GIRONDINS
LIINIVERS.
vant qu'ils voulaient forcer la maîn au parti royaliste, ou comprimer le parti démocratique. A ce point de vue, on peut dire qu'ils faisaient dyxjuste-mUieu entre la répiiMique et la monarchie , et qu'ils étaietit prêts à s'arranger de l'une xonime de l'autre, pourvu qu'on leur laissât prendre la haute influence et les premières charges de TÉtat. « Uambî- « tion du pouvoir se mêlait à IVnthou- « siasme des principes chez les républi- , « çalns de 1 792, et quelqueMaudTentfe « eux offrirent de maintenir la royauté « si toutes les places du ministère « étaient données à leurs amis. Dans ce n cas seulement, disaient -ils, nous sç- «rons sûrs que les opinions des pa- « triotes triompheront. » Ce passaire , tiré des Considérai ions sur la révolution française , par madame de Staël, va droit â l'adresse de Vergniaud , de Gensonné, de Guadet, et des autres députés qui s'associèrent à ceux de la Gironde. Imprudents! ils ignoraient donc le danger de jouer ainsi avec des principes, comme les enfants avec des armes meurtrières ! Mais une dure ex- . périence vint bientôt leur apprendre qu'il n'est pas permis de monter a Tassaut des portefetiUles, en s'appuyant d'une main sur la république, et de l'autre sur la monarchie. Vainement, plus tard, lorsque la république aura été décrétée, Vergoiaud, Gensonné, Guadet, se déclareront républicains, et céderont à l'influence de ceux de leurs collègues
âui ont toujours nourri des sentiments émocratiques ; toutes leurs protestations seront inutiles, on ne voudra plus les croire. Kux-niêtnes ne pourront jamais se dépouiller de leurs anciennes illusions et de leur vieux scepticisme : ils seront républicains un jour, roya> listes le lendemain ; lorsqu'il sera déjà trop tard, ils retourneront à la démocratie, mais h une démocratie provinciale; enfin, leurs amis ne reculeront pas devant la révolte , et alors les émigrés, les absolutistes, toutes les espèces de contre - révolutionnaires viendront prêter secours au fédéralisme armé.
Alors aussi la république frappera indistinctement tous ses ennemis, et confondra, dans une même réprobation, des hommes qui peut-être n'ont jamais
eu deux idées «ommanes : un Dumou-
riez avec Vergniaud ; Henri Larivière avec Ducos et Boyer-1? outrède ; un BrisjSot avec Condorcet.
Autant par indécision d'esprit que par ambition , les députés de la Gironde devaient essayer de jouer un rôle intermédiaire entre les deux côtés extrêmes de l'Assemblée législative. Cest ce quitta firent : ils prirent place entre les constitutionnels (feuillants) et les républicains, auxquels on donna le nom de montagnards, parce que leur phalange, alors peu nombreuse, alla s'asseoir sur les bancs les plus élevés. Les feuillants avaient pour chefs : Pastoret , Vaublanc , Mathieu Dumas, Lacuee, de Jaucourt, Stanislas de Girardin, Domolard , Beugnot. Les montagnards les plus marquants étaient : Chabot, Thuriot , Bazire , Coutbon , Cambon , Goupilieau, Merlin de Thioiivflle. L'afesence des grands orateurs de la Constituante et des véritables chefs de la Montagne avait donné , dans le sein de l'Assemblée législative, le sceptre de la parole aux députés de Bordeaux , qui entreprirent d'enlever la majorité aux feuillants, et qui eurent bientôt pour auxiliaires l'académicien Coadorcet , révéque duGalvadoe, Fauehet; le ministre protestant Lasource; Kersaint, H. Larivjère, l'éloquent Isnard, l'intrigant Brissot, etc. Au dehors, le parti girondin était Meondé par Péwion, maire de Paria, et Manuel, procureur de la Commune; Roland, Ctavière, Servan et Dumouriez, aspirants ministres; Gorsas, auteur du Courrier des dipairUaimis; Ganra al Mercier, rédacteurs des Annales patriotiques; Louvet, directeur de la Sentinelle.
Les montagnards avaient pour eux les principaux clubs, Denton, Kobeapiem etMarat. LesfeuiUanlss'apptiytieoftaar tout ce qui n'était ni girondin, ni mon* tagnard ; s'inspiraient des idées de Lameth , Barnave , Duport , et comptaient particulièreoieBl sur Fépée du général la Fayette.
Ainsi recrutés, les députés de la Gironde coaimeocèrent à former non pas uft parti , dans la véritable aoœptiDi du mot , mais une coaUtion de pvétandants à la majorité et à la plus séduisante de toutes ses suites , le ministère. Ce ^ui le prouve , c'est qu'ils firent une étreitt
alliapceavec uo bominequi n'était nulfemeiit digne de leurs rajrfra<^es. >ous voulons parler de Brissot, qui devint non-seulement leur associé , mais leur chef. Brissot , jusqu'à ce jour du moins, est resté un des personnages mystérieux de la révolution. Son matérialisme ré- , voltant est bien connu ; ses intelligences secrètes avec le gouvernement anglais ne sont plus ignorées de personne ; sa moralité est fortement suspeete ; mais, comme on Ta tu , vrai caméléon politi* que, changer snns cesse de co'uleur, intriguer alternativrinpiit pour le duc d'Orléans, pour Louis XVI, pour le dauphin avec une régence, on dit même pour le duc de Brunswick et pour le duc d'York (tout cela sans jamais cesser de se dire républicain), il eu résulte que Ton ne sait plus à quoi s'en tenir sur son compte. Cependant, Iorsqu*OQ suit avec attention la série de ses changements , on arrive à cette conviction , aue Brissot était un ambitieux qui, sous des costumes différents , marchait toujours au mémo but ; ce but, c'était de se rendre, n'importe comment, mais toujours avec l'appui du gouverneuient anglais, Vhamme nécessaire dans le
?;ouvernement de la France. Tant quMl ut impossible sous Louis XVI, il désira Tavéoement d'une nouvelle dynastie, dans Tespoir d'être largement rééoroi^nsé de tout ce qu'il aurait fût pour elle. Le succès du duc de Bruns- 'wick , si hautement loué par lui, ne lui paraissant guère plu^ probabie que le succès du duc d*xprlt , publiquement proposé pour roi par Carra, Brissot se rabattit sur le duc d'Orléans. Mais là, il trouva occupée par Marat et par Dai|ton cette place de directeur secret et de Kicbelieu au petit pied, qui formait l'objet de ses vœux. Alors, lui Brissot, qui, sous l'Assemblce constituante, avait rédigé, de concert avec Laclos, Tauteur des Uaisom dangereuses , et l'agent du duc d'Orléans, la fameuse pétition du Champ de Mars, il entrevit, une fois devenu membre de TAssemblée législative, le moyen de forcer la main à Louis XVI , en s'appiiyant sur les girondins , et de gouverner l'État en mi posant à la cour des ministres de sou choix. De là ses liai-
fong av«Q bfs députés de la Qvwà»t
auprès desquels le recommanda Tamiti^ de Guadet, assez aveuglé ou assez faible pour avoir conQance dans un
homme qui , à dix-huit ans, avait écrit une Théorie du vol y et qui , depuis, passait pour avoir mis sa théorie en pratique. Du reste, Condoroet lui-même, madame Roland, son mari et beaucoup d'autres, furent abusés par les grâces et par la bonhomie de Brissot.
Quoi qu'il en soit, les événements succédèrent d'abord au gré des désirs de ce dernier. Louis XVI se vil contraint de subir quelque temps les ministres du parti brissotin. Mais , lors*
Î|ue le roi les eut congédiés , sans que a journée du 20 juin eilt pu le faire consentir à les reprendre, Brissot éprouva un moment d'indécision. Uo moment d parut se rapprocher du due d*Orléans et de Danton; puis tout à coup, soit que sa réconciliation aven les orléanistes eût été jouée, soit qu'il eût réellement changé pour la centième fois, il revint non pas à Louis XVI, mais au dauphin, dont la minorité aurait nécessité une régence. Une réi^ence I quel coup de fortune pour Br^ot et pour tout le parti girondin, vffitable oligarchie, dont le lien était une cornmunauté de velléités ambitieuses, et Doa pas une communauté de convictions politiques. Après le 10 août, en effet, Brissot redevint plus que jamais l'ennemi des montagnards. L'homme qui, le premier avec Condorcct, avait
Sréché la république; l'homme qui, ans la pétition du Champ de Mars, avait demandé non -seulement la déchéance de Louis XVI, mais encore l'abolition de la royauté, Brissot n'eut pas honte de proposer la peine de mort contre ceux qui parleraient d'établir la république. Voilà le ( li< f que les girondins avaientchoisi ! C^omnient s'étonner, après cela , que les montagnards aient pu voir en eux des intrigants et des conspirateurs vendus à la COUT et att parti de l'etranfrer?
Une autre liaison ne fut pas moins fatale aux girondins ; o*est celle du général Dumouriez , l'ami de Gensonné , comme Brissot était l'intime de Guadet. Dumouriez s'est trop bien dévoilé par sa trahison , il est trop connu au-
jouid'hni pour gu'U iolt nécmair^ d*es-
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quisser -ici le portrait de cet homme, ▼rai condottiere , toujours prêt à vendre ses services à quiconque a le moyen de les payer ; courtisan d*abor<i , puis révolutionnaire pour devenir ministre; trahissant les girondins nu profit de la cour y peu de temps après son entrée dans le consdl eiecutif; ménageant à la fois les §^rondins et les montagnards lorsqu'il reconnaît l'impossibilité de compter sur Louis XVI et sur la reine; se liant avec les Anglais et avec le parti orléaniste après le 10 aoât ; trompant la Convention, comme il nvnit trompé la Législative; laissant croire a Gensonné qu'il est toujours son ami et celui des girondins, pendant qu'il se concerte avec Danton pour couronner le jeune duc de Clmrtres; enfin passant là l'ennemi quand il se voit découvert; et, depuis ce temps, ne cessant de conspirer contre la république , contre l'empire, contre la France qui le méprise; ne cessant d'approvisionner l'Angleterre d'une foule de plans de campagne oui apprennent à nos ennemis sinon 1 nrt de nous vaincre, du moins l'art de faire couler plus de sang français en Espagne ; redoublant de courage ou plutôt d'mfamie après les désastres de la campa^e de I812, et prêtant encore l'appui de son talent aux Anglais le jour de la bataille de Waterloo. Quoiquil n'eût pas alors commis ses plus grands crimes , un aventurier de cette espèce pouvait-il ne pas déshonorer Gensonné , qui le protéi^eait et qui l'aimait? pouvait-il ne pas deshonorer les girondins f|ul ne l'aimaient peut-être pas, mais qui comptaient sur son cpée comme les feuillants avaient compté sur celle du générai la Fayette? Les montagnards dantonistes en disaient autant, il est vrai; mais, derrière eux, il y nvnit les montagnards sincères et le peuple qui voulaient franchement la république, et qui prenaient au mot tous ceux qui prétendaient la vouloir aussi. D'ailleurs, jamais l'exemple d'un homme ou d'un parti n'a pu autoriser d'autres hommes et un autre parti à suivre une ligne politique qui n a rien d'honorable; car les girondins, aussi bien que les dantonistes, s'étaient placés dans cette triste position, qu'ils ne pouvaient s'empêcher de trahir ou le
ŒRS. QinONOINS
peuple ou la cour ; le peuple , s'ils n'étiient pas réellement républicains ; la cour , si , comme ils l'ont prétendu après le 10 août , ils travaillaient en vue de la république.
Aux deux hommes que nous venons 'de citer, on opposera sans doute des noms plus honorables, entre autres celui de Roland ou plutôt de madame Roland , qui passait pour la nymphe Égérie de la Gironde. Mais si poétique , si noble, si intéressante que soit cette jeune et belle femme, tout prouve aujourd'hui que l'on n beaucoup exafréré son influence politique. Madame Roland dominait les girondins par son amabilité, par ses grâces , par la pureté de ses sentiments un peu romanesques, beaucoup plus que par la profondeur de ses idées ou que par un système de doctrines roulement arrêtées \ et c*est précisément cela qui la rendait si charmante. Autour d'elle venaient se grouper tous ces girondins, jeunes, élégants, spirituellement causeurs , qui n'avaient rien de commun que le nom ; toujours unis pour attaquer les montagnards, mais toujours divisés après le triomphe; tous pleins d'admiration pour madame Roland, mais cherchaut presque tous à utiliser l'ascendant qu'elle avait sur l'esrit de son mari. Sans la médiocrité ien connue de ce dernier , il est trèsprobable que madame Roland aurait eu beaucoup plus de peine à jouer un rôle politique auprès des girondins. La femme aimable ei1t toujours été recherchée pour elle-même, cela va sans dire; mais elle fût restée brillante reine de salon , entourée d'une cour d'admirateurs. Pourquoi n'en fut-il pas ainsi?
La France républicaine n'aurait pas eu à regretter la perte d'une jeune femme qui réunissait quelques-unes des qualités antiques à la grâce française et à la sensibilité chrétienne. Pourquoi ? parce que la nullité de Roland tenait en éveil toutes les ambitions de la Gironde; parce qu'une grande puissance paraissait devoir appartenir à celui qui parviendrait à s'emparer de la confiance de madame Roland. Par sa femme, on était sûr de gouverner Roland ; par Roland , on avait l'espoir de gouverner la F'rance, ou du moins de disposer d'un ministère important , malgré la loi qui ne voulait
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FRANCE
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pas qu'un député filt ministre. Pour mieux cacher cette arrière-pensée, les girondins , d'ailleurs si jaloux de toute «ipériorité véritable, exaltaient les mérites de Roland. Ils Tassociaient aux vertus et même au génie de sa femme ; ils le nonunaient 1 auguste époux , Je vertueux ministre , le patriarche ; ils Tappelaientquekiaefois le grand homme, certains d'avance qu'il se garderait bien de les prendre au mot.
Étaient-ils plus sincères à Tégard de madameRoland ? Oui, lorsqu'ils louaient en elle la femme aimable, jeune et belle, la reine de salon, enfin ; non, lorsqu'ils essayaient de lui persuader qu'elle possédait tons les secrets de l'art du gouvernement, et qu'elle était faite pour tenir les rênes de i ^tnt. Chacun lui laissait croire qu'elle était l'inspiratrice, la prétresse de la république, parce que chacun avait Tespoir d'être le Numa de la nouvelle Égerie. Un seul homme peut-être agissait en toute bonne loi , et cet homme, c'était.... Kolaad luiinéme , le plus intéressé de tous à ne pas se tromper.
En réalite, bien loin de conduire les girondins, madame Roland se laissait mener par quelques-uns d*entre eux. Et malheureusement elle n'avait pas été clairvoyante dans ses choix : ce n'étaient ni Vergniaud, ni Condorcet, ni Ducos, qu'elle avait pris pour confidents et pour conseils ; c'étaient les moins dignes, Barbaroiix, Dumouriez, Brissot; c'était Brissot surtout , comme on peut s'en convaincre par la lecture des Mé" moires qu'elle nous a laissés. Sévère Jusqu'à la dureté à l'égard de Vergniaud, madame Roland ne trouve que du bien à dire de Brissot; elle en fait un modèle de douceur , de simplicité , et , ce qui est beaucoup plus curieux , de probité. Il est vrai qu'avec son habileté ordinaire, Brissot vit du premier coup le parti qu'il pouvait tirer de la médiocrité de Roland et de la crédulité si naturelle d'une jeime femme. Pour mieux la tromper, il affecta les mœurs les plus rigides, et il se lit passer pour un Aristide qn*on ne voulait proscnre que parce qu'on était las de l'entendre appeler le juste. Ces airs de victime devaient nécessairement attendrir un cceur de femme ; mais la facilité avec
laquelle madame Roland se laissa abuser sur le caractère de Brissot , montre combien elle possédait peu l'art de discerner les hommes, art non moins précieux chez une femme vraiment inspîrati'ice que dans un homme d'État.
Toujours prête à prendre les belles manières pour des vertus , et à épouser la querelle de ses amis contre leurs adver^ saires, elle commit beaucoup d'autres erreurs moins graves, mais qui n'indiquent pas moins un défaut de jugement.
Ainsi , elle.conçut une haute idée de Barbaroux , dont le plus grand mérite consistait peut-être dans cette beauté et dans cette galanterie qui le tirent surnommer l'*Aiiténor de la révolution.
Ainsi elle admirait dans Buzot ce qu'elle blâmait dans Robespierre (à qui du reste elle avait fait inutilement des avances), et cela parce que Buzot avait une élégance qui ne le quittait jamais ; elle dit
au'il était aimable alors même qu'il emandait des proscriptions.
On conçoit, après cela, que Vergniaud ait été moins indulgent pour madame Roland que le plus grand nombre de ses collègues. Défiant pour sa propre imagination , si prête a s'élancer dans des rêves , il se laissait moins toucher par des dehors un peu romanesques ; poète lui-même, il allait chercher ailleurs, sinon des inspirations poétiques, du moins des conseils sérieux. Ceci nous amène à dire un mot d'un dmier personnage qui, bien que soigneusement caché, n'a pas été sans influence sur la conduite des girondins. C'est de l'abbe Sieyès qu'il s'agit, ce théoricien célèbre qui sè mêlait plus qu'on ne pense des affaires pratiques , mais qui , par prudence , avait toujours soin de se mettre à couvert derrière quelqu'un ; prudence qui ]*aida à traverser la tourmente de 1793, mais qui lui devint funeste en 1799 , quand il eut le général Bonaparte pour associé ou plutôt pour complice dans le coup d'État du 1 8 brumaire. Sieyès se croyait destiné à donner au peuple français une constitution modèle. Tout à la bourgeoisie, rien ou presque rien au peuple , en retour, une belle part à soimême, voilà sur qifelles bases il avait fondé sa théorie constitutionnelle. De l'homme qui rendit tant de services à la révolution naissante , et qui avait écrit'
T. VIII. 62'' Livraison. (Dict. bncyclop., etc.)
su
«iBomus Linnysus. gibompihs
de si belles cboses sur le tiers état, ceci peut sembler étonnant : mais il ne faut pas oublier qu'en 1789 le mot tiers état
était encore très-vague , et servait surtout à désigner la bourgeoisie. Tant qu'il ne s'agit que de combattre randen régime, le mot tiers état voulutdire tout le nioîide, c'est-à-dire, tous ceux qui n'étaient pas nobles ; lorsque le peuple revendiqua ses droits à son tour, le mot tiers état ne voulut plus dire que la dasse moyenne. C'est ainsi, du moins, que l'abbé Sieyès entendait la justice distributive. Pour la forme du gouvernement, il y tenait peu, comme les girondins , et il s'accommodaît d'une république aussi bien que d'une monarchie, pourvu uu'on prit sa constitution.
En enet, il roflMt successivement à tous les partis, à tous les hommes, sans en trouver un seul qui voulOt l'yccepter dans son entier , pas même Bonaparte , lequel , au lieu de se laisser absorber par le grand proclamateur , absorba lui même Sieyès dans le sénat conservateur. Du reste , une fois repoussé, Sieyès se consolait vite^ pour peu qu*on éàl la gratitude de lui donner une indemnité quelconque , ce à quoi le premier consul se f?arda bien de manquer. Toutes les négociations de Siey& avec les différents partis commencèrent par l'offre de sa eonstitution ; toutes se terminèrent par un arrangement aux termes duquel certaines parties seulement de l'œuvre ayant été acceptées, Sieyès reçut, non pas la place de grand proclama'teur , prix d'une acceptation complète , mais soit une place de membre du Directoire , soit une somme d'argent, soit un château, pour solde des articles re^s.
Néanmoins , de ce que l'abbé Sieyès ne parvint jamais à placer toute sa constitution, on aurait tort de conclure qu'il ne se donna pas beaucoup de mouvement, dans l'espoir d'y réussir et d'atteindre à cette position de grand pro- , ciamateur, qui lui paraissait l'image du beau idéal , tandis que Napoléon iry Toyait qu'une misérable sinécure que, dans son langage énergique, il appelait un régime de porc à fengrcUs. Au contraire, l'abbé Sieyès consacrait h des travaux d'intrigue toutes les veilles ^u*il i^'içmployaitpa^ à des travaux de meta*
physiuue constitutionnelle ou d'idéologie politique. Non-seulement il ne cessa jamais de chercher des chalands, mais il conspira dans l'ombre contre tous ceux qui ne partagèrent pas son amour-propre d'auteur sur la perfection de ses produits. Ses manœuvres souterraines attirèr«nt plus d'une fois l'attention des montagnarUs, pendant la tourmente de 1793, et Robespierre a laissé échapper sur lui un sarcasme qui restera, parce qu'il (Caractérise parfaitement bien ce qu'il y eut à la fois de remuant et de ténébreux dans la vie de l'abbe Sieyès : il l'avait surnommé la taïqte de la révolution.
Sous l'assemblée législative, Sieyès devait naturellement s adresser aux girondins qui, à l'avantage de posséder la majorité, joignaient pour lui une qualité bien prét^ieuse , celle de comprendre le mol tiers état à sa manière. De leur cùte, les girondins, plus riches de paroles brillantes que d'Idées politiques, etnieut n.iturellement portés a chercher la lumière ilu côté de ce th^*oricieii, dont la réputation de profondeur était encore très-grande è celte époque, et dont le passage à l'Assemblée constituante avait marqué dans tous les souvenirs.
Aussi, quoique vivant dans la retraite, à quelques lieues de Paris, l'abbé Sieyès entretenait lin commerce de correspondance avec plusieurs députés de la Gironde. Vergniaud le tenait en haute estime, et il s'employa activement pour le faire nommer membre de la Convention nationale par la ville de Bordeaux. Une lettre de lui à Boyer-Fonfrède ne laisse aucun doute à cet égard. Après le 9 thermidor, Sieyès se montra reconnaissant envers les membres survivants du parti girondin. Avec leur secours, il activa la marche de la réaction, sans parvenir cependant à imposer toute sa théorie , dont la constitutiofl de Tan m ne contenait que des fragments épars.
Ainsi donc, divisés d'opinion entre eux, les girondins avaient pour chefs, pour instigateurs, pour conseils ou pour sontPens, des hommes tels que Brissot, Dumouriez, Roland, Pétion et Sieyès, qui s'estimaient peu mutuellement, et qui ne s'entendaient sur rien. Les hommes n'étaient pas moins en désaooonf
«IBONOINS GIBOUBOM SI»
que les idées. Ceux-ci voulaient la mo- des royalistes ; et , comme ils man-
narchie constitutionnelle; ceux-là, en quaient de franchise envers tout le
petit nombre a 1 Assemblée législative, monde, personne ne se crutoblisé d'en
en pins grand nombre à la Gonvention, a?oir envers eax. LotmuIIs amtèreoi
voulaient la répui)iique. Parmi ceux qui i la fin de la sessioa, lis s'aperçurent
se contentaient de la monarchie cons- qu'ils avaient été successivement dé-
titutionnelle , les uns, comme Brissot, joues par les deux partis qu'ils avaient
Yoniafent la branche atnëe avee une ré- vottia tromper : par tes royalistes, pen-
f[ence ; les antres , comme Pétion , pré- dant Tépoque où ils imposèrent à Lonia
éraient un changement de dynastie, et XVI des ministres de leur choix ; par
travaillaient pour la branche cadette; les montagnards, après lajourfiéedu
(>lusieurs, comme Dumouriez, travail* 10 août, aient à la fois pour la branche itfnée et L'histoire de leurs chanKements dê pour la branche cadette, de peur de ne tactique à l'Assemblée législative renpas se trouver dans le camp victorieux ferme quatre époques principales, pour y prendre leur part des dépouilles Première époque. Du 1'^' octobre, opimes. Parmi ceui qui appelaient la jour de Touverture dé la session, au république de leurs vœux, la majorité 24 mars. Jour où ils firent accepler inclinait vers le fédéralisme, comme Bu- leurs ministres, ils se réunirent aux zot j quclques-uus, Yergniaud et Sieyès montagnards pour renverser le cabinet entre autres , combattaient cette ten- feuillant. Pendant cette époque , ils se danee malheureuse ; mais il n'y en eut confondirent souvent avec le parti répas moins un certain nombre qui cru- publicain, sans l'appui duquel ils n'aurent de Itoiine foi qu'il fallait organiser raient pu triompher des répugnances Ma France sur le modèle de la Suisse, et de la cour. Vers la fin seulement, ils qui, trouvant la circonscription dépar- brisèrent ostensiblement avec le parti tementale déjà trop étendue , voulaient démocratique, et ils affectèrent de pardiviserchaqiie departementen (jlusieurs 1er de leur attachement à la coiistitupetites republiques grandes comme tel tion ; garantie sans laquelle ils n'auos tel canton de la confédération heivé* raient pu s'emparer de fa direction des tique. Comment s'étonner qu'une pa* suaires. Mais toujours, à la fin comme reille coalition n'ait jamais pu former au commencement , ils se montrèrent un tout compacte que pour attaquer ses extrêmement durs envers les ministres adversaires, était nni par tomber sous occupants. Narbonne, et surtout Deleurs coups, non sans avoir mis la lessart, ressentirent les effets de leur France à deux doigts de sa perte ! courroux ; ce dernier fut décrété d'ao» Quoi qu'il eu soit , la conduite des cusation, le 10 mars; il eut pour remgirondins a TAsseniblée législative ne plaçant aux alïaires extérieures le gérépondit pas à la haute idée que la néral Dumouriez, que Narbonne s'était France s'était formée de ce parti, com- déjà adjoitit au ministère de la guerre, posé d'un si grand nombre d'hommes peu de temps avant sa destitution , qui de t«dent. Ils u'inspirèrent de confiance eut lieu dans le courant de février, ni à la cour ni à la nation, inalgré tous Cest dans le cours de cette même époleurs soins pour plaire à Tune et à l'au- qiie que les girondins usèrent de tant tre. Abusés par les conseils de Brissot, d'indulgence envers les assassins d'Ails es.s:i} ercnt de dominer à la fois vignon ; quelques-uns des leurs , il est Louis KVI et le peuple, en passant tour vrai, entre autres Mainvielle et Daprat, à tour du côté de celui-ci ou du côté de étaient fortement compromis dans ces celui-là ; mais, dans l'espoir de gouver- horribles cruautés : tous, jusqu'à Tourner ces deux grandes forces, ils eurent dau coupe -ti'^te lui-même , se virent l'imprudence de parler un jour eu par- amnistie^i. Tant de clémence a droit tisanode la monarchie constitutionnelle, d'étonner de la part de ces girondins un autre jour en partisans de la répu- qui, plus tard, poursuivirent avec tant blique. Il en résulta ie contraire de ce d'indignation les auteurs des massacres u'ils attendaient : la cour les prit pour de septembre. Pour des événements républicains \ le peuple les prit pour aussi tristeamt fcaTW , «st - il doDO .
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