‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 31 sur 198 · FLANDRE KT ARTOIS L'UNIVERS · texte numérisé non relu

FLANDRE KT ARTOIS L'UNIVERS

njtmm vr âwrois

de 400 marcs d'argent U mourut à Graveiiûes vers 1169.

XVn. 1169. Philippe Alsace, fils

de Thierry, devint, par un mariage, comte d'Amiens et (Ip Vermandois, et, par le testament de Louis le Jeune, régent de Franoe, titre que la reine mère et le duc de Champagne lui disputèrent inutilement.

Charles le Chauve avait uni, en 863 , l'Artois à la Flandre, en le donnant pour dot à sa fille Judith ; en 1180, Philippe ■ le détacha de ses Ktnts, pour eu former la dot de sa nièce, Isabelle de Hainaut. Il fit ensuite épouser cette princesse au jeune roi de France , ce qui n'empéeha pas Philippe - Auguste , excité par sa mère et par les eorntes de Clermont et de Coucy, de le dépouiller bientôt après du Vermandois (voyez ce mot). Ce fut •n vain que le eomte voulut défendre son droit par les armes ; il fiit obligé de céder.

Il entreprit, en 1188, le voyage de la terre sainte, et mourut au siège d*Acre, sans laisser de postérité masculine. La Flandre avait, sous son règne, joui d'une assez grande prospérité. « Lille, dit un auteur contemporain (Guillaume le Breton), est une ville agréable, peuplée de citoyens industrieux et de riches marchands; elle fournit aux peupiM étrangert des étoffes brillantes , qui lui valent beaucoup d'écus, et elle en est très-fière. » Le même historien représente la très-antique cité d'Arras comme très -puissante , pleine de fichenet, ardente au commerce et au gain. Toutes les villes de Flandre étaient remplies de magasins conieiiant d'immenses richesses destinées u des échanges qu'elles faisaient avec les pays les plus lointains. Une nombreuse population, qui s'accroissait encore tous les jours, y exerçait toutes les branches de rindustrfe.

C'était à leur amour pour la liberté que les Flamands devaient cette prospérité. A l'époque où nous sonmies arrivés, ils avaient partout recouvre ou eonservé des droits qu'en France le roi et les nobles étaient loin d'accorder au

(*) Depui.s le règne de Baudouin de Lille , jusqu'eo iioi, les rob d'Angleterre avaient payé sus comtes de Fhmdre une rente de 3oo marcs d'argent» A litre de fief.

peuple. Toutes les villes étaient érigées en communes ; elles nommaient ellesmêmes leurs magistrats ; elles relaient de leur seule autorité leurs affaires de commerce et d'Industrie ; elles levaient leurs impôts et administraient leurs finances, après avoir payé au eomte la rente fixe qu'il acceptait comme prix du rachat de leurs libertés ; enfin, elles s'étaient entourées de murs que leurs milices étaient accoutumées à défendre.

XVIII. 119L Margueriie, sœur de Philippe d'Alsace , et femme de Baudouin , comte de Ilainaut . prit possession du comté ; mais Pliiiippe-Auguste réclama I* Artois comme dot de la reine Isabelle. Baudouin lui rendit hommage au nom de sa femme , pour la Flandre

{;allicane ou française, dont Lille était a capitale; il le rendit I rEmpereor pour la partie qui relevait de TEmpire.

XIX. 1 194. Marguerite mourut après trois ans de règne. Son fils aîné, /iaiidouin IX , lui succéda. L aunée suivante , celui-ci recueillit encore l'héri* tn^e de son père , et réunit le Hninnnt à la Flandre ; puis, excité par Richard Cœur de Lion , qui lui promettait une pension de 5,000 marcs d*argent , il se . jeta sur l'Artois et s'empara d'Aire et de Saint-Omer ; mais il échoua devant Arras. Après avoir fait sa paix à Peronne, et partagé, bien qu'inégalement, l'Artois avec Philippe- Auguste, en 1 199, il partit pour la quatrième croisade, qui le lit , comme on sait , empereur de Constantinople, en 1204.

XX. 1306. Le bruit de la mort de Baudouin s'étant répandu deux ans après son avènement à l'empire , Jeanne sa fille fut reconnue comtesse de Flandre et de Hainaut. Le comte de Namur , son tuteur, la fit aussitôt conduire à Paris , où Philippe-Auguste la retint plusieurs années. Elle épousa, en 1211, rerrand ou Ferdinand de Portugal. Ce

firince , forcé d'abord de consentir à 'occupation de Saint-Omer et d'Aire par les Français, aux termes d'un traité conclu au i^oiit-à-W endui, reclama bientôt contre la violence qui lui avait été faite. Il déclara qu'il ne se rendrait pas à rassemblée de Soissons ; ou , selon d'autres, uu il la quitterait, si on ne lui restituait les deui villes en litige. Il refusait en même temps de prendre part

VLâlTBRV ST ABT9IS PRAlfCB. PLANDIB ET AVTOM 117

à la guerre contre rAngleterre. Les préparatifs de cette expédition étant devenus fnutiles , le légat du pape conseilla au roi de France de tourner ses armes sur le comte : « Par tous les « saints du royaume, » s'écria Philippe- Âqgmte, « la France deviendra Flatt* « dre, ou la Flandre deviendra France! »

Le comté de Ferra nd excitait en effet au plus haut point la convoitise et l'envie des Français, par ses libertés, ses nchesses et sa puissance. D'ailleurs , quoique réputé le premier des comtés de France, il flottait incessamment entre TAngleterre et k Germanie. Résolus à détruire plus encore qu'à piller et à vaincre, furieux par instinct contre ces bourgeois enrichis et insolents, les seigneurs français le répandirent dans les plaines fltmaa* des avee une rage dévastatrice. La flotte s'empara de Oravelines, qu'on éparirna parce qu'on voulait la garder; puis elle pilla Dam (voyez Dam [siège de]) ; l'armée de terre prit Cassel , Ypres , Bruges, et arriva devant Gand. Mais de fâcheuses nouvelles obligèrent alors Phihpue-Auguste de courir à Dam. Cette vidé fot incendiée t Bruges , Tpres , Gand , mises à rançon ; Oudenarde , Courtray , Douai , pillées ; Cassel démantelée, Lille brûlée, et ses habitants égorgés ou vendus. Après ces efiirovam» exécutions , Philippe reprit lecne* miii de sa capitale, et licencia loo armée fi2i3).

L année suivante, le comte de Flandre se réunit avec des forces considéra* bles à l'empereur Otton, qui venait menacer le roi de France- Philippe s'avança de nouveau sur les terres de Flandre, et, Mion l'eipression de son historien, Guillaume le Breton , il les ravagea royalement, les dévastant à droite et à gauche par des incendies. Enfin, après tut mois de dévastations , il rencontra rcnnemi au pont de Bouvines. (Voyez ce mot.) Le comte Ferrand y fut fait prisonnier et mené au Louvre ; mais ses États demeurèrent à Jeanne, sa femme, sous la seale condition de consentir à la démolition des murs d'Ypres, Cassel, Valenciennes et Oudenarde. Jeanne était brouillée avec son époux, qui lui tcprochait, diiaîton, d'être plus experte que lui au jeu dTécbecB ; elle ne s'occupa

guère de réaliser le prix de sa rançon.

£lie se croyait bien affermie dans son pouvoir, lorsqu'au mois d*avril 1235, Baudouin, qu'on croyait mort dans les prisons des Bulgares , reparut en Flandre. Bu moins , l'homme qui se disait Taneien empereur de Gonstantinople avait les mêmes traits que Baudouin , seulement il semblait usé par la douleur et la vieillesse. Sa 11 lie refusa de le reconnaître ; mais Jeanne laissait , depuis dix ans, son mari dans les fers; elle était jalouse de son autorité, impatiente de toute censure. Les Flamands , auxquels cette conduite l'avait rendue odieuse, accueillirent au contraire Baudouin avec tendresse. Persuadés qu'ils étaient de la véracité de son récit, l'indignation leur mit bientôt les armes à la main , et Jeanne fut obligée de fuir près de Louis VIIL Quant à Henri III d'Angleterre , il s'était empressé de reconnaître Baudouin comme le vrai comte de Flandre et de lui offrir des secours.

Mais l'aide du roi de France était bien plus efûcace. L'armée française fut bientôt rassemblée à Péronne. Baudouin ne rdTusa pas de comparattre devant des juges a l'impartialité desquels il pouvait se refuser à croire. Ayant demandé un sauf-conduit, il se rendit à Péronne. Louis TIU , assisté par le légat du pape, entreprit de démêler si cet homme était en effet l'empereur, ou seulement, comme Jeanne l'affirmait, un ermite de Champagne nommé Bertrand de Rains. Le vieillard ne sut répondre à certaines questions ; vingt ans d'une dure captivité pouvaient bien avoir altéré sa mémoire. Il passa pour imposteur. Arrêté en Bourgogne bientôt après ce jugement, il fut mené à la comtesse , qui le paya 400 marcs d'argent , le ût mettre à la question , puis ofdonna 90MI fût pendu. « De cette «écation, dit Oudegnerst dans sa chronique , procéda depuis entre le peuple un merveilleux murmure, au moyen que chacun disoit et maintenoit mie la comtesse avoit fait pendre son pere; et fut cette opinion tellement enracinée ès cœurs de la multitude, comme encore moi-même j'ai entendu être pour le présent, et signamment en la ville de Lille, que par nulles eicusations on ne les en

118 FLANDRE ET ARTOIS L'UISiVERS. FLAÉÎDRE ET ARTOIS

pntivoit divertir. » T.a clironique de Tours nffirnie aussi que B.iiKlouiii ne se démentit point, même à riiistuut de sa mort, et que tout le peuple demeura persuadé que Jr.iiine était narririiic

Quant au cointe Ferrand, il fut enfin tiré de sa prison par Bl<)nche de Castille , moyennant 30.000 livres , au lien de 40,000 que stipulait un traité conclu à Melun en 122.>; mais il ne jouit pas loniitemps de sa liberté. Il uiourut en 1238 sans laisser d^heritiers , et fiit èiiterré à Tabbaye de Marquettes , près de Lille. Jeanne se remaria alors avec Thomas de Savoie ; nette union fut stérile comme la prt^mière. La mort de la comtesse la rompit en 1344.

XXI. 1244. Marguerite de Constant inople , ou la Noire, sureeda à Jeanne sa sœur. Cette princesse était veuve de Bouchard d*Avesnes et deGuîl* laume de Dampierre ; elle avait des fiiii des deux lits. Comme la légitimité du premier mariage était douteuse, il v eut de son vivant , malgré une transae* tlon ordonnée par saint Louis, de longues guerres entre les frères utérins, soutenus , les uns par le comte de Hollande, les autres par Charles, comte d* Anjou; enfin Louis IX rétablit la paix à son retour de la terre sainte.

Suivant son premier ju;;ement, il fut décidé que les d'Avesnes succéderaient dans le Hainaut , et les Dampierre dans

la Flandre.

XXII. 1280. Le rè£;ne de Cmj de Dampierre , successeur de Mar^iuerite et son (ils atné du second lit, tut fécond en malheurs. Ce prince ayant traité, en t294 , du mariage de sa fîtie avec le prince ['.doiiard, (ils aîné du roi d'An-

Sli'lerre , Philippe le Bel , mécontent e cette alliance , Tattira à sa cour et le retint, lui et si femme, prisonniers à la tour du Louvre. Guy sortit enfin de prison , mais en laissant sa fille pour

J>tage, et en jurant de ne pas faire al* lance avec Édouard. Cependant , lorsqu'il fut reritré en Fl.indre, il forma avec le roi anglais, Adolphe de iN'assau, et les seigneurs des royaumes de Lorvaine et de Bourgogne, une ligue for^ midable. Philippe conduisit une forfé armée en Flandre. Il avait des intelll-

âences avec les bourgeois de ce pays, ont Guy avait violé les franchises» 9L

qui lui avaient adressé leurs plaintes.

Le comte, abandonné de ses sujets, se retira dans Bruges , et ses deux fils se renfermèrent dans Lille et Courtray.

Pendant (|ue Philippe mettait le siéî;e devant ces deux villes, Robert , comte d'Artois, marciia par la Flandre maritime, et battit les ennemis à Furnes ( voyez ce mot ) , comme le connétable de Nesie les avait défaits à Comînes.

Lille et Courtray se rendirent alors, et tout le pays fut conquis, àt*é]{C^on de Bruges et deOand. Seul de tous les confédérés, Édouard était venu au secours dt! comte, mais avec si peu de troupes,

iue les deux alliés se retirèrent à Gand. *année suivante, le roi d'Angleterre évacua même la Flandre. Alors, pir le conseil de Charles de Valois , Guy se remit à la générosité du roi de France^ avec son fils, ses nobleft et ses châteaux» Philippe répondit à cette confiance en envoyant Guy dans la prison du Louvre, où déjà sa lille était nmrte, et en faisant prononcer par son parlement la téunion de la Flandre à la couronne.

Le roi de France alla ensuite visiter sa con(|UPte , la plus importante qu'eût encore faite un roi capétien, et il fut reçu en grande pompe par les Fiamands.

«Ils allèrent au devant en nombre innombrable, cririeux de voir un roi. Ils vinrent bien vélus, gros et gras, chargés de lourdes chaînes d*or, croyant faire honneur et plaisir à leur nouveail seigneur. Ce fut tout le contraire r là reine ne leur pardonna pas d'être si braves, aux fetiunes encore moins : Je croyais être seule reine , dit-elle aveé dépit , ici j'en nitrrcois six cents (*). »

Philippe ne songea plus dès lors qu'à tirer de l'argent de son acquisition.

« Le royal gouvemeui' Ghfttiitôn 8*atla* rha à guérir les Flamands de cet or* îïiipiL (le cette richesse insolente. Il leur ôta leurs élections numicipaies et le maniement de leurs affaires ; c*éfait mettre tes riches contre soi. Puis il frappà leS pauvres; il mit Timpôt du quart sur lé salaire quotidien de l'ouvrier. Le Fran*çais , habitué à vexer nos petites communes, ne savait pas quel risque il y avait à mettre en mouvement ces ptt^

(*) Michelet, Histoire de France, t. IQ, p. 75.

VLAHDBE ET ^TMS FRANCE. VIiAXARS ET AETOU UO

digieuses fourmilières, ces redeuteUei

guêpiers de Flandre (*). «

Ln soulèvement général écIat.T dans Bruges. Partout les Français furent attaqués , massacrés ; on les jetait par les febétres; on les menait aux halles, oij on les égorgeait aux applaudissements du peuple. Ces nouvelles Vêpres sici* Hennés durèrent trois jours; 1,900 ca* yaliers, 2,000 sergents a pied y périrent* tjn fils du comte Guv et un de ses petits-fils, qui sedeiroqua pour combattre, tinrent se mettre à la téte des insurgés.. iWque toutes les villes de Flandre se révoltèrent et chassèrent les Français. Les Flamands étaient dnns (]ourtray uuand rarmé.e commandée par Robert d*Artoi8 vint ramper en face d*etnr. La chevalerie française presque tout entière périt dans cette bataille. (Voyez Co(JRTBA\ [bataille de. ] )

l^iii lippe rassembla aussitôt une ar* mée de 10,000 cavaliers et de 40,000 fantassins , et entra lui-même en Flandre; n)His les insurgés avaient 80^000 hommes en armes; partout ils eurent l'avantage. Enfin, pressé par rapproche de l'hiver ( 1302), le roi conclut une trêve; l'année suivante, il ne put empêcher les Flamands de pénétrer en France, de bràler Tbérouenue et d*assiâ^^er Tournay. Il ne sauva cette ville quVn demandant une nouvelle trêve ^ et en mettant en liberté le vieux comte Guy , à condition qu'il rentrerilt dans sa prison si la paix ne se disait point. Le vieillard , accueilli avec enthousiasme, félicita, remercia ses braves sujets, bénit sesiils, et retourna mourir à quatre-vingts «os dans sa priso»

de Pontoise.

Philippe revint alors dans le pays à la téte d'une ariné« de â0,000 fantassins et de 13,000 cavaliers. Les Flamands, au nombre de 60,000 et Oommandés par les trois fils de Guy. par son cousin de Juliers et par plusieurs barons des Pays-Bas et d'Allemagne, no s'effrayèrent pas de ce que leur flotte venait d'être battue à Zirikzee ( voyez ce mot ) par les galères génoises à la solde du roi ; ils assaillirent leurs en-« nenfis à Mons-en-^MUe ( vojr. ee met) |

n Micbelett BiMoin éé Fianee» m, j

mais ils y laissèrent 6,000 An lèHfli

(1304). Loin d'être abattus cependant , ils rassemblèrent en moins de trois semaines une seconde armée, et attaquèrent PJii lippe , qui faisait te siéiee dè Lille. Epouvanté de cette glierl*ë désespérée, interminable, il résohit enfin dè laire la paix ; il reconnut l'indépendance de la Flandre, sauf le lira fwdal, réçtit l'hommage de Robert III , Ois aîné de Guy, et promit au petit-fils le comté de Kethel, héritage de sa femme. Le roi gardait Lille, Douay, Orchies, Bé* thune, à peu près ce qui fôrhie la Flatt^ dre française ; de pluS4 il devait t90tf^ voir 200.000 livres.

Ainsi fut manquée la réunion à lâ couronne de Pun des ghiiids flefii lëi plus impartants. Les essais tentés depuis cette époque ne réussirent jamais complètement. L'éloignement dès Flamaiids pour la domination française lié fit m^me que s'arr.roître.

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