , il suivit à Paris sou oncle, qui dirigeait dans cette ville

une maison de commerce considérable.

Mais le ieune homme s'ocrupait de la lecture d'Horace et de Virgile plus que iles affaires de ta maison de son onele. Il se lia d'amitié avec Giraud (Jean'Bap* tiste), qui lui donna les premières leçons de son art, et lui fit suivre les académies, où bientôt il occupa la première place, et le fit entrer ensuite chez le statuaire Ramey. En 1805, il remporta le premier prix d'encouragement pour la sculpture, et peu après il obtint le grand pnx de Rome, quoiqu'il eût à lutter avec M. Cortot, qui eut le second prix. Pendant son séjour en Italie, il envoya plusieurs morceaux oui tous témoignaient des excellentes études qu'il avait faites, et qui proraettnient un irrand artiste. Revenu en France après un séjour de sept années, il se maria et eut la douleur de perdre presqu'en même temps sa femme et deux enfants qu'il en avait eus. Peu de temps après, il perdit son protecteur et son ami, Jean-Baptiste Giraud, qui lui légua sa fortune et ses trésors. Giraud fit construire au faubourg du Roule une maison destinée spéciainnent à recevoir ces belles et nomlïrcuses sculptures. Mais il survécut peu lui-même à son maître, et mourut en 1836. «En « lui , dit un auteur (*) , finit cette école « de pur enseignement, qui avait com- « mencé dans la personne du premier « Giraud. Épisode intéressant ae This* «toire de 1 art moderne, et gui aurait n exercé une inlluence salutaire autant « que puissante, si le destin, obstinément «jaloux, n'en eût arrêté le cours. »

GiBODBT - Tbioson ( Aune - Louis) naquit à Montargis, le 5 janvier 1767.

Ses parents le destinaient à Tétat militaire, lorsqu'ils le virent, à râ>;e de 13 ans. Étire au pastel le portrait de son père et reconnurent en lui le gofit du dessin. Cependant reculant encore devant l'idée d'en faire un peintre, ils voulurent en faire un architecte. Mais sa mère présenta quelques-uns de ses essais à D.ivid, qui lui répondit : rous aurez beau faire , votre fils sera peintre. Il entra donc à l'école de David. Devenu orphelin peu de temps après , il eut,

O M. Mi«l, Bncydopédie des geni du monde.

6noi»BT*TRiofloM FRANGE. «nraBT-TBieflini 8d9

dans M. Trfoson, médedii des armées, un tuteur éclairé qui favorisa sa passion pour la peinture. Il obtint, en 1787, le second prix au grand concours de peinture, et en 1788, le premier prix.

Girodet a^ait 28 ans lorsqu'il partît pour ritalie. La première ngure qu'il envoya , le Sommeil d'Endymion , fit une grande sensation. C'était un genre différent de tout ce qu'on avait vu Jus-

Îu'alors , et il n'est pas étonnant qu'en rance , où l'on est tant ami du nouveau, on ait salué ce tableau avec ime espèce d'eiitliousiasnie. Tout en reconnaissant ce qu*a de poétique et de gracieux cette composition , il faut cependant bien convenir qu'elle était bien loin delà vérité, du nerf, qui distinguait le pinceau de David. Quoi quil en soit, Girodet, par ce seul tableau, vit sa réputation faite presqu'à l'entrée de la carrière. Il en tut lui-même effrayé , et souvent il dit depuis à ses amis

3ue pendant longtemps cette figure se ressa devant lui comme un fantôme quand il voulait prendre ses pinceaux, et qu'il craignait toujours de rester au-oessous dB ce qu*on avait présagé de lui.

Peut-être faut-il attribuer à cette crainte salutaire le caractère tout à fait différent des tableaux qui suivirent. Hippocrate refusant les présents d' yirtaxercès , qui fut achevé en 1792, est un morceau d'un style sévère, et qui ne se ressent en rien de la mollesse qu*(>n pourrait peut-être reprocher à vEndymion. Ce tableau , destiné par l'auteur à M. Trioson , fut dédié par celui-ci à l'école de médecine de Paris.

L'année suivante , Girodet composa, pour le célèbre médecin napolitain Cirillo , son tableau de Stratonice. A cette époque , l'ébranlement que la révolution française avait occasionné en Italie obiiizea 'Girodet à quitter Rome, où sa vie fut même en danger. Il rentra eu France en 1795.

En 1799 , il donna à rexj^sitîon une figure de Danaé qui occasionna quelque scandale, et fit beaucoup de bruit à Paris. Voici à quel propos : il avait fait le portrait de mademoiselle Lange, actrice du Théâtre-Français. Ce portrait achevé, mademoiselle Lange ie refusa,

sous prétexte du défaut de ressemblance. L'artiste, indigné, décliira le

tableau , en fit remettre les fraj^ments chez Ja comédiehne, et peignit, sous les traita de mademoiselle Lange, une IHinaé qui, au lieu d'une pluie d*or, recevait une pluie de gros sous, tandis qu'un dindon faisait la roue dans un coin. Quoique cet ouvrage ne fût resté gue quelques jours au salon, l'artiste lut cruelfement vengé. Le public y avait parfaitement reconnu l'actrice : les journaux y firent de piquantes allusions; il y eut même un poëme publié à ce sujet. Girodet se repentit , dit-on , tonjours d'avoir cédé a un premier moment d'indignation qui avait eu tant de rè- ^ tentissement.

En 1809, il fit pour la Malmaisoa, et sur la commande de Bonaparte, qui aimait les poésies d'Ossian, et voulait un sujet puisé dans les chants du barde écossais, le tableau de Fingal avec ses guerriers, recevant dans leur palais aérien les mânes des héros français.

C'était une heureuse idée que d'avoir su rattacher la gloire de notre patrie à un sujet qui y paraissait si étranger, et Bonaparte en félicita Partiste.

En 1806, Girodet exposa une Scène du déluge. Tune des plus belles pages, sinon la plus belle qu ait produite son pinceau. Quoi qu'on ait pu dire de ce tableau, il est difficile de trouver un morceau plus énergique et plus vrai.

Comment ne pas être emu, comn\ent ne pas frissonner en voyant éclater et se rompre cette branche , unique et dernier espoir d'une famille entière déjà suspendue sur Tabime : la résignation du vieillard ; la terreur empreinte aur le visage du père; la mère qui, dans cet instant terrible , retient encore son enfant sur son sein, tandis que son autre enfant, plus âgé déjà, cédant à cet instinct de la conservation , qui reparaît avec tant de force dans les moments de crise , s'accroche aux cheveux de sa mère, et va l'entraîner avec lui dans le précipice ouvert au-dessous d'eux ? tout concourt au dramatique de cette scène, remplie d'effroi et de douleur. C'est là, il faut en convenir, une admirable page, et le chef-d'œuvre de son auteur, nous ne craignons pas d'aller trop loin en disant réloge de ce tableau, car, au

810 mmÊmmnmsa UUlftVKIiâ. MOBKT-TBièèok)

besoin , nous nous retrancherions derrière ces paroles de David, qui dit en le voyant : « C*est la force de Michel- «Ange unie h la grâce de Raphaël ; un «jour, on viendra étudier devant ce ta- « blenu comme devant les ouvrages des « grands maîtres. «

Deux ans après, en 1808, Girodet donnait ses Funérailles d'Atala, tableau tout plein de la poésie rêveuse

2ui semble appartenir particulièrement Girodet. La même année , il ëxposa Napoléon recevant les clefs de Fienne, et en 1810 , Révolte du Caire. Dans ces deux morceaux, Girodet donna une nouvelle preu?e de son talent : oe n*6> tait plus la poésie antique de VEndymion , la poésie mélancolique de \\4tala ; ce n'était pas non plus la poésie dramatique de la Scène du déluge : c'était le caractère %tàn et sévère qui convient à la représentation de l'histoire. Et cependant, l'artiste sut éviter la froideur , écueii ordinaire de ces sujets* Que d*élan4 de teriré et de chaleur dans fa Récolte du Caire !

En 1819, Girodet fut moins heureux ; il exposa son tableau àtPygmalionj sujet où il voulut pousser au delà des limites du possible cette qualité qu'on retrouve dans toutes ses œuvres , la poésie. Mais s'il échoua dans l'ensem- Lle , ii ne faut pa:» moins reconnaître dans les détails une admirable pureté de dessin. La figure de Galatée surtout est d'une correction et d'une grâce achevée, et lui attira, de la part de Louis XVin , cet éloge flatteiir : « £a « vérité , ie crois que Galatée va des- « cendre de son piédestal. »

Girodet, exténué par des fatigues et des maux secrets , semblait avoir renoncé à la peinture, lorsque, sur la demande du ministère de la maison du roi , il se ranime tout à coup , exécute et envoie au salon deux portraits en pied de Vendéens (Cathelineau et Bon* champ), eOl Ton reconnaît les traces de son génie , quoique sa main filt df]h affaiblie par la maladie qui le traînait au tombeau. Cette maladie fut courte, mais douloureuse; iMnfasion du mal avait été prompte ; Jine opération cruelle fut juiiée indispensable; mais, avant de la supporter, Girodet voulut remonter dans son atalier ; là, élevant lea nudns

an ciel , il prononça , avec l'accent de réniotion la plus (féchirante , un éternel adieu à ses chers tableaux. Peu de jours après, toute espérance s'évanouit.

Girodet succomba le neuvième jour après l'opération , le 9 décembre 1824, à râgede68ans.

La mort de ce ^rand peintre plrodui* sit une vive sensation dans le monde, mais particulièrement parmi les artistes. L'affluence était immense à ses funérailles; elle se composait des élèves de toutes les écoles de la capitale, de tous les rivaux de gloire du défunt, et de plusieurs personnages illustres dans les rangs les plus éminents. Ce fut M.deChâteaubriand qui, à la demanda du président de l'Académie des beauxarts, attacha sur le cercueil les insignes de la Légion d'honneur, que le roi avait accordés à la mémoire du défunt. Le corps fut transporté dans sa dernière demeure, au cimetière du Père Lachaise, sur les épaules des jeunes gens des diverses rooles qui Pavaient accompagné jusque-là* Plusieurs discours furent prononcés sur la tombe. Le plus remarquable fut celui qu'improvisa M. Gros, l'un des plus illustres rivaux de Girodet.

Nous n*avons parlé jusqu'ici que des principales productions de cet artiste.

Il faut encore rappeler ses compositions puisées dans l'ÉnUde et dans Racine , et qui sont jointes aux belles éditions imprimées par M. Didot ; ses charmantes ligures aes Saisons, exécutées pour le roi d'Espagne , et dont 11 existe des répétitions à Compiè^ne.

Mais ce qu'il serait impossible d'enumérer, ce sont les com()ositions admirables dont ses portefeuilles étaient remplis. Kous désignerons seulement cinquante sujets environ empruntés à Anacréon , gravés par M. Châtillon , élevé et ami de Girodet, et qui n'ont été publiés que depuis sa mort; h peti près deux cent cinquante compositions puisées dans f^irgik ; les Sept chefs devant Thèhps , grande et magnifique scène dans laquelle ie poète français a disputé la palme au poëte grec; k»

Amours des dieux ; une Pandore la Naissance de f'énus; Vénus implo»

rant Jupiter pour les Troyens, et une foule d'autres sujets tirés de Sapho,

élRONDB

FRANGE. 61E0NDINS

èii

MoBcbut, Musée et des tragiques grecs.

Ce qui expliquerait jusqu'à un certain point ce sentiment poétique , qualité inbéfentéau tAtentdeGirodet, et qu'on retrouve dans tous ses ouvrages , r est qu'il n'était pas peintre seulement. Sans doute les productions de sa plume ne peuvent soutenir la comparaison avec celles de son pinceau, mais on y retrouve une imagination brilinnte , un coloris animé, le poète , en un mot , mais le poète auquel manquent l'étude et l'exer* dce. M. Cousin, son ami , a publié sel (Buvres, qui forment 9 fortS Tol. in-6*, et qui contiennent un poème en six chants sur la peinture, des traductions . et imitations d'Anacrëon , Moschus , Sèpho, Catulle, Martial, etc. Sa correspondance pst d'un style facile, oii l'esprit se l'ait toujours sentir sans se montrer. Tout en taisant la part du mérite littéraire de Girodet, il est à regretter cependant qu'il ait dépensé dans ce genre d'exercice une partie de son talent , car en fait d'art surtout , il est virai dé dire que la monnaie d'une pièce à*9r n'en est pas l'équivalent.

Gironde ( département de la ). Ce département, formé d'une portion de la Guienne, répond à la presque totalité du Bordelais et à la partie principale du Bazadais. Situé dans la région sudouest de la France , il est baiiiné à l'ouest par l'Océan , et a pour limites, an nord , le département de la Gha* rente-Inférieure; à l'est, ceux de là Dordo^ne et de Lot-et-Garonne; au sud, celui des Landes. Sa superficie est de 1,08!2,552 hectares, dont environ 326,400 eiji landes, pâtis, bruyères, etc.; 228,356en terres lahonrabips,! 38,823 en vignes, 106,709 en bois, 64,606 en prés, 27,470 en cultures diverses, etc. Son iHSvenU territorial est évalué à environ 40,000,000 de fr., et il a payé à l'État, en impositions directes i en 1839»

3^159,877 defr.

La Garonne , grossie déjà par de nombreux affluents , tels que le Tarn ^ le Kot et le Gers, reçoit encore dans ce département un nouvel affluent aussi considérable qu'elle-même, la Dordogne.

Ce large estuaire , de 72 kil. d'étendue, tecoit le nom particulier de Gironde, u il a transmis au département. Auessus du Gonûueat du Bec-d'Ambez,

la Garonne n*a dans !e départenaill

que deux affluents notables, mais non navigables, la Dropt et le Ciron. Quant à laBordogne, elle reçoit, avant sa jonction , l lsle , alOnent oonsidérablé grossi de la Dronne. Sept routes royales et 19 départementales traveî^ent le département. Le sol n'est coupé par aucune montagne. La partie sud-ouest n'offre que de vastes landes.

Le département est pnrtngé en 6 arrondissements, dont les chefs-lieux sont Bordeaux, chef-lieu du département, Bazas, Blaye , Lesparre , Linourne , la Réole. Il renferme 48 cantons et 543 communes. La population est de 555,809 hab., parmi lesquels on compte 5, 1 74 électeurs , représentés à la chambre pnr neuf députés ( Bordeaux comprenant 4 arrondissements électo^ raux).

Bordeaux ëst le quai*Her général de la

11* division militaire (dép. des Landes, de la Gironde, et des Rasses-Pyrénées), le siège d'une cour royale, à laquelle ressortissent les mêmes départements, et celui d'un archevêché qui , outre le diocèse de Bordeaux, a pour suffragants les évéchés d'Apen , d'Angoulême , de Poitiers, de Périgueux, de la Rochelle et de liUçon. Cette ville est aussi te chef-lieu 'du 31* arrondissement forestier. Pour nous borner aux hommes les plus emineuts que ce département a vus naîtra dans les derniers temps, noua citerons : Montesquieu , Carie Vernet, Ma£;endîe, une foule de personnages de la révolution (voyez l'article suivant), etc., etc.

GiBONDins. Ce nom Rappelle dO beaux talents et de grands malheurs, mais aussi de nombreuses faiblesses et de grandes fautes , qui compromirent un moment le sort de la révolution et le salut de la nationalité fran(^aise.

Pris dans son sens littéral, il désigne cette brillante phalange de députés qu'envoya le département de la OIronéé a TAssénblée législative et à la Convention nationale : vrais enfants dil Midi, plus diserts que profonds , plus passionnés qu'énergiques ; aimant beaucoup la France , mais aimant encoré plus leur province; franchement révolutionnaires, mais un peu matérialistes, un peu âceptiques , uu peu Gascons }

819 «nomiws L'DHIVBRS. «nomm

discutant beaucoup, et n'agissant pres-

2 ue jamais; entraînant ia majorité par » prestige de leur parole, mais empruntant à d*autres les idées qu'ils faisaient triompher , et se laissnnt trop souvent conduire par des intrigues dont ils i^naraient le véritable but; justement fiers de Téloquence de Vergniaud, de Gundet, de Gensonné, mais n'ayant vu sortir de leur rang aucun chei capable de diriger ia révolution; car Vergniaud , malgré quelques qualités qui rappelaient Mirabeau , Gensonné, malgré son habileté diplomatique, Guadet, malgré son caractère résolu, formaient un triumvirat parlementaire beaucoup plus qu'un triumvirat politi*

3 ne, et se trompèrent presque toujours ans le choix de leurs moyens d'action : orateurs enûn plus qu'hommes d'État, et tellement personnels ( nous ne di* rons pas dans leur système , ils n'en avaient pas), que, dans leurs idées, l'intérêt du pays nepassait qu'après le leur, et qu'ils préféraient le soin de leur propre gloire... même à la Gironde.

Pris dans une acception générale , le mot de girondins est devenu le Jiom historique des membres de cette partie de la Convention qui siégeait à droite, et qui combattit avec plus de fougue que d'ensemble le rôté gauche , dirigé par les nioutagnards et la Commune de Paris. Les députés girondins étaient les avocats du côté droit plutôt que ses guides : le coté droit n'en reçut pas moins le nom de Gironde, parce' que les assemblées délibérantes sont portées à prendre pour des généraux tous ceux

3ui combattent au premier rang dnns la iscussiou, quoique souvent il arrive qu'ils ne soient que des soldats auxquels on a soufflé le mot d'ordre.

D'ailleurs, si les députés de la Gironde n'étaient pas les véritables chefs du côté droit , ils étaient les représentants les plus fidèles de ses tendances modérées jusqu'à la faiblesse, de ses préjugés provinciaux, qui, en voulant aétrôneria capitale, allaient droit au fédéralisme; ils étaient le centre de ralliement de tous ceux qui ne comprenaient pas l'unité, comme les montagnards cl comme la Commune de Paris.

De toutes les villes de province, celle ^insupportait le plus impatiemment la

supériorité de la capitale . n'était-ce pas la ville de Bordeaux.^ N'avait-elle uas opposé son club des récoUets au clab des jacobins ? ^'avait-elle pas élevé autel contre autel? Comme si un vaste empire pouvait se passer d'une capitale; cite neutre, cité sainte, plus grande que les autres par cette unique raison qu'elle est le rœur de l'empire , le renaez-vous de tout un peuple, le siège de son gouvernement , le foyer de sa civilisation, le salon où il se rencontre, quand bon lui semble , avec toutes les autres nations du monde! Bordeaux ayant levé l'étendard de la jalousie, c'était autour de ses députés, autour de ses ambastadeurt que devaient naturellement venir se ranger tous les autres députés oui ne se regardaient aussi que comme des ambassadeurs, envoyés par telle ou telle province pour mer ses rapports internationaux avec \e peuple de Paris. Voilà comment des hommes tels que Brissot, Roland, Buzot, Dumouriez, Isnard, Péthion, Fanciiet, Carra , Sillery, Lanjuinais, Henri Larivière , Kersaint , Lasource , Valazé , Duprat, Salles, Gardien, Louvet, Condorcet, Rabaud•Sa^n^ÉtienQe , Barbaroux, Rebecqui, et tant d*autres qui n'appartenaient pas plus au département de la Gironde, sont confondus, sous le même titre de girondins, avec Vergniaud , Gensonné, Guadet, Grangeneuve, Ducos, Boyer-Fonfrède, Bergoeing, Lacaze, députés les plus mar-

âuants de Bordeaux. Voilà comment >us les membres du côté droit de la Convention , systématiquement opposés nuv montagnards, sont encore aujourd'hui désignés par le nom de girondins.

Psous avons dit le nom historique, parce que c'est celui qui leur est resté. Mais, dans le cours de leur carrière qui avait commencé sous l'Assemblée législative, et qui ne se poursuivit, sous rère conventionnelle, que jusqu'aux journées du 31 mai et éa S juin, les adversaires de la Montagne reçurent plusieurs autres dénominations qui ne sauraient être passées sous silence. On les appela successivement Ifrissotins, rolanains, buzotinsj suivant qu'ils subirent plus particulièrement l'influence de Brissot, de Roland ou de BuzoU Leur intimité avec Brissot leur vabit

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le surnom injurieux de faction des intrigants; leurs relations avec Roland les ûreut nommer la faction des Iiommes dPÉttU; leurs rapports avec Buzot confirmèrent leurs antnc;onistes dans la conviction qu'ils formaient une fartion de fédéralistes; conviction d autant plus fondée, que Brissot ne paraissait pas moins pencher vers le fédéralisme que Buzot , et que cette tendance était celle de presque tous les députés du Midi , avec lesquels ils s'étaient ligués contre les montagnards, partisans déclarés de Tunité et de l^indivisibilité de la nation française.

Au fort de la lutte , il y eut un moment où on leur donna à la fois toutes ces qualifications ; et, pour mieux en faire comprendre la portée, Camille- Desmoulins prononça lé mot d autoerates, lequel, suivant lui, était leur vrai nom » parce qu'ils ne voulaient relever que d'eux-m^mes, et qu'ils plaçaient l'intérêt de leur personne avant fintérêtdela patrie. Anacharsis Clootz, l'orateur du genre humain, et par conséquent leur antipode, essayait de rendre la même idée en créant un nouveau mot, du reste assez peu agréable à l'oreille: il disait que les girondins étaient bien moins encore des fédéralistes que des isolistes ou des nihilistes. Il y a cela de certain que leurs préoccupations provinciales les conduisaient au fédéralisme , et que leur personnalité excessive les menaità Timpuissance, au néant.

Mais la dénomination de girondins est celle qui a prévalu ; d*un coté, parce qu'elle a l'avantage d'être la moins oflensante, n'étant pas empruntée à un nom propre, comme celles de brissotins,rolandin8, bozotins; d*un autre côté, parce qu'elle est la plus vraie, en ce sens qu'elle rappelle que les députés dont il s'agit faisaient passer l'intérêt provincial avant l'intérêt français.

Cette explication préliminaire était indispensable pour déterminer le sens du mot qui sert de titre à cet article. Il en résulte que le même nom s'applique aux girondins proprement dits, et , par extension , aux députés de la Législative et de la Convention , qui ont été soit leurs instigateurs, soit leurs auxiliaîNfw D'où if suit encore que , lors-

qu'il s'agit de la secte politique de la Gironde, il faut tonjonrs avoir soin de faire deux parts , l'une qui appartient en propre aux orateurs bordelais; l'autre, qui revient à tous les membres du parti qu'ils défendaient. C'est ce que nous essayerons de ne pas oublier en esquissant avec rapidité leur histoire.

Cette esquisse historique suffira égale- * ment pour montrer que les autres noms dont nous avons parlé n'étaient pas tous dénués de sens , bien que les pas-* sions de l'époque leur eussent donné une signification par Trop sévère. Enfin, le mal ne nous empêchera pas de voir le bien et de nous mettre en garde contre les exa|;érations de l'esprit de parti.

La carrière politique des girondins conmienca avec l'Assemblée Iéiz;islntivp, dont l'ouverture eut lieu le 1" octobre 1791. Dès le début, les députés de la Gironde se signalèrent par leur éloqiiente animosité contre les tendances rétrogrades de la cour, que représentait un ministère moitié feuillant , moitié absolutiste, n'acceptant la constitution qu'en apparence , et ne laissant passer aucune occasion de la discréditer. Dès le début aussi , ils laissèrent paraître cette absence de convictions fortes, ce scepticisme qui devait leor être si profitable d'abord , puis finir par les perdre.

voulaient -ils la république? voulaient-ils la monarchie constitutionnelle? Voilà ce que personne ne savait au juste. D'après leurs précédents, Vergniaud, Gensonné, Guadet, n'étaient que médiocrement républicains; Ducos, au contraire, Grniip;eneuve, et un ou deux autres, semblaient aspirer à la démocratie. Connue les trois premiers avaient le plus d'ascendant, et qu'après tout, la constitution de 1791 était en vigueur, il est hors de doute que le plus grand nonibre des députés de la Gironde travaillaient, dans l'origine, pour la monarchie constitutionnelle. Seulement , comme ils avaient à lutter contre une cour entêtée, et que, pour supplanter les feuillants, lis avaient besoin de l'assistance du parti populaire , qui appelait la république- de tous ses vœux, ils firent une espèce de compromis avec leur conscience : on les vit tour à tour républicains ou constitutionnels, suf-

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