L'UNIVERS. FORTIFICATION
« troupes puisse se défendre contre un n plus grand. » Cet art, est-il besoin de le dire, a toujours dû se modifier selon que se modiwûent les armes et les machines de puerre. Son histoire peut donc être divisée en deux grandes é|ioques , Tune qui a précédé, l'autre qui a suivi Fîntrodoction de Tusafse de la poudre à canon dans les armées européennes.
Depuis les temps les plus reculés, jusqu à répo(|ue où ce grand moyen de .guerre fut {généralement adopté en F/irope, les fortificntinns ne furent que des murailles, aussi hautes, il est vrai, aussi épaisses, et surtout aussi solidement construites que possible. Les murs qui ceignaient les lieux fortifiés, villes ou châteaux, décrivaient ordinairement un polygone, soit régulier, soit irrégulier, dont les sommets, et m^nie les cotes de distance en distance , car ils
fireseutaient toujours un vaste déveoppement, étaient flanqués de tours. Il n*y avait , du reste , aucune méthode , aucun principe d'art, pour déterminer l'emplaceuient et le nombre de ces tourf : on les multipliait d*autant plus qu'on voulait mieux remplir les conditions d'une bonne défense. Vour auc;- . menter les obstacles de l auproche, on entourait les murs d'un rossé qui se franchissait sur un pont-levis, et qui était quelquefois plein d'eau, mais plus souvent sec.
Tant que, d'une part, les projectiles furent seulement des javelots dardés à la force du bras , des flèches décochées à l'aide d'arcs ou d arbalètes, et des
{)ierres lancées avec les frondes, les baistes, les mangonneaux et l«i catapultes; tant que, d'autre part, l'.iss.iill.int, pour pratiquer brèche, n'eut d'autres ressources que les béliers, grandes poutres dont le choc ébranlait et renversait bientôt les murailles, et les tarières, longues barres de fer armées de dents qu'un introduisait entre les pierres des murs pour les disjoindre et les fbire tomber; en un nwt, tant que ne changèrent ni les armes de l'dttaque ni celles de la défense, il ne s* opéra non plus aucun diangement, aucun progr^ dans Tart dont nous esquissons l'histoire.
Au contraire, dés <|^ue l'usage des armés à feu commença a devenir géné-
ral , il se fit une révolution complète dans le système de fortifications suivi jusqu'alors. On crénela les murs, on peHça des meurtrières , on doubla les enceintes, on nmltiplin à l'infini les tours et les tourelles; euiin, on terrassa les murs d'enceinte pour tes rendre plus propres à résister au .choc des boulets, et on les surmonln d'un retnpnrt destiné h recevoir également de l'artillerie, car c'est le mode d'attaque qui fait la loi de la défense, et, pour être à couvert au sommet des murs, on couronna les remparts de parapets en terre et à répreuve. Dès lors, on fit invariablement -précéder les enceintes d*un fossé, plus ou m(Mns large et plus ou moins profond, dojit les terres servirent à élever le rempart. Le côte du fossé le plus voisin de la place prit te nom à'escai'pe, et celui qui touche à la campagne le nom de rnnfrcscarpe.
Bientôt aussi, et ce fut la un perfec- ■ tfonnement capital, la forme des enceintes changea : au lieu de tours liées entre elles par des portions de murs rectilignes, on traça des murs a re- <farn«^ e*est-à-dire, qui, de distance en distance, formèrent des angles rentrants et aigus. Le but de cette noiivelle rlisposition était que les côtés de chaque angle pussent se défendre Tun Tautre, on, pour employer l'expression terhniqne, se flanquer, et qu'au contraire les batteries de la campagne ne pussent les frapper qu'obliquement. Ainsi , en effet, les coups étaient moins efficaces pour la destruction des murs. On admet d'ailleurs, comme principe fondamental en fait de fortifications, que tout point dans un rentrant est fort, et que tout point sur un saillant est faible.
Mais ou ne tarda guère à s'apercevoir qu'aux angles rentrants, l'épaisseur des parapets et la hauteur des remparts empêchaient de découvrir le fond do fosse. Pour remédier à cet inconvénient, 00 imagina les bastions. Un bastion est une portion de terrain circonscrite par un polygone non fbrmé, composé de quatre cotés . deux grands, nommés/aces, ^ui se touchent, et deux plus petits, nommés fiancs, qui se rattachent duMMin à l'extrémité des deux autres. T-es quatre côtés du polygone forment trois angles, qui tous les trois
rowrificATioir FRAIVCE. portipicatioii
sont obtus et font saillie vers la campagne; mais Tangle du milieu, le point où se réunissent les deux faces , s'ap^lle particulièrement le saillant du bastion; l'ouverture que laissent entre eux les flancs en est la goj-ge. La partie du mur rectilif^ne qui joint deux bastions s'appelle courtine. Enh'n, on ap[)plle front la partie dVnieinte com|)rise entre deux saillants. Un Iront se compose donc de deux demi-bastions réunis par une rourtine, ou, si l'on veut, d'une fO!irtme areonTpni^née à droite et à gauche d'un demi-bastion , c'est-à-dire d'un flanc et d*une face. Le front est féiément de totite fortification bastion-^ née; en d'autres termes, les enceintes fortifiées d'après oc système n'offrent t|u*une suite de fronts.
Dans le tracé, les lianes sont destinée à donner des feux tout le Ions de la face correspondante du bastion adjacent. Le tracé TOstio/i^ a done fait disparaltrâ ieainoonvénients que présentait, avonsnous dit, le tracé à redans. I.e premier a sur le second l'immense avautage de détruire dans le fossé tout endroit couvert contre le feu de la place. Gomnie le flanc doit donner des feux jusqu'au saillant du bastion , la ligiie de dé^ fense, cVst à-dire la distance de l'extrémité du flanc au saillant, se propor> tienne sur la portée des armes. On la fixe artuellenient a 2o0 mètres, portée eflicace d un fusil de remi-art; c'est un 4noyen terme entre la portée du fiisil ordinaire et celle du canon.
Jusque sous I.onis XIV, on ajouta quelquefois aux lianes, du cote ou ils se joignent aux faces, une avance qui s'appelle épaulement lorsqu'elle est carrée, orUlon lorsqu'elle est arrondie, (les avances , auxquelles on reconnaît tout d'abord œrtams tra^ dus à Vauban , avaient pour but d'établir sur les flancs deux parties distinctes, l'une saillante et l'autre rentrante, la première protégeant la seconde et la vendant plui forte; mais la fortiiication moderne • cm pouvoir les abandonner.
Outre les parties essentiellesdu front, c'est-à dife les deux demi-bastions et la courtine, il y a encore divers ouvrages extérieurs qui quelquefois en dépendent et que nous devons iudiqner. Ainsi, c'est en général au milieu de la cour-
tine, qui comme partie la plus rentrante du front en est la plus forte , que se placent la porte de vUle et la poterne, issue d'une paierie souterraine conduisant de l'intprienr de In pbce au tond du fossé. Pour couvrir la poterne, on élève devant la courtine un petit ouvrage, ordinairement de forme rectangulaire , appelé tenaille. Devant la tenaille elle-même, on établit un autre oavrage, avançant dans la campagne et nomme demi-lune y dans l'intérieur duquel se trouve un réduit, espèce de petit bastion fort étroit où les assiégés se retirent à la dernière extrémité. Om communique de la tenaille à la demilune au moyen d'une caponnière, c'està-dire d'un cbemia de chaque côté duquel s*élève dans tonte la largeur du fossé un petit tertre eaaes baut pour abriter un homme.
Quelquefois aussi on place devant les bastions de ^nds redans destfnés à les oouvrir, et qu'on appelle confre gardeM. Enfin , les bastions et les demi-lunes sont toujours précédés d'un fossé { le long de la contrescarpe de oe fossé, on ménage une largeur de 8 à 10 mètres, dans laquelle on ?e couvre nu moyen d'un parapet en terre, qui se raccorde avec les alentours de la place par des talus fort doux sommés giocU, L'on* vrajie que forme ce parapet suit le pourtour des dehors; c'est un véritable chemin de ronde qui prend le nom de chemin couvert.
Dans l'orif^ine , on construisait les remparts tout en maçonnerie, et on leur donnait beaucoup d élévation. Ce système offrait deux îneonvénients graves : le premier était de coûter fort cher, le second d'être trop exposés au feu de l'assiégeant. Ces immenses murailles s'écroulaient facilement, et leurs débris servaient à combler le fossé. Les remparts bas valent infiniment mieux, et on ne les revêt que Jusqu'à la hauteur où les maçonneries ne peuvent étreaperçuesdela campagne. On donoa .
d*abord benucoup d'inclinaison à ces maçonneries, dites murs d'escarpe; Vauban les inclinait au cin^iième , et Qormontaingne au sixième. Mais les murs trop inclinés se lézardent; au contraire, les murs verticaux se sur- . plombent. On obvie actuellement à ce
386 FOATIFICATIOM WR
double inconvénient en les inclinant an
vingtième. Au-dessus des murs d'escarpe s'élève le massif de terre qui constitue le rempart , et auquel ou donne le nom de parapet.
C'est dans !e parapet que s'enfonrmt les boulets et les obus de l'attaque; aussi doit*il avoir une épaisseur pro> portionnée à la pénétration des projectiles dans les terres. II se compose de la plongée^, talus doux sur lequel le déjfenseur appuie son arme pour tirer sur l'assiégeant, et du Mis extérieur, talus à terre roulante qui raccorde la ploniîée avec la herme , petit espace de maçonnerie qu'on laisse à nu, au so?nmet du mur d'escarne, afin de donner aux terres une meilleure assiette. En arrière de la plnn^iée est un petit gradin , appelé banquette , où l'assiégé se place pour décharger son arme; puis, vient le fabis intérieur ^ qui raccorde, du côté de la place , la banquette avec le reste du rempart , nommé terrep*,ein.
L'idée do bastion appartient, suivant lesims, à Jean SSsca, chef des hussites de Bohême, vers 1489, et suivant les autres, à Achmet-Pacha, qui, en 1480, construisit Otrante. Les premiers bastions élevés par les Italiens et les Espagnols avaient des dimensions trop petites pour constituer une bonne d^ jfense ; mais, vers le milieu du seizième siècle , on en construisit à Landrecies, à Hesdin, à Thionville, et à Metz, dont les dimensions diffèrent peu de celles des bastions modernes. Tout d'abord on adopta unanimement le tracé bastlonné
aui donnait au front une courtine et eux demi-bastions , composés chacun d'une face et d'un flanc; mais on se disputa, pendant près de deux cents ans, sur la longueur que ces lignes doivent avoir, et sur l'ouverture des angles qu'elles doivent former. Ces disputes firent éclore divers tracés , dont nous allons indiquer, en peu de mots, les avantages et les inconvénients.
Ki rard, le prenner ifigénieiir français qui ait écrit sur la fortification ( son traité est de 1574), donnait à ses flancs une direction telle , qu'ils fissent un an^le ai;;u avec la courtine. Par cette disposition, les flancs sont bien cachés à iVnaemi, mais, m leur petitesse, ils
^£RS. FORTIFICATIOH
ne peuvent défendre que très-oblique* ment les fossés des faces des bastions opposés. Les villes de Bergerac, Clérac, Sedan, Montauban, Doullens, et les citadelles d'Amiens et de Verdun sont fortifiées d'après ce système.
INIarolois, ingénieur hollandais, presque contemporain d'Krrard , remédia au défaut que nous signalions tout à l'heure , en rendant droit l'angle du flanc et de la courtine.
Devilie, autre ingénieur franchis, qui écrivait en 1628 , traça ses flancs perpendiculaires à la courtine, et les com* posa de deux parties : l'une , basse au niveau de la campagne, l'autre, en arrière et plus élevée. Convaincu de la supériorité de l'angle droit sur tous les autres , il voulait que les saillants même des bastions formassent cet angle. Le tracé de son orillon, plus tard adopté par "Vauban, était judicieux; mais il prétendait que les bastions doivent tirer leur défense de la courtine et non du flanc , principe évidemment faux. '
Dans le tracé de Pagan (cet ingénieur écrivait en ini8), les flancs défendent mieux le fossé de la face du bastion opposé que dans les tracés antérieurs , attendu que leur direction fait un angle obtus avec la courtine. Ces flancs, composés de trois étapes, formant amphithéâtre les uns au-dessus des autres, peuvent donner des feux très-nourris.
Ln outre, Pagan construisait un second bastion dans le premier.
Yauban (né eu 1G33 , mort en 1707) n'a rien écrit sur le tracé des fortifications; sa méthode ne se trouve que dans les travaux qu'il a dirigés. Trois systèmes, de plus en plus parfaits, furent successivement adoptés par lui.
D'après le premier, qu'il a appliqué au fort Louis , sur le Rhin ; nu fort de Scarpe, à Douai; au fort Saint-Fran-
j]o\s y à Aire , et aux places de Sarreouis , Phaisboure , Huningue , Maubeuge, Schelestaclst, Frihourp en Hrisgau^Totil , etc., il écartait son liane de la perpendiculaire, et le traçait de façon que tous les coups partis de ce flâne pussent atteindre le saillant du bastion- De plus , le flanc est concave et
âarni d'un oreillon. Enfin , il mettait evant la courtine une demi-lune me
l'ORT-tOUlS
FRANCE
VOBTS
flancs. Mais les flancs conrnves rt à orillons offrent plus d'inconvénients que d'avantager; outre qu'ils sont fort cben à construire, ils étranglent et diminuent la capacité du bastion. Vauban îui-inénic le reconnut plus tard. Son second système, celui qu*il a suivi pont Landau, se distingue en ce que les bastlotfs y sont fort petits : on leur donne le nom de fom^s bastionnées. Ils ont l'avantage d'échapper , par leur petitesse , aux ricochets et aux bombes, et sont cachés à l'ennemi par des contrecardes. Le troisième système de Vauban, celui d'après lequel il a tracé les fronts de Neul-lirisacli , ne diffère du second qu*en ce que la courtine, qui joint les tours bastionnées , est ellemême brisée en une série de bastions.
Cormontaingne , qui succéda à Vauban, améliora, entre autres travaux , la pince de Thionville, et construisit dans celle de Metz, de 1728 à 1732, les forts Moselle et Belle-Croix. C'est dans la construction du dernier qn*il approcha le plus de ce qu'il appelle le bon modèle, autrement dit un tracé îy])!%<pril donna vers la lin de sa carrière. Il supprima les oreillons, et adopta les lianes rectllignes, dirigés de façon à former un angle obtus avec la courtine. Sa demi-lune étnit tracée de manière à bien couvrir i s an|;les que le flanc forme avec la courtine et avec la face du bastion. Il inclinait la plongée au neuvième, les glacis nu vingt-quatrième.
La hauteur qu'il donnait au mur d'escarpe du corps de place était de 50 pieds ^"*,745); c*est un minimum que ron a conservé.
Le front moderne n'est autre chose que celui de Cormontaingne, à quelques modifications près. Ainsi , on incline maintenant les plongées au neuvième; les talus extérieurs sont plus grands, ce qui augmente la difficulté de l'escalade, et donne Tavantage au défenseur; les chemins rouverts, beaucoup mieux organisés, sont plus susce[)tibles d'une bonne défense; eniin , les communications entre la place et le dehors sont indépendantes les unes des autres , et par là une place est moins exposée aux surprises.
FoRT-Louis. Ce village, du département du Bas-Rhin , situé à 46 kil. de
Strasbourg , sur une île du fleuve, était jadis une ville que Louis XIV avait fait fortiiier par Vauban , en 1689. £lle fut bombardée, prise et saccagée en 1793 par les Autrichiens. Les Français y rentrèrent quelque temps après mais ils ne la relevèrent pas de ses ruines. En 1814 , nn corps d*armée russe s'en empara et releva une partie des fortifications , qui furent de nouveau rasées après la paix.
FouT-RoYAL. \oyez Mabtiniqub.
FofiTS, Forteresses, Cit4Dellbs.
Ces trois espèces d'ouvrages iniiit;iires (uit généralenienl remplacé, à partir de Louis XIII et de Louis XIV, ceux qui, jus(]u*aux règnes de ces princes-, por* talent les noms de tours et de châteaux. Où jadis on élevait une tour , comme sur une hauteur dominant une ville , à la téte d'un pont, à rentrée d*un port, d*ane rivière , d'un défdé , on éleva depuis un fort. Il en fut ainsi lorsque la puissance royale eut pris un accroissement tel , que les seigneurs ne possédé* rent plus en propre aucun point fortifié, dans toute l'étendue du royaume, et qu'au contraire la propriété exclusive des fortifications et le soin de les entretenir passèrent au roi. Ceux des châteaux forts , isolés dans la campagne^ ou situés dans l'enceinte des villes , qui ne furent pas détruits ou changés en châteaux de plaisance , se transformèrent de même, les uns en places fortes et en forteresses , les autres en citadelles.
Xlne place forte est une ville complètement ceinte de fortifications régulières. Une citadelle est une seconde petite place , située à l'intérieur de la première, qui a des ouvrai^es défensifs tout à fait distincts, et qui n'enveloppe pas les habitations des citoyens. Une forteresse, selon certains auteurs militaires , ne diffère en rien d'une place forte, et les deux mots sont synonymes; selon d'autres, et de ce nombre est Vauban , le premier de ces mots ne désigne qu'une place de second ou de troisième ordre. Toujours est-il qu'on a aussi appelé forteresses divers châteaux forts construits au milieu de villes ordinaires, et servant, comme la Bastille, d'arsenal ou de prison d*Ëtat. Un fort est unoufragede même nature
VOETITHAT LUNIVERS. FOaTtfNAT.
qoe Ibs préeédents , mais qa! offre encore moins d'étendue qifune forteressOt et qui ne peut loger qu*une iaibie garnison.
Tantôt les forts sont bâtis sar des points isolés : c'est , nous Pavons déjà dit, lorsqu'ils défendent l'entrée d'un port ou d'un défilé . remboucliure ou l'accès d'un fleuve. Tantôt , ils avoisinent les places fortes , auxquelles des lignes de fortifications les relient parfois : alors, ils balleist les routes environnantes et protègent les approches des places. Dans l'un et Pautre cas , ils sont autant d'obstacles op|)osés à l'invasion des armées étrangères ; ils arrêtent iëur marche , gênent leurs communications, et contribuent au succès d'une guerre défensive. Souvent, aussi, les forts dominent les villes , et sont destinés u les contenir , autant et plus qu*à les protéger contre Tennemi.
Les forteresses jouant le même rôle que les places fortes, nous n'avons rien de particulier a en dire.
Quant aux citadelles, leur destination est d'une utilité facile à concevoir.
C'est dans la citadelle que les troupes qui défendent une place de guerre se retirent quand la place vient à être occupée par Peimemi. De là , elles Parrétent encore longtemps. Mais les places de guerre proprement dites ne sont pas les seules qui en aient. Une ville est-elle trop étendue ou trop mal située pour qu'on puisse la défendre sur tous les points , alors surtout on lui donne une citadelle , pour que , si la ville pri.se , on sent le besoin de tenir •ncore quelques jours , In irnrnison s'y puisse réfugier , et souvent obtienne une c^ipitulation plus honorable. Lne citadelle doit donc toujours avoir un sol plus élevé que celui de la ville, et être fortifiée de telle sorte qu'il soit impossible de la prendre la première.
fownmki ( ^manUus , HanoHus Clcmentianus Fnrtunatus). « Né aux environs de Trevise , et élevé à Ravenne, Fortunatus était venu en Gaule (662) pour acquitter un vœu de dévotion au tombeau de saint Martin; mais, comme ce voyage fut pour lui plein d'agréments de toute sorte, il ne se hâta pas de lAttmiiiier. Le poëte se promena de vtUeea ville , anueUli , fête , désiré
par les hommes riches et de haut rang
3ui se piquaient encore de politesse et Vlég.ince Ceux qu'il venait de quitter après un séjour plus ou moins long dans leur palais éptscopal , leur maison de campagne ou leur château fort , eatretenaient dès lors avec lui utteeorres-
I)ondance réglée, et il répondait a leurs ettres par des pièces de vers élégiaques, où il retraçait les souvenirs et les incidents de son voyage.... Ces peintures, quelquefois assez vraies, et quelquefois vaguement emphatiaues, étaient mètees de compliments et de flatteries.... Tout cela, il faut l'avouer, était manjué des signes de l'extrême décadence littei aire, écrit d'un style à la fois prétentieux et négligé, plein d'incorrections, de maladresses et de jeux de mots puérils; mais, ces reser ves f;iites, il est intéressant de voir i apuarition de Fortunatus en Gaule y réveiller une dernière lueur de la vie intellectuelle, et cet étranger devenir le lien commun de ceux qui, au milieu d'un monde inclinant vers la barbarie, conservaient isolément le goût des lettres et des jouissances dePesprit. De toutes ses amitiés, la plus vive et la plus durable fut celle dont il se lia avec une femme, avecRadegonde, Punedes épouses du roi Chloter I*', retirée alors à Poitiers, d.uis un monastère qu'ellemême avait fonde, et ou elle avait pris le voile comme simple religieuse »
Après être resté quelque temps à la cour d'Austrasie , auprès de Sigebert, et y avoir, comme poëte royal, composé un épithalame pour le mariage du prince avec Brunehaut , Fortunat , « peut-être un peu las des objets de ses éloges , et peut-être aussi attiré vers le Mini, d'où il était venu, » s'était enlin avance jusqu'à Tours , la ville de saint Martin.
I jisuite, il avait visité le monastère de Poitiers, comme une des choses les plus remarquables que pilt lui offrir son voyage , et il y avait été accueilli par la reine et par Pabbesse avec une distinction flii(t»Mise. Comblé par ces deux femmes de soins , d'égards , et surtout de louanges , le poëte ne songea plus à repasser Tes Alpes; « il s'étal)lit a Poitiers, y prit les ordres, devint prêtre de
(•) Aug. Thieny, Récits mérovingiens j t. Il , p. 94a «t Miiv.
FèWrVJIAT FRANGE. ffOSSAlfO 3»
réalise métropolitaine...., fût le eon* seiller, l'agent de confiance, l'aniba'^sad^ur , t'ioteodant , le secrétaire de la reine et de l'abbesse (")... > La réputation du prêtre souffrit de cette intimités qui devint le sujet d^nsinuatioiis malignes, q«oi(|u'elie ne fdt, au fond, qu'une amitié exaltée mais cbaste, une espèce d*amour intellectuel. L'émigré italien menait, de[)uis 567 , cette vie paisible, et méjne épicurienne, fiu'il s'était choisie avec un si parlait iiiâtinct du bienêtre , lorsqu^eo 609 , dans un fige trèsavancé , U ^rviAt à révécbé de Foitiers.
Il ûnj4 ses jours en 609, laissant de ' noml^reux ouvragée eo «ers et en prese, et , pour que rien ne manquât à sa
gloire , on le rangea au nombre des maints; ré-glise de Poitiers célèbre, en eifet, sa fête le 14 déceinlire.
Ses œuvres, qui, pour Tétude de notre histoire, sont le complément de celles de Grégoire de Tours , son ami, et contiennent beaucoup de documents précieux , ont été publiées à Cagliari, f673, 1574 et 1584, a Cologne en 1600, à Mayence , 1617, in-4*. Du a inséré dans le JiecueUdeshisloriemderratwe, sous le titre de Car mina hisiorica , tout ce qui , dans ses écrits, porte le caractère historicjue. Quani. aux écrits tbéologiques de Forlunat , ils ne méritent pas grand éloge : la frivolité de son caractère et d«' son esprit ne pouvait s'appliquer avec succès à des matières p*aves; plusieurs traités de ce genre lui ont été attribués à tort; mais on croit qu'il est l'auteur de plusieurs hymnes, entre autres dt^shytnnes Pange lingua , et l exillu régis , conservées par TÉglise, et où Ton trouve une tendance refDanfuable n ers les formes de la poésie moderne. Fortunat a d'ailleurs mis en vers plusieurs vies de vaints évéques ; il a écrit un assez grand nombre de petits poënies, dont les vers, f>I«»s ou nïoins longs, forment des croix, des carrés , des losanges , le tout accompagné d'acrostiches et d'anagrammes , etc. Ses meilleures poésies» eout eell( s qu'il a écrites au nom de son amie Radegoude. Au jour où le rhéteur mignard a rencontré une âme au-
O Idem, idan.
tTMMÉH trempée que la sienne, a répété
quelques accents échappés à cette Jime, il a ete poète une lois sans le savoir (*). »
Fos, lK)urj^di liéparlement des Rou-
cbes-du Rhône , arrondissement d'Aix, popnl. 916 hab., bâti près du canal que Marius lit creuser à ses troupes , entre le Rhône et le mer, lorsqu^il attendaitles Teutons. Les vestiges de ces travaux s'aperçoivent encore ; mais le canal, appelé anciennement Fossa mariana , est obstrué , et oa le nommé k Brai- MùH. '
On a découvert depuis , à l'embouchure de ce canal, des restes des quais et des magasÎDS ipie le général romain
y avait aussi fait construire. Après
qu'il eut FTïis fin à la guerre, Marius avait donne tous ces ouvrages aux Marseillais, et peu à peu il s'était formé en ce lieu une ville, désignée , par plusieurs auteurs latins . sous le nom de Fossie Marianœ partus. Les fortiflcations de cette ancienne eité furent détruites par les Sarrasins. Alors les habitants enii^rerent pour aller se fortifier sur une hauteur, entre un étang et le grand marais de la Crau, et nommèrent ce lieu CaUrum deFossis.
Le villaiie de Fos, qui doit à ces émi^rants .son origine et son nom , est situé sur un monticule . dont les ruines defaneien cbâieau occupent le sommet.
An-dessous , du coté du midi, sont des lignes de fortilications et de vieilles tours qui bordent toute la colline.
FoasAtfO (prises de). Charles-Qutni ayant, en 1536, résolu de chasser les Français du Piémont pour pénétrer ensuite en Provence, lit commencer les opérations railitaiies , le 7 juin , san» déclaration de guerre , par le siège de Fossano, et , le même jour, le marquis de Saluces abandonna la garnison qu'il V avait établie , pour passer auprès de l'euipereur. Les sires de Montpe/.at et de la Rochf du Maine s'etaii nt «Mifermés dans la pla e avec des troupes assez nombreuses ; mais les assiégés étaient sans vivres , sans artillerie ; l'eau leur manquait. Le roi leur avait demandé de tenir au u)oios trente jours, car ce
n Aiopère,]iiiLllU.dekmoee,tIl, p. 3^0.
FOUAGE L'UMIYËRS.
temps lui était nécessaire pour achever ses préparatifs de défense. Mais , malgré la bravoure désespérée des soldats et les privations auxquelles ils se résl-
gnaient gaiement, il leur fut impossible e prolonger la résistance an delà du 24 juin, jour auquel ils obtinrent une capitulation honorable d*Àntonio de t^eyra , général de Tempereur.
La Roche du Maine reçut l'accueil le
[)lus flatteur de Charles Quint, qui l'em- )rassa, voulut qu'il se couvrit devant lui , et donna ordre qu*on lui montrât le camp , en lui disant : » Je vais vous « faire voir une belle armée. »— « J'aii- « rois bien plus de plaisir , ré|)ondit la « Roehe du Maine, a la voir ruinée, ou
• du moins employée contre les Turcs.». L'empereur lui ayant demandé < e qu'il pensait de sa visite : « Je trouve votre « armée plus belle que je ne voodrois, « reprit le François ; mais si Votre Ma- « jesté passe les monts, elle en verra « une plus belle encore. » L'empereur ajoutant qu'il allait visiter les Provençaux , ses sujets : « Je vous assure, lai « répondit son interlocuteur, que vous « les trouverez bien désobéissants. »
Puis , l'entreiieu s'échauffant, l'empereur demanda combien il y avait de journées jusqu'à Paris. — « Si , par « journées, vous entendez des batailles, « répondit le brave la Roche , il y en a
• douze au moins , à moins que vous ne « soyfZ battu dès la première. »
Après la bataille de Mondovi , en 1 796 , Colli s'étant retiré sur Carignan , la division Serrurier passa la Stura et entra, le 96 avril , à Fossano.
Le 4 novembre 17î);) , Mêlas battit, près de celte ville, le général Championnet, qui essayait de troubler le siéKO de Coni.
Vov \GT. ^focagwm , foagitim. Droit féodifl àù anciennemeiit au roi et ù certains seigneurs par chaque ménage roturier ou feu (JûCUS).
Cette redevance fut exigée par le souverain , dès le temps de la première race, durant toute 1 époque des Carlovingiens, et pendant longtemps sous la troisième race. Charles Y le fixa, en 1370 , à six francs dans les cités , et à deux francs . dans les campagnes. Cinq ans après, il en affecta le produit au payement des tmpes. Enfin , il marqua les derniers
instants de sa vie par des lettres qui portaient à la fois la remise de tout ce
aui était dû sur les fouages , l'abolition e cet impôt , et Tordre de ne plus le rétablir dans le royaume (*).
Le fouage fut cependant rétabli par ses successeurs ; et , devenu perpétuel , il prit le nom de taitte. Mais cette dé* nomination ne remplaça pas pourtant l'ancienne, qui subsista jusqu'au dixhuitième siècle en l^ormandie et en Bretagne.
• Le fouage avait été rétabli en Normandie peu après In conqufhe de ce pays par Philippe- Auguste : il se payait anciennement de trois années l'une, et était de 13 deniers par feu. Il avait été accordé aux ducs de Normandie, à condition qu'en retour ils s'engageraient à ne faire aucun changement à leur monnaie , et en dédommagement des profits quMIs au r .lient pu faire sur la refonte aes espèces. Les collecteurs des tailles en firent la perception dans cette province jusqu'au siècle dernier, conformément aux dispositions de la coutume.
En Bretagne, le fouaiie tenait lieu de la taille ; il y était perçu d'abord , non-seulement par les ducs , mais encore par les seigneurs particuliers dans le cas de besoins pressants.
Depuis la réunion de la Bretagne à la couronne , on continua de lever chaque année , pour le roi , des fouages ordi* naires sur tontes les terres roturières, et des fouages extraordinaires oonsentis par les états.
Le fouage seigneurial , droit personnel dont rétablissement date des premiers temps de la féodalité , subsista beaucoup plus longtemps que le fouage royal , puisqu'il ne disparut qu'en 1789.
Quelques curés prétendaient aussi avoir un droit dp fon i-e sur leurs paroissiens, et le levaient ordinairement»
vers le temps de Pâques.
Enfin fouage étatt, dans certaines localités, synonyme de droit d*hûsfe' loge, osUse^ moiiéage, /oumage , blande,
FoucHB (Joseph ) , due éPOirante, naquit dans un petit village, près de Nantes, le 39 mai 1763 , d'un capitaine
(*) Ordonnances du Louvre, t. VI, préftce, p. xj et xvji, et t. Tll, p. 7fO>, fll&
nuNCK. loucHÉ 941
de la marine marchande, lit ses études ehez les oratoriens de Nantes , puis entra dans cette congrégation , et professa successivement à Juilly, h Arras et à Pécole militaire de Vendôme. Il était
{)réfet des éludes au collège de INantes, orsque la révolution éclata. Il quitta alors IMiabit ecclésiastique, se fit avocat , fut un des fondateurs de la Société patriotique de Nantes, et, à défaut d'éloquence , il B*y Ht remarquer par l'exagération de ses opinions.
Il ftit élu , en 1792 , député du département de la Loire à la Convention nationale. Il fut peu remarqué pendant les premiers mois de la session. Il avait connu Robespierre à Arras , il essaya de se lier avec lui, et pour captiver
i>lus sûrement son affection, rechercha a main de Charlotte Robespierre, sa sœur, dans l'intimité de laquelle il était parvenu à s'introduire, et qui ne montrait aucune répugnance pour ce lien; mais ces deux hommes étaient de caractères diamétralement opposés : toute liaison entre eux était impossible. Fouché se tourna alors vers la faction de Danton, • Action profondément innno- «rate, puisqu'elle avait réduit en spé- « culation pécuniaire Tenthousiasme et « l'anarchie (*). >.
Nommé membre du comité d'instruction publique , il s'y lia avec Condorcet, et fut mis par lui en relation avec Verghiaud. Il parut alors pencher un instant pour le parti girondin ; mais il s'en éloigna dans une circonstance impor^ tante , dans le procès de Louis XVI , où le vote de cet homme qui devait, vingt ans plus tard , devenir le ministre de Louis XYID , fbt ainsi conçu : « Je « ne m'attendais pas à énoncer à cette « tribune, contre le tyran , d'autre opi- « nion que celle de son arrêt de mort. « Il semble que nous sommes effrayés « du courage avec lequel nous avons « aboli la royauté ; nous chancelons d^ « vant l'ombre d'un roi... »
Les 14 février et 8 mars 1793, il fit, au nom du oomtté d'instruction publi* mi6, un rapport concluant à la vente de tous les biens dépendant des bourses et des établissements d'instruction,
0 Notice sur Fonché, dans rAnnniitre de M. Mahul, anuée iSao.
T. mu 16* lÀoraiion, (Dict. bng
autres que les collèges. Nommé, à la même époque, membre du comité des finances, il fit rendre par la Convention un décret ordonnant la recherche et la vente de toutes les propriétés d'émigrés, restées jusque-là inconnues au gouvernement. Il fut ensuite envoyé , sur la proposition de Marat , dans le département de l'Aube, pour y faire exécuter le décret de la Convention sur la réquitUkm, Il s'acquitta habilement de cette mission , pendant laquelle eurent lieu les événements du 3! mai et du 2 juin. Il fit parvenir à la Convention son adhésion a toutes les mesures qu'elle avait prises, et fut envoyé , deux mois après, dans le département de la Nièvre. Il s'était, depuis quelque temps, lié avec Chaumette ; on ne sera donc point étonné de l'esprit des proclamations qu'il y publia. L'une d'elles comniençait ainsi : « Considérant que le peuple tVan- « çais ne peut reconnaître d'autre culte «oue celui de la morale universelle « « aautre dogme que celui de sa souve- « rainetéetde sa toute-puissance, etc., « toutes les enseignes religieuses qui se « trouvent sur les routes, sur les places, « et généralement dans tous les lieux « publies , seront anéanties.
« Tous les citoyens morts , de quel- « que secte qu'ils soient , seront con- « duits, vingt -quatre heures après le « décès , et quarante - huit en cas de « mort subite, au lieu destiné pour la «sépulture commune, couverts d'un «voile funèbre, sur lequel sera peint « \e Sommeil. Le lieu commun où leiirs « cendres reposeront sera isolé de ton le « habitation , planté d'arbres , sous « Pombre desquels s'élèvera une statue « représentant /l? Commet/. Tous les au- « très signes seront détruits, et on lira « sur la porte de ce champ , consacré « par un respect religieux aux mânes « des morts, cette inscription; £a mori « est un sommeil éternel. »
Il fit etisuite procéder à un pillage régulier des églises, des châteaux et des maisons des suspects, « Je ne sais, « dit-il dans ime de ses lettres à la « Convention, par quelle imbécile com- «I plaisance on laisse encore ces métaux « entre les mains d'hommes suspects.
«Ne voit-on pas que c*est laisser un « dernier espoir à la malveillance et à la
:lop., sic.)
242 FOUCH^ Wa]
«cupidité? Avilissons Tor et Targent,
« traînons dnns la hone ces dieux de la a monarchie , si nous vouions faire ado- .« rer les dieux de la république, et éta- « blir le culte des vertus austères de la « Itbetté. » Quoi qu'il en soit de la sincérité de ces principes , il parait que Fouclié ne se crovait j as obligé d'y conformer sa conduite ; car on prétend que tout le produit des miracles que , suivant rex[)ressionde Cliatinieite, il opéra dans le département de la INièvre, ne fut pas envoyé par lui à la Convention, et qu*aae partie servit à fonder cette imniensf fortune qu'il a possédée depuis. Mais il allait bientôt ctre appelé sur un plus grand théâtre ; Lyon venait d'ouvrir ses portes aux armées de la république. La Convetil ion avait décidéque cette viile perdrait un nom qu'elle avait souillé en se soulevant contre l'autorité du gouvernement, et que ceux de ses habitants qui s'étaient fait remarquer par leur obstination dans la révolte , seraient sévèrement punis ; Collot-d'Berbois et Fouché furent choisis pour être les exécuteurs de la justice na* ' tionale.
Qu'il nous soit permis de penser que la Convention ne savait pas à quelles Diains elle conflait ce redoutable ministère. Ces honimes» en efïet, en abusèretit étrangement : ils devaient entrer en fonction le 10 novembre; ce jour-là même furent célébrées à Paris, par une faction anarchique, qui avait pris à tâche de déshonorer la révolution en la poussant aux derniers excès , de houteoies saturnales, auxquelles on donna le nom de fête de la Raiêon. Les procoiisiils préludèrent aux massacres dont ils allaient ensanglanter Lyon, par une seuiblable orgie /sous prétexte d honorer la mémoire de Chaliier. Les eérémonics du culte catholique furent parodiées de la manière la plus grossière; au milieu d'honunes portant les vases des égKses, s*avan^ait un âne, couvert d'une cliape et ooilfé d'une mitre; à sa queue étaient suspendus les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament.
CSes livres furent ensuite brûlés, et l'on fit boire l'âne dans le calice. Peu de jours a[)rès, Fouché, niirès avoir fait exécuter en masse les membres de la municipalité qui avait instruit le pro-
^£KS. FOUGHil
cès de Chaliier, écrivit u la Convention dans les termes suivants : « L'ombre « de Chaliier est satisfaite : ceux (^ui « dictèrent l'arrêt atroce de son supplice « sont frappés de la foudre ; et ses pré- « cieux restes, recueillis par les républi- « c;iins, viennent d'être portés en triom- « phe piir toutes les rues de Commune « affranchie : c*est au milieu même de « la place où ce martyr iiitrépide fut « immole à la rage effrénée de ses bour- « reaux , que ses cendres ont été expo- « sées à la vénération publique et à la
« religion du patriotisme, ete Nous
« le jurons, le peuple sera vengé: notre « courage severe répondra à sa juste « impatience : le sol qui fut rougi du « sang des patriotes sera bouleversé, « tout ce que le vice et le crime avaient « élevé sera anéanti. »
Les proconsuls ne tardèrent pas à tenir ce serment ; nous extrayons les passages suivants de la correspondance de Collot-dllerbois avec le comité de salut public : a Les exécutions ne font pas « tout l'effet qu'on devait en attenare. « La prolongation du siège et les périls «journaliers que chacun a courus ont « inspire une sorte d'indifférence pour «la vie, si ce n'est pas tout a fait le .«•mépris de la mort. Hier , un specta- «tenr, revenant d'une exécution, di- « sait : Cela n'est pas trop dur ; que « ferai-je pour être guillotiné ? Insulter « Jes represrotants ? Nous avons ranimé «l'action d'une justice républicaine, « c'est-à-dire, prompteetterrinle. comme « la volonté du peuple... Plusieurs fois, * vingt coupables ont subi la peine due « àleursfoifaits le même jour... Cela est « encore trop lent pour la justice d'nn « peuple entier qui doit foudroyer tous «ses ennemis a la fois, et nous nous « occuperons à forger ta foudre. »
a II faudra , » écrivait le 12 décembre, au conseil général de la Conimune, un a^ent des deux re^iresentants, Pelletier, « ri faudra dissémmer tous ces Lyonnais « dans divers points dç la république-, « et réduire cette cité, aujourd'hui de R 140,000 âmes, à 25,000 au plus. Les « représentants du peuple (Fouché et « Collot-d'Uerbois) ont substitué aux « deux tribunaux révolutionnaires qu'ils « avaient créés un comité de sept juges. « Cette mesure était indispensabic : les
rovcné FRANCE. Foucué 24ê
m deux tribunaux , mu Mue êmbarra»»
« sés par les formes, ne remplissaient • pas les vœux du peuple ; les prison- «niers entanés dans les prisons, les « exécutions partielles ne faisaient plue «que peu d'effet sur le ppii[)lf; le co- « mité des Sept juge sommairement, et « leur justice est aussi éclairée qu'elle est •prompte. Le 14 fnmaire, smxante de «ces scélérats ont subi la peine due à 0 leurs crimes par la fusillade; le 16 fri- « maire , deux cent huit eut subi le « même sort; le 18, eoixante-buit ont «été fusilles et huit guillotinés; le 19, n treize ont été guillotinés ; le 21 , la fu- « sillade eu a détruit en masse cinquante- « trois. Sous peu de temps, les coupa- « bles de Lyon ne MNiiHeront plus le sol «t de In réf)ul)li(jue. »
On ne peut, sans horreur, lire dans les récits contemporains les détails de OM épouvantables exéeutions. « Les pre- « miers députés, » disent des Lyonnais dans une pétition qui fut lue, le 20 décembre, à la Convention, « avaient pris « nn arrêté à la fois juste, ferme et bu- « main ; ils avaient ordonné que les « chefs conspirateurs perdissent scu's la «vie, et qu'a cet elfet, on instituât «deux commissions, qui, eu observant « les formes , sauraient distinguer le m conspirateur des malheureux qu*a- « valent entraînés l'aveuglement, l'igno- « rance et la misère. » (^ent treize eonpables furent condamnés par ces eommissions, et exécutes. C'était à ce nombre que s'élevait le chiffre dfô? guillotinés a la date du 4 décembre.
« Alors, continuent les pétitionnaires, m des nonveaox députés se sont plaints « que le sang ne coulait pas avec assez « d'abondance et de promptitude, et ils « ont organisé une comunssion révolu- « ttonnafre composée de sept membres, « chargés de se transporter dans les « prisons , et de juger en un moment les « nombreux détenus qui les remplissent.
« A peine le jugement est-il prononcé, « que ceux qu'ilcondamne sont exposés « en masse au feu du canon chargé à m mitraille. Ils tombent les uns sur les «autres frappés par la foudre, et, sou- «vent mutilés, ils ont le malheur de «ne perdre h la première décharge que « la" moitié de leur vif. Les virtimes qui « respirent encore après avoir subi ce
« supplice , sont «ebevéee à coupe de sa-
« bre et de mousquet. »
« Ils ont fait massacrer à coups de «canon, » dit Fauteur d'une lettre trouvée dans les papiers de Robespierre , « une grande quantité de pères de fa- « mille, dont dix à peine avaient pris « le^ armes ; ils ont eu la cruauté de faire « tuer à coupé de péUe et de pêœhe « ceux qui n'avaient été que blesses , car « il n'en mourut pas si\ de l'effet de la « mitraille... Ils ont fait jeter dans le « Rhône une partie de leurs victimes. »
n Soixante-neuf jeunes çens, dit une autre relation , furent un jour conduits dans la plaine des Hrotcaux; deux fossés parallèles y avaient été creusés pour reeevoir les corps des morts et des mournnts. Une haie de soldats bordait chaque ligne en dehors des fossés, et menaçait de l'œil , du sabre ou du fusil, qoiconqoe aurait tenté de s'écarter de la direction précise oij il devait attendre le boulet qui devait terminer sa vie.
Cette direction était le plan horizontal, large d'environ trois pieds, qui se trouvait entre les deux fossés. Là furent placés les condamnés, garrottés deux à deux, à la suite les uns des autres. Derrière eux étaient les canons... On donna le signal de rhorriMe décharge. Elle ne tua pas le tiers des malheureux qui l'essuyèrent, mais presque tous furent blessés. La fusillade s'unit alors au canon pour opérer leur deatroetlon.
Enfin, les soldats traversèrent les fossés, et avec le sabre ih la complétèrpf t. Ces soldats, peu exercés à nianier les armes, et la plupart égorgeant pour la première fois, furent près de deux heures à compléter \p innssaere. Un bataillon de volontaires refusa défaire feu...
Ainsi s'exécutèrent toutes les fusillades (*). »
On sait que la Convention avait décrété que la ville de Lyon serait détruite; tout le monde comprit alors comment cette assemblée entendait que cette destruction fût opérée. Le passage suivant d'une pétition que lui adressèrent des citoyens de cette ville le prouve de reste : « Vous avez rendu un décret « que semble avoir dicté le génie du sé*
(*) T es prison'* d« Lyotti par le Citoyen DelanUine, p. 73 et suiv.
S44 VOUCIIIÉ t'UNl
« nat romain : vous avcss ordonné qu'on « dressât une4S0k>nne où seraient gravés « ces mots : Lyon n'est plus! Eh bien! « que votre décret se réalise; que Lyon « ne soit plus eii effet; que vUle affraaif « ehiey digne de son nouveau nom , elle 9i enfante des soldats à la liberté...
« Dites un mot, et de tonte? parts sorti tiront de nos murs des soldats sembla- « bles à TOUS. » Mais Fouehé n^avait pas compris sa mission de cette manière; on en jugera par le passage suivant d'une de ses lettres au comité de salut public : « Convaincus quMi n'y a d'innocent dans « cette infâme cité que oehii qui fut op- « primé ou chargé de fers par les assas- « sins du peuple, nous sommes en dé- « fiance contre les larmes du repentir; « rien ne peut désarmer notre sévérité. « Ils l'ont bien senti ceux qui cherchent « à vous surprendre, ceux qui viennent «« de vous arracher un décret de sursis « en faveur d'un détenu ; nous sommes
• sor les lieux, vous nous avez inv(>stis « de votre confiance, et nous n'avons « pas été consultés! JN'ous devons vous «le dire, citoyens collègues, VMiêI- « geMse est une faiblesse dangereutef « propre à rallumer les espérances cri- « mineiles au moment où il faut les dé* «truire; on Ta provoquée envers un « individu,on l'a provoquée envers tous «ceux de son espèce, afin de rendre
illusoire l'effet de votre justice; on « n'ose pas encore vous demander le « rapport de votre premier décret sur
• l'anéantissement de la ville de Lyon, « mais on n'a presque rien fait Jusqu'ici « pour 1 exécuter. Les démolitions sont « trop lentes, U fond des moyens plus « rapides à l'impatience républicaine.
« L'explosion de la rnine et ractioité « dévorante de la flamme peuvent seules « exprimer la totUe-ptdssance du peu-
• pie : sa volonté ne peut être arrêtée; « comme celle des tyrans, elle doit avoir
• les effets du tonnerre. »>
Quelques biographes de Fouehé se sont efforcés de l'excuser, en faisant peser sur son collèi^ue la respons:ibiIité de toutes ces horreurs. Il suflit, pour leur répondre, de dire queCollot-d'Uerboîs fut envoyé à Toulon , et que le député de Nantes resta seul à Lyon pendant près de deux mois. Ce fut pendant cet intervalle qu'il écrivit à son ancien
collègue le billet suivant: «Et nous
« aussi, mon ami, nous avons contribué « à la prise de Toulon , en portant l'é- « pouvante parmi les lâches qui y sont « entrés, en offrant è leurs regards des « milliers de cadavres de leurs compli- «ces. Soyons terribles, pour ne pas « craindre de devenir faibles et cruels; «anéantissons dans notre colère, et « d'un seul coup, tous les rebelles, tous «les conspirateurs, tous les traîtres, « pour nous épargner la douleur, le long « supplice de les punir en rois. Exer- « ^ns la justice à rexemple de la nature; «vengeons-nous en peuple; frappons «comme la foudre, et que la cendre « même de nos ennemis disparaisse du u sol de la liberté... Adieu, mon ami, « les larmes de joie coulent de mes « yeuxj elles inondent mon âme...
« P. S. Nous n'avons qu'une manière « de célébrer la victoire : lumenoOffOni « ce soir deux cent treize rMUs souê « le feu de la foudre. »
S'il nous était permis d'établir ici une comparaison entre les deux proconsuls de Lyon et l'infflme Carrier, peut-être avouions-nous que celui-ci nous inspire moins d'horreur. C'était, sans doute, ua monstre exécrable; mais il serait peut-être possible d'expliquer la rage frénétiquequi lui fîtcommettre tant de crimes, en racontant les atrocités que, dans une expédition en Vendée, il avait vu commettre par les révoltés sur les soldats républicains. Il serait impossible de donner une semblable excuse aux horreurs commises à Lyon par Collot et t ouche. Ces hommes n'étaient
{)oint , comme Carrier, des fous furieux ; e dernier surtout n'a que trop bien prouvé depuis qu'il jouissait de toute la plénitude de ses facultés inteliectueiles.
D'ailleurs, nous ne savons point qu'on ait reproché au procx)nsul de Nantes de s'être enrichi aux dépens de ses victimes. Comme un autre député dont la mémoire est cependant , aussi bien qoA la sienne, vouée à l'eiécration, comme le proconsul d'Arras, il revint pauvre de sa mission. Celui-ci se trouva pres-
2ue, lors de son procès , dans i'impo8si< ilité de produire, j^ur sa défense , une pièce dont l'expédition devait lui coûter cinquante francs.
Il n'en fut point ainsi de Foucbé, qui,
roucH]& FRAKCE. vovcaé
comme on l'a dit, chemin faisant^ ramoêioU Pmr dans des ruisseaux de
sang. « Nous saisissons , écrivait-il à « la Convention, des les premiers jours « de son séjour à Lyon ; nous saisissons «chaque jour de nouveaux trésors; « noua avons découTert, chez Totosan, « une partie de sa vaisselle cachée dans « un mur. Il y a ici beaucoup d'or et d'ar- « gent que nous vous enverrons succes- « sÎYement. Il est temps de prendre une «mesure générale, si vous voulez em- « pêcher ces métaux de sortir de la ré- « publique. ]\'ous savons que des agio- « teurs sont accourus dans le départe- «ment de la Nièvre, dès qu'ils ont appris «que l'or et rar£;ent y étaient méprisés. « Ne souffrez pas qu'iin des plus beaux « mouvements de la révolution tourne «contre elle; ordonnez que ces métaux « seront versés dans le trésor public. »
On devine, après avoir lu ces lignes, le sentiment qui lui faisait , à la même époque, écrire les phrases suivantes:
• Notre pensée, notre existence tout en- « tière, sont fixées sur des ruines, sur « des tombeaux, où nous sommes mena- «ces d*étre ensevelis nous-mêmes, et « cependant nous éprouvons de secrètes » satisfactions , de solides jouissante ces, etc.. » Voici, d'ailleurs, un arrêté qu*îl prit le 3 janvier, avec son collègue Âlbitte, et qui prouve que ces jouissances étaient, en effet, aussi solides qu'il le disait. < Les représentants « du peuple , envoyés à la Commune af- « franchie pour y assurer le bonheur «du peuple, requièrent la commission « des séquestres de faire apporter, chez « eux, deux ceni^ bouteilles du meilleur « vin qu'Us pourront trouver , et en «outre cinq cents bouteilles de vin « rouge de Bordeaux, prenUère qualité^ « pour leur table ("). »
Robespierre, indigné de tantdecruau* tés et d'infamies, avait à diverses reprises demandé vainement au comité de salut public le rappel de cet horrible bourreau {**)\ il Tobtint enfin, et lorsque Fouché, de retour à Paris, se présenta chez lui, il l'accabla de reproches, se plaignit amèrement de ce quele comité avait
(1 Histoire det fnritons, t. IV, Sso.
(**) Voyez les Mémoires de Charlotte Aolie^iote, a* édit., p. ni et suiv.
été mal informé par lui , et de l'usage infime quMI avait fait des pouvoirs
qu'on lui avait confiés ; enfin , il se sépara de lui en disant qu'il lui serait demandé compte du sang dont il s'était couvert (*). A partir de ce moment, Fouché intrigua pour sauver sa tête, et il fut l'un des plus actifs et des plus habiles meneurs de la conspiration dont le 9 thermidor fut le résultat. Robes-i pierre connaissait ses manoeuvres, et, cependant, son pouvoir était si peu affermi , qu'il fut obligé de temporiser.
Ainsi, lorsque Fouché vint essayer de
firouveraox Jacobins (séance du 8 avril) a nécessité des mesures prises par lui à Lyon , et qu'il osa dire : « Le sang « du crime féconde le sol de la liberté « et affermit sa puissance, » un citoyen demanda la parole contre lui. Alors, Robespierre se leva et se contenta de déclarer que le rapport de Fouché était incomplet. Il invita « le patriote qui «demandait la parole à développer les « faits sans aigreur. » Celui-ci annonça qu'ils seraient connus dnns la suite , et se retira. Kgbespierre n'attaqua ouvertement Foucèé que deux mois après , à la séance des Jaoobios du li juin (3S prairial) (**}. »
Il l'accusa de nouveau devant la société des Jacobins , le 38 messidor (il juillet), et obtint qu'il serait invité à se justifier desaccusntionsqui pesaient sur lui. Mais Fouché, au lieu de se rendre à cette invitation, écrivit à la société pour
(*) « Je fus , dit la sœur de Maximilien dans ses mémoires, présente à l'entrevue que Poudté eut è son retour avee Robespierre. Mon frère lui demanda compte du sang qu'il avait fait couler, et lui reprocha sa conduite avec UDe telle énergie d'exj)ressiou, que i oudié était pâle et tremblant II balbutia quelques excuses et rejeta les mesures cruelles qu'il avait prises sur la gravités des circoustancei. Hobemierre lui répondit qne rien ne pouvait joslîficr ksi eniafilés dont il s'était rendu coupable; que Lyon, il esi vrai, avait été eu insurrectiou contre la Convention nationale, nais qne ce n*étoit pas une raiacm pour faire mitrailler en masse des ennemis désarniéji. A dater de ce jour Fouché fut l'ennemi le plus irréconciliable de mon frère et ae joignit à la fiM^ion c|ui conspirait sa perte.»
(•*) Bûchez et Roux, Histoii-e parlementaire de la révol. frauç., t. XX.XII, p. ii, 4 ta.
povcnfi L'UNIVERS. VOUCIlé
la prier de suspendre son jugemeut jusqu^après le rapport ta oeMiitéB. Hobespierre acheva alors de le démasquer, et la société pronon^ à l*iiiiaDiinité sa
radiation (*).
INous avons raconté ailleurs la révo* lutioii du 9 thermidor, et la part que Fouché y prit : nous ne reviendrons point ici sur ce sujet. Après cet événement, qui semblait devoir assurer son impunité et oelle de ses complices, Fouche fut un des premiers à s'associ r à ce système commode , qui consistait a rejeter, sur les hommes qu'on venait de tuer , tous les crimes que ces hommes avaient en v;iin essnyé de rt'jjrimer.
Mais ce système lui réussit mal ; il était trop violemment compromis; trop de crimes pesaient sur lui , pour qu'il ^)ût s'en débarrasser entièrement. L'opiniOD le désignait aven les Carrier , les Fouquier-Tinville , les Killaud - Varennes, les Coliot-d'Ilerbois , etc., parmi les grands coupables dont la yindicte pu* blique exigeait le châtiment. Il s'efforça alors d'arrêter le mouvenifut réactionnaire, se rapprocha des Jacobins, etde> manda hautement, dans une séance de cette société, le maintien du système de la terreur. Ce fut alors qu'il se lia avec Babeuf et les principaux chefs de ce parti.
Cependant les dénonciations arrivaient de toutes parts contre lui : « Re- « présentants,» disaient dans une adrc'^se les habitants de la conimune de Gau« nat , dans laquelle il n*était pourtant resté (jue cinq jours; « représentants, « disaient-ils, déjà nous avons dénoncé « Fouché de Kautes, le premier qui, « dans notre département, prêcha la dé- « pravation des mœurs , démoralisa le « peuple, organisa la commission tem- « poraire de Lyon; qui, sans jugement, « fit égorger trente-deux détenus de « Mouhns, et, par suite, ravit aux dé- " parlements de la INiévre et de l'Allier « l'or et rarjL^ent des particuliers, etc.» Une autre dénonciation fut signée par toutes les autorités constituées du département de la Nièvre. On Ty accusait enfin de n'avoir rendu aucun compte des taxes révolutionnaires qu'il avait mises partout, et qui se montaient à
O ^oy. les AxMAMM , f. II , p. 3a5 et suiv.
plus de deux millions dans la seule commune de ï^jevers.
Fouché chercha alors à se rapprocher des thermidoriens , et il trouva en effet en eux des défenseurs zélés , juais impuissants; il fut, le 33 thermidor an III, sur la proposition de Boissyd'Anglas, décrété d'arrestation mnl^ré les eflorts (lueTallien et Legt ndre lirent en sa faveur. L'amnistie du 4 brumaire an IV vini, trois mois après, le rendre à In liberté. Jusqu'à la journée du 13 vendémiaire , il vécut dans la retraite à Montuiorency. Le Directoire lui couûa cependant , sur les frontières d'Espagne, une mission dont il n'est pas resté de trace, et à la suite de kujneUe il rentra de nouveau dans la retraite.
Le gouvernement était alors menacé par le parti auquel on a donné le nom defactmn de Babeuf. Fouché, qui n'avait cessé d èlre eu relation avec ce parti, qui en connaissait tous les secrets, en\oya à ce sujet à Barras un mémoire détaillé, et il en fut récompensé bientôt après par l'ambassade de Milan, puis par celle de Hollande , où il resta jusqu an moment où le Directoire de seconde formation Tappelaau ministère de la police.
Le premier acte de son autorité fut de faire fermer la salle du manège; ainsi , ses premières mesures de rigueur étaient dirifîées contre les partisans de la démocratie ; d'anai * juste (ju'il était, il allait devenir lauleur du despotisme. Cet ami de la plus effrénée licence se montra subitement Tennemi de toutes les libertés, et on le vit d'un seul coup supprimer onze journaux dans la capitale. Aussi lorsque, bien peu de temps aiw es, Bonaparte , que la mort de Joubert venait de laisser sans concurrent , fut arrivé d'F.L'vpte et eut accom{)li le 18 brumaire, il trouva Fouche tout prêt, comme si depuis longtemps celuici n'edt attendu queTarriTée du despotisme militaire.
L'espoir de Fouché était de conserver, sous le nouveau ré^me, le ministère de la police, qu*il considérait comme une mine d'or inépuisable ; pour mériter la faveur du nouveau pouvoir, il se dévoua sans réserve a son affermissement, il oonoaissaît les projets et les secrets de tous les partis; il livra
rouent FRANCE. wovcBà 347
tout au vainaueur; mais non pas avec cet abandon imprudent qui aurut trop
vite usé son utilité. Il garda pour le besoin une partie de ses ressources.
Mâis Bonaparte comprit ses réticences, et, roeâorant sa oonfinnoe sur rarrièrepensée qu'il devinait en lui, il ne se servit jamais de lui que comme d'un instrument redoutable qui peut blesser la main qui remploie.
Cependant Fouché, devenu grand seigneur d ins le nouvel ordre de choses, avait adopté des habitudes conformes à sa nouvelle situation; il réunissait, dans de brillantes soirées, tout ce qui avait survécu de la classe titrée d'autrefois; et ma!î;ré Tini^ratituile de son physi(^ue, nialjjré rigDobilité de sa fiure, il pouvait encore briller au milieu e toutes ces illustrations surannées, grdc(î, d'une part, à un aplomb impudent soutenu par de Tesprit, et, de Taiitre, à la bassesse extrême de ees restes de Tancienne noblesse. Il sut d'ailleurs profiter habilement, pour se faire des amis dans les deux camps, des immenses ressources que lui fournissait son ministère. Les membres même de la friniille de Bonaparte n'échappèrent pris à ses dons ; et Joséphine elle-même, chez qui un besoin constant de prodigalité altérait les oualités les plus nobles, ne résista pas à rattrait des riches offrandes par lesquelles il sollicitait son appui. Aussi fut-il constamment soutenu par elle contre l'Inimitîé de Lucien (*).
Ce système , suivi avec une adresse et une persévérance remarquables, finit par assurer si solidement le crédit de Fouché, qu'il devint l'homme le plus véritableinent f)iiiss;int du nouveau ijouvernement. Placé entre le parti démocratique et le parti contre-révolutionnaire, les contenant Tun par l'autre, se servant de tous deux, inventant de fausses conspirations et déjouant les comp'ots réels, il finit par établir son ascendant sur Napoléon lui-même, qu'il gouverna en entretenant ses défiances
(*) Les fermiera des jeux donnaient par jour à Foijrhé, en sus du prix de la ferme, 3ooo fr. Le mitiisU^ en donnait le tiers à Joséphine ; Bourrienne» le secrétaire intime 4e Bonaparte, reoevait pour sa pari a5,ooo f r. par mots.
et ses craintes. vSon habileté parut cependant une fois en défaut, (Uns l'affaire de la machine infernale. La célérité des mesures par lesquelles il mit la main sur les véritables auteurs de cette trame , loin de le disculper du tort de ne l'avoir point prévue, devait Ta^^graver en prouvant que la bonne volonté et le zèle lui avaient manqué, et non pas les moyens. Ce fut l'impression qui domina dans l'esprit de INapoléon, et les frères de celui-ci. Lucien et Joseph, qui détestaient Fouclié, parvinrent à obtei^ir son renvoi, et à faire réunir le ministère de la police à celui de la justice , que Reg:nier occupait ;ilors sous le titre de grand ju:j:e. Ceci eut lieu après la paix d'Âmiens, en 1802; mais bouché reçut en dédommagement le titre de sénateur, dont les émoluments étaient de 36,000 fr. ; il fut nommé titulaire de la sénatorerie d'Aix, dont le revenu ^ait de 80,000 fr.; enfin, Napoléon lui abandonna 1,300,000 &. sur les fonds de la police.
Il se retira dans sa belle terre de Pont-Carré (*), où il resta vingt-deux mois. Mais la courte trêve que la paii d'Amiens avnit nceordée à la France expira bientôt, et l'on vit recominencer cette guerre de complots et de lâches euet apens que la loyauté des cours de^ l'Europe , reunie à la magnanimité des émigrés, faisait au chef du gonvernement français. La vigilance d'une police active était redevenue indispensable. Fouché fut rappelé le 10 juillet 1801, et obtint, peu de temps après, le titre de duc d'Otrante. Ce rappel sembla un aveu tacite de la nécessite de sa présence, et son influence s'en accrut sans mesure; mais, ce que l'on aurait peine à croire, il devint surtout l'homme des débris de 1 emi^ra»
tion et de la Vendée. Dans cette liée, ouverte à la senrilité , les hommes de l'ancienne cour réclamaient le pas sur tous les autres , à raison de leurs précédents; et Napoléon, dont une des faî* blesses fut de tenir beaucoup à l'opi- «ton de cette classe» lui envia plus d'une
(*) Pont-Carré, réuni à Ferrières , qui appartenait auni à Penché, fornalt un des plua beaux domaines de l'empire. L'^tendm en était de qualra littUM au moini.
us
Foucué L'UNIVERS.
Foui:uÉ
fois la popularité dont il jouissait au faubourg Snînt-Germain.
Cet ascendant de Fouché sur les personnages qui travaillaient Topinion avec tant d'activité et d'adresse , lui fit à l'étranger une immense réputation; il y était représenté comme Thomme dont rhabileté empêchait le trône im-
riérial d*étre renversé , pendant que ceui pour qui il avait été construit s'égarait au loin dans ses courses conquérantes. On ne parlait que de conspirations déjouées par sa sagacité. Cepen* dant tous ces bruits de services rendus, de complots étouffés, fatifj;ucrent plus d'une fois Tenipereur , qui , se livrant un jour à l'explosion de son mécontentement, dit à celui qui les faisait répandre : V Europe doit savoir que Von ne conspire pas contre nioi.
Foucné ne répondit qu'eu s*appKquant à combiner avec plus de soin ces ténébreuses intrigues , dont il faisait sortir des fantômes effrayants. Aussi jamais tout ce que les mesures de police ont d'arbitraire , tout ce que ses madiinations ont d'odieux, ne fut mis plus souvent en usage. Ce système, bien plus encore que l'exagération de l'esprit militaire , donna au gouvernement im- 4)ériai les dehors d'un pouvoir oppresseur; aussi peut-on affirmer sanscrainte que de tous les traîtres dont les services contribuèrent è la ruine de ce régime , Fouché est l'homme qui lui fit le pbis de mal. Napoléon avait comme un pressentiment confus des résultats de celte conduite en apparence si dévouée, sa défiance s'augmentait de jour en jour, et, de 1807 à 1809, deux circonstances importantes la portèrent au comble.
La première eut lieu à l'époque des événements de Bayonne. Foucné trouva, dans le mécontentement que ces événements avaient causé en France , le thème d autant plus facile d'une nouvelle conspiration, qu'il avait été oppoaé à la guerre d'Espagne. Napoléon, laissant là les députés es[)agnols , se hâta de revenir à Paris, sur le. rapport de son ministre. 11 voulut saisir la conspiration flagrante ; mais déjà elle s'était évanouie au commandement du génie qui l'avait évoquée, l'année suivante (1809), après la bataille dEsiiug, les Anglais opérèrent un imnieoie débàrquMMut à Yaldmn*
La Belgique tout entière était menacée de tomber au pouvoir de l'ennemi, qui
f)Ouvait s'avancer jusqu'aux anciennes imites de la France presque sans rcsislance; Fouciié, qui réunissait alors le portefeuille de l'intérieur à celui de la police, appela a la défense de l'empire, et organisa avee une extrême rapidité tout le premier ban de la garde nationale, mit lîernadotte à la tcte de ces troupes, et les Anglais furent forcés de se rembarquer. La facilité avec laquelle le ministre avait, pour ainsi dire, fiiit sortir du sol de la France une armée tout entière, l'audace qui lui avait fait confier à Bernadotte le commandeanent de cette forte armée , quoique ce général fût en disgr<^ce, tous ces motifs portèrent au comble l'irritation de l'empereur. Napoléon avait d'ailleurs eu connaissance d'une circulaire dans laquelle Fouché avait dit : » Prouvons à l'Eu- «« rope que si le génie de Napoléon peut «« donner de l eclat à la France par les « victoires, sa présence n'est pas néces- « saire pour repousser nos ennemis. »
Son renvoi ftit dès lors décidé. Une dernière circonstance vint donner à l'empereur l'occasion de ne plus le différer.
Il avait espéré que les rois se montreraient moins difficiles envers le gendre de l'empereur d'Autriche qu'envers le représentant de la révolution. Apres son mariage avec rarchiduchesse Marie- Louise, il essaya d'ouvrir, par des voies détournées, des négociations avec le cabinet de Saint-James. Fouchequi avait pénétré ses vues, tout en ignorant ses démarches, crut lui être agréable en envoyant aussi un ngent en Angleterre.
Le ministère anglais, auprès duquel ces deux envoyés agissaient sans accord , se crut joué , et les expulsa tous deux d'une manière assez humiliante. Le résultat de cet événement fut le renvoi immédiat de Fouché. « Ainsi, lui dit JNapoléon en « plein conseil, vous faites la guerre et « la paix sans ma participation. » Le lendemain, 5 juin 1810, le portefeuille de la police fut donne a Savary.
Fouché se retira a Pont-Carré. Il y arrivait à naine, que Berthier et le conseiller d'Etat Real y furent envoyés pour lui demander les lettres autographes de l'empereur, et d'autres papiers qu'on n'avait pas trouvés au ministère^
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Un homme aussi prévoyant gue Fouclié devait attacher un jirnnd prix à ce dépôt, qui pouvait lui servir soit comme moyen de défense, si on ne gardait pas de mesures avec lui, soit simplement comme moyen nomminatoire, pour forcer Tempereur à conserver des ména^ïenients auxquels il sentait bien qu'il avait peu de droits. Sa résistance fut opiniâtre et victorieuse. Les envoyés revmrent à Paris les mains vides. Fouché avait reçu le titre de gouverneur de Rome, en même temps que l'ordre de quitter le ministère. Instruit que son refus de rendre les lettres avait mis Napolf'»on dans la plus violente colère, il se hâta de partir pour Tltalie. Arrivé à Livourne, il hésita un moment entre le désir de chercher un asile en Angleterre, et la crainte d'une expatriation irrévocable. Il s'embarqua même; mais le mal de mer le prit aussitôt avec une telle violence, qu il fut aussitôt obligé de se faire mettre a terre. Knfin , sur les instances de la princesse Élisa, grande^ duchesse de Toscane, il consentit à se dessaisir des [)apiers qu'il avait jusquelà refusés. Alors, il put sans cramte rentrer en France , et il alla habiter Atx , chef-lien de sa sénatorerie.
Dans cette résidence, il se vit Tobjet d'un empressement auquel les ministres en disgrâce sont peu acroutumés. Mais, ministre ou non, il était par sa fortune très-grand seigneur; et la noblesse provençale, moins difficile enrorc que celle du faubourg Saint-Germain, n'en demandait pas davantage pour justifier ses obséquieux hommages. Fouché, arrivé à Aix dans le courant de 181 1 , y resta jusqu'à la fin de 1812. Après la désastreuse expédition de Russie, il fut appelé à Dresde , où se trouvait Tempereur. Les motife de ce rappel tenaient bien moins au besoin que Napoléon pouvait avoir de ses services, qu'à la crainte qu'il ne proGtât du malheur des circonstances pour employer son in* fluence contre lui; et ce qui le prouve, c'est qu'il le mit hors de portée d'agir dans l'intérieur, en lui confiant le gouvernement des provinces ilWrienneR.
Fouché, rendu à Trieste à la fin de juillet 1813, n'eut guère le temps de faire profiter Flllyrie du bienfait de son admtoistratioa , et fut obugé dt oéder la
place aux Autrichiens, immédiatement a[)rès la haiaille de Leipzig. Il allait rentrer en France, lorsqu'il fut prévenu
Sar l'ordre de se rendre à ISaples auprès e Murât. Cet éloignement ne Tempecha pas de trahir l'empereur, et perdit IMtjrat lui-même; car Fouché lui conseilla la plus lâche ingratitude, en lui persuadant de se (fêclarer pour la coalition contre sa patrie, et contre celui à qui il devait sa couronne.
Fouché était revenu en France, et séjournait à Avignon iors^ju'il apprit les événements du 31 mars 1814. ]1 ne put donc faire partie du £»ouvprnement provisoire. L'abdication fatale était prononcée au moment oîi il arriva dans la capitale. Dès lors il chercha à se rapprocher des Bourbons; mais ses offres de service furent rejetées, et il se retira dans son château de Ferrières , faisant la police pour son compte , s*oocupant à maintenir, au moyen de ses nombreux partisans , son influence et son créilit. Il n'avait pas cessé d'en avoir auprès des royalistes; aussi les Bourbons eurent-ils recours à lui , lorsqu'ils virent Napoléon presque aux portes de Paris. Une entrevue eut lieu entre le comte d'Artois et lui diez la princesse deVaudemont; mais il déclara qu'on l'avait appelé trop tard , et qu'il fallait laisser courir le torrent; la veille, il avait eu , en présence du même prince, une audience de Louis XVIII; et, après avoir établi que rien ne pourrait empêcher le retour de Napoléon , il avait ajouté : « Nauoleon a besoin de « moi ; il ne peut raire autrement que « de m'appeler au ministère de la police « générale, car il est convaincu que sa « vie ne peut être en sûreté que proté- « pée par moi. Je viens dire à Votre Ma- «jesté que j'accepterai ce qu'il mepro- « posera , si elle veut bien m'y autoriser, x et si elle daigne aussi , de' son coté, « m'accepter pour son correspondant • privé. — Comment, M. Fouché, dit « le roi , vous pourriez nous servir en « trompant Bonaparte ! — Sire , en ;ii;isu saut ainsi , je croirais encore servir la « France. »
Quoi qu'il en soit , le ministre de la
f>olice, Bourrienne, reçut le lendemain 'ordre de l'arrêter : mais Fouché était piéfoui; et, au moaient où les agontt
FOlTCBé L'UNIVERS. TOUCHÉ
vioreut pour se saisir de sa personne, il w sauva par une porte secrète dans h maiion de la reioe Hortense, voisine de la siemiey et , de là, chez im de ses amis.
iVapoléon, en arrivant;» Paris, se iiâta de lui rendre le ministère de la police. Nous n'entreprendrons point de raconter ici les intrifiues qu'il ne cessa d'otirdir pendant cette courte et glorieuse
Kériode des cent jours, où les eliurls éroî(|ues de la nation vinrent de nouveau échouer contre les manœuvres des traîtres et des parjures. Disons seulement que , place , après Waterloo, à la téte du gouvernement provisoire, il chercha de tout son pouvoir, et réussit à comprimer l'elati national , qui aurait rendu la victoire au grand homme qui, s*il avait abusé de sa puissance, ne s*était jamais appuyé, pour Tobtenir, sur l'étranger , et qui , seul, pouvait encore préserver la rr.ince 'le la honte d'une seconde invasion, louche exerc^ail sur la chambre des représentants, une influence absolue; ce fut lui qui fit écarter la proj)0>ition de la régence. Il n'avait qu'un but, cVtait le rétablissement des Bourbons , mais après (|ue l'on aurait stiputéaveceux des garanties qui pussent lui assurer la possession de son immense fortune et des lionneursdont iljouissait. ' Il ne pouvait manquer de réussir , car la pl upa rt d es hommes qui de va ient I eu r étévation à Bonaparte avaient les mêmes intérêts. Pour atteindre ce but, il se mit à négocier directement avec les alliés, et particulièrement avec le duc de "Wellington : mais encore un coup, en parlant au nom de la révolution , en stipulant pour elle, c'était pour lui qu'il travaillait, c'était son avenir qn il voulait assurer ; aussi bien , de tout ce qu*il demandait, il n'obtint que ce qu'il avait i^n intérêt personnel a désirer réellement. Louis XVIII n'arbora point la cocarde nationale, il ne se n)it point à la téte de la révolution , niais il prit Fouché pour ministre; c'est-à-dire, que Louis XVili aima mieux contier son tr6ne à Taneien collègue de CoUotd'Herbois que de te confier à la foi d'une nation généreuse.
Les résultats de cette faute ne tardefent pas à se révéler dana les maBlfeslatioDs éoersiquei. de ropimoo «a^-
liste : Fouché chercha alors un point d'apuuidans l'opinion contraire, et rassembla les ingrédients de quelque nouvelle fermentationpolltique. Il ne réussit pas : cette opinion , ce parti démocratique et impérial, qui venait de lui voir signer les ordonnances fatales à la suite desquelles étaient tombées les têtes de Labédoyère et de Ney, à la suite desquelles avaient été proscrits tant d'hommes avec qui il avait fait si longtemps causecommune, ne le voyait plus qu^avec horreur, et désormais sans partisans, i! restait sans puissance. II prévint sa disgrâce en donnant sa démis^^ion , et fut nommé ambassadeur à Dresde. Il ne résida pas plus de trois mois dans cette capitale. Atteint par la loi du 12 janvier 1816, il se retira à Prague, ensuite à Lintz , et enfin à Trieste , oii il mourut le 25 décembre 1820, âgé de soixante -six ans, et laissant une fortur)e évaluée à quatorze millions.
L'oratorien défroqué s'était marié dans les premières années de la révolution. Devenu veuf en 1813, il avait épousé, en 1816, une jeune personne, mademoiselle de Castellanne, dont il avait connu la famille à Âix. LouîsXVDI n'avait pas dédaigné de signer le contrat de mariage de l'aïu^ien oratorîen. Il avait eu de sa première femme deux fils, dont l'aîné, l'héritier de son titre de duc d*Otraniey a rempli , après la révolution (le juillet, les fonctions de colonel d'état-major de la garde nationale de Paris, fonctions auxquelles il a depuis été forcé de renoncer pour 6*eipatrier, par suite de circonstances dont nous n'avons pas à nous occuper ici, mais qui, s'il laut en croire la rumeur
{mblique, étaient de nature à appeler sur ui toute la sévérité de nos lois pénales. On a de Fouché, ou du moins on lui attribue: 1° Rapports présentés au roi, en 1815; 2" Copie d'une lettre adressée à S. A, R, monseigneur le comte Artois, par M. le duc D*** ^ le l'ô fl/;r/7l81 1, Paris 1814, in-8° ; 3"» Lettre de t ouché au duc de fVellington, 1 8 1 7 ; 4« Précis de la vie publique au due d'OtrantCf Londres et Leipzig, 1816, in-8"; 5° Mémoire de la vie publique de M. touché, duc d'Otrante, contenant sa correspondance avec iSapoléon, Murât, le cmnte d'Artois, le due d»