‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 35 sur 198 · FU>IIKN€E FRANCE. F14>R£NG£ U · texte numérisé non relu

FU>IIKN€E FRANCE. F14>R£NG£ U

Louis XI permit aux Médids d'ajouter

trois fleurs de lis à leurs armes, et qu'en 1478 le même prince prit la délense de Laurent de Médicis contre la faction des Pazzi , soutenue par le pape et le roi de Naples Ferdinand (*\

Une conspiration , qui n'eut d'autre résultat que la mort de Julien de iMédicis, ayant ôisùite éclaté, Louis XI fit partir Comines pour Tltaiie. « Peu de jours après cp cas advenu, dit ce dernier, j'arrivay audit lieu de Florence de par le roy , 'et ne tarday guères depuis que partis de Bourgogne, à y estrc; et allay à Milan, où séjournay deux ou trois jours, pour leur demander des gensd'armes, pour secourir lesdits Florentins, desquels estoient alliez pour lors; ce que libéralement ils accordèrent, tant à la requeste du roy que pour faire leur devoir; et dès lors fournirent trois cents hommes d*arines, et depuis en envovè* rent encore d'autres. Et pour conclu* sien de cette matière, le pape envoya excommunier les1b1orentins, le cas incontinent advenu ; et fit marcher l'armée, quand et quand , tant de luy que dn roy de Naples; laquelle aruiée estoit belle et grosse, et en çrand nombre de gens de bien. Ils mirent le sié^^e devant la Ghastellenie, près de Sènes, et la prirent et plusieurs autres places; et fut grande aventure que de tous poincts lesdits Florentins ne furent destruits , car ils avoient esté long-temps sans guerre et ne connoissoient leur péril.

« Ain^i pronoient toutes les places qu'ils assicgeoient , mais non pas si ' promptement que l'on feroit icy; car ils ne sçavoient point si bien la manière de prendre places , ne les deffendre ; nais de tenir un camp et d'y mettre bon

(*) Nous avous vu à l'art. Commerce, t. V, p. 39<) , que Louis XI accueillit à Lyon des uu>Tiers iloreulins cbas&éb de leur pays par les tfoenAk» des Gudfes et des Gibelins. Nous ajouterons qu'une premiore énii;:ration de l-'lorentius y avait Ui'Jà eu lieu au (icizième siècle. Ces diftéreiits émigrés introduisirent dans cette ville Tinduslrie de la soie , et contribuèrent, ainsi que les Lombards, à faire adopter parmi nous les expressions commerciales dout nous noijs aenrona encore aujourd'hui , et qui MUit poiir la plupart tirées de l'italien, eonmetf^îbj eam^ûte, bitaafUstmee^ etc.

ordre, tant aux vivres qu*autres choses

qui sont nécessaires pour tenir les champs, ils le sçavoient mieux que nous. La faveur du roy leur fît queliue chose, mais non pas tant que j'eusse voulu, car je n'avois armée pour les aider, mais seulement j'avois mon train.

Je demeuray audit lieu de Florence un an, ou en leurs territoires, et bien traité d'eux et à leurs dépens, et mieux le dernier jour que le premier , et puis le roy me manda m'en retourner (*). »• Ce fut, comme on Ta dit, une querellede ménagequifoumttàCharles vlll un prétexte pour entrer en Italie avec son armée. Louis le Maure avait marié son neveu, Jean Galéas Slorza, avec la fille de Ferdinand, roi de Naples. Ce ieune prince était entièrement incapable de gouverner le duché de INlilan dont il était l'héritier : Louis le Maure le

Souvernait à sa place; mais Isabelle 'Aragon cherchaitdepuisquelquetemps à ressaisir pour elle-même un pouvoir qui aurait d(} appartenir à son mari.

« Elleestoît, dit Comines, fort courageuse , et eust volontiers donné crédit à son mari, si elle eust pu ; mais il n'estoit pas guère sage, et reveloit ce qu'elle lui disoit. » Trompée dans ses espérances, elle s'adressa à son père, et solli« cita son intervention auprès de Louis le Maure. Ferdinand fil alliance avec Pierre de Medicis. Louis le Maure , se voyant entouré d'ennemis, chercha un appui au dehors, et envoya des ambassadeurs en France pour inviter Charles VIII à faire valoir ses droits sur le royaume de Naples. Ce projet lut accueilli avidement a la cour de France.

L'expédition fut résolue , et des ambassadeurs furent envoyés à tous les États d'Italie pour leur demander d'aider la maison de France à soutenir ses droits.

Florence, qui avait été asservie par les Médicis, avait alors pour chef Pierre, (ils de Laurent le Magniûque, jeune homme aussi incapable que présomptueux. Déjà lié avec Ferdînatid, il ne donna que des réponses éyasives aux envoyés de Charles.

Nous dirons ailleurs (voyez Italie)

^ (*) Mémoire dePiiîlippede Comines, 1478» h'v. VI , ch. v.

IXOBBBÎGB

PLORElHaS

quelle marche suivit l'armée française, et comment elle traversa sans coup férir la plage étroite, nommée Luni-

Siane, oui sépare le pied des Apennins es boros de la mer. La république florentine, qui, de concert avec le pape Alexandre VI, s'était engagée à fermer ce passage aux Français«ne Gt rien pour remplir cet engagement. « Pierre de Médicis vint à S irzane, au-devant du monarque français , comme ambassadeur .de sa république. En arrivant, il lut eflfirayé du nombre et de la puissance de l'armée qui s'avançait ; deux petits faits d'armes ajoutèrent encore à sa terreur : de Pontremoli pour arriver jusqu'à la mer, les Français avaient dû descendre le long de la Hagra , au travers des liefs de la maison Malespina.

Ils rencontrèrent sur leur chemin la bourgade de Fivizzauo, appartenant aux Florentins; ils y entrèrent de vive force, puis ils en massacrèrent toute la garnison et presque tous les habitants.

Un peu plus loin , Gilbert de iMonUiensler, qui commandait Tavant-garde irançaise , surprit, sur le bord de la mer, un petit corps florentin prêt à entrer «î Sarzane , et le passa au (il de l'épée. Pierre de Médicis perdit ta téte en vovant l'effet que produisait sur les soldats italiens cette manière de faire la guerre. Conduit en présence du roi, il consentit immédiatement, et sur ta première demande qui lui en fut faite, à livrer aux Français Sarzane et sa citadelle Sarzanello; puis aussitôt après, Pietra- Santa , Libralatta , Pise et Livourne.

Il n'était point autorisé par sa république à faire de pareilles concessions, que les Français ne s'attendaient pas euxmêmes a'obtenir. De retour a Floreiice, il trouva le peuple soulevé dMndignatioa contre lui ; en effet , après avoir ravi la liberté à sa patrie, il venait encore de compromettre son indépendance. 11 s'enfuit à Bologne le 8 novembre, avec ses deux frères ; et presque aussitôt il passa à Venise. La république florentine reconstitua alors son gouvernement selon ses anciens principes de liberté(*).»

« Le dimanche, neuvième jour de novembre, après disner, leroy fit son entrée

(*) SismoadifJiisloiredei Français, t. XV, p. x^i et SUIT.

dans Pise, où les p;ens d'église, les potentats et £;ouvernenrs d'icelle ville luy furent au-devant. Il ne faut pas douter que sur tous les autres ils luy firent grand honneur et réception , se soumettant entièrenient à son obéissance; et ilscrioient à haute voix , depuis le plus petit jusques au plus grand , qu'ils recouvreroient sous son empire la liberté, dans laquelle ils estoient fort tourmentez et afiliizez par les Florentins, qui les avoient subjuguez et réduits en servitude. Kn un mot, c'estoit pitié d'entendre leurs comf)laintes sur les griefs et torts qu'on leur fa i soit; c'est pourquoy le roy les retint à soy , et les assura de les conserver dans leurs franchises, dequoy ils furent tant joyeux*, qu'il n'est pas possible de le réciter; et ainsi ce n'est pas merveilles s'il y fut si bien traité et tous les siens aussi. Le lendemain matin , le roy partit de ladite ville de Pise, et alla disner à Pont-Codere, puis au giste a Kinploy.

« Le mardi, onzième jour de novem'* bre , il alla coucher au Pont-de-Signe , oij il séjonrna cinq ou six jours, pour ce que les Florentins s'estoient Foulevez contre Pierre de Médicis : mais si bonne résolution lut alors montrée aux dessusdits Florentins (*) , et rartillerie du roy fut si bien préparée pour aller contre eux, qu'ils envoyèrent des ambassadeurs pour faire obéissance au roy , et s'excuser envers luy de leurs fautes, en le priant de vouloir bien venir voir leur ville, pour laquelle chose exécuter, il fit assembler et préparer son armée.

« Le tundy, dix-septiesme jour de novembre, il (fisna assez près de Florence, en un grand palais, et la luy vinrent au-devant tous les seigneurs, bourgeois, et gens de tous estais de ladite ville , pour luy faire la révérence , et le recevoir honorablement. Après que les Florentins eurent ainsi fait leur devoir envers le roy , en luy présentant les clefs de la ville, toutes les bandes de Tarmée

(*) «Et amn à la vérité dire , les Florentins mal-volontiers estoient contre la maiaOB de France, de laquelle ils ont esté de tous temps wâys serviteurs et partisans, tant pour les affaires quHIt ont m Franœ , pinir la omtcbandise,que pour rstre di^ la part guelfe.» Mémoires de l^iùiippe de Gomioe», Uv. vu, ch. 9.

PLORENGB FRAlfCE. FLOftSm» 1S9

du roy commencèrent à marcher en icelle, ayant chacune leurs capitaines, et enseignes déployées Fane après Taii- Ire, en très-bel ordre, ce qui dura fort longtemps à passer, car il y avoit là plus de gens d'armes que jamais les Florentins eussent veu. Quand ces bandes furent passées, le roy, accompaiîné de plusieurs grands princes et seigneurs, entra dans ladite ville, fort bien armé d'un riche hamoiâ blanc, avec sa garde et ses gentils-hommes aussi tous armés (*). Il fut honorablement conduit et mené sous un riche dais iusqu''s a Teglise, et de là au logis qu'on iuy avoit préparé à Thostel de Pierre de IMédicis, ou Iuy et les siens furent si bien traitez qu'on ne le pouvoit mieux fairp. Pofjr soumettre et tenir les Florentins davantage en son obéissance, il séjourna douze jours dans cette ville , d*où il partit le vendredi en suivant, vingt et unième jour de novembre (**).»

Pendant le court séjour que ce prince avait fait à Florence , il avait donné audience aux ambassadeurs de cette ré-

fiubliqiie, qui étaient déjà venus W rouver à Pise,-et leur avait annonce Qu'il hésitait seulement pour savoir s'il ferait gouverner leur ville en son nom, par les Médicis, ou bien s'il en chargerait des conseillers français de rolje longue, oiril adjoindrait à leur seigneurie. Les Florentins , q^ui jusque-la n*avalent regardé le roi de France ^ue comme un allié et un protecteur, ne purent contenir leur surprise et leur indignation en se voyant traités en vameus. « S'il en est jiinsi , » s'écria Pierre Capoiii , le chef de la députation Qorentine, « sonnez vos trompettes, et « nous sonnerons nos cloches ; » et il déchira la déclaration que lui aVait transmise par écrit le secrétaire royal. Ces

(*) « Il entra à Florence, dit le Mémoire particulier sur Charles VITI, la lance sur la cuisse , pour monstrer qu'il y entrait en sou- «emn; les clefii Iuy en furent poKées andevant, et il y fut le maistre saus contredit tandis qu'il y deirieura. » Voyez Archivei curieuses, pretuière série, t. I, p i86.

(**) Relattondu voyage du i oy Charles "Vin \mir la ronqiiesle du royaume de Naples, par P. Desrey de Troyes, inséiée dans le t. I des Archives curieuses de l'histoire de l'i-auce, penière lérie» t X» p. 319 «t raiVt

paroles hardies, et l'attitude menaçante des habitants, firent revenir les conseillers du roi à un projet plus prudent; « Il se fit un traité avec eux , dit Comiries, et crois qu'ils le flrent de bon cœur. Ils donnèrent au roy six vingt mille ducats, dont ils en payèrent cinouante mille comptant , et le reste en deux payements assez brefs , et prestèrent au "roy toutes les places dont j'ajj parlé, et changèrent leurs armes, qui estoient la fleur de lis rouge, et en prirent de celles que le roy portoit , lequel les prit en sa protection et garde, et leur promit, et jura sur 1 autel Sainct- Jehan , de leur rendre leurs placer qua? tre mois aprè5 qu'il seroit dans Naples, ou plus tôt, s'il retourno't en France (*). »

Cependant les rapides succès du roi de France ne tardèrent pas à éveiller la jalousie des autres États de l'Italie; une ligue formidable fut signée à Venise le 31 mars 1495, pour la défense de l'indépendance italienne. Charles fut obligé d'abandonner sa conquête de Naples, et reprit le chemin de la France. Lorsqu'il rentra en Toscane, « il y eut, dit l'historien que nous venons de citer, délibération de savoir si on devoit rendre aux Florentins leurs places, et prendre trente mille ducats qu'ils dévoient encore de leur don, et septante mille qu'ils. offToient prester et servir le roy à son passage avec trois cens hommes d'armes (sous la charge de messire Francisque Secco, vaillant chevalier, et de qui ic roy se ûoit) , et de deux mille hommes de pied. Je fus d'opinion que le roy le devoit faire, et d'autres aussi, et seulement retenir IJgorne , jusques à ce qu'il fût en Âst (Asti). Il eust nien payé ses gens, et encore Iuy fîist demeuré de Targent, pour fortraire des gens de ses ennemis, Toutefois, cela n'eut poii]t de liou , et Tempeschoit monseigneur de Ligny (qui estoit homme jeune et cousin germain du roy), et ne sçavoit point bien pour quelle raison» sinon pour pitié des Pisaiis. m

Les Florentins se doutèrent alors de rintention où Charles VIII était de violer les engagements qu'il avait pris envers euxl lis savaient, en eftet» que

(*) Mémoire de Philippe de Comiae«»

lîf. vuifih. II.

rLOftENCE L'UJNIVEKS. rLOEENCB

Pierre de Médicis, qu'ils avaient chassé , s'était enfui de ^>nisp pour aller le trouver. Dans la crainte qu'il ne leur fût imposé , ils prirent les armes, barricadèrent leurs rues, et, sans cependant accéder à la ligue de Venise, ils appelèrent à leur aide des troupes vénitiennes. En même temps, le célèbre Savonarole alla trouver Charles Vni à Poggibonzi , lui reprocha sévèremeùt les désordres qu'avait commis son armée , et sa négligence a reformer l'Église , objet pour lequel Dieu Tavait envoyé en Italie; enfin, il lui annonça que la colère divine était prête à le frnp|)cr, s'il ne s'amendait pas. « Dieu a donné sentence « contre lui, « avait-il dit quelques jours auparavant à Philippe de Comi nés, «et, « en bref, il aur;i un coup de fouet. « T.es nouvelles de la Lombardie, ces

t)réparatifs des Florentins , engagèrent e roi à ajourner ses projets contre eux , et à prendre une autre route. Enfin , il conclut avec eux, lorsqu'il fut arrivé à Turin, un traité par lequel ils s'engageaient ù lui payer un subside pendant toute la durée de la ii;uerre; tandis que lui , de son côté, s'obligeait à les remettre en possession de toutes les places de l'Ëtrurie, où il avait garnison. Mais ce dernier engagement fut tenu peu fidèlement. Roffec de Balzac, seigneur d'Kntragues, qui commandait la citadelle de l^ise , la vendit aux Pisans, au lieu de la remettre aux Floren* tins, a\ec Tartillerie et les munitions qui s'y trouvaient. La plupart des autres places qui étaient encore au [)ouvoir des Français, comme Libral'atta , Pietra-Snnta , Mutrone et Sarzane , furent vendues de même aux ennemis de Florence par les commandants que le roi y avait laissés. On vit mcMue des soldats français servir contre cette république dans les armées des Pisans; mais, malgré ces actes dont ils étaient en droit de se plaindre, et bien que Maxnnilien lui-même fût entré en Toscane à la téte des troupes vénitiennes et milanaises, rien ne put en^'a^er les Florentins à renoncer à ralliance française; ils restèrent constamment fidèles à la France.

Leur fidélité ne se démentit pas en 1499, lors de la conquête du Milanais par Louis XII; et pourtant ce prince a avait pas cLercbé » avant de commen-

cer son < xpédition , h s'assurer de leur

amitié. Mais, après la révolution qui , à la fin de la même année , fit perdre aux Français leur conquête , le cardinal d'Amboise crut convenable d'exécuter une promesse plusieurs fois faite aux Florentins et qu'ils avaient achetée par des sommes considérables ; de leur rendre enfin la ville de Pise. Il leur envoya donc le sire de Beaumont, avec une petite armée forte de cinq cents hommes d'armes , de trois mille cinq cents Gascons, et d'autant de Suisses , que la république devait payer et entre* tenir à ses frais. Mais les Pi'sans avaient su gagner l'affection de la chevalerie française , par leur bravoure , leur enthousiasnieet le dévouement sans bornes qu'ils avaient témoigné à leurs libérateurs. Ils ne virent que des alliés dans les troupes françaises qu'on envoyait pour les soumettre aux Florentins ; et , sortant de leur ville, aux cris de : f^it>e la France! ils apportèrent des vivres aux assiégeants , et les comblèrent de caresses.

Le sentiment du devoir et la discipline l'emportèrent cependant sur les affections du cœur, et Beaumont réussit à conduire les Français à un premier assaut. Mais les Pisans ayant repoussé les assiégants aux cris de Pise et de France f les soldats refusèrent de livrer un second assaut. Ils dirent Qu'ils avalent vu rebondir les boulets de leurs canons des murs de cette ville consacrée à la Vierge. Le siège fut levé, et Pise resta libre.

Certes une grande victoire eût été moins honorable pour l*armée française; mais la noble [litié du soldat ne justifiait pas le gouvernement français; et Louis XII manqua de foi aux Florentins, en ne leur restituant pas une vilje que son prédécesseur avait atfrancbie contre la foi des traités.

Cependant le mauvais succès de cette expédition avait irrité le roi contre les Florentins, que Ton accusait d'avoir causé les revers éprouvés par les armes françaises. Ce fut pour apaiser ce ressentiment, et en même temps pour obtenir de nouveaux secours , qu*ils députèrent en France le célèbre Machiavel. Pendant celte négociation qui dura cinq mois , les députés suivirent la cour

PLORENGB

FRANCE

à Saint-Pierre-le-Moutier, à Montargis, à Melun, à Biois, à ISantes et à Tours. Enfin , après avoir reçu du roi et du car dinal a' Amboise plusieurs audiences, où ils eurent à vaincre la plus vive résistance, ils parvinrent à obtenir, le 16 avril 1502, la signature d'un nouveau traité par lequel le roi garantissait à la république ses possessions actuelles, mais sans lui promettre son assistance pour recouvrer la souveraineté de Pise.

Ce fut par suite de ce traité et de la médiation de Louis XII que les Florentins purent rentrer en possession d'Arezzo. Cette ville, qui s'était révoltée contre eux , se rendit le l*' août à ao petit corps de Français qui était veou pour l'assiéger.

Lors de lexpédition entreprise en 1503 contre le royaume de aptes , César Borgia , en offrant au roi ses services et son armée, demandait en retour que la France lui abandonn.U les Florentins , que jusque-là pourtant Louis Xn n'avait cessé de protéger contre les entreprises de leurs ennemis. Déjà les plénipotentiaires étaient entrés , sur cette base , dans de honteuses négociations, lorsque la mort imprévue du pape Alexandre VI vint heureusement les interrompre. Du reste, les Florentins , malgré les revers éprouvés par les armées françaises, ne restèrent pas inoins sincèrement attacbés à la France* Ils étaient encore en guerre contre Pise, qui était réduite à la plus grande détresse, et qui dut enfin se soumettre, lorsque, par un marché signé le 18 mars 1509, Louis XII la vendit aux Florentins pour une somme de 100,000 ducats.

Uannée suivante , Machiavel fut de

nnuveui envoyé en France, et vit, après deux mois passés a Blois , s'ouvrir le concile national de Tours. On ra^)porte encore à Tannée 1511 une troisième ambassade dti même néj^ociateur auprès de ia cour de France ; mais quel que fdt le talent qu il déploya dans ces missions qu^il a racontées vune manière très-intéressante , il n*y obtint que de faibles succès. Il parle des Français , dans sa correspondance, avec amour et avec défiance en mène temps. Son flme républicaine sMndigne souvent de leur INrotection dont sa patrie est forcée de

T. vxu. 11* LbfraUon, (Digt. bnc

subir le joii£» , et qu'il prévoit devoir lui être toujours fatale. Florence était alors gouvernée par le sonfalonier Sode^ fini, qui s*était donne obstinément à la

France , snns songer que cette puissance était hors d'état de le secourir.

Machiavel disait, en faisant allusion à cette politique imprudente: « La bonne « fortune des Français nous a fait per- « dre la moitié de P'État ; leur mauvaise « fortune nous fera perdre notre li- « berté. « Cette prédiction ne tarda pas à se vérifier. Lorsqu'en loi 2 les annps françaises eurent perdu leur supériorité en Italie, le pape et l'Empereur se réunirent, et imposèrent à Florence une contribution de cent millions de florins ; et bientôt après la ville elle-même, divisée, ouvrit ses porter aux iSledicis^ qui recouvrèrent leurs biens et leur an* cienne autorité.

La politique de François V fut, dès son avènement au trône, aussi peu intelligente que celle de ses deux prédécesseurs. Après sa victoire de Marignan qui lui livrait toute l'Italie, au lieu de rendre la liberté aux Florentins, qui s'étaient toujours montrés si dévoués à la France, il ne s'occupa que des moyens de consolider la domination des ^lédicis. Le parti guelfe, les droits des Florentins furent im[)itoyablementsacriliés au désir que le roi et sa mère avaient de plaire à Léon X. Au mois de février 1515, Julien de Medicis, frère du pape, épousa Philiberte, tante de François 1'% et reçut de ce monarque le duché de rîemours. Laurent II ayant, en 1516, succédé à son oneie Julien, François I" et sa mère accumulèrent sur lui toute sorte de bienfaits; ils lui permirent d'enlever le duché d'Urbin à François»

Marie de la Rovère, jadis protégé par la France; de conserver li\s duchés de Modene et de heggio, ravis au duc de Ferrare, le plus ancien et le plus fidèle allié des Français en Italie. Malheurrusement ces faveurs étaient mal placées, car Laurent , à cette époque mémedéjà, traitait contre la France avec le roi de Castille. Cependant, il vint en France en 1518, tenir sur les fonts de baptême le dauphin François , au nom du pape Léon X, et II ^ousa, le lendemain, Madeleine de la Tour, fille de Jean III, com|e d'Auvergne et de Boulogne ; cette

CU>P., XTC.) 11

t02 rLORENGB UUNIVERS. PlMlAir

princesse mourut le 23 avril 1519, en mettoot au monde Catherine, depuis leine de Franee.

Pendant les guerres d'Italie qui signalèrent le règne de François 1"', les Florentins , opprimés par les Médicis, ne oMsèrent pas de voir des libérateurs dans les Français, dont les armées étaient remplies d*émigrés. Ën6n , en 15i7, ils parvinrent à secouer la tyrannie qui pesait sur eux : ils profitèrent du moment où le pape , assiégé par les Alleinnnds dnns le château Saint- Ange, se trouvait dans l'impossibilité de soutenir ses parents, pour chasser ceiu-ei et rétablir le gouvernement républicain. Cette révolution à peine accomplie, ils envoyèrent sous ks drapeaux de Lautrecles redoutables ftdfufef nblns qui s'étaient rendues si célèbres sous les ordres de leaa' de Médiçis.

Mais ce triomphe fut de courte durée. Le pape , à peine remis en liberté, se réconcilia avec r Empereur; et, pour se venj;er des Florentins, conclut un traité avec lui. « Charles étoit, dit Dubeliay, mal content des Florentins pour avoir servv les François contre lui au royaume de Naples soubs la conduite du seigneur de Lautrec; mais il couvroit son entreprise sur la restitution Ae la case de Médicis en leur pristine àuthorité. » Les Florentins furent donc assiégés par le prince d'Orange, dont l'armée se composait du reste des troupes qui avaient saccagé Rome, et des autres bandes impériales qui avaient montré une si grande férocité pendant les guerres d'Italie. Rien que François 1*' n'edt jamais reuuuce, malgré ses revers, à ses projets sur la Pénmsuie, et qu'il fût en conséquence pour lui du plus haut intérêt de maintenir l'indépendance des Florentins , il s'engagea ,

rir le traité de Cambrai, le 5 août I5S9, les forcer de faire avant quatre mois leur soumission à TEmpereur. Ils se défendirent néanmoins courageusement pendant dix mois; François leur envoya d'ailleurs plusieurs fois des émissaires secrets pour les exhorter à persévérer dans leur résistance, en leur promettant de les secourir ouvertement aussitôt que ses (ils, alors en otage en Espa» gne, ini feraient lendui. Mais enfin

Florence fut forcée de capituler le 13 août 1530, et son gouvernement répobHcaiB Âil anéanu pour toujours.

Dès lors elle ne forma plus un État indépendant, et n'eut plus de relations avec la France que comme capitale de la Toscane. ( Voyez ee mot. )

Flobbncb ( prise de ). — Boiiaparts avait laissé n la ville de Florence son gouvernement et son grand -duc. Mais, eu 1799, le Directoire, fatigué de la conduite ambiguë de ce petit prince, chargea le général Gauthier de lui enlever son autorité. Nos troupes entrèrent dans sa capitale sans aucune ré^istance, ao mois de mars 1799. Dès le 4 juillet, les Florentins s'insurgèrent, encourages par les désastres que nous avait attires l'inhabileté de Sctierer , et ' Gauthier dut se retirer avec les débris de sa division formant à peine m il le hommes. Mais, après la victoire de Marengo, Bonaparte entra en Toscane, et le général Dupont occupa de nouveau Florence, le S9 octobre 1800.

Flobence ( traité de ). — Ce fut par ce traité, si?;né a Florence le 28 mars 1801 , entre le royaume de Naples et la république française, que 111e d'Elbe et la principauté de Piombino furent cédées a Frar)ce.

Flohettes. — C'est le nom que Ton donnait, suivant Monstrelet, à des grands blancs frappés sous le règne de Charles \ 1 , et pesant 20 deniers tournois ou 1() deniers parisis. Leb anc, qui dte ce passage du chroniqueur , prétend qu'il n'a pu découvrir l'origine du mot Jloreftes. Il est cependant évident

?u'il est ici question des blancs «l'argent rappès en effet sous Charles VI, et sur lesquels figuraient trois fleurs de lis ; et l'on ne peut douter que ces fleurs ne soient rori<:ine de la dénomination donnée à celte monnaie. • FlOBiAn (Jean •Pierre -Claris de) naquit , en 1756 , on château de Florim dans les Cevennes. li lut reçu, en 1768, parmi les pages du duc de Penthièvre , et se concilia promptement la bienveillance de ce prince , par les grâces d*un esprit élégant et railleur. Le duc lui donna une compagnie dans son régiment de dragons; puis il le rappela près de lui, et le nomma son gentilhomme ontinaire. F Jonan eut alors tout le loi*

PLOBIDE FRANCE. FLORIDE

mr de se livrer à ses goûts littéraires. Vérsé dans la littérature castillane, ajraat d'ailtrars , par sa mère, du sang C8|iagnol dans les yeines, il voulut n»

présenter la valante et courageuse génération des tournois et des castels , et les scènes compassées de la vie pastorale. Mais dans ses bergeries « il manqaait un loup. » Son esprit fin , délicat , et porté à la sensiblerie, devait le faire mieux réussir dans des récits de courte lial^ne. Aussi ses NouoeUes et ses Contet ont-ils pour nous plus d*attrait. Dans son Théâtre il a donné, pour ainsi dire, au héros de ta farce italienne, rempreînte de son propre ca* nolère : il a fait parler ce personnage avec une finesse m^lée de bonhomie et de naïveté ; et Ton aimera toujours à lire ces petites comédies où Tesprit et la délicatesse n'eieluent pas le mfturel.

Mais c'est surtout dans ses fables qu'on retrouve la physionomie et le caractère de Florian. il était depuis quatre ans admis an nombre des quarante, lorsque parurent , en 1792 , les compositions auxquelles il doit d'être placé, parmi nos fabulistes , immédiatement après la Fontaine. Le calme de son existence fut troublé par la révolutidn de 89. Enfermé pendant quelqtie temps à la Bourbe , et rendu à la liberté après le 9 thermidor, il mourut à Sceaux en 1T94; oe ne fut qu'.iprès sa mort que parut son Don Quichotte. La pren)iere édition de ses œuvres est celle qui fut publiée chez Didot, 1784- 1786 et années suivantes, en 94 vol. in*l8ou en 11 vol. in-S".

Floride. L'amiral Coligny prévoyant les persécutions que ses coreligionuaine auraient bientôt à redouter sur le sol de la patrie , eut l'idée de leur préparer un champ et asile au delà des mers. Sans découvrir au roi le fond de sa pensée , il en avait obtenu la permission d'essayer rétablissement de quelques coloriiês en Amérique.

Les premières tentatives faites par lui au Brésil etau Canada n'avaieutguèreeu de succès ; l'amiral, sans se décourager, fit armer à Dieppe cinq navires, dont les équipages furent composés de 5 à 600 hommes, tous huguenots; l'escadr/ç reçut pour ooflamandant Jean Eibanit.

Cette fois oe fot pour la Floride qu'on

fit voile ; cette terre avait été découverte le 27 mars 1512 , jour de Pâques fimries, par l'Espagnol Juan Ponce de Léon ; mais les compatriotes de ce navisateur n'avaient pu v former d'établissement. En 1624, Jean Verra/.nno ou Verrazani , pilote florentin au service de François P', en avait parcouru la côte et 1 avait nommée NoureUe' France y sans toutefois s'y fixer. Apres lui , l'Espagne y avait envoyé plusieurs eipéditions toutes fort malheureuses.

Parti de Dieppe le 15 février 1600, Ribaxilt arriva , après deux mois de navigation , près d'un caj) qu'il appela le cap Français, Il remonta la cote dans la direction du nord , découvrit les* rivières des Dauphins et de Mai, et débarqua près de l'embouchure de cette dernière. 11 fit élever sur le rivage une oolonne aui armes de France, pour prendre possession du pays, et remit ensuite à la voile, toujours dans la direction du nord ; puis li doubla les em« bouehures de la Sekte , de la Somme , de la Loire , de la Charente, de la Garoîin'e, de la Gironde, de I n Belle y de la Grande-Rivière, et entra dans le Jour»

dain {*). Dans une tle située entre les deux bras de ce dernier fleuve, il cous* truisit une redoute, le fort Saint Charles^y laissa 25 hommes, avec quatre pièces d'artillerie, et remit à la voile en promettant à ses camarades de revenir bientôt avec du renfort. Le 20 juillet tt rentra dans le port de Dieppe.

Lp petite colonie ne se maintint pas longtemps. Le commandant ne pensant qu'a chercher des mines , la disette se ht bientôt sentir; l;i troupe révoltée le tua et se rembarqua pour la France. Elle éprouva d'horribles souffrances dans la traversée, et fut enfin rencontrée par une barque anf^laise qui en emmena une grande partie en Angleterre. Là ils furent présentés à la reine ÉMsabelli , et l'émerveillèrent du récit qu'ils lui firent de In fertilité du pays et de la douceur du climat.

La guerre civile qui avait éclaté en France avait empêché Ribault de tenir sa promesse ; ce ne fut qu'après l'édit de pacification de 15G4 que Coligny put

(*) Il a été recoQuu depuis que &ib»uit avait pris plusîeur» aoie» pour des enbou* duaws de rivière.

164 H.omofi L*UNIVERS. ri.oRiDÈ

reportor ses regards vers la Floride. Il fierMiiuia à Cliarles IX de lui donner ^

(}!iol(iues secours; lui-même consacra' 100,000 écus à l'entreprise : d'un autre cùto les Hdèles se rotisèrent, et bientôt une nouvelle escadre fut arméeV) ; se composait de sept ires. l\ib.iult en prit, eoînnm la première fois, le conunandement; on lui adjoignit un gentilhomme poitevin, René Laudonnière, bon ofB<ner de marine , qui partit un an avant lui avec, trois bâtiments , grand nombre d ouvriers habiles, et quantité de jeunes fsfins de famille qui s*embarquèrent à leurs frais.

I\jb:ui!l lit voile le 22 mai 1.565 , et prit terre le 27 août à Tembouchure de la rivière de Mai. I^udonnière ayant découvert aux environs de cette rivière un cnij lacement plus favorable que celui du fort Saint-Chai les , y avait construit une forteresse qu'il avait nommée CaroUne en Thonneur du roi. Mais sa colonie n'avait pas plus [)ros(iéré que la première , pt . à l'arrivée de Rihault, le capitame , abandonné de la plupart des siens , était prêt à l'aire sauter le fort et à repartir pour la France.

Rib.iult amenait environ 400 personnes des deux sexes. Dans les premiers Jours de septembre on vit s'approcher delà côte une flotte espas;uole aux ordres de Pedro IMcnendez de A\iles.

Quoique les deux nations lussent alors en paix , cette flotte était partie dft (^a* dix avec ordre de combattre à outrance Ribault et ses compagnons, tue tempête ayant dispersé la petite escadre dieppoise , iMenendez en eut bon marché pièce à pièce, puis, les vaisseaux ca|)turés, il attaqua les retranchements, éi^ori^ea tous les Français, et les lit pendr»^ avec cette inscription : iSon comme Français , mais comme héré' tiques. Pour distinguer le chef de la colonie, il le fit écorcher \if. Quelques historiens ajoutent que les yeux, le nez, la barbe , et la peau du visage d» brave Ribault furent envoyés eu JSspagne (**).

^*) Yoy. la Relation de ce voyage insérée dans les Arrhives curieuses de l'hûloire de France, t. VI, p. -loo, sous le litre de /?/•/>/ discours et histoire d'un voyage de quelques François en la Fiwidc, iaipriiué en iS'jg,

(**) Jacquet Lemoyoede Morfuea» peintre

Quant au masque ainsi défiguré, ils renvoyèrent au Pérou pour en faire

montre.

« Ces massacreurs et bourreaux d'Uespagne , pour couronner leur sanglante tragédie, firent un beau grand feu de joye, et avans entassé là dessus tous les corps de nommes , de femmes , et de petits enfants , les réduisirent en cea< ores, disant que c'estoient des mes* chans luthériens qui estolent venus infecter reste nouvelle chrcstienté et y semer des hérésies.

« Cette flirieuse troupe rejettoit mes* me sa colère et sanglant despit sur les morts et les exposèrent en monstre aux François qui restoyent sur les eaux et tasflhoient à navrer le cœur de ceux desquels ils ne pouvoient , comme ils eussent bien voulu , démembrer les corps ; car arraolinns les yeux des morts, les fichoyent au bout des da^^ues , et puis avec cris, hurlemens, et toute gaudisserie , les jettoient contre nos François vers l'eau (*). »

Laudouniere parvint, avec quelques autres, à s'èchauper et à rentrer en France. Coli^ny aemanda vengeance au roi; le.s veuves et les orphelins des victimes l'importunèrent de leurs plaintes; mais la cour s'applaudissait tout haut de voir l'amiral détrôné. En effet, le succès de la colonie lui eût donné de l'importance à lui et à son parti. Il y avait donc lieu de bénir les Espagnols au lieu de les combattre. « Âu reste, il couroit lors un bruit que plusieurs tiennent encore aujourd hui pour véritable, à savoir que cette entreprise ne fut pas plustost faite, qu*il y eut des messagers secrets en campaime pour adverlir THesp iguol qu'il aiguisast ses couteaux , parce que la pluspart de ceux qui passoieut en Floride estoient des huguenots, perturbateurs du royatinie et ennemis du roy; que ce seroit une belle dépesche et que la France n'y perdroit guère.

« Comment que ce soit , il est bien certain que le roy Charles neuliesme est.

dicppaà^«iabarqiié avec Ribault, a laissé une

relaiîun de reUe seconde expédition. Elle a été publiée pour la premicre fois dans la colfeelMMi de Théodore d« «r> (6« partie.) («) Bnefdùemm xB79i dl|l eilé.

PLOUDB FRANCE. FLOBIir

demanda raison au roy d*Hespagne, et

2ue ledit roy d'Hespagne désavoua le lit. Cependant ceux qui estoient morts

estoient morts, et les massacreurs ne iaissoient pas de se promener, et de faire l.t piaffe en Hespagne et ailleurs, jusqu'à ce qu'il survint d'autres affaires et une pluye qui lam ce $anq4à^ et ne s'en parla pliis (•). »

Quant aux Dieppois, les nouveaux troubles qui survinrent les empêchèrent de venger eux mêmes leur injure; mais ils ne f Jisiiient qu'ajourner cette dttte de san^; plus tard, \es flibustiers ia payèrent. (Voye» Flibustibbs )

« Dominique de Gourgiies n'attendit pas si longtemps; ce iientiniomnie iias- Gon avait voué haine a mort aux Espagnols, dont il avait reçu des outrages personnels. En apprenlmt Passassinat des coloi.s de la Eloride, il ne peut plus se contenir, vend tout son bien , fait construire trois navires , les arme , les équipe à ses frais, et le voilà cinglant vers la Floride avec deux cent trente coinpju'nons déterminés comme lui (23 août 1ÔG7;.

«Il attaque à son tour le fort Garonne, passe la garnison au fil de l'épée; puis, pour que la venuoance soit rom- Dlele, il fait pendre les vamcus à des arbres , sur lesquels on écrit : Non comme Espaguols, mais comme assassim (**). • C'étaient les Uièines arbres qui avaient servi au supplice des Français.

Gourgties , n'avant pas assez de trOQpespour laisser (\es garnisons, engagea les na:urels à détruire les vestiges du séjour de leurs oppresseurs. En peu de temps , tous les forts furent renversés. Enfin , les Français se rembarquèrent le 3 mai 1568, au milieu des In nues et des bénédictions du peuple lloridien, qui les regardait comme des libérateurs, et leur Gt promettre de revenir bientôt Ils arrivèrent à la ^ocbelle le

(*) Brief discours, etc.

(••) Histoire de Dieppe, par Vilet, t. II,

(***) Les Indiens avaient puissamment aidé de Gourgiies à vaincre les Espagnols : « Le rai Saiiroini Itif avait raconté à son arrivée

que depuis (|iie les Espagnols avaient pris le fort bâti pai* les Français, la Floride n'avait pas m un J)on jour, que les Espagnols leur

&juin. De Gourgues n'éprouva de la part de la cour qu'ingratitude et persé^ cution ; il fut même obligé de se tenir

pendant quelque temps caché à Rouen pour éviter la mort, le seul prix qu'on réservât à son habileté, à sou courage et à lâBs succès. Il mourut à Tours en 1593.

I.es Français perdire?it de vue la colonie, dont les fondements étaient cimentés du sang de tefnt de braves gens. La côte de la Floride septentrionale (aujourd'hui la Caroline) était déserte lorsque les An^îlais s'y établirent; mais dans la partie méridionale, vers le ^oife du Mexique, les Espagnols s'établirent à San-Marco, San-Mateo, San-Joseph, San-Agostine et Pensacola. Quant à la France, elle concentra tous ses efforts vers le Canada.

Par les préliminaires de Fontainebleau, du 3 novembre 1762, la France céda à l'Espagne la Louisiane ()Our la dédommager de la Floride, adjugée à l'Angleterre, l.n p.iix définitive conclue à Paris, le lo lévrier 1703 , conUhna «•s dispositions.

Flobin. — Cest le nom que l'on donne à une monnaie d'or nuirquée d'tm coté lie la téte de saint Jean-Iîaptiste, et de l'autre d'une fleur de lis épanouie. Si Ton en croit Mathieu Vil* lani, les premiers florins fiuent frappés à Florence vers le milieu du treizième siècle (1252). Les llurins les plus estimés au moyen âge étaient, en effet, ceux de Florence, et saint Jean-Baptiste, dont ces monnaies portent toutc> Tefligie, était et est encore le priucipal patron de cette ville. Il fout convenir pourtant que Leblanc cite des textes de la fin du onzième siècle, où il est parlé de florins d'or; mais, attendu que jusqu'ici on n'a encore retrouvé aucune espèce d'or frappée par les rois de la troisième race avant le règne de saint

avaient fait la guerre oonlînuellemeiit , violé leurs ténimes , ravi leurs filles, et qu'encorr que lui et les autres roi» eu-sseiit soutftfrt tous ces maux à cause de leur amitié |>our les Français, ils n'avaient jamais cessp de les aimer pour le bou U ailement qu'ils en avdieut reçu. » Reprise de la Floride ,ms§, io,537 , BibliolU. ail roi. Voyez aussi sur ces expéditions les Relations de l^asanier (Paris» i58^>;, et les Vovages de Charaplain et de Leiicarbol.

FLOMir

UUNIVERS. VLomiir «BimOK

Louis, et qne la plupart des numismates vont même Jusqu'à nier l'existence d'nne monnaie d'or oationale à cettè époque, nous ne pouvons safoir an juste

ce que c'était que ces florins. Ce qu'il y a de certain pourtant, c'est que longtemps avant l'introduction des florins de Florence en France, on y désignait sous cette liénoniination presnue toutes les espèces d'or. Cela vient, selon nous, non pas de ce qu'elles étaient d'or comme les florins, mais bien de ce

Qu'elles étnient semées de fleurs de lis. Test la même raison qui a fnit donner à un blanc de Charles YI le nom dttjlo' rette.

Quoi qu'il en soit, le florin proprement (lit eut eours dans l'Europe tout entière pendant les quatorzième et quinzième siècles. Presque tous les souverains de cette époque les imitèrent; les évêques(ip('nmhrni, Ips ducs de Bar, ceux de Bourgoiifje, les priiuv.s d'Orange, les rois.de Sicile, une foule de sei/^rieurs allemands, et principalement les dauphins de Viennois , les copièrent à l'envi. Quant aux rois de France, ils ne songèrent guère que vers le Quatorzième siède à suivre 'cet exemple. Leblanc commet donc une erreur lorsque , dans son Traité des monnaies, il attribue à Louis VII et à Philippe-Auguste deux florins marqués au nom de Louis et de Philippe; le premier est maintenant, et av(v plus (le raison, reîjardé comme appartenant a Louis de Hongrie, roi de Sicile; quant au second, dont on ne connaît aujourd'hui aucun échantillon, il pourrait tout aussi bien, s'il a existé, et si l'on y lisait réellement le nom de Philippe , être attribué à Philippe VL Pour nous , nous sommes convaincu que ce qu'on prend pourp.DiGBAFBii,aoit se lire B DiCr p\vr4. namondus net Gracia vr inceps A\Rxciœ, Raymond, prince d'Orange. Ce qui nous confirme dans cette opmion, c'est que les deux traits qu'on remarque à la suite de la légende sont évidemment une copie non exacte du cornet d'Orange.

Les seuls florins que nous regardions connue réellement français, sont ceux qui portent d'un côté I efOgie en pied de saint Jean- Baptiste avec la légende s . lOHANNES S. , et dePautre, la fleur de lis épanouie avec le mot pxautu,

suivi d'un dauphin. Cette monnaie doit être contemporaine de Charles V, qui employait aussi son titre de roi de France, con jointement aveccelui de dan* phin , sur les florins qu'il faisait frapper en Dauphiné. Tout nous porte à croire, en outre, que celuf sur lequel on Ht FBANTf A étaitégalement destiné à avoir cours dans cette province; le petit dauphin qui suit la légende nous en paraît fournir la preuve. Quoi qu'il en soit, Charles V, vers la fin de son règne, cessa de fabriquer des florins, et en défendit même le cours; mais cette prohibition n'empêcha pas les florins étraO' gers d'être reçus avec fiaveur dans le royaume. Ceux de Florence étaient d'or fin , suivant Villani , et l'on en taillait huit à l'once. La valeur relative du florin a^pc les espèces courantes de billon et d'argent varia souvent; ils étaient estimés tantdt douze, tantôt quinze sous.

Nous ne terminerons pas cet article sans mentionner un fait curieux où cette .

monnaie joue un rôle iîn portant : certains bourgeois de I3augency étaient tenus de payer aux étudiants picards de l'université d*Oiléans un florin de rede« vance annuelle. Lorsque cette monnaie cessa d'avoir cotirs en France, ils s'imaginèrent de faire graver des coins, avec lesquels ils frappèrent, jusqu en 1789, de véritables florins, dont ils se ser* v;n>(it pour acquitter littéralement leur redevance; on y lisait d'un coté s.

lOHAXNES B. , et de l'autre florenti a.

C'étaient donc de véritables copies des florins italiens. Calvin, étudiant le droit à l'université d'Orléans , s'étnnt vu refuser cette redevance, alla, à la tète de la natioH de Picartffe, la réclamer à Baugency. Une rue de cette dernière ville, où se trouvaient situés les héritages

8 rêvés de ce droit, porte encore aujour- 'hul le nom de rue de la MaiUe-d'Or, JSous décrirons, en parlant des monnaies des princes, des provinces et des villes, les florins qu'ils ont fait frapper.

Florin George. — Nous avons dit dans l'article précédent que le mot Horin était souvent appliqué à toute espèce de monnaie; quelques-unes de celles que Ton désignait ainsi étaient en outre distinguées entre eUes par une épithète, comme haflorhuGed^, les

FLORUS

FRANCE

rLOTTAGÉ 167

florins avx fleurs de Us y etc. Le^ fforins George furent frappés sous le règne de Philippe de Valois; ils représentaient d*un côté saint George portant ao poing

un écM rhnri^é d'une croix pour armoiries, monté sur un clieval caparaçonné des mêmes armes, et terrassant un dragon avec la lance. Le ebamp est par*

st-mr de f]pur^ de lis et entouré de demitours de ( ompas. Four légende, on lit :

PHILIPPVS DEl GBACIa' FBA.NCORliM

■BX. Le refers présente une croix fleii> ronnée entre quatre demi-tours de compas; aux quatre angles sont quatre écus de France, puis la légende ordinaire des pièces d*or: xps {ChHshis) tincft, X9ê BEewAT,XP8 IMPBRAT. D'après un manuscrit cité par Leblanc, et qin', suivant cet auteur, remonterait au rèj;ne de Charles VI, les premiers florins George auraient été frappés vers 1340, par ordre de Philippe, tJuf d'Orléans, uatrième fils du roi, dnns In capitale u duclie de ce prince: mais ce manuscrit , qui d'aiHeurs nedfonne ni le poids , ni la loi, ni la valeur de ces espèces, ne mérite pas une grande confiance, puis-

?u*on y trouve, émise sérieusement, opinion que le drà^n figuré sur les monnaies représentait le roi d'Angleterre terrassé par le roi de France, re* présenté par saint Roch.

Fuovos, — A l'époque de la mort de ' Germanicus, quelques Gaulois courageux conçurent la pensée d'affranchir leur patrie opprimée. A la tète des conjures étaient l'Éduen Sacrovir et le Imire Florus, qui apiiartenaient par leur naissance aux pltis anciennes et aux plus illustres familles de la Gaule chevelue. Tandis que ie premier soulevait le Midi et l*Ouest, le second se chargea de faire prendre les armes aux peufHes belçes. Le complot échoua, et Florus, dont la tentative fut plus facile à ré-

5 rimer que celle de son complice , se tua e sa propre main pour échapper aux soldats de Tibère (*).

Flobus, diacre de Lyon au neufième siècle , se mêla à là querelle du moine Gottescalk et d*Hincmar, et attaqua aussi nar ses écrits Scot Erigèiie, I allié de 1 archevêque de Reims. Il a laissé, en outre, des poésies latines, oTi

O TKÎte, Am. , Bv. m, ch. 4i.

un sentiment assez profond des misères de son époque «e révèle par une déclamation un peu vaçue, mais quelquefois par des traits précis et carSfStéristiquet* Files ont été imprimées pour la première fois à Paris en 1660. L'écrit de Florus, intitulé Liber de prœdestina' tion€y comtra JohannU SeoH emmeùê definitwnes , est inséré dans toutes les collections des Pères, comme son CowmeiUarius sive expositw m coaumem mêtt», Florus mourut vers Tan 860.

La bibliothèque d'Avranches p4M8àdc en manuscrit ( in-folio, n" 2,428) une Histoire universelle, par Florus. £lle comprend sept livres , depuis 11 cvéattoa du monde jusqu'à l'ère dirétienae. Avec cette dernière époque commence ime nouvelle série de livres, et cette seconde partie est dédiée à la fameuse impératrice Judith, mère de Charles te Chauve. L'auteur est donc vraisemblablement le même personnage que le Florus qui fut adversaire de Scot K,rigène(*).

FLOTTAesc Avant rinveotion des trains, on charroyait aux ports de Paris les bois des environs; mais vers le milieu du seizième siècle, les forêts voisines coronoençant à s'épuiser, il devint à craindre qu'on ne dut faire venir le bois des provinces éloicjnées. Pour obvier au mal , la prudence du gouvernement n'avait pu employer que des moyens lot)gs, coûteux, pénibws, lorsqu'un maichand de bois, nommé Jean Rouvet, imagina, en 1549, de rassembler les eaux de plusieurs ruisseaux et rivières non navigables , d'y jeter les hois coupés dans les forêts les plus éloignées, de les faire descendre ainsi jusqu'aux grandes rivières, d'en former des trains, et de les amener à flot jusou'è Paris. C'est dans le Morvan qu'ail fit ses premiers essais , et qu'il abandonna avec confiance au courant des ruisseaux de cette contrée une grande quantité de bois. Son projet, traité do folio avant l'exécution , et entravé ensuite comme l'ont été bien souvent les découvertes utiles, ne reçut toute l'étendue dont il était susceptiMe, qu'en 1566, par les perfectionnements de René Arnoul.

£atiii , en 1669 , un arrêt du parle-

(*) Voy. Rapports mr les bibl. d« rOneit, {■r M. lUfiftiiNMi fcHiX P* <M

MjOTTE

FLOTTK

ment, dont les dispositions furent confirmées par rordonnance de 1669 sur les eaux et forêts , ordonna à tous possesseurs de* moulins et forges d'avoir

pertiifs pour le flottage , permit aux marchands de bois d'en faire faire, et défendit d'arrêter le passage des trains.

Les habitants de Clameey (Nièvre)

ont voulu , il y a quelques années , perpétuer la mémoire de l'inventeur du flottage, qui choisit les environs de cette ville pour appliquer son procédé : ils lui ont <^Ievé un buste en bronze.

Flotte. C'est le nom que l'on donne a un nombre assez considérable de Da> vires de commerce oa de bâtiments de l'État, naviguant ensemble, nombre qui n'a, du reste, pas besoin d'être déterminé. Dans le langage administratif, line flotte doit se composer de plusieurs escadres (voyez ce mot) réunies sous le commandement d'un amiral. Souvent aussi , on appelle ainsi l'ensemble des forces navales du pays, comme, sous le nom d'armée, on comprend l'ensemble des forces de terre.

Flotte (Pierre), chancelier de Philip(»e le Bel , était fils d'un obscur gentilhomme d'Auvergne. Élevé à l'éiiole des légistes, des chevaliers és lois, qui, depuis Louis IX. çouvernnient le p.iys et servaient l'aulonte royale avec ùn zèle passionné , il joua on rôle fort im*

f sortant dans la lutte qui s'éleva entre a papauté et la France, à la fin du treizième siècle. Il fut envoyé à Rome en 1297 , avec le duc de Bourgogne et le comte de Saint-Paul, pour la canonisntion de snint f.oiiis; il fallait au roi un mandataire habile auprès d'un adversaire tel que Boniface. Enfin, quand l'explosion eut lieu, après l'offense faite au roi par le légat ('\ rqiie de I^amiers, Pierre Flotte, devenu chancelier, rédigea l'acte d'accusation contre ce prélat (voyes Satssbt [Bernard de]).

Dès lors , il fit tout ce qui était en son pouvoir pour soulever le royaume contre Boniface. Ce fut lui qui se chargea de porter au pape la réponse de Philippe à la bulle Amculfii, Jiliy réponse qui n'était qu'une insulte. L'altercation entre Boniface et ce petit avocat borgne (*) fut violente , et le chan-

(*) BêluJ. au Pûtnu Floie, ttmMdêns car-

celier sortit de Rome avec une haine mortelle contre les prêtres, et la ferme résolution de |»révenir leurs entrepri»

ses. De retour à Paris, il se hâta de relever les propositions choquantes noyées dans le doucereux verbiage de la cour pontificale , et déclara bien haut que ce serait une lâcheté aux Français de sou* mettre au servage du pape un royaume qui avait toujours été indépendant. \)ù son côté, Boniface, au milieu d'un consistoire tenu le 26 juin 1302, prit la parole pour expliquer sa bulle, et s'exprima ainsi r «T ii nouvel Acbitophel, Pierre « Flotte , lionime aigre 1 1 plein de fiel , « homme qu*on doit croire hérétique « (car depuis qu'il conseille son roi , il « l'a précipité, lui et le royaume, de mal «en pire contre l'Église).; cet homme « nous a accusé, etc., etc. »

C'était en effet un adversaire redoutable que le chancelier. Prenant pour prétexte la longueur de la bulle , il n'en communiqua pas tout le contenu aux trois ordres du royaume; il jugea plus convenable d'en présenter un résumé arrangé par lui de manière à faire exprimer plus brutalement , plus crûment au pape toutes ses prétentions. Ce sommaire perfide est connu dans l'histoire sous le nom de la petite bulle. Pour achever de faire prendre feu a la nation. Flotte répandit en même temps une fausse réponse du roi à la fausse bulle. Cette réponse commençait ainsi : « Phi- « lippe, par la grâce de Dieu , roi des « Français, à Boniface, prétendu pane, « peu ou point de salut. Que votre très- « grande fatuité sache que nous ne som- « mes $oun)is à personne pour le (em- « porel , etc. »

A l'assemblée des états , tenue dans l'église de Notre-Dame de Paris , le 10 avril 1302, le chancelier porta encore la parole pour exposer la question aux trois ordres , et s'y prit d une manière aussi habile que hardie. Pendant l'été, de graves événements survenus en Flandre firent diversion à cette querelle.

Pierre Flotte suivit l'armée française qui marcha contre les Flamands, et périt à la désastreuse bataille de Cour-

pore , menteque totoRter excacatus. ( Bulle de Boniface aux prélats de France), Dnpuv, HUt, du diff, , preuves , 65.

FLOUREXS

FllAJNCE.

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