RS. GIRONDINS
comme au temps où ils ne faisaient encore que de l'opposition. Telles étaient du moins leurs espérances; et on doit convenir que , malgré les trahisons du château, ils auraient pu éviter bien des maux h la France, si, au lieu d'adopter un système de bascule , dans le but de dominer en même temps le peuple et le roi, ils s'étaient frandienient réunis aux montagnards et au parti populaire.
Mais , pouf cela , il aurait fallu moins d'ambition personnelle , moins de jalousie envers les chefs du peuple; il aurait fallu de grandes passions et une vigueur d'ensemble dont ]es girondins étaient incapables. Une levée en masse, tel était le moyen infaillible de dompter la cour et de vaincre l'étranger : trop timides, ou plutôt trop intéressés pour prendre une pareille décision , les girondins n'eurent recours qu'à des demimesures. Ils s*oocupèrent des ennemis du dedans beaucoup plus que des ennemis du dehors, lorsqu'il était évident qu'ils ne pouvaient être vaincus qu'eusemble; encore plus soucieux de garder le pouvoir que a*assurer le succès de nos armes à la frontière , ils se consumèrent en efforts inutUes pour former un camp de 20,000 hommes sous les murs de Paris. Qu'arriva-t-il ? cour, qui n'aurait jamais eu la puissance , si toutefois elle l'avait osé , de s'opposer à uue levée en masse, parvint à empêcher la formation d*un camp de 30,000 hommes sous Paris. Le 4 juin , Servan , ministre de la guerre et rival de Dumouriez, fil cette proposition à l'Assemblée législative , sans en avoir prévenu le roi ; le 13 juin, Servan, Clavière etRO* land furent remplacés par Dumouriez, ministre restant, iMourgues et Beau heu. Il était nécessaire d'insi.sler sur ce point, parce qu'il montre combien le parti de la Gironde était peu fait pour diriger les allaires. L'expérience donna une double preuve de son incapacité :
la guerre , commencée par les girondins , ne tourna à notre avantage qu*après le 10 août , époque où les montagnards avaient pris le dessus; enlin, les. montagnards eux-mêmes n'apprirent à tous les rois de l*£urope à trembler pour leur propre compte que lorsqu'ils eurent pris la grande mesure dont les girondiivs avaient eu peur, celle
FRANCë.
d'appeler toute la nation atn armes.
Troisième époque. Du 13 Juin au 10
août, les girondins , éloignés des affaires, recommencèrent leur ancienne tactique de membres de l'opposition , ménageant tour à tour le parti démocratique et le parti constitutionnel ; républicains un jour, royalistes le lendemain ; entretenant des intelligences secrètes avec la cour; et prenant part à la journée du 20 juin et à celle du 10 août ; changeant à chaque instant de couleur, sans être plus heureux avec le roi qu^avec le peuple. Cette époque, qui les montre sous leur plus fâcheux aspect, est celle où ils se compromirent par une démarche aussi maladroite que peu digne. La tentative du 20 juin n'ayant pas ramené au pouvoir, comme ils 8*y attendaient, les ministres de leur choix, ils éprouvèrent un moment d'hésitation avant de faire un dernier appel au j^eu-
t»le. Gensonné, Guadet, et Ver^niaud QÎ-méme, les triumvirs de la Gironde, encouragés sans doute par Brissot, l'instigateur du parti , firent passer secrètement à Louis XVI , vers la lin du mois de juillet, un mémoire, dans lequel ils lui offraient leur appui , à condition qu'il rappellerait les minisires destitués le 13 Juin; que, cessant de s'entendre avec les étrangers , il leur signifierait l'ordre d'éloigner leurs armées; qu'il congédierait le général la Fayette ; qu'il soumettrait la liste civile à une comptabilité publique ; enfin , gu'il ferait donner une éducation constitutionnelle au jeune dauphin , lequel aurait dorénavant pour précepteur un des meilleurs amis de la Gironde (Pétion).
Le mémoire était adressé , sous forme de lettre, au peintre Boze , qui devait le remettre , et qui le remit en effet à Thierry , premier valet de chambre du roi. Amsi , voilà tes ebefii du parti girondin qui, non contents de commettre une action déloyale , puisque dans le même moment ils se aisaient les alliés de la Montagne, poussent l'imprudence .
et le manque de dignité jusqu'à correspondre avec la cour par Tintermédîaire d'un valet de chambre. Le château qui lui-même sans doute avait provoqué cette démarche, les traita avec tout le dédain qu'elle méritait : le roi répondit, toujours par l'intermédiaire de
son valet de chambre, ne pouvait .
subir de pareilles conditions. IjCS girondins ne s'en vantèrent pas; mais ils comprirent toute l'étendue de leur faute, car plus tard, le mémoire en question ne se trouva plus parmi les papiers trouvés dnns l'armoire de fer où ii devait avoir été mis; il est vrai qu'avant d'être placés sous les yeux de la Convention, ces papiers avaient |»assé ^ par les mains de Roland , alors ministre. Du reste, une explication ayant eu lieu dans le sein de l'assemblée conventionnelle, Vergniaud avoua avoir signé le mémoire; Gensonné et Guadet firent le même aveu ; quant à Brissot, le plus coupable de tous, il en fut quitte pour la peur.
Quatrième époque. Du 10 août au.
21 se[)tembre, clôture de la Législative, les girondins , quoique leurs ministres eussent repris leurs portefeuilles , luttèrent avec plus d*aigréur que d*éilbr^ie contre la Montagne, qui commençait à les déborder. Us manifestèrent une haine violente contre la nouvelle commune de Paris , et souvent même contre la capitale, où leur réputation d'habileté et de dévouement a la chose publique avait reçu de fortes atteintes; mais cette haine s'exhala en paroles iujurieuses , sans aboutir à aucun acte énergique. Il est vrai qu'à cette époque, comme toujours, ils voulaient des choses irnoossibles et ne savaient les vouloir qn^à demi. Eux , qui avaient été des premiers à demander la déchéance du roi avant le 10 août, ils repoussé* rent la déchéance après cette journée ^ ils s opposèrent à ce qu'on allât plus loin que la suspension provisoire. Es-
f>éraient-ils que Louis XVL éclairé par e malheur , accepterait enlin les conditions du fameux mémoi/e , d'abord si dédaigneusement repoussé? Ce qu*il y a de certain , c'est que , prévoyant les difficultés insurmontables qui s'opposaient à ce projet, ils ne demandaient pas mieux que de proclamer le dauphin, qu'ils affectaient d'appeler le prince royal. Quand ils virent l'impossibilité d'établir une régence , cet objet de leur prédileclion, alors ils brisèrent ouvertement avec les montagnards et la vjUe de Paris. Les massacres de septembre, excités non pas par ia Commune, niais
Saa GIRONDINS L'UNITERS.
par son conïité de surveillance, pouvoir
tiresque entièrement séparé , et tout à iiit indépendant, vinrent leur apporter un grief terrible contre le parti populaire; et loin de laisser à Marat et à Ponton la responsabilité de celte seconde Saint-Bartbélemy, les girondins englobèrent toute la Commune dans un attentat dont elle n'étnit pas coupable et qu'elle avait voulu empêcher. Ce procédé était d'autant j^lus blâmable que, dans cette affreuse ciroonstance, les girondins eux-mêmes n'avaient pas fait leur devoir. Invitée plusieurs fois par des députations de la Commune à mettre un terme à Teffusion du sang , la majorité de fAssemblée législative ne répondit point à cet appel. Vainf^ment on lui proposa de se rendre en masse aux prisons, elle se contenta d'envoyer quelques députés ; encore ne choisitelle pas Chabot, qui s'engageait à sauver 1^ victimes , et qui donnait pour garant de sa uromesse le succès de ses exhortations aans la journée du 10 aoèt, époque où il avait obtenu la grâce d'un grand nombre de Suisses. Aussi, dans la suite , lorsque les girondins , non moins Inflexibles envers les septembriseurs qu'ils avaient été indulgents pour les meurtrier? d' Avli^non, voulurent se faire une arme dt s massacres de Paris contre le parti populaire , ce dernier leur reprocha-t-il de les avoir tolérés à dessein pour perdre la rnpitnln dans l'esprit des départements. En tout cas, ils n'eurent rien à répondre lorsque, dans son rapport du 8 juillet 1793 , Saint-Tiist leur dit : « Accusateurs du « peuple, on ne vous vit point le 2 sep- « tembre entre les assassins et les vic- «times... »
Mais il y a plus , Pétion et Manuel, l'un maire, l'autre procureur de la Commune , tous les deux orléanistes , mais orléanistes - girondins, répondirent à quelqu'un gui leur conseillait d'al- 1er aux prisons , qu'ils ne voulaient point risquer leur popularité. Petion reçut chez lui une troupe de septembriseurs qui le trouvèrent à table avec de nombreux convives , presque tous girondins; ces hommes couverts de sang venaient lui demander de nouvelles instructions; loin de les accabler de son mépris, il leur donna des poignées