GIRONDINS
de main et leur fit servir à boire. Enfla, l'honnête Brissot, cet instigateur du parti de la Gironde, Brissot , pen< dant les massacres de septembre , n'avait qii'un seul souci, c'était de savoir si Moraiide , son ennemi personnel, vivait encore. Morande était dans les prisons; il avaitdivulgué quehjues épisodes peu flatteurs de la vie de Brissot en Angleterre. Malgré ces faits , alors connus de tout le monde, les girondins conservèrent leur estime à Pétion et à Brissot ; en revaru he, ils la refusèrent à tous les montagnards, même à ceux contre lesquels ne s'élevait aucun grief de cette sorte, mais qui avaient le tort de ne pas penser comme la Gironde.
Tel est le rôle que jouèrent les girondins à l'Assemblée législative^ rôle
Êlein de duplicité, et si difficile à justîer, que INI. Thiers, un de leurs plus zélés défenseurs , n'a pu y parvenir, malgré tout le prestige de son talent.
Suivant lui , les girondins étaient arrivés à la Législative sincèrement constitutionnels, et ils ne désirèrent la répuhlique qu'en désespoir de fa monarchie. Mais il oublie 4u'ils furent les premiers, Brissot entre autres, à prêcher la république, à une époque où les montagnards eux-mêmes trouvaient imprudent de le taire ; mais il oublie qu'a la Convention, Vergniaud, Guadet et Gensonné, d'accord sur ce point avec Grang^neuve, affirmèrent sur l'honneur qu'ils n'avaient jamais cesse d'être ré-
Sublicains; mais il oul)lie leur serment e détruire la monarchie, serment prêté par eux en 1701 , avant de quitter leur département pour se rendre à Paris.
Aussi d'autres défenseurs de la Gironde ont-ils pu , avec autant de vraisemblance, dire que les 'girondins ne désirèrent la monarchie qu'en désespoir de la î'èpublique.ha vérité, c'est qu'ils ne tenaient guère plus a l'une qu'à l'autre, pourvu qu'ils pussent dominer à la fois la noblesse et le peuple ; la vérité, c'est qu'ils voulaient etahlir le règne de la classe moyenne dont ils étaient les représentants. Cette hypothèse une fois admise , leur conduite devient , sinon justifiable, du moins très-compréhensible.
Pour dompter la noblesse et la monarchie féodales qui essayent ttH^ouM
ât réparer leurs défeilM, on les voit
s'appuyer sur les masses et eoiffor le
bonnet républicain; pour comprimer le peuple qui réclame sa part de la victoire, on les voit s'appuyer sur la cons^ titution et sur le principe monarcbique. Le désir d'empé{'her soit la cour, soit la Montagne de prendre le dessus, voilà ce qui explique toutes leurs contradiction; voila ce qui fait comprendre comment , après la rhute du trône et pendant la durée de la session conventionnelle, ils oe sont pas plus franchement républicains fusils n'avaient été francW meiit constitutionnels avant Pabolition de la roynuté, N'avant plus à redouter la cour alors, ils concentrent tous leurs eiforts eontre le peuple : au princif>e de l'éj^allté qu'il arbore, ils opposent le pnncipe de la liberté; et plutôt que de céder sur ce point aux nécessités du siècle, ils sont prêts à relever Tédifice de la royauté sur les ruines de la république naissante. Knfin, lorsqu'nprès le procès de Louis XVI et l'arrestation du duc d Orléans la royauté est devenue Impossiblo, ^e lont-ila? Ils mettent plus que jamais les départements en opposition avec Paris, et ne pouvant avoir ni une monarchie bourgeoise, ni «ne république au profit dto la classe moyenne, ce qui revient au roéme, ils inclinent vers le fédéralisme, autre forme de gouvernement très-favornbie au développement de Toligarchie. Peuton dire pour cela qu'ils ^étaient systématiquement fédéralistes? As'^iirément non ; ils devinrent fédéralistes comme ils avaient été républicains, comn>e ils avaioat été royalistes, par nécessité plutôt que par conviction, et surtout pour arriver à leur but. Dans leurs rangs, il y avait bien des hommes qui ftrent toujours royalistes, d'autres toujours républicains', d'autres encore toujours fédéralistes ; mais l'ensemble (le la coalition n'avait pas d'autre système que d'établir le règne de la classe moyenne, et, dans ce but, elle se rangeait tantôt derrière les royalistes, tantôt derrière les républicains , suivant que les uns ou les autres avaient le plus de chancei de sueeès. Aussi M. Thiers nous paralt-il ne pas moins se tromper lorsqu'il les considère comme sincèrement républicaios à la Convention , que lors-
fCE. «IMVmNI 8at
qoMI lea j^nd pour de mis eonititn*
tionnels a la Législative. Avant tout,
ils étaient ambitieux et jalon k de la puissance toiyours croissante du parti populaire.
Cette nMlheureose disposition fut une des causes qui envenimèrent le plus la querelle dont la tribune de la Convention devint le théâtre. Pour les girondins, c'était un parti pris de tou- jours s'opposer à ce que demandaient les montagnards, qui, du reste, leur rendaient souvent la pareille. Toutefois, il faut le dire à l'avantage de ces derniers, avant d'en venir aux extrémités, ils tendirent la main à leurs adversaires, qui , par la bouche de Guadet, rintime de Brissot, repoussèrent ces avances. A la Convention comme à la Législative, les girondins ne montrèrent pas plus d'habilete que d'ensemble. , Disposés à prendre les paroles pour des actions et la colère pour de la vigueur, ils menacèrent presque toujours; et quand, par hasard, ils se disposèrent à agir, ils employèrent de petits moyens, qui violaient en principe les droits de la représentation nationale, et qui fournissaient ainsi à leurs ennemis une arme qui allait être retournée contre euxmêmes.
Présenter Danton, Robespierre et
Marat comme des trmmvirs qui aspipiraient à la dictature, quoiqu'il fût évident qu'ils n'étaient guère plus d'accord entre eux que Gensonné, Guadet et Yergniaud; sur toutes les questions où la Gironde se sentait dépassée, en appeler au suffrage universel, sans songer que cette mesure pouvait devenir le signal de la guerre civile, dans un temps où rétranjj;er couvrait le sol de la France, et ou les royalistes n'attendaient qu'une occasion favorable |^r prêter main-forte aux émigrés ; ne rien négliger pour détruire la haute influence qu'exerait Paris sur les départements, ou, en 'autres termes, pour détrôner la eapi- • taie, comme si un vaste empire pouvait résister à une coalition générale sans une forte impulsion venant d'un centre unique, comme s il pouvait v avoir de Tensemble là où il n'y a pas oc tête : tel est le système de conduite que suivirent les girondins à la Convention nationale, à partir du 21 septembre 17ââ, ouvcr-
8S4 GAOHAmS VUH
tare de la Bession, jusqu'au 81 mai et au s juin 1793, époqoe de leur déûute
et de leur chute.
Maîtres de la majorité dès le début, ils démasquèrent leur ambition par une démarche intempestive. Pétion, un des leurs, avait été appelé le prenner à l'honneur de présider l'Assemblée ; ils demandèrent, par Torgane de Manuel , des prérogatives qui auraient fait de Pétion une manière de président de la république. Les montagnards n'eurent pas de peine à déjouer ce coup d'essui; mais ils n'y parvinrent qu'en se fermant les portes h eux-mêmes. Dominée par la peur de voir renaître l'absolutisme , la Convention s'empressa de mettre des entraves à toute tentative de ce genre, et, sous les noms de tribunat, de triumvirat et de dictature, elle proscrivit toute espèce de gouvernement régulier.
Ainsi enfermée dans un cercle de fer, la république s'agita vainement plus tard pour en sortir ; et il ne fallut rien moins que les victoires de l'étranger et la crainte de subir son joug, pour amener rinstitution toute révolottonnaire du grand comité de salut public, gouvernement improvisé par la peur et qui ne survécut pas au danger. Assurément, les girondins ne sont pas les aeals coupables dans la déclaration dont il vient d'être parlé, et qui rendait toute réorganisation impossible. Il y a plus, c'était une heureuse idée que celle de donner on président à la république; mais en voulant obtenir par la ruse ce ui ne pouvait être que l'objet d'une iscussion approfondie, ils compromirent le succès de cette idée; et voyant qu'ils ne pouvaient pas s'emparer du pouvoir, ils ne songèrent plus qu'à empêcher leurs adversaires de s'en rendre maîtres. Avec moins d'empressement, et surtout avec moins de jalousie contre le parti montagnard , ils seraient parvenus à s'entendre avec ces derniers pour rendre au pouvoir exécutif l'unité qui lui manquait depuis le 10 août, et pour remplacer le chef héréditaire du royaume par un chef électif de la république. De toutes les mauvaises conséquences que la brouille des girondins et des montagnards eut pour le peuple français f celle-ci est, sans aucun doute, la plus regrettable, car elle devint la
eause d'une foule d'autres malheurs du même genre. Comment la classe bourgeoise et la classe populaire auraientelles pu marcher d'accord dans la suite, lorsque, surtout par la Ëiute des girondins qui voulaient tout pour les Dourgeois, elles n'avaient pas su s'entendre sur un point d'où dépendait l'avenir de la répoinique? Aussi , depuis cette époque, les girondins et les montagnards ne cessèrent-ils pas de lutter comme deux partis ennemis , quoiqu'ils reprcsentass^t deux classes de la nation, dont l'une ne peut vivre heureuse ou puissante sans le concours de l'autre.
Dans le procès de Louis XVI, les girondins manquèrent d'adresse et de dignité. D'abord, ils essayèrent de sauver le roi, tout en le reconnaissant cou* pable; puis, lorsque l'appel au peuple eut été rejeté , ils agirent sans ensemble : les uns votèrent pour la mort, les autres contre; ceux-ci soutinrent le principe du sursis, Geux*là le repous* sèrent.
Après le 21 janvier, ils ne surent pas s'élever à la hauteur des eiroonstances.
L'Europe entière s'avançait contre nous; au lieu Je provo(|uer une levée en masse, ils se reposèrent sur le général Dumouriez du soin de repousser les armées étrangères; ils passèrent le temps à disciiter, à se quereller dans le sein du comité de défense générale. Toujours préoccupés des questions de personnes plus que des choses , ce qui les inquiétait surtout, c'était de savoir si Dumouriez resterait fidèle à leur parti ou s'il se rangerait du côté des montagnards dantonistes. Une alliance sincère avec les jacobins eût sauvé la France, et évité l'effusion de sang qui eut lieu plus tard : les girondins ne voulurent jamais entendre parler de cette allianee, parce que les jacobins étaient les reprasentants de la classe populaire, et que, à son exemple, ils avaient pris pour devise le mot égalité. Loin de songer à une réconciliation sans laquelle laFrance courait les plus grands dangers , ils renouvelèrent leurs anciennes attaques contre Robespierre, le cheféminent du parti jacobin. Ils ne surent même ps .
s'entendre avec Danton, qui , malgré sa fougue désordonnée, était beaucoup plus favorable à la bourgeoisie qu'au
fimOHMHB FRABCE. «ummin 836
peuple, et désirait Tivement de É^fr» aux montagnards et assuré le triomphe avec eux, en leor qualité de défenseurs de la Gironde. Le 18 mai , Guadet, leur de la classe bourgeoise. Danton leur eût plus audacieux interprète , fit une sortie apporté ces idées d'unité gouvernemen- virulente contre les chefs de la Montatalc qui leur manquaient, et que possé- gne et contre la Commune, et termina daient à un si haut degré quelques-uns son discours par cette proposition : des chefs de la montagne, surtout Robes- « T Les autoritésde Paris sont cassées; pierre et Danton. Mais les girondins crai- 2° les suppléants des membres de la Congnaient Tanibition de ce dernier, et, vention se réuniront à Bourges, pour y pour ne pas se donner un mattre, ils délibérer d*aprè8 un décret précis qui restèrent sourds à toutes ses proposi- les y autorisera ou sur la nouvelle certions d'arrangement. Si, au moins, ils taine de la dissolution de la Convenavaient pris les idées gouvernementales tion ; 3" ce décret sera envoyé aux de Danton et de Roliespierre , tout en départements par des courriers extraorrepoussant ces deux hommes d'État, dinaires: » Mais, malgré Tabeence d'un qui les effrayaient au moins ruitant par si grand nombre de montagnards, la leur supériorité que par leur énergie; majorité de la Convention n'osa pas mais non, ils restèrent divisés comme suivre les girondins jusque-là. Elle ne toujours, et n'abandonnèrent leur i^s- voulut pas se prêter a un pareil coup tème d'oligarchie monarchique que pour d'État, certaine que la guerre civile et adopter un système d'oligarchie fédéra* la ruine de la république en seraient la liste. , suite. Elle préféra, sur la proposition
Aussi , après lès défaites qui suivirent de Barrère, avoir recours à une espèce
l'exécution de Louis XVI, et surtout d'attermoiement : elle décréta qu'il sc-
après la trahison de Dumouriez dans rait formé une commission de douze
les premiers jours d'avril, la nation membres pour examiner la conduite de
française se lassa de voir les girondins la municipalité, rechercher les auteurs
toujours au-dessous des événements, et des complots ourdis contre la représen-.
ne put s'empêcher de reconnaître que tation nationale et s'assurer de leurs
les montagnards avaient seuls assez personnes. Exclusivement composée de
d'étendue dans l'esprit et assez^de vi- girondins, la commission des douze,
gueur dans le caractère pour ramener la loin d'agir avec la modération qu'on
victoire sous nos drapeaux. A partir de avait attendue d'elle, se laissa emporter
ce moment, en effet, les girondins per- par l'esprit de parti, commit des vio-
dirent chaque jour du terrain. Avant de lences imprudentes , et ordonna plu-
tomber cependant, ils eurent encore sieurs arrestations arbitraires. Le re-
l'occasion de remporter plusieurs avan- mède devint pire que le mal. Aussi les
tages sur la Monta;i;ne. Le 14 avril, ils montagnards, encouragés par le mécon-
obtinrent un décret d'accusation contre lentement du peuple , et s'autorisant de
Marat, ce forcené qui avait pris une si l'exemple de leurs adversaires, résolu»
horrible part aux massacres de septem* rent-ils d'emptoj^er à leur tour la vio-
bre , et qui demandait sans cesse de nou- lence. Le 27 mai , la Convention se vit
velles proscriptions ; mais comme la obligée de décréter la suppression de la
sévérité des girondins avait un caractère commission des douze; mais le lende-
tout politique , Marat fut absous le 24 main , les girondins eurent assez de
par le tribunal révolutionnaire, et n* crédit pour lui faire voter le rétablisse-
mené en triomphe à la Convention. ment de cette même commission, sous
Peu de temps après , les girondins le prétexte plus ou moins fondé que le
firent une tentative beaucoup plus sé- décret de la veille avait été arraché par
rieuse qui ne leur réussit pas mieux et la violence et n'avait pas obtenu la ma*
qui amena leur perte. Profitant de l'ab- jorité.
sence de quatre-vingts membres de la A cette dernière attaque, le peuple Montagne partis en mission auprès des répondit par la journée ou 81 mai, où armées, ils essayèrent d'enlever par la la commission des douze fut définitiveruse, leur arme favorite, une détermi- ment abolie. Il ne s'en tint pas là : le 2 nation qui aurait donné le coup de grâce juin , il contraignit la Couveation à dé-
as
•iMNmiM L*TïinVERS. «moironrs
créter d*aoousatioii les rlngt-deux dé> DDtés dont il avait déjà demandé inotilement l'expulsion, d'abord le 15 avril,
et ensuite le 20 du même mois.
Après cette défaite, les girondins n'agirent pas avec plus d^easemble qu*aa« paravaiit. Les uns , à l'exemple de Ver-
{{Diaud , acceptèrent avec résignation *arrét du sort; les autres « à l'exemple de Brissot et de Guadet, anivirent lenr ancienne habitude d'en appeler du ju< gement de Paris h celui des dcpnrtements, et ne craignirent pas de lever Tétendard de la révolte dans un moment où ta guerre civile pouvait amener la conlition à Paris. Devenu à plaindre depuis qu'il etnit malheureux, le parti de la Gironde edt pu être sauvé, si tous ses membres avaient eu la grandeur d'àine de renoncer à un vain espoir de vengeance; en spéculant sur In «guerre civile, au contraire, il ne pouvait qu'être vaincu ou que perdre la France. Cette crainte n*arréta pas quelques-uns de ses chefs, encouragés par les dispositions favorables de plusieurs départements, entre autres ceux de la Gironde et du Calvados. Dès le mois d'avril, la ville de Bordeaux avait sii^iié une proclamation où elle menaçait Paris de sa colère, si jamais les Parisiens osaient porter atteinte à rittviolabilité de ses représentants. A la demande de Guadet. cette proclamation avait été aflichée sur les murs de la capitale; et Isnard y faisait allusion, lorsqu'il s*oublia jusqu'à dire que si Paris osait tenter une nouvelle révolu* tion, la France entière tirerait vengeance de cet attentat à la représentation nationale, et que bientôt on chercherait sur quelle rive de la Seine Paris avait existé. Cette menace imprudente, dont Isnard fut le premier à se repentir, puisqu'il donna l'exemple de la soumission, Brissot,* Guadet, Pétlon et quelques autres entreprirent de la mettre à exécution. L'ener^^ie de la Montagne les fit échouer dans ce projet impie, qui eut pour résultai de souWer Lyon, Marseille, Gaen, Toulon; de mettre les armes aux mains des royalistes et des Anglais, les uns et les autres toujours prêts à profiter de nos divisions; de partager la France en deux camps ennemis, pendant que les armées de la coalition gagnaient du terrain; enfin,
de faire couler le sang à flots, et de perdre tous les chefii de la Gironde,
même ceux qui, retenus prisonniers au Luxembourg, n'avaient pas directement trempe dans la révolte. Le 3 juillet 1798, SaintrJost lut contre eux, à la Convention, un rapport où les fautes du parti girondin et les intrigues de ses instigateurs sont dévoilées avec une sagacité profonde. Ce rapport vraiment remarcjuable , et beaucoup moins passionné ()u'on n'aurait pu s'y attendre , renferme des détails importants sur les principaux chefs; on y trouve, touchés de main de maître, les portraits de Brissot et de Du mouriez. Le 3 octobre, sur le rapport d'Amar, les détenus du Luxembourg furent décrétés d'accusation. Le même jour, soixante et treize dé[>utés du rôté droit, qui avaient protesté contre l'arrestation des girondins, furent mis eux-mêmes en état d^arrestation ; mais la sévérité de la Montagne n'alla pas plus loin à leur égard , grâce à Robespierre, qui ne craignit pas de risquer sa popularité en s'opposant à ce qa*ifs fiissent envoyés devant le tribunal révolutionnaire et confondus avec les proscrits du 2 juin. Le juizénient de ces derniers commença le 24 octobre. Pendant les débats, ils se défendirent avee plus d*éloquenoe que de franchise; quelques-uns reconnurent qu'ils avaient été trompés et qu'il avait réellement existé une conspiration contre la république; presque tous se renfermèrent dans des protestations générales, sans rien répondre de précis. - Dans la nuit du 30, ils furent tous condamnés à mort au nombre de vingt et un. Voici leurs noms et leur âge : Brissot, 39 ans; Veriiniatid, 35; Gensonné, 35; Lanse-Duperret, 46; Carra, 50; Gardien, 39; Dufriche-Valazé, 42; Duprat, SS; Sillery, 57; Tévéque Fauchet, 49; Ducos, 28; Boyer-Fonfrède, 27; Lasource, 89; Lesterpt-Beauvais , 43; Gaspard du Chastel, 37; Mainvieille, 28; Laeaze,4a; Lehardy, 85; Boileao, 41 ; AntibouL 40, VIgée, 36. En entendant la sentence, Valazé se frappa d'un coup de poignard. Le lendemain, 31 octobre, ils marchèrent au supplice en chantant la Marseillaise. Ils venaient de célébrer, dans leur prison, des jeux funèbres, où, en vrais enfanta, ils
GIRONDINS FIU
avaient préludé au supplice, qui ne les attendait (^ue trop reelieiuent, pur une exécution imaginaire. Tous mourorent avec courage.
Les autres chefs du parti eurent presque tous une tin mallieureuse. Guadot, JBarbaroux , Salles , furent cou verts dans la petite ville de Saint-Êmtlien , près Bordeaux ; Gran^rmeuve eut le même sort. Pétion et Biizot, après avoir erré quelque temps , se frappèrent euxmêmes. Rabaud-Saint-Étienne fut livré par un ancien ami. Bfadame Roland pér rit sur l'échafaud: son mari, en apprenant sa mort, quitta son asile et vint se tuer sur un grand chemin. Condorcet . Ini-mémen'évita le supplice qu'en ayant recours au poison. Plus hejireux , f ouvt^t, Kervélegan, Lanjuinais, Henri la Rivière, Lesage, Lareveillère-Lépaux, parvinrent à se soustraire à toutes les recherches. Parmi les victimes les plus à plaindre, dans cette terrible hé<'atombe où tombèrent pêle-méle tant de personna^ si peu faits pour être confondus, il faut ranger au prtMiiier rang Vergniaud , Dnros , Rover -Fonfrède, l'infortunée ma<ian)e Roland , et surtout Condorcet, qui eût sauvé la Gironde si , au lieu de dédaigner le peuple, la Gironde avait pensé, comme lui, que toutes les institutions sociales doivent avoir {)our but Tumelioration morale, physique et intellectuelie de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.
Telle fut la tin des premiers chefs
Su'avait choisis le parti girondin. Nous isons des préiniers chers , car après le ft thermidor, ce parti reparut sur la scène politique , et regagna beaucoup |)lus de terrain que ne lui en avait fait perdre la Montagne, vaincue à son tour, mais pour ne plus se relever de sa défaite.
Avec les ciirondins de 1793, la bourgeoisie fut détrônée pour un moment , pendant lequel le peuple , non sans se laisser emporter trop loin par la force de son élan , sauva la république et la France. Tune et l'autre placées à deux doigts de leur perte. Quand le danger fut passé, on oublia tout le bien qu*il avait fait pour ne se souvenir que du mal qu'il n'avait [)U empêcher. On lui donna des leçons d'indulgence en Tasurnimant à oôops de bâton , et en corn*
^Gfi. GIRONDINS S27
mencant une seconde terreur plus cmipabiè que la première, puisoue l'étranger n*était plus aux portes de Paris comme en 1792, 1793 et 1794, et puisque l'assassinat avait remplacé le tribunal révolutionn.iire.
Quoi qu'il en soit, les causes qui coutribuèrent à la chute des premiers gi« rondins sont très-nondireuses ; et ila fallu tout l'inîértH qu'inspire le malheur, pour faire oublier tant df fautes et tant d'incapacité politique. Oui, tant d*inca* pacité politique ; car il y avait beaucoup de puissance dans la classe bourgeoise, sur laquelle s'appuyaient les girondins, et ils ne surent pas faire un Bon usage de ce puissant levier. La réaction de 1795, le Directoire, le Consulat et l'F.mpire eux-mêmes, la Restauration et la révolution de juillet , en un mot, tous les événements politiques qui suivirent, ont montré de (juellL' force était dotié l'élément bour;:eois en France depuis la destruction de l'ancien régime. Ce ne sont donc pas les ressources qui ont manqué aux girondins , ce sont eux qui ont manqué aux événements.
Pour réussir, il n'aurait pas fallu regarder la bourgeoisie et le peupleoomme deux classes ennemies, dont Tune était f.iite pour dominer l'autre, et pour remplacer la ca'ite privilégiée que la révolution avait détruite. C'est cependant ce que firent les girondins ; et ce n'est pas sans étonnement qu'on retrouve dans la haute bourgeoisie d'alors des principes d orgueil et de froid égoîsme que désavouerait la haute bourgeoisie de nos jours, qui pourtant est encore loin de comprendre toute la grandeur et toute la générosité de sa mission. Le croirait-on! Guadet, un des hommes les plus dialeureux de la Gironde, n'admettait [)as qu'on pilt donner au peuple, en échange de son travail , autre chose que le morceau de pain nécessaire pour ne pas mourir. A Texception de Condorcet et de deux ou trois autres , ses collègues pensaient de la même manière, et ils ne voulaient pas même entendre parler de Tabolition de Tesclavage. De nos jours , la bourgeoisie est plus éclairée : elle veut que le prolétaire ait de quoi faire des économies pour ses vieux Jours. Dans ce but, elle multiplie les caisses d'épargne ; enfla elle
GlHONDINS L'U]S1Y£RS. GIRONDINS
ne s'oppose pas systématiquement à 1 affranchissement des nèf^res. C'est encore bien peu, mais du moins c'est quelque chose ; tandis ({ue Guadet et ses collèges ne songeaient qu'à perpétuer rancten système ou plutôt les anciens abus nés du régime féodal.
Sur la nature du gouvernement , les grondins n'avaient pas des idées plus justes ; on pourrait presiîiie dire qu'ils n'en avaient pas du tout, rse les a t-on pas vus, à la Législative, républicains ' quand ils faisaient de l'opposition , et royalistes quand ils étaient à la direo* tion des affaires? A la Convention, ne les trouve-t-on pas à peu près les mêmes, avec cette différence qu'ils préfèrent la république quand ils sont les plus forts, et qu'ils inclinent vers la royauté quand ils deviennent les plus faibles ?
Ce scepticisme, qui fbt oommun à
Danton , avait cela de pire chez les gi» rondins, qu'ils étaient loin de sentir aussi bien que ce dernier le prix de l'unité gouvernementale , un des secrets de la supériorité de la France sur les autres peuples de l'Europe. A part Vergniaud , Sieyès et Condorcet , presque tous étaient ou systématiquement fédéralistes, ou , ce qui revient au même, tellement dominés par l'esprit provincial , qu'ils se seraient facilement consoles du démembrement de l'unité territoriale, en pensant au surcroît d'influence qu'il leur eût donné dans leur province. Dans plusieurs circonstances, ils résolurent de former une république du Midi , notamment après la chute de leur ministère, le 13 juin 1 792. Le même projet leur revenait en tête toutes les fois que les nations étrangères s'avançaient trop près de Paris , ou que les montagoards étaient à la veille d'enlever la majorité. Leur haine contre Paris, ce centre de la civilisation française, où ils se voyaient abandonnés par ropinion publique, se joignait à leur provincialisme pour entretenir en eux ces idées de fédéralisme et de démembrement, qui se fussent réalisées sans la résistanee opiniâtre de la Commune, où s'étalent réfugiées les traditions gouvernementales de l'ancienne monarchie, non pas par un singulier hasard , comme ou pourrait le penser , mais
parce que ces traditions d'unité avaient
toujours été éminemment nationales.
Était-ce avec des principes aussi peu généreux, ou avc»c un pareil vide d'idées politiques, était-ce avec eet égoïsme ou avec ce scepticisme que les girondins pouvaient jouer auprès de la bourgeoisie le rôle d'instituteurs, que les principaux chefjs de la Montagne surent prendre vis-à-vis du peuple? Loin d'être en état de faire l'éducation polili(|ue de la classe bourgeoise , ils n'etaieat que les représentants des petites passions et des instincts de jalousie qu'elle eût oubliés si elle eût eu des chefs plus dignes d'elle. Aussi finit-elle par se lasser de les suivre et d'épouser les petites querelles qu'ils suscitaient à la ville de Paris , tantôt au nom de Bordeaux avec Guadet, tantôt au nom de Marseille avec Rebecqui et Barbaroux ; puis au nom de la Provence avec Isnard ; au nom du Calvados avec l'évêque Fauchet ; au nom du département d'Eureet-Loir avec Brissot et Pétioo; au nom de la Bretagne avec Lanjuinais ; mais surtout au nom de la Gironde et des Boucbes-du-Rhône avec toute ia coalition.
Une qualité qu'on ne saurait refuser aux girondins, c'est un amour ardentde la liberté. Mais était-ce bien le moment de tout subordonner à ce sentiment, d'ailleurs si noble en lui-même, lorsque, pour repousser l'invasion .étrangère, il fallait que les individus fussent prêts à tous les sacrifices, et que la France entière ne uarût former qu'un seul homme? D'ailleurs les girondins n'avaient qu'une notion très-imparfaite de l'indépendance véritable : ils voulaient de la liberté pour eux , ils n'en voulaient pas pour le peuple. La liberté, comme ils l'entendaient, avait quelque chose d'égoïste; c'était de la liberté mdividuelle. si l'on veut, mais ce n'était pas de la liberté sociale. Or, pour cesser d'être un privilège, il faut que ia liberté soit comprise d'une manière éclairée , nous dirions presque d'une manière religieuse. 11 faut qu'elle soit le partage, non pas de quelques-ans , mais de tous ceux qui sont capables d'en faire un bon usage; non pas d*une seule classe, mais de toutes les classes dont se compose une grande naiiua. »Sous ce rapport, le
CtRONBiNS FRANCE
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sentiment de Tégalité , même avec ce qu'il pouvait avoir d'excessif et par conséquent de despotique dans la croyance des montagnards, s'approchait beaucoup |)Uis de la vérité que le sentiment de la liberté compris à la manière des girondins. £n présence de la nation, nnaividu n*était plus rien aux yeux des montagnards; mais s'ils immolaient les opposants, par cela seul qu'ils n'étaient pas de l'avis du plus grand nombre, du moins demandaieoMIs les mêmes droits poiirtous, en échange des mêmes devoirs qui leur étaient imposés. En matière philosophique , un seul homme peut avoir raison contre tous ; en politique, au contraire, il ne sufBt pas d'avoir rnison pour a^ir , il faut encore avoir conquis à son opinion les suffrages de la majorité. Loin d'avoir raison contre tous, les girondins s'étaient mis en oontradinion avec les vœux et avec les traditions de la nntion française ; de quel droit osaient-ils donc lever le drapeau de la liberté individuelle contre celui de )a liberté sociale , contre celui de l'égalité , contre celai de la révolution tout entière !
Enfin, et cette dernière considération nous semble démontrée par tout
ce qui précède, les girondins n'offraient pas 5 la France révolutionnaire une garantie indispensable, une garantie sans laquelle aucun parti ne pouvait prétendre au dangereux honneur de diriger le timon de l'État. Cette condition sine qua non, c'était d'avoir assez d'énergie pour repousser l'étranger, et
f>our éviter à la France le malheur et a honte de se voir partaijer comme la Pologne. Or, cette condition-là ne se retrouvait pas chez les girondins. C'étaient eux , à la vérité , qui avaient contraint Louis XVI à déclarer la guerre; mais ils avaient mal choisi le moment, et ils avaient montré autant de mollesse dans la conduite des hostilités que de légèreté à donner le signal de cette lutte terrible oui devait embraser toute l'Europe et aurer si longtemps. Les victoires de Valmy et de Jemmapes leur avaient profité; mais c'était aux montagnards et au peuple, beaucoup plus qu'à la Gironde, qu'il fallait en attribuer le mérite; car l'impéluosité po-
pulaire avait été la principale cause des triomphes de Kellermann et de Dumounez, d'ailleurs beaucouo mieux soutenus par Danton et par les clubs que par le timide Roland, toujours prêt à fuir derrière la Loire. Pour bien conduire des opérations stratégiques, il faut de l'ensemble, de l'umte; et les girondins n'étaient jamais d'accord que pour attaquer ou pour repousser la Montagne et le parti populaire. Sur toute autre question in étaient divisés , et perdaient le temps dans des discussions inutiles.
Sous quelque point de vue qu'on les examine, les girondins laissent voir de graves imperfections et paraissent véritablement au-dessous du rôle qu'ils avaient ambitionné. Il s'agissait ae dominer le cours des événements, et Ils ne savaient que le suivre, quoique soutenus par la bouri^eoisie, la classe la plus riche de l'État. Ayant à leur disposition les plus beaux talents; maîtres de la majorité pendant un long intervalle de temps ; en possession de la haute influence dans la plupart des comités, ils ne surent employer que dans un but mesquin de si nombreuses et de si puissantes ressources. Presque tous avocats ou orateurs ils s'imaginaient qu'on gouverne un État ou qu'on dirige une révolution avec des paroles:
ils &ient déjà épuisés par les fatigues de la tribune quand venait le moment d'agir; et l'on peut dire que, soit à la Législative, soit à la Convention, dans le sein du comité diplomatique comme dans la commission des vingt et un, comme dans le comité de défense générale , ils ne firent presque jamais autre chose que discuter et que prendre
four' des victoûres de beaux diseours.
fne fois seulement, avec la commis- ^ sion des douze, ils eurent des velléités d'énergie ; mais il était déjà trop tard , et, en outre, leurs actes avaient un double caractère de ruse et d'arbitraire qui prouve combien , à l'exemple de tous les hommes faibles, ils étaient disposés à confondre la violence avec la force, la colère avec la fermeté. Enfln , on ne saurait trop le répéter, ils cu?sent été mieux faits pour agir, qu'ils ne l'auraient pas pu, parce qu'ils formaient .
•iEONDtUft L'UNIVERS. GIRONDINS
bien moins un parti qu'une coalition.
En supposant que l'issue de la lutte eût. tourné à leur avantage, Il est fort douteux qu*ils fussent parvenus, comme les montniînards , à étouffer la guerre civile et à chasser les armées de la roalition. Avec eux , la France eût couru le danger ou d'être YAlncue par 1* Europe, ou de tomber dans un systènje de fédéralisme, voisio du démembrement.
Afnsi donc , les girondins sont ces bonnmes qui , quoique républicains par
inclination, transigèrent avec leurs principes {>endant la monarchie, dans l'espoir de s'emparer du gouvernement des affiiires, et qui , sous la république, sp montrèrent tantôt républicains, tantôt partisans de la monarchie constitutionnelle, tantôt fédéralistes : toujours provinciaux, toujours ennemis de Paris , toujours oligarques , puisqu'ils n'acceptaient, soit sous le régime républicain, soit sous le régime monarchique , aucune autre organisation que celle qui donnerait satisfaction à leurs intérêts, à leurs préjugés, à leur ambition. Aussi médiocres, comme hommes d'État, que distingués comme orateurs, ils marquent l'époque de transition qui mena la France de la monarchie à la république.
Ce qui les excuse , c'est précisément le malheur quMls eurent de paraître sur la S( èiiR politique dans un de ces moments d'indécision où les États, fatigués d'un régime qui tombe de vétusté, ne font encore qu^entrevolr un nouvel ordre de choses, plus conforme à leurs besoins et à leurs Intnières.
Mais leur laib.esse n'en a pas nioins eu les suites les plus désastreuses pour la France, car ils ont été une des principales causes des excès qui ont ensanglanté le mouvement révolutionnaire, et des désordres non moms sanglants qui ont souillé ta contre-révolution.
Pfous ne craignons pas de Taflirmer, c'est à la condu'tc à la fois inhabile et coupable qu'ils tinrent à l'époque du 10 août qu'il faut attribuer la plupart des catastrophes qui suivirent. Le moment était décisif: le trnne vetiait d'être renversé; de la décision qu'allait prendre l'Assemblée iéfi;islative, alors dominée
par les girondins, dépendait l'avenir de la révolution. Il s'agissait d'abord de savoir iti Ton conserverait la monarchie constitutionnelle ou si l'on proclamerait la république. Sur cette première question, les girondins ne craignirent pas de laisse.r voir leurs préférences ; eu refbsant de voter la déchéance de Louis XVI, qui fut seulement suspendu, ils donnèrent un nouveau gage d'attachement à la royauté, et il fut permis de croire que, malgré leurs aneîens ser* ments, ils avaient renoncé pour toujours à la république. Une fois fixé sur ce point, restait à décider si on rendrait la couronne à Louis XVI ou si on lui désignerait un successeur. Après quelques tentatives infructueuses pour replacer le inonarque sur le trône d'où le peuple l'avait fait descendre, les girondins parurent incliner vers le choix d'un successeur. Pour des hommes sincèrement royalistes , la ditïiciilté n'edt pas été fort grande; on avait le choix entre le dauphin et les princes de la branche cadette : pour des girondins, c'e-^t-à-dire pour des hommes qui ne tenaient guère plus à la monarchie qu'à la république, mais qui voulaient avant tout le règne de Poligarchie, Tobstade était [)rcs(juo insurmontable. Benuronp d'entre eux réunissaient leurs siittrnizrs sur le dauphin, dont la minorité olirait l'app&t séduisant d'une régence , et que la commission des vingt et un affectait de toujours appeler le prince royal; d'autres préféraient le duc d'Orléans; d'autres encore eussent mieux aimé le duc de Chartres, lié moins intimement que son père avec les montagnards, et mieux disposé envers la Gironde; enlin, il y en avait qui refusaient de se séparer du parti de I^ouis XVI, prince naturellement faible et si facile a mener, surtout depuis In leçon du 10 uotU. En un mot, personne né voulait réellement la royauté; mais chacun était a la recherche d'un quasi-roi ou même d'une quasireine, dont la faveur lui fut acquise pour le présent et assurée pour l'avenir. Qu'en devait-il résulter ? 11 devait en résulter que Ton ne prendrait aucun parti décisif dans un moment suprême où il était indispensable d'en prendre un pour le salut du pays. Ce fut eâecti-
oimiMirs FRAltCB. eammm itt
vement ce qui arriva; et, par suite des hésitations de la Gironde ^ la Législative, débordée par le parti populaire
qu'indignaient les défections contintielles des girondins, se vit forcée d'en appeler à une Convention, sans avoir le mérite du désintéressement, piuisqu'elle avait en vain essayé de replâtrer Tédifice
■ de l'Asseuiblée constituante.
Autant les girondins étaient indécis, autant les montagnards et tout le parti populaire étaient résolus. Aussi vit-on bientôt passer dans les mains de la Commune de Paris cette puissance qui ËÛt toujours appartenu à la représentation nationale, si les girondins avaient su en faire usaiie. Des lors, i) y eut
' scission évidente entre les deux grandes forces dont se composait le parti révolutionnaire; et lorsque la Conventimi voulut prendre possession de son omnipotence, elle se trouva face à faée avec un pouvoir rival quelle ne put dompter qu'avec des efrorts violents, et qu'après avoir été longtemps dominée par lui. JN'est-ce pas ce conflit d'autorité entre la Convention et la Commune qui divisa en deux camps la bourgeoisie et le t»euple, division déplorable qui amena les ejfcès de la révolution et ceux de la réaction? Or, à qui imputer, en premier lieu, ce malheur, si ce n'est à la Gironde, maltresse de la minorité après le 10 aortt, et qui, par sa mollesse versatile , condamna la Législative à Timpuissance?
Et comme si les partis devaient tou-
jours être incorrigibles, après le rappel des soixante et treize députés détenus et la rentrée des girondins qui avaient survécu à la proscription , on vit recommencer les mêmes indécisions, malgré les avertissements de rexpcrieitce. Comme toujours, il y eut des girondins qui soupiraient après la monarchie et d'autres qui voulaient la république; il y en eut qui travaillaient pour la branche aînée, tandis que leurs compagnons d'exil s'agitaient pour la branche cadette; il 8*ea trouva qui faisaient des voeux un jour pour la république, lé lendemain pour la monarchie, un jour pour tel prince, le lendemain pour tel autre prince. Mais aussi , comme toujours , ils tombaient d'accord , ils ser-' moBà leunnnss dès qjà'û a'agissait^e
lutter contre les membres de la Montagne et d'écraser les restes du parti populaire. Il est triste d'avoir a ajouter que plusieurs d'entre eux n'eurent p is honte de prendre une part directe dans ce ministère de vengeance.
Doit-on s^étonner après cela que les royalistes et les républicains semblent s'être donné le mot pour reprocher à la Gironde, ceux-ci d'avoir perdu la république, ceuK-là d'avoir perdu la mo<* narchie? Leur inconstance les faisait prendre tantôt pour des républicains, tantôt pour des royalistes : de la les reproches les plus contradictoires et cependant les mieax fondés. La cour n'eut-elle pas à se repentir d'avoir cru un instant à leur royalisme.^ le peuple n'eut-il pas souvent a regretter d'avoir ajouté foi à leur républicanismeP Et cependant la plupart de ces hommes étaient foncièrement honnêtes et franchement attachés aux principes de la révolution ; mais ils ne sarent jamais rien vouloir ni rien faire.
GiiiONE (siéij;es de). En 1285, Philippe le Hardi ayant franchi les Pyrénées pour combattre le roi d'Aragon, vint a la fîn de juin assiéger Girone. Cette place reniermait une bonne parnison ; mais elle était mat pourvue de vivres. Après deux mois et demi de résistance, elle capitula (7 septembre).
Cepcndaiit . elle nvait assez tenu pour sauver le royaume d Arairon. Philippe avait eu besoin de beaucoup d'obstination pour prolonger la campagne jusqu'cà cette époque, malgré les maladies pestilentielles et les clameurs de son armée. A ceux qui lui avaient demandé de battre en retraite , il avait opposé le voeu qu'il avait fait de prendre (rîrone. Dès que cette ville fut entre ses mains, il ne sonpea plus qu'a ramener son armée en France. Eustache de Beaumarchais avait été laissé comme gouverneur à Girone, aver li>,000 gens d'armes et 5,000 fantassins. Le 6 octobre , le roi expira à Perpignan. Le 13 du même mois, Beaumarcnais rendit la place aux Aragonaia. Les Français ne conservaient pas un ponce de' terrain dans ce royaume, qu'ils avaient cru conquérir par des efforts gigantesques.
A diverses autres époques , Girone se vit asBiégée p» nos aneétres. Aiiui,'
m «iMim vmt
en 787, Tarmée franco- aquitaioe la reprit sur les musulmans, qui s*en étaient emparés.
Girone tomba aussi au pouToir du maréch.il de Noailles.
— Dans les derniers jours de mai 1809, le général Gouvion-Saint-Cyr,
2ui commandait l'armée française en iatalogne , vint assiéger Girone , une des villes les plus fortes de la province. Située à l'angle que forme le confluent de rOna et du Ter, Girone est adossée à une chaîne de montagnes qui la commande au nord , à Test et au sud-est.
Sur ces montagnes s'élèvent trois forts, le Mont-Joui , le Connétable et le Ca* pucin, qui , reliés entre eux par des redoutes, se prêtent un secours mutuel, et rendent ce côté inattaquable. La garnison, tant de la place que des forts, s'élevait à 8,000 hommes. Les troupes destinées au siège par Gouvion-Saint- Cyr, se composaient d'une division fran-
Saise aux oidres du général Sooham, 'une division italienne aux ordres du général Pino , et de trois régiments de ia confédération du Rhin aux ordres du général Verdier; le général Samson commandait le génie, et le général Tariel l'artillerie. L'investissement de In place fut terminé le 4juin, et l'on forma presque aussitôt deux attaques principales , Tune à la rive gauche du Ter, contre le faubourg de Pedreto , l'autre contre des redoutes détachées qui défendaient le Mont-Joui. Sur les deux points, la tranchée fut ouverte dans la nuit du 8 au 9 , et une batterie de mortiers d'une part, deux batteries de canons de Tautre , furent promptement ^bliea. Le feu , qui commença le 14 ' au point du jour, fut si habilement dirige, que le soir I artillerie des redoutes qui protégeaient les approches du Mont-Joui était démontée, et que non-seulement des bombes portaient l'incendie dans les prinripaux quartiers de Girone , mais qu'encore le laubourg de Pedreto était au pouvoir de nos soldats , qui , de ce eoté , ne se trouvrii( nt plus qu'à une demi-portée de fusil des ouvrages de la place même.
Le 17, les assiégés tirent une sortie générale ; mais les troupes firançaises la renoussèrent vaillamment , et , le 19, enlevèrent les redoutes du Mont-Joui,
après quoi elles commencèrent Tattaque de ce fort. Malgré les difBeuités de terrain , malgré des pluies et des orages
continuels , une batterie de mortiers jouait le 25 , et d'autres batteries de brèche, grâce au zèle de nos artilleurs, furent successivement mises en activité. Néanmoins , le Mont-Joui , aussi intrépidement défendu qu'il était attaqué, ne tomba que le 10 août au pouvoir des Français. On pensait que la prise de ce fort, qui est comme la citadelle de Girone, amènerait la reddition de la place. Il n'en fut rien ; au contraire , rénergie des habitai^ et des troupes de la {garnison s en accrut. Vainement des milliers de bombes et d'obtis écrasaient les maisons ; vainement nos intrépides soldats cherchaient à pénétrer par les brèches qui devenaient praticables , la rigueur de la défense augrilentait en proportion de l'imminence du péril. D'autre part, les Français, depuis le oommencementdu siège, avaient sans cesse à repousser les efforts qu*une nombreuse armée espagnole , commandée par le général Blacke, tentait pour ravitailler Ta place. GouvIon-Saint-Cyr ou ses lieutenants avaient, dans le courant de juillet, battu en de nombreuses rencontres les troupes deBlacke; cependant, ils n'avaient pu, vers la fm de ce mois, empêcher Tavant-garde ennemie, sous les ordres du général O'Donnel, de pénétrer dans Girone. Le 30 aotll, Blacke, encouragé par ce succès, réussit, par de feusses manceuvres , à attirer veris Uostalrich le gros des forces firancaises ; puis , il profita du moment que la rive droite du Ter se trouvait dégarnie pour y faire filer un corps de 4,000 fantassins et de ôOO chevaux , qui servait d'escorte à un convoi de 1,500 mulets, cliariiés de vivres et de munitions , lequel entra librement dans Girone. Ce secours retarda de plusieurs mois la prise de la ville.
Vers la lin de septembre , le maréchal Augereau succéda en Catalogne au général Gouvion-Saint-Cyr, et imprima une vinieur nouvelle aui travaux du siège. Plusieurs assauts, donnés dans les premiers jours de novembre, furent repoussés, et laissèrent les brèches jonchées de nos soMats. Cciu qui écDappaient mi for
eiB^VETTE
FRANCE
«ISOftS
OU au feu de Tennemi succombaient à rinclémence de la saison ou aux maladies engendrées par les miasmes fétides qu*exhaiait une terre couverte de cadavres. La mor-t nxrrrnît d'affreux ravnfîrs dans les maisons dé la cani|pa£];ne, ti nnsformées en ambulances, ou les malades et les bJessét . entassés sur un peu de paiNe, passaient par milliers, sans secours, sans soins, sans médicaments, quelquefois même sans nourriture.
Blacke ne cessa encore, pendant les mois d'octobre et de novemore, d'itoquïéter l'armée française; mais toutes ses tentatives furent vaines; seulement, 0*Donnei, dont le corps épuisait les ressources de la garnison ne Girone,
f)arvint à sortir de la ville et à rejoindre 'armée dont il faisait partie. Décembre arriva : les pertes essuyées par les défenseurs de Girone , le manque de munitions, la famine qui commençait à se faire sentir, et , plus que tout le reste, une maladie épidémique qui se déclara
{)armi eux, affaiblissaient dejouren jour eur ardeor. Augereau, qui sien aperçut, en profita pour frapper un grand coup.
Le 6, il ordonna aux divisions Pino et Verdier d'attaquer les faubourgs de la Marine et de la GIronella. Elles tes enlevèrent de vive force. Le 7 , les assiégés voulurent tenter un effort suprême avant d'en venir à capituler : ils ûrent une sortie générale tant de la ville que du Oonnétable et du Capucin ( voyez Connétable [prise du fort de]), à l effet de reprendre les faubourgs qu'ils avaient perdus la surveille. Or, nonseulement on les repoussa, mais on leur prit les deux redoutes du Calvaire et du Cabildo. Ce dernier événement amena enfin la capitulation de Girone , qui fut signée le 10 décenrinre , et qui lim attz Français 8 drapeaux, 5,000 prisonniers et 200 pièces de canon. Cette conquête fut extrêmement glorieuse pour nos armes ; mais , outre des sommes énormes, carie pays environnant n'offrait aucune ressource , et il fallut tirer de France vivres et munitions , elle nous codta 20,000 hommes, qui périrent devant la place oa momrorent dans les hôpitaux.
GiBOCETTK. Il n'y avait, dit-on, au temps de la féodalité , que les nobles qni eussent le droit de placer des gi-
rouettes sur leurs demeures ; et , dans l'origine, ce privilège ne se seraitdonné même qu'au chevalier qui avait monté à quelque assaut, et planté sur les remparts son étendard , que cette petite machine devait reproduire. Figurée en penoou, elle annonçait la demeure d'un simple cbeviilier; taillée en bannière, odle d*un banneret.
Tl paraît, néanmoins, que cette futile prohibition ne s'appliquait qu'aux girouettes armoriées.
GlsÉLB, GlSBLA, OU GlSLA. Plusieurs princesses de la race carlovingienne ont porté ce nom. 1* Gisèle, ûlle de Louis le Débonnaire et de Judith. Elle épousa un Franc nommé Conrad. 3° Gisela ou Gisla , fille de Lothaire , roi de Lorraine , et de Waldrade , fut donnée par l'empereur Charles le Gros en mariage à Godefrid , chef normand. Plus tard, Gisela ayant été envoyée par Godefrid au-
firés de l'empereur, Charles le Gros ne ui permit pas de retourner autres de son mari, qu'il fît ensuite assassmer. S* Ciisln, nilede Charles le Simple, cpousa Rollon, devenu duc de Normandie, par suite du traité de Saint-Clair-sur-Ëpte (912).
G I SORS, GUortîum, CœsorHum, petite et ancienne ville , jadis capitale du Vexin normand, aujourd'hui comprise dans le département de TEure , arrondissement des Andelys. Louis IV avait donné cette ville à Guillaume , duc de Normandie , en 940. Louis le Gros et Henri V\ roi d'Angleterre, qui s'étaient voué une haine terrible, la firent éclater en 1110, à l'occasion de la forteresse de Gisors , livrée à Henri par son châtelain, nommé Pagan. Comme les deux rois ^ient convenus que si run ou Tautre venait à en faire l'acquisition , il raserait les fortifications de cette place , située précisément à la frontière des deux dominations. Louis demanda la démolition du château.
Plusieurs grands et évèqucs de France proposèrent que le différend filt terminé par un combat corps à corps t et Louis ne demandait pas mieux. £es deux armées, campées sur l'Rpte, applaudirent à ce défi ( voyez Défi ), mais le monarque anglais ne fit qu'en rire. La querelle entre leai deux rois continua
T. Tiii. 53* Lwraison, (Dict. bncycl. , STG.)
m 9mm wmw. «np
^ar des iaoe^dies et de» rfvagt^ réci-' proqges.
liouvi YjLI réunit Gisors à la couronne, en 1158. Sa fille Miirgnerite la porta trois ans après en dot a Henri II, roi d'Angleterre , dont elle n'eut point d'enfants. Cependant, le Vexin nerede* vint français qu'en 1193. Philippe-Auguste se pîut à embellir Gisors, en 1197, et s'y retira , l'année suivante , après la perte de h bataille livrée sous «es murs. Depuis cene époque, cette ville fut
f)lu6Îeurs fois prise et reprise pendant es guerres contre les Anglais. Le château en était extrêmement fort. H s'élevait sur une petite montagne, à l'extrémité de la ville, et près de la rivière de TEpte. Sa situation , aussi bien que la solidité de sa construction, en faisais un poste presque imprenable.
Il se composait de deux enceintes, pvec un donjon au milieu de la seconde. Auj(M^rd'M.ui encore ses ruines sonf jtrès-ùnportantes, et une partie du cbftteaUf doQt les restes sont remarciuabh s nar leur belle conservation , sert de paîle. L'église paroissiale est une construction du treizième siècle , dont U nef et quelques autres parties sont, toutefois, postérieures à cette époque.
Le portail , construit au temps de la renaissance, est un monument précieux.
Bans Vintérieur , on remarque les vir troux , le jubé qui supporte les orgues, et de belles sculptures attribuée^ à 4ea|) Goujon.
Avant la révoljution, Gisors avait titre de vicomte, justice royale, greitier à sel, bailliage, nmre'chnnssée. Elle était chcf-licii d'une élection de son nom, diocèse, parieinent et ijutcndaiice de Houei^.
Le eoiplé de Gisors, donné en 1719 fL Louis-Cbarles-Auguste Fouquet , en échange de Belle-Tsle, fut érii:é en duclié j^f^f içtir^s enregistrées en 17^:2, ^ fjfpvint ppine ^ 1748.
01801^^ (traités de). Vers la fip de mars 1114, Louis VI ne comptant parmi ses grands vassaux que des allies du roi 4'Anj^leterre, des rebelles , ou (jes^eus jlndinTérents à sa quçrelle , se vit rorcé de venir à Gisors nour y rencontrer
Ëeuri r % et y conclure la paix avec i. Lç traité , juré de part et 4'autre, aqç^eilli par les peuples avec vinç
désavant^eux à la couronj^ de Franpe, jcaf Louis abandonna à Henri la rameté du Maine et de la Bretagne, et le pomté de Bélesme dans le Perche.
— Cinq ans après , le pape Calixte 11 choisit encore cette ville pour y régler les contestations des deux rois, etc^les de Guillaume, neveu de Henri I""". La paix fut rétablie a la suite de ces conlérencesi vers la fin de Tannée 1119, ou au fiommep^roeot d^ l'aniiée 1120, .
et d'après des cot^ditlans qui lie nous sont pas bien connues.
GisoBS (Louis-Marie Fouquet, comte de), fils du maréchal de BeUe-Isle, et arriôre-petit-fils du surintendant des finanees, naquit en 1732, entra dans la carrière des armes, se distiufzua dans lusieurs occasions, et mourut eu 17;>8, râge de 37 ans, des su^es d'une biessure qu'il avait reçue trois jours auparavant , à la bataille de Crevelt , en chargeant ^ ja tête des carabiniers royaux , dont il étailt nwstvo de camp.
G!tb (droit de). Quand les rois des deux premières races voyageaient dans les provinces , ils logeaient avec leur suite, pendant une nuit, aux dtpensdes inlUes, Dourgs et villages situés sur leur route, et ce n'était point une légère charge; on ne pouvait même négliger de leur otlrir au départ de riches pré> seUjts. J^us les Gajpétieos, qe droit oomjnença à être exigé en argent , et as paya à chaque entrée solennelle (voyez jce mot, t. VU, p. 38S), à chaque avénejnent royal. Les seigneurs en voyage jBZigeaient -aussi le gîte, l'hébergeaient, ou son équivalent pécuniaire. L'obligation d'heberfier et de nourrir le seigneur et sa s^ite entrâiuait aus^i parfois celle îde nourrir f es chevaux. Les ecdésiastinues exigeaient aussi des droits de gîte, logement ou [last. Eux-mêmes y étaient soumis, q^and le roi visitai^ ^eur église, leur aUmye. L'eserdce de €9 4roit don* naitsottvoDl lieii à 4*-aA>ei .giam ^uo* relies.
C'est ainsi qu'on vil les chanoines de INotre-Daaie de Pa,r|s refii^r à Louis Vu rentnée de|aeatbédrale« |»n)ce que ce prince , se trouvant surpris par la nuit , près du village de Créteil, dont les habitants xiépe^il^ien^ des susdits ch99Qioe3, avait aeo^fté le gîte que If» Jti9bit9ot9 lui avaient
En vain le roi demanda l'entrée de l'église ; les obstinés chanoines , qui ne voulaient pas qu*à l'avenir on pût ari|uer de cet hébergement pour en exiger d'autres , n'ouvrirent les portes que
- iguand le monarque eut donné des gages pour caution <tu payement des frais que sa présence avait occasionnés à Créteii. *
Les évêques et les abbaves dotés par le roi devaient le nourrir et le loger,
lui et toute sa suite , quand il se trouvait dans leur voisinage ou sur leurs propriétés. Ce droit fut en vigueur pendant toute la seconde race: mais le clergé avait su bieotdt s'en affranchir; dès le commencement de la race rnpctienne, les rois ne rexiijeaieiit plus; et, comme on vient de le voir, non-seuie-
- ment le haut clergé s'exempta du droit» mais il alla jusqu'à exiger que les princes remboursassent exactement tous les frais que leur passage pouvait coûter.
Si rÉgUse réussit promptement à se libérer dfe œ droit , il n'en fut pas de même des communes qui en étaient grevées. Par exemple , ce ne fut qu'après le règne de saint Louis, et moyennant finances, que les habitants de Paris et de Corbeil s'nffrancliirpiit , les premiers, de fournir au roi et a sa suite de bons lits de plumes, tant qu il séjournait dans leur ville , et les seicon^s de le régaler quand il passait par leui bonreç.
Cette redevance était désignée, dans la basse latinité , sous plusieurs noms difféients , tels que gistum , gestum, gesta, jacendl consurfudo , procuratio7i€s y herbenjamentum.
GiY£T, jolie ville située à 4 myriam.
deEoeroy, séparée par la Meuse en déuz parties , dont l'une s'appelle Givet-Notre-Dame, et l'autre Glve(-Saint-Hiiaire, est détendue par la torteresse de Ckorleniontj l'une des plus importan-»
tes delà France.
Jusqu'à In fin du dix-septième siècle, Givet ne fut qu'un simple village ; ce fut Louis Xiy , qui, en 1679 , après la cession qui lui fut faite par l'empereur d'Allemagne de la forteresse de Charlemont (voy. Charlemont), fit entourer ce lieu de fortiUcations iuipqrtantes « et donna àVai^ban l'ordre de construire les magnifiques casernes que l'on j adwe»
Givet était,avaut 1789, le^iégeid'une justice royale; (fest aiijourrbui l'un
des chefs lieux de canton du département des Ardennes Cette ville possède des tanneries considérables , des fabriques renommées de pipes et de blanc oe céruse. Sa population, en y compre»
nant celle de Chnrlemont, est de 4,220 hab. C'est la patrie du célèbre musidea Mehul.
Glabbb (Raoul on Bodolphe), liistorien du onzième siècle (*) , sur lequel
on n'a que très-peu de renseignements.
Les auteurs de l'Histoire littéraire de la France conjecturent avec quelque raison qu'il était né en Bourgogne ; on peut aussi affirmer qu'il publia sa Chronique en 1047, et rpi'il vivait encore en 1048. Sa vie, comme il le raconte luimême, fut loin d'être tranquille. Dès l'âge de douze ans, il annonçait des penchants si vicieux, qu'un de ses oncles, moine iui-méme, le lit entrer iSans les ordres pour l'arracher à sa vie débauchée. Mats il montlra dans son nojivel état les passions qu'on avait espéré étouffer en lui; et il se vit plusieurs fois obligé dedianger decouven^ pour éviter les châtiments dont il était* menacé. A jteine reçu dans un monastère, il s'y montrait indocile, libertin, ennemi de toute règle, et se faisait chasser. Sur le bruit de sa science et de ses talents, on fadmettait dans quel* que antre maison, où sa conduite ne tardait pas à lui attirer le même sort. Il habita ainsi successivement les monastères de Saint-I^er, Champeaux^ Saint-Bénigne de Di jon , Notre-Damedu-Moutier, Saint-Germain d'Auxerre, Bèze et Cluny, toujours en querelle avec ses fîrèFes ou ses supérieurs ; après plusieurs voyages dans le nord de l'Italie, il mourut probablement à Cluny, dont l'abbé Qdilon lui témoigna sans doute plus de bienveillance qu'il n'en avait rencontré ailleurs, à en juger du moins par la dédicace que &aoql lui fit de son livre.
Maigre la confusion et les nombreuses inexactitudes qui existent dans sa Chro< nique, cet ouvrage n'en est pas moins un des monuments les plus curieux et
(*) QbtéêTt i|Mi' n'élit prpbableilient que
les pins complets d'une époque qtii en possède si peu. On y trouve principale- ' ment, sot rbistoîre des Capétiens , des détails qu'on ne saurait rencontrer ailleurs, et son récit nbonde en anecdotes peignant de la manière la plus pittoresque les moeurs et l'esprit de son siècle. Sa Chronique, divisée en cinq livres, s'étend depuis l'an 900 , où finit celle de Bède , jusqu'en 1046. Klle a été publiée, pour la première fois, dans les Historim Francorum de Pithou, Francfort, 1540, in-fol.; puis dans le tome IV des Scriptores Francorum de du Chêne , et dans le tome X des Historiens de France; elle a été traduite dans le tome VI de la collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, publiée par M. Guizot. On a encore de Glaber une vie de saint Guillaume, abbé de Saint-Bénigne , sous ce titre : Pf^ilhelmi abbatis gestorinn librr. Elle est insérée dans plusieurs recueils , et , entre autres, dans les Bollandistes, au l** janvier.
Glaces (fabrique des) en France. — Venise, comme on sait, eut pendant longtemps le privilège exclusif de fabri>
?uer et de vendre les glaces dans toute Europe. La France, comme les autres contrées , était , sous ce rapport , tributaire de cette république, lorsque Eustache Grandmont et Jean-Antoine d'Autonneuil obtinrent, le 1"* août 1634, le privilège de fabriquer des glaces et des miroirs à Paris. Ce privilège, dont la durée était de dix ans, fut, le mars 1640, concédé par ceux qui en jouissaient, à Raphaël de la Planche , trésorier général aes bâtiments du roi. Otte entreprise, qui n'était qu'une spéculalion nnancière , languissait et ne prenait aucun développement , quand le véritable créateur de l'industrie frnnrnise, Coîbert, rappela, à force d'argent et de promesses, un grand nombre d'ouvriers français employés dans les gla* oeries de Venise, et donna en outre , à la manufacture établie à Paris, une consistance qu'elle n'avait jamais eue, en rérigeant en* manufiicture royale. Ce fut pour cette entreprise qu'il fit construire de vastes bâtiments dans la rue de Reuilly.
On ne connaissait encore, à cette époque » que les glaces soufflées ; et ane
compagnie de moindre importance, et qui était aussi privilégiée, en fabriquait a Tour-la-Ville, près de Cherbourg.
Mais, en 1688, le coulage de grandes glaces fut inventé par un nommé Thevart, suivant les uns; par Lucas de Ifébon , suivant les autres. A partir do cette époaue, on commença à faire , en France, aes glaces plus belles et plus grandes qu'à Venise, qui, grâce à la perfection de nos produits, fut bientôt supplantée sur la plupart des marchés de I Europe. On vit alors, comme Ta dit Boileau :
Kos artisans grossiers rendus industrieux. Et oot voisins frustrés de ces trîboU .serrilet * Que payait à bmr art k Ime di^ nos rillcs.
Les ateliers oii Ton fabriquait les grandes glaces, après avoir été d'abord établis à Paris, furent ensuite transférés à Saint-Gobain en Picardie , où ils sont restés. On envoie les glaces brutes 5 Paris, où elles reçoivent le poli et le taiu. La méthode du polissage a été inventée par Rivière Dufresny, qui vendit son privilège exdusif à la compagnie des glaces.
« 11 y a environ trente ans, dit le Dictionnaire historique de Paris , par Hortaut ( publié en 1779) , qu'un particulier ayant trouvé le secret de rallier et réunir les morceaux d'une glace cassée , de manière à ne point s'apercevoir que cette glace eût jamais été brisée , voulut (pour le bien public) le mettre en pratique; mais, soit que les entrepreneurs de la manufacture s'y soient opposés, soit d'autres raisons dont on n a point connaissance , ce merveilleux secret est demeuré sans effet (*). »
Les manufactures de glaces existant actuellement en France sont celles de Baccarat (Meurthe), de Cirey-lcs-For-' ges (Meurthe) , de Commentry (Allier), de Prémontré (Aisne), de Rechicourtle-Château (Meurthe), de Rive-de-Gier (Loire) , de Saint - GolMiin ( Aisne ) , de Saint-Quîrcis (Meurthe), de Tourlaville (Manche). La manufacture de Saint-Gobain est la plus célèbre de tontes.
Voici comment le rapport du jury
(*) I/invention du racronimodage de la taïence fui sur le poiut d'avoir 1« luème&ort. Yoyes Faûuioi.
IM.ABIS FRANCE. «LAftlS 887
central Bar TexposHion des produits de
l'industrie française, en 1839, s'exprimait au sujet de cette industrie : « La fabrication des glaces a fait des progrès qui, pour être plus cach^,n*en sont pas moins réels. Sous le r;i[)port de la pureté et de la finesse , le verre qu'elle emploie ne laissait rien à désirer; mais OD pouvait demander à cette industrie quelques efforts pour remplacer par des moyens mécaniques plus eflîcaces, ceux qu'elle a mis en usage dès son origine. Ces efforts ont été accomplis avec un entier succès. »
Glaive ( droit de) ,/m5 gladii. — Ce terme , emprunté aux Romains, est employé souveiit, dans nos anciens auteurs, pour désigner le droit qu'avait un juge de prononcer la peine capitale. Le droit de glaive n'appartenait , en France, qu'aux seigneurs hauts justiciers. (Voy.
Hihtb justice.)
Glandèyes , GlandeBa, Glanafira.
— C'était autrefois une ville de Provence , qui avait titre de comté et d'évêclîé. Son nom se trouve dès le
2!natrièiiie siècle; mais, après avoir té successivement dévastée par l(>s Lombards, les Sarrasins, et avoir été ruinée dans les guerres civiles, elle fut ruinée de fond en comble par les débordements du Var. Il n'en reste plus qu'un ancien chAteau qui a conservé le nom de Glandèves, et qui, au sièele dernier, était la maison de plaisance de révêque d'Entrevaux (voy.
ce mot) , petite ville forte située à trèspeu de distance de Templnecment de Glandèves, et qui s'était formée de ses raines.
Glabis ( occupation du canton de).
— Vers le milieu de septembre 1799, Masséna, général en chef de l'armée d'Hdvétie, qui se tenait, depuis près d'ttD mois, immobile devant l'armée austro-russe établie à Zurich , pensa ne pouvoir différer plus longtemps de rouvrir les hostilités. En erfet, apprenant que le maréchal Souvarof, vainqueur à Wovi, se hâtait de passer en Suisse pour y renforcer les i;enéraux Hotze et Korsâkof, qui commandaient Tannée enstro-msse, il voulut les attaquer avant que Souvarof opérât sa jonction avec eux. Tl se dispo«îa donc a franchir la J^îmmat, et pendant que s'achevaient
les préparatifs nécessaires, il jugea utile à la réussite de ses projets ultérieurs de faire occuper le canton de Glaris. Le général Molitor fut chargé de cette expédition. Sa brigade, qui faisait pnrttede la deuxième divisiondeTarmée, aux ordres de Lecourbe, formait, entre le corps de cette division et la troisième, aux ordres de Soult, une espèce de garde avancée. A raison de l'espace que ses troupes avaient à garder, il ne put guère emmener avec lui que douze cents hommes des 2* et 84*" demi-brigades. Le 18 , à la téte de cette faible colonne, il attaqua brusquement les troupes ennemies nui défendaient les cimes du mont Bragel , les chassa de cette position , et les poussa Tépée dans les reins jusqu*aa débouché du KIon-Thal , qui donne accès dans la vallée de Claris. Là, les Autrichiens se retranchèrent avec de rartillerie dans le villace de Netstall, qui ferme l'issue du défile. Molitor, laissant un brîtnillon devant ce village , se porta, avec quatre compagnies, sur le bourg de Gluris, qui est le chef-lieu du canton, et les établit en avant de ce bourg, sur la grande route de Lintthal. Mais , comme il revenait vers Ketstall pour en diriger Tattaque, il tomba, avec un aide de camp et huit hommes d'escorte, au milieu d*un corps de qiy n z e cents Suisses, soudoyés par l'Angleterre; et ce ne fut qu'en se faisant
i'our l'épée à la main quMs parvinrent I r^oindre le bataillon de la 84", déjà aux prises avec l'ennemi. Une partie des Suisses avait suivi Molitor : bientôt ils traversèrent le torrent de Lontsch, attaquèrent les Français en oueue , et jetèrent le désordre dans leurs rangs.
Mais cette panique ne dura qu'une minute : les grenadiers se reformèrent en un clin d'ceil , chargèrent les assaillants à la baïonnette , d'après l'exemple que leur en donnait Molitor , et culbutèrent dans le torrent tous ceux qui ne furent ni tués ni faits prisonniers. Pendant ce temps, les quatre compagnies delà 2', laissées en avant de Glaris, avaient été eii alenient assaillies par les Suisses et par un bataillon autrichien venu de Lintthal. Après une aetion sanglante, elles( s'ouvrirent enfin un passage, et rejoignirent leur général à l'entrée du KIon-Tbal. Molitor eut donc
088 G]f»HeN
L^UKIYEKS.
GOBfiL
à lutter toute la nuit, avec ses mille ou ûouze cents hommes, contre cinq bataillons autrichiens , outre les Suisses.
Voyant , Vers deux oi trois heurss (hi ni^tin, les ntnuiitioiis s'épuiser, il profita des derniers instants de ténèores pour faire amener, sur le rebord de la plate-forme qui couronnait la hauteur où il s'était étaUi , d'énormes pierres qu il comptait utiliser dès que les cartoudies manqueraient. Au Jour, les Autrichiens voulurent emporter d'assaut la position des Fvniçais : éé^ ils y avaient à moitié réussi , lorsque Molitor donna ordre de précipiter sur eux les blocs de rochers. Cette. terrible avalanche, à la(|uelle ne s'attendaient, ni les Autrichiens , ni les Suisses , les épouvanta tellement, qu'ils Llchcrent aussitôt pied. Moiitor proiila de, ce
Eremier moment d'hésitation pour faire attre la dijurge ; en tomba sur eux à la baïonnette , on les culbuta de toutes parts, et on demeura maître des retrancliemeuts de JN'etstall. Ce brillant fait d'armes mit les. Français en possession de la vallée de Gkffis : le génml Hotze , qui n'avait pu les empêcher de s'y établir, fut contraint de se retirer derrière la Lioth , et de s'éloigner ainsi de Soii^ varof, ce qui fai^iiita beaucoup les opérations ultérieures de Masséna.
Glf.be (sn fs de la). Voyez Ss&Fset état des Pehson^es.
GiiMAiî (siège de). Le grand Frédéric , qui avait conquis la Silésie, était loin de prévoir que les Français , renversant la puissance qu'il avait fondée par ses armes , disputeraient a ses suo oesssurs ks places de ectte riche pro^ vincè. Cependant , moins de vingt ans après* sa mort. Napoléon fut vainqueur à léna , et le prince Jérôme , à la téte des auxûiatres allemands , fit bloquer la forteresse de Glogau. Cette place se rendit au général Vandamme après un bombardement de quelques jours, le 1*' déoemlire 1806. Une garnison de ^«000 hommes, restée prisonnière, déposa les armes sur le glacis , abandoneantâOO pièces de canon et des magasins bien pourvus de munitions et de vivres.
•^Glogau ne revint à la Prusse qu'en vertu du traité conclu le 14 avril 1914 , avec le comte d'Artois.
GKiPuoM (Marcus-Antonius), rhéteur
latin, naquit dans les Gaules environ un siècle avant rere chrétienne, de pnrents libres, qui l'exposèrent peu de tenips ^nrès sa naissanee. Il étndia 4'abora à Marseille, qui avait alors une cél^re académie, puis se rendit à Rome, où il embrassa la profession de grammairieiL où il obtint les ptes briUaiits sueeès. 1 €ut pour élèves Cicéron et César , et Ton disait de lui et du célèbre poète Valerius Caton , son compatriote , que le
Sremier faisait des orateurs et le second es poètes. Il mourut âgé d'envfron Sê ans. On lui attribuait un izrand nombre d'ouvrages^ perdus aujourd hui.
Nous ne savons pourauoi M. Ampère, àimsoa ff Moire Httéraùreekl^ Fr^moÊ, a omis de msntioiMsr Gnih phon.
GoBEL (Jean-Baptiste-Joscph) , évoque constitutionnel de Paris , naguit à Tbann (Alsace) en 1727. Il avait été nouiuié en 1772 évéque m parUbus infidelium , et se trouvait en 1789 suffragani de Tévêque de Bàle , lorsqu'il fut Su' député- auT états généraux par Is dergé de Béfort. Son adhésion absolue à la nouvelle constitution ecclésrastique, quoique tardive, le recommanda aui suffrages des électeurs , qui , dan» trois diocèses différents, l'appelèrent au siège épiscopal. 11 opta pour rarchevéché de Paris, et reçut Tinstitution canonique de l'ancien évéque d Aulun, Talleyraod, sur le refus de l'archevêque de Sens et de l'évéqiie d'Orléans. Gobel publia une lettre pastorale, dans laquelle il s'attacha à prouver que les élections populaires étaient seules eonfiiraies aux iis»> ges de la primitive Eglise ; il fit paraître aussi un mandement pour féliciter Louis XVI sur son acceptation du pacte constitutionnel. Quelques biographes ont prétendu que Gobel se lassa oeptndant de son rôle patriotique , et qu il tenta de rentrer en grâce auprès du saintsiége, mais que ses propositions n'ayant pas été acceptées , Il se vejela av«c une leerudescence d'ardeur dans le mon?»' ment révolutionnaire. Ce qui est incontestaiile , c'est que l'archevêque constitutionnel se mit tout à coup parmi les cfaels des anarchistes, devint le oompa* §Oon des Hébert, des Cbaumette , des Anacharsis Clootz , et donna le scandale de la plus honteuse apostasie,
COBELIXS
FRANCE
OOBELINS
peur présider aux 0T^\es du culte de la Raison. On vit le prêtre septuagénaire amener une partie de son clergé à la barre de la GonvciUion y et déclarer solennellement « qu'il avait été pendant « soixante années un hypocrite ; que la « religion qu'il professait depuis son « enfance n'avait pour base que le meih- « songp et l'erreur.» Grégoire s'éleva vivement contre cette profanation, que Danton et Robespierre firent cesser (voyez AB4inuTiON). Gobel, eompris dans Taccusation que le comité de salut public dirigea contre la faction qui voulait fonder l'ordre social sur ratbéisme, fut condamné à mort avec Clootz, Hâiert, etc.; et monta sur Véchafaud le 21 L'erniiiial an ii. On assure qu'à hijiproLlie du supplice, faisant succéder la faiblesse ou le rej^eotir à son audace irréligieuse, il écrWit l'ui de sea vicaires oour lui transmettre sa confession , et le supplier de venir lui donner Tabsolution à la yotie de sa prison.
Gobelet (service du). L'un des sei)t offices de bouche de la maison du roi. Il se subdivisait en paneteiie- bouche et échansonnerie-bouc/iejf et était dirige
|>ar un chef du gobelet, servant le roi 'épée au côté. Ce fonctionnaire avait le soin de préparer le couvert du roi , le linge 1 le pain , le fruits de disposer le vin , reao , etc. Les officiers du gobelet faisaient en présence du premier valet de chambre l'essai de tout ce qu'ils apportaient.
GoBELiNS. Ce nom, donné à la manu* facture royale de tapisseries à Paris, lui vient de Gilles Gobelin, célèbre teinturier originaire de Reims, et qui vivait sous le règne de François T . Gobelin demeurait au faubourg Saint-Marceau , et sa maison était située sur remplacement qu'occupe aujourd'hui la manufacture de tapisserie. Ou lit dans TEi^ cyclopédiede Diderot : « ta fortune rapide de cet industriel acquit une grande célébrité dans le quartier. De là le nom donné par le peuple à son établissement et la rivière qui le traversait. » D'autres auteurs font remonter jusqu'au quatorzième siècle rétablissement de teinturiers en cet endroit; mais, quoi qu'il en soit, on ne peut raisonnablement chercher l'origioe de Tétablissenieiit q«i
nous occupe au delà des frères Gobelin , qui seuls possédaient le secret de la beUe teinture en écarlate.
La fortuBO qu'ils adquirent, si elle fut assez grande pour attirer l'attention, ne le fut pas assez pour subvenir aux frais d une industrie qui s'était consi* dérableMient étendiM . et las ftères GfObelin furent forcés ne quitter le commerce. L'étahlissement passa alors à divers propriétaires , et perdit un peu de son éclat. Ce Mnit'oa*en 1600^ entre les mains d'un Hollandais nommé Gluck et d'un tapissier de Bruires, qu'il reconquit son ancienne réputation et éveilla la sollicitude de Colbert. Ce ministre fit acheter tous les bâtiments et tous les jardins, et commencer la construction de l'hôtel actuel , qui n'a pas moins de 90 toises de longueur sur environ eo de largeur. Les atdiers tl d^ pendances furent terminés en 160flL Ce fut alors l'hôtel royal des Gobelins, nom qu'où changea bientôt pour celui de manufacture royale des tapisseries et des meubles de la couronne.
En 1667, les travaux commencèrent ; mais tout fut organise sur une vaste échelle, et avec le caractère grandiose
fui distingue les eoneeptions de cette poque. LesGohelinSdevinrent une école des arts et métiers; il y eut des ateliers de bijouterie, d'ébénisterie, de marque^ teriSf de peinture, de gravure, elle. Ùne Ibole d*artistes et de dessinateurs y furent appelés de tous côtés. Des chefs d'atelier furent établis , et sous kurs ordres on entretint 60 élèves aux frais du trésor public. Mais cette manufacture ne fut un établissement sans rival en Europe, et n'atteignit la haute réputation dont elle n'a plus cesse de jouir , qu'à Tépoque oà la tajpisKepie , cessant d*étre un métier , devint un art dans les mains et sous la direction de le Brun , que secondèrent les plus habiles peintres de l'école ftançane.
£n 1690, Mignaid fueoéda à le Bmm, et la manufacture continua à prospérer jusqu'en 1695, époque ou la pénurie du trésor força de suspendre subitement toutes les commandes , et de congédier une partie des ouvriers et des élèves. Les ateliers furent rouverts sous le règne de Louis XV, et on remédia alors S un grand ineoQvéniiati loifa'à €0