‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 57 sur 198 · FOURNIER · texte numérisé non relu

FOURNIER

FOURNIKR 275

Paml-Louîs Courier devait raim pour

sa honte.

Un ordre de la cour le rappela en 1733. Il mourut eu 1746. I<e contenu de ses portefeuilles, déposés à la biblio* thèquA royale , n'a jamais été publié.

Quant à ses dissertations , elles sont éparses dans les recueils de l'Académie des iuscriptioDS.

Foububi bb Ii'Oubs. Un seigneur d'Ardres ayant reçu de Guillaume H , roi d'Angleterre, un ours d'une grandeur extraordinaire, l'avait fait placer dans la cour de sa résidence. Cet animal excita telleinent la curiosité des habitants , que , pour engager ses gardiens a le leur montrer plus souvent, ils s'obligèreot à fournir pour sa nourriture un pain de chaaue cuisson qui se ferait dans les fours de la ville , droit qui parut trop utile au seigneur pour ne pas le continuer au mépris des eonventions, ■léme après la mort de ranimai. On appela cette redevance la fowmée de l'ours.

FouBNifiB. C était le nom que l'on donnait au tenancier à qui le seigneur avait concédé un four banal, iiioyennnnt une certaine redevance. Dans une autre acception , ce mot servait à désigner un aideJioulanger.

FouBNiEB (Claude) , surnommé VAméricamy na(jiiit en Auvergne en 1745.

Parti pour Saint-Domingue vers 1772, H y devînt , grâce à son industrie et à ton activité, propriétaire de*))lusieurs fabriques , et acquit une immense fortune. Il revint en France en 1785. Le 13 juillet 1789, il fut nommé commandant de volontaires, et dès lors il figura soit comme acteur, soit comme témoin, soit même comme opposant , dans les principales scènes de la révolution, à la Bastille , à Versailles, au champ de Mara, à la journée du 10 août 1792. Lorsque la Commune de Paris eut décidé le transfert des prisonniers d'Orléans à Versailles (voyez Damon), Fournierfut chargé du commandement de la troupe qui devait les accompagner. Il ignorait le secret des chefs de cet horrible complot , et ne consentit a conduire les.maUieureuses victimes que sur des promesses en apparence pleines de loyauté. Partout il prit auprès des autorités le^ mesures propres à garantir leur sûreté ,

et il contribua si peu aux massacres

qui eurent lieu aux portes de Versailles , qu'au iriomeiit où les assassins exécutaient leur projet , il fut lui-même assailli et renversé de cbeval, et eût infailliblement péri, ià on ne fût accouru à son secours.

Tallien prépara aussitôt sa vengeance contre Fournier, dont il n'avait pu disposer à son gré. On Imagina d*accuser le commandant du massacre et dos vols qui le suivirent. On surprit un mandat d'arrêt contre lui ; mais Fournier vînt à la barre de la municipalité, en séance publique, prouver la fausseté de l'inculpation, et conserva sa liht rté, sans cesser d'être en butte aux attaques de !a faction dont Tallien était le principal agent. Quoiqu'un décret l'eilt justiné, il se vit bientôt poursuivi par Bourdon de roise , qui le fit incarcérer de nouveau pendant 15 mois , et décbira Tordre de sa libération chaque fois que le comité de sûreté luénérale le signa , mais qui , redoutant ses révélations, n'osa le taire mettre en jugement

Il sortit enfin de prison ; mais ses en* nemis ne lui laissèrent pas longtemps sa liberté. Il la recouvra après le 9 thermidor. Cependant , toutes les fois que le gouvernement avait besoin de (quelques mesures révolutionnaires, on était sûr de le voir figurer parmi les proscrits. A l'époque de f explosion du 8 nivôse an ix , dont on accusa les ja« oobins, Fournier, que l'on considérait comme un des hommes les plus attachés à ce parti, fut compris au nombre des 173 déportés qui turent jetés sur les fies Sécbelies : tous ses compagnons y périrent , lui seul survécut, et gagna la Guadeloupe, où Victor Hugues, son ancien ami , qui y commandait pour Tempereur, remploya sur les cof-saires qu'il avait sous ses ordres. Fournier s'y distiiicua par plusieurs actions d'éclat, et obtint un grade d'oilicier supérieur avec lequel il revint en France, lorsque la colonie eut passé sous Ja do* mination anglaise, en 1808. La restauration ne lui fut pas plus favorable que les gouvernements qui l'avaient précédée. Arrêté en 1815 , par mesure de sûreté générale, il demanda encore des juges, et fut mis en liberté. Depuis ce moment, accablé d'années, de blessures

m TouRMBR L*ijmyERS. romiBimis

et d'inQrroités, il traîna sou existence au delà des bornes ordinaires, toujours demandant justice , et refusant les secours qu'on lui offnit. Fournier , qui avait possédé deux millions, mourut en 1823, dans un état voisin de Tindigence. Il a publié : 1* ExtraU d'un memoêre contenant les services de la compagnie de M. Fournier , f un des commandants du district de Saint-Eusta' che, depuU le 1 3 juillet 1789 , époque de la révolution; 2* Massacre des prisonniers d'Orléans ; 3' Fournier , dit V Américain , à Barras, ex-directeur y à Grot^is j 28 nî?meaDYiii; 4" Aux honorables membres de la chambre des députés^ pour laprésefUe session 1822, in-S".

FOUBNISSEUBS. V0)CZ MLiMTIONlïAIBBS.

FouRMVAL (Richard df' , rhnncelier de l'église d'Amiens , poète et littérateur du treizième siècle, a composé des Chansons j un petit traité de ia Puit' sance (ï amour y une autre dissertation du même genre intitulée : Conseils d'amour, enfin un bestiaire d amour, petit ouvrage plein d'érudition et d'agréable bedinage. Il y aurait de Pinjustioe à laisser dans l'oubli un écrivam aussi savant, aussi élégant, aussi ingénieux (* ).

FoiJBNiVAL (Simon), commis au secrétariat des trésoriers de France , est auteur d'un Recueil des titres concer^ nant les fonctions et privilèges des trésoriers de France, Paris, 1655, in-foi.

L*ouTrage de Jean du Bourgneuf sur la même matière, Orléans, 1745, S vol.

in-4'>, complète ce travail.

FoLRQUEVAUX , ancienne seigneurie du Languedoc (aujourd'hui du département de la Haute-Garonne) , érigée en baronnie par Louis XI , et en marqui* sat par Louis XIV en 1687.

FouBRiEB. Ce mot avait anciennement plusieurs significations. Il signifiait un intendant des écuries d'un grand, et, dans ce sens, il venait du vieux mot /ourrie, étable. Il signiliait aussi ?/mrchand de paille , du mot fourre ou foiiarre, paille. C'était mémeau moyen âge son acception la plus ordinaire.

(*) Voy. la ISoliceque M. P<iulin Paris lui a coBsarrée dans la bibliothèque de FÉoole dei chartes, t. Il, p. 3a et suiv.

Enfîn il avait encore le sens de fourrageur, officier préposé à la levée des près» tations militaires, qu'on appela it fodra. Comme ces pourvoyeurs, /o^/mrfê, arrivaient les premiers aux quartiers où les troupes devaient loger , on leur donna ensuite la charge de marquer les logis pour les chefs et leurs compagnies. Les violences que commettaient ces officiers, sous prétexte de faire les provisions oes f^ens de guerre, firent bientôt donner à tous les soldats envoyés sur une terre ennemie pour la dévaster , le nom de forratores , fourreurs, fourriers, et fiirent cause que fourrer devint synonjrme de ravager,

Li curn^ rmillaume a les fourriers maadctt Parmi la terre pour le pay» ga»ter.

(U Booum 4e GHillaaaM «m Conzt-Bti.)

Quand Tarmée reçut une organisation

régulière, on conserva le nom de fourrier à un officier, tant de cavalerie que d'infanterie, qui devait tenir un rôle de tous les soldats de sa compagnie , pour distribuer les logis, en agissant sous les ordres du maréchal des logis.

Ëntin, dans l'ancienne monarchie, on appelait encore fourrier un officier qui marquait les logis pour le roi et sa cour, quand il voyageait. Les mémoires du temps passe nous apprennent combien d'ambitions et d'intrigues s'agitaient autour de ce fonctionnaire, combien c'était une haute faveur d'être logé par fourrier. Les princes avaient aussi des fourriers pour leur maison ; mais ceux du roi seuls marquaient avec de la craie blanche et sur la porte de la rue , tandis que les autres ne pouvaient le faire

âu'avec de la craie jaune, et sur la porte es chambres à Tintérieur de la maison.

Les fourriers royaux étaient ao nombre de 48, et servaient par quartier. Ils prêtaient serment entre les mains du grand maréchal des logis , et recevaient les ordres des trois maréchaux des logis , qui avaient comme eux qualité d'écuyers.

Fourrures et Foubrkubs. Les pelleteries étaient d'un grand usage pendant le moyen âge, et nos pères y mettaient souvent une recherche et un luxe excessifs ; aussi les lois somptuaires s'en occupèrent-elles de bonne heure.

Charleinagiie , ^ui habituellement portait, suivant Éginhard, un pourpoint de peau de loutre sur une tunique de laine»

Digitizeci by Gopgle

votmBUitES FRANGE. mmniVBCs m

et jouait à ses courtisans, revêtus de

EFMieuses fourrures étrangères , de ces ons tours que le moine de Saint-Gall se plaît à nous raconter, Charlemagne crut devoir ûxer le prix des four> rures , et des chaperons et roebets , à raison de la valeur commuDe des peaux dont ils ptnient garnis. Les prêtres mêmes se vêtaient de pelleteries , et plus d'un concile dut leur enjoindre !a modération dans les dépenses de ce genre.

Lorsqu'ils pariiissaient dans les égii^ies et y célébraient les oflices, il leur était formellement enjoint de recouvrir ces vêtements de peaux , d*une courte robe de linge, an surplis (super pelles).

Au douzième et au treizième siècle, les hommes de toutes les conditions portaient généralement, pardessus une Teste serrée autour des reins, un sayon de peau ou manteau de fourrure appelé péliçon. Les chevaliers et les grands, quand ils quittaient leur armure ou leurs nabits de parade , se revêtaient d'une longue et ample robe fourrée.

Les pelleteries les plus communes étaient les peaux d'agneau , de chat , de renard et de lièvre. Au second rang , étaient les peaux de lapin , d'écureuil commun, de chat sauvage, de loutre et de martre (*). Comme le drap était encore à cette époque une étoffe de luxe, les meniuM gens employaient les fourrures et les peaux pour une iirnnde partie de leurs vêtements. Aussi les pelletiers, fourreurs et marchands de cuir se trouvent-ils au nombre de 214 dans le livre de la taille de Paris, en 1292 (**).

Les fourrures les plus élégantes étaient: la peau de souris du Pont, ou hermine, dont do Gange fait dériver le nom des négociants arméniens qui en approvisionnaient l'Europe; la martre-zibeline, qu'on trouve citée dans les écrits d'Albert le Grand; le wUr ou petU-gris {pelles variâe)^ dépouille d*une espèce particulière d'écureuils, ou mélange de peaux d'écureuils de Sibérie et de martre ; le soble, ou pointe de queue de zi-

(*) Dictionnaire de J. de Garlando à la suile de Pnris sous Philippe le Bel ( dans les docunients sur THist. de France , publ. par te miD. de rinsl. pobl.)t n*** zxiii et xxit.

(**) Aujourd'hui Paris ne compte que 937 eommerçanu de cette même classe.

beline, et les peaux de lérot (espèce de loir). On connaissait d'ailleurs , dès le

douzième siècle, Tart de teindre les fourrures , et on leur donnait de préférence une couleur rouge.

Les femmes , comme les hommes « tenaient à honneur de porter de riches fourrures à leurs rol>es. Monstrelet remarque que n la belle Agnès avoit eu au service de la reine, par Tespacede cinq ans ou environ, toutes plaisances mondaines, comme de porter grands et excessifs atours, des robes lourrées, des colliers d'or, et des pierres précieuses , etc. »

L'abstinencede fourrures parut longtemps une mortilication très-austère , que les princes s'imposaieut par des engagements solennels et des vœux.

Philippe II, roi de France, et Richard I" d'Angleterre, promirent, à leur départ pour la terre sainte, de ne plus fiorter uermine , soble , ni autres fourrures précieuses. Guillaume de Nangis rapporte également que , par motif de piété , Louis IX y renonça , et se vêtit d'une etotïe comniune de couleur noire.

« (Test assavoir, dit Joinville, que onoques depuis en ses habits ne voulut porter ne menuver , ne gris , ne escarlate, ne estriez , ne esperous dorez. »

La foreur des pelleteries fut portée à son comble au quatorzième et au quinzième siècle, si l'on s'en rapporte à un compte des dépenses de l'hôtel de Charles VI, de l'an 1404 (*). Ce document est ainsi conçu :

« A Symonet Monart , pour la four- « reure d'une houppellande longue « (grand manteau)... iiic,xxviii mar- « très de Pruce. Item , pour la four- « reure d'une houppellande... vic,xvn « doz de gris fin... pour la fourreure a d'une robe de quatre garnemens...

«pour le duc d'Orléans... pour tout, « iiM,viic,xLViventresdemenu-vair...

« pour la fourreure d'une robe à rele- « ver de nuit, pour ledit seigneur...

« pour tout , iiM,viic,iiiixx,xvii dos « de gris fin. Iteîïiy pour la fourreure a d'une robe ; c'est assavoir , pour h « cloehe , m,liv ventres de menu vair; « pour le seurcot cloz, yic,lxxyiii

(*) Monteil, Hist. des Français des divers états , quatorûéme siècle , a vol., p. 473.

FOURRURES L'UINIVERS.

FOUS

« ventres ; pour le senrcot ouvert , n YC,LXY ventres; et pour le chaperon, « iiiixx et X ventres de menii-vair. » B ne faut pas s*étonner si, dans oe compte, le chapitre des fourrures soit, après l'orfèvrerie , qui se monte à 4,500 livres, le plus fort chapitre de dépenses : !1 est de 4,300 livres.

Les statuts de Tancienne corporation des fourreurs de Paris exigeaient des nouveaux maîtres , comme chef-d'œuvre, une robe de yille fourrée , ou un manteau fourré , qu'on appelait rettre h Paris. Le Petit- Pont et ses avenues L'taienl peuplés de pelletiers. Mais il y avait, parmi eux, peu de riches marchands. Le livre de la taille de 1818 nonitne des centaines de fourreurs; cependniit tous sont taxes à de faibles sonii])es. Le plus haut taxé est un nomnié Jehan le Breton , qui paya 24 livres.

Suivant le Glossaire de Laurière, au mot Écnaaon ( pa£i;e 411 et suiv.), plusieurs termes de blason auraient été empruntés aux fourrures. « Ce qu'on appelle ver ou vair^ dit eet écrivain , n'est autre ehose que des peaux variées d'hermine et de petit-gris, comme il se voit dans ce passage du roman de la Rose, au chapitre de descriptUm 'avarice .•

Aq manteau» iti on hyrer N'aToit pflOM de mena Ter, Mait d'ag BMiix falw et pCMM.

« Ce qu'on appelle gueides étoit aussi des peaux ; ce qui se voit par les paroles suivantes de saint Bernard, daas son épttre à Henry, archevêque de Sens:

Horreani et tnurium rvbrtcatas pelUallas, quas gulas voeatU, mambus circumdare sacratis.

« IJ hermine étoit une peau de rat d'Arménie.

« Le sable étoit une peau noire de martre zibeline, de Zibel ou Zibilet, où le conunerce s'en faisoit en Orieut. Philippe Mouskes eu parle ainsi, dans la Vie de Louis VIU :

S'il y avoit assez encor De rices tiras batias en or,

Sablet, ermins et T«n «t frit,

« Le .v'nople étoit une peau teinte en vert, appelée peut-être ainsi de .s//k>poU, ville maritime de la Cappadoce, où le trafic É*en£uaoit.

« Enfin , la pourpre étoit aussi une

Selleterie teinte de cette couleur; ce que u Cange, dans sa dissertation I, p.

188 , prouve par Tartiole suivant , d'un compte de l'argentier, commençant en 1350 : « Pour fourrer une robe âe quatre garnemens, pour ledit Guillaume Poquaire , pour le jour de sa chevalerie, pour les deux surcots, deux fourrures de grosses pourpres, 4 livres 10 sous. Pour fournir une robe pour la femme de Michel Gentil , aue le roj luy donna en mariage, une fourrure de menues pourpres, 6 livres par. »

FouBS. — « Il y avoit, est-il dit dans le Journal de la cour de Louis Xir^ plusieurs soldats , et même des gardes du corps, qui, dans Paris et sur les chemins voisins, prenoient par force des gens qu'ils croyoient être en état de servir, et les menoient dans des maisons qu'ils avoicnt pour cela dans Paris, ou ils les enfermoient , et ensuite les vendoient, malgré eux, aux otiiciers qui faisoîent des recrues. Ces maisons s'appelttient àe& fours. Le roi , averti de ces violences , commanda qu'on arrêtât tous ces gens-là , et qu'on leur fît leur procès... On prétend qu'il y avoit vingt -huit de ces fours dans Paris

Fous EN TITRE D'OFFICE. — DcS

bouffons pensionnés, idiotsde naissance, ou hadins de profession, remplirent longtemps, à la cour etauprèsdesgrands, une véritable charge , un rôle assez important. Ces singuliers fonctionnaires avaient pour occupation d'exciter le rire de leur mattre, par des grimaces , des gestes grotesques et de brusques saillies. Ils jouissaient de très-grandes prérogatives; ils avaient le privilège d étre admis les premiers dans lachamhre royale, de parler à leur fantaisie sans attendre (ju'on les interrogeât, et de décocher impunément contre les plus nobles seigneurs les traits de leur méchanceté.

Ils passaient presque pour des oracles:

« Parravis,ronseiIs, prédiction des fous, « vous savez quantes princes, rois et ré- « publiques ont été conservés , quantes « batailles gagnées, quantes perplexités '< résolues ? » dit Pantagruel à Panurge , dans le troisième livre de Rabelais.

Selon le curé de Meudon : les niathémaUdenê éUseni m même horoscope

F0C3 FRANCE. FOUft 379

être à la naHoité des rois H des sots ;

selon Régnier: les fous sont amat échecs les plus proches des rois.

Il fallait cependant réunir des talents assez Tariés Dour avoir droit de revêtir les insignes de maître ès folie, savoir: le bonnet pointu à longues oreilles et crcte de papier ou de drap rouge , la marotte au poins , la vessie à la ceinture, et la livrée aux couleurs d'un maître, toute résonnante de grelots.

On choisissait de préférence, pour cela , des nains , des bossus , des nègres , et les plus grotesques variétés de Tespèee humaine. Un lou biVii appris sautait et gambadait; jouait de la cornemuse, de la trompette et du rebec; savait par cœur des chansons, des lais ou contes joyeux, etc. Enfin , on instruisait ces créatures , de même que les bétes , pour les vendre ou pour s'en divertir.

On trouve déjà des fous au service

des Çarlovingiens. Mais ce fut surtout après les croisades que cette mode, établie à la cour des empereurs grecs, fut goOtéedans toute TEurope. Dès lors, presque tous les rois l'adoptèrent; et, chaque fois que l'un d'eux voulut s'en affranchir, les historiens en firent la remarque spéciale. Ainsi , ils observé»

rent que Philippe-Auguste chass i les bouffons de sa cour, et que Charles VU ne voulut point les supporter, parce qu'il avait exclusivement accoraé sa confiance aux rêveries des astrologues.

Chnrles V lui-même, bien que surnommé le Sage y fit élever des tombeaux magnifiques à deux de ses fous ; à Tun, dans 1 église de Saint-Germain rAuxerrois, à Paris; à l'autre, nommé Thévenin de Saint- Léger ^ dans celle de Saint-Maurice, à Sentis. La ville de Troyes en Champagne avait, à ce qu*il parait, la glorieuse prérogative de fournir des fous à la cour des rois; cnr les archives de cette ville possédaient, dit-on , une lettre adressée par Charles V aux maires et échevins, et portant que, vu la mort de son fou, ils eussent à lui en procurer un autre, suivant la coutume.

Sous ce rèjate d'ailleurs, les fous étaient au noinore des officiers de touto maison princicre. Jean , duc de Berry, frère du roi, qui mourut eu 1416, fut

accompagné, à ses obsèques, par ses fous vêtus de deuil. Les évôques même recouraient à ce moyen pour se donner à rire. Dès l'année 1312, le concile de Paris, reformant les abus des mœurs ecclésiastiques, avait enà faire la guerre aux bouffons que les prélats entretenaient dans leur maison épiscopale.

Un compte des dépenses de Charles VI, date de l'an 1404 , nous apprend que ce prince, qui régna en déturnce pendant plus de trente ans , accordait une faveur toute particulière aux portemarottes; qu'il les babillait de neuf plus souvent que lui - même; qu'il leur faisait faire des vêtements û'iraigne rouge, de la même étoffe et couleur gue les meubles de son cabinet; qu'en* on, il leur fournissait par an 47 paires de sonims^imqu'iUpiétinoieni beash coup.

Chartes VII, bien qu'il perdit son royaume le phts gaiement du monde,

ne donna pas à un fou le privilège de le faire rou;;ir de son insouciance ; l'histoire dit « qu'il n'avoit cure des fols- « sages. » Son fils , Louis XI , aimait beaucoup au contraire les reparties fines et imprévues , la joviale liberté de la bourgeoisie. Aussi eut-il autant de fous que de familiers. Le roi ayant fait mourir son frère, le duc de Guienne, par r/PH fille industrie, dit Rrantôme, eut 1 adresse de se soustraire au soupçon; mais le remords survécut au crime ; et priant un jour devant Notre- Dame de Cléry, sa bonne patronne, il s'oublia jusqu'à se reprocher tout haut le fratricide. Son fou était seul auprès de lui ; et ce fou , duquel U ne sedouioU qu'il fût si fol, fat, sot qu'il pût rien rapporter, lui redit la litanie en présence de tout le monde , à son diner.

Le courage était grand > d'oser chagriner et embarrasser Louis XI I

Du reste, ce fou passa le pas comme les autres, à quelque temps de la , et Louis XI retint depuis cette vérité que lui avait apprise l'expérience : « Il ne « fait pas bon se fier à ces fols, qui quel- « quefois ont des traits sa.nes. et disent «tout ce qu'ils savent, ou bien le de- « vinent par quelque instii|ct divin. »

Plus d'une fois, en efïet, il s'est rencontré, sous le détruisement d'un fou, un cœur d'homme , un jugement sain ,

FOUS

L'UNIVERS

poim

un esprit supérieur ; plus d'une fois, ces créatures , ravalées au niveau des chiens et lies singes, ont donné à leurs maîtres d'utiles enseignements. Ainsi, on connaît les nombreux bons mots, les ingénieuses et lines reparties de Triboulet, Jol-sage ou morosophe de Louis XII et de François I'^ On sait que ses avis eussent pu prévenir la captivité de Madrid , si on les eût écoutés.

L'histoire a aussi conservé les noms de deux des collègues de Triboulet:

Caillette et Polite.

Après ceux-ci vint Brusquet, qui exerça sous Henri II, François II et Charles IX. Il acquit une oélébrité et une faveur dont il sut tirer un fort bon parti , et ne vida son imagination que pour remplir sa bourse. (Voyez Brus-

QUBT.)

A la même époaue virait à la cour

un fou nommé Tkoni, qui appelait le connétable de IMontmorency son père, sans que ce seigneur s*en formalisât.

Suivant Brantôme, Charles IX ordonna à Ronsard de faire rq>ita[)lie do co fou.

Sous Henri 111 , parurent Slbiloi, dont la folie fut longtemps proverbiale ; sons Henri IV, (Mieot, dont le roi goûtait Jbrt les facéties; et maître Guillaume, dent le nom , pendant sa vie et plus de cinquante ans après sa mort, servit souvent de masque à des auteurs d'écrits satiriques. Henri IV avait aussi unefoUe, nommée M at hurine ^ qui se trouvait auprès de lui, lorsque, en lâ94, Jean Châtel voulut Tassassiner. « D'abord , dit IMézerai, le roi se sentant blessé à la lèvre , crut que c'étoit un trait de Mathurine, à laquelle il a\oit donné la liberté de se jouer quelquefois avec lui, et ne dit autre chose , sinon : <( Faites « retirer cette folle, elle m'a fait mal. » Mais, pendant ce temps, la folle courut fermer la porte de la salle, et empêcha l'assassin de s'échapper. » '

Ce n'était pas chose nouvelle, d'ailleurs, de voir à la cour les tristes fonctions de fou exercées par des femmes.

On sait qu'en 1459, la duchesse de Bretagne , Isabeau , avait une folle qui s'aj)pelait Françoise; on connaît aussi le nom de la fameuse folle de la même cour, Madame de Toutes couleurs.

Les reines et les princesses surtout avaient d'ailleurs habituellement des

JoUps en titre d'office. Celle de la reine de iSavarre , sœur de François V\ s'appelait mademoiselle Sévin (*). Dans une lettre au connétable de î\îontmorency (2 octobre 1527), celte princesse écrivait : a Madame m'a icy laissée (à Fon- « tainebleau) aveoques la garde de partie « de ses tneublesy qui est wn perroquet « et ses fo/Ies, que j'aime pource que « cela luy domie plaisir. " Ces folles avaient des gouvernantes , comme les fous des gouvemeun.

Au commencement du dix-septième siècle on connaissait àParis, et bien loin à la ronde, Mcolas Joubert, sieur d'Enr goukvent, prince des sots et pensionné de la cour. Mais le titre de fou du roi commençait à perdre de son lustre, à mesure qu'on apprenait à connaître aux Tuileries, à Fontainebleau, à Saint* Germain , des plaisirs plus délicats.

Cet office ne fut pourtant pas supprimé de longtemps. Maret ^ fou de Louis XIII, excellait surtout a contrefaire les Gascons. Aussi Richelieu s'amusait-il souvent à le voir imiter l'accent et lés manières du duc d'Kpernon, qui, dès lors , chercha Toccasion de se venger do cardinal. VAngelyy enfin, fut le dernier bouffon pensionné, et vécut à In cour de Louis XIV^ Il ne fut rien moins qu'insensé , et sut se rassembler une fortune considérable en amusant les uns et en se faisant crain* dre des autres. Boileau , dans sa première satire, lui a consacré quelques vers ;

Un poète I la cear fut jadis ft l« mocle : Mais des fuus aujourd'hui c'est le plus incommoda. Kt l'esprit le plus b«au, Tauteur le plus poli N'jr part îoidM jaowit as «Mrt de r Angali.

. n est resté longtemps, dans quelques

provinces de France, des traces de Tautique mode des fous en titre d'otlice.

En Flandre, par exemple, les villes, les villages même, avaient jadis leur bouffon nttitré , qui devait paraître dans tontes les fêtes locales. Sa charge avait des droits et devait être e.xercée par le premier valet des écbevins.

• a De mes joiirs , dit l'abbé d'Artîgny dans ses Mémoires, le fou de la ville de Lille était un banquier fort à son aise,

n Yojez BrantAme, Dame* galantes, dise. 4.

VOOft FRANCE

POOS

Siii avait un fils chanoine de Saintierre, qui est la principale église de la ville. Il était obligé de fiiire par luimême les fonctions de sa charge à la procession. Le peuple ne croirait pns que la féte fdt complète , si le fou n'y paraissait pas avec tous ses attributs.

« Chaque villajîc de la Flandre avait naguère et a maintenant encore, pres-

âue partout, sa confrérie d'archers et 'arDalétrier8.Ces compagnies arrivent, des communes voisines , à la dukasse, le drapeau déployé, tambour battant, et accompagnées d'une espèce de bouffon qui sert de marqueur , et que Ton désigne sous le nom de sot-seuris (*).

Ces sots ou valets de confréries sont tous calqués sur \e fou de Lille, dont CD raconte ainsi l'origine: Philippe le Bon, duc de Bourgogne, avait toujours un fou à sa suite; les magistrats de Lille, voulant faire leur cour à ce prince, donnèrent le titre et les urérogatives de/ott au premier valet de Tbotel de ville. «

Focs (sociétés et fêtes des). Il y a peu de villes en France (jui n'aient possédé, jusqu'à la fin du dix-septième siècle , et même jusqu'au milieu du dixhuitième, des sociétés ou confréries extravagantes, connues sotis les noms de cours des sots ou des fous j etc. L ue des plus célèbres était rinfanterie dijonnaise , établie au quatorzième siècle dans la caf>itale de la Bourgogne, par Adolphe, comte de Glèves , et approuvée , en tAS4 , par le duc Philippe le Bon. Ses membres s'assemblaient tous les ans au temps des vendanges, et mangeaient tous ensemble au nombre de 500. Ils faisaient une promenade dans la ville, montés sur des chariots et des cli^vnux , et déiinisrs de toute manière, haranguant le peuple , et faisant la satire des mœurs du siècle. Les sociétaires portaient des habits bigarrés de jaune, de rouge et de vert , un J)onnet a deux f>ointes avec des sonnettes. Ils tenaient à la main des marottes. Leur chef électif , la Mére folle, s'avançait sur une haquenée bl.nn he, ou dans un chariot magnifique. Elle avait une cour

(•) Les Sot-Scurh rappellt nt , par le bariolage de leur costume , le persouuage italien d'arlequin. Souvent ils sont montés fvat un petit chenil de carton.

comme un souverain, une garde suisse, une garde à cheval , des officiers de justice, UD chancelier , un écuyer, etc. Les jugements qu'elle rendait s'exécutaient nonobstant appel qui se portait au parlement. L'infanterie, qui se composait de plus de 200 hommes, avait un guidon et un drapeau sur lesquels était peinte une femme assise, vêtue de trois couleurs, avec un chaperon à deux cornes , et une infinité de petits fous qui sortaient de dessous ses jupons et des fentes de ses habits. Autour était écrit : Stultorum plena sunt omnia, ou bien : Stultorum injinitus est nu~ merus. En 1036, cette société fit graver un scenu , ayant pour devise : Sapientes stulli aliquando ; et pour exerj^ue : Stultiiiam simulare loco swnma prudentia est.

^infanterie dijonnaise a compté, parmi ses membres , beaucoup de personnages illustres , entre autres un comte d*Hareourt , un évéque de Langres, etc. Bien plus : voici l'acte de ré* ception de Henri de l^ourbon , prince de Condé, premier prince du sang , admis en la compagnie de la Mère folie de Dijon, l'an 1026. Il était écrit sur par* chemin en lettres de trois couleurs i

« Les superlatits, mirelifîqties et scientifi- « qiies loppinans de l'infanterie dijonnoise, « régeos d'Apollon et des Mu»es ; nous lé^t- «t times en&ns figuratifii du vénénble pere « Boartemps et de la Marotte , ses petits^b, « neveux et arrière-neveux , rouges , jatmps , « ^verts, couverts, découverts et forts eu gueule : « i tous fous , arehi-fous, lunatiques, hétéro* M dites , éventés , poètes de nature , bizarres, > durs et bien mois , aUnanacbs vieux et nou- «« veaux, passés, présens et & venir; salut t « doublets pistoles, ducats et autres espèces « forgées à la portugaise, vin nonvenn sans « aucun malaise; savoir faisons et chelme qui « ne le voudra croire, qoe haut et puissant « seigneur Henri de Bourbon , à toute ou- « trance anroit S. A. honoré de sa présence « les fcslus et goguelus mignons de la Mère «< folle, et daigné requérir en pleine assem* « blre (l'infanlcrie, être immalriculé et ré- « cepturé , comme il a été reçu et a été cou- « vert du chaperon sans pareil , et pris en « main la Marotte, et juré par elle et |>our « elle, ligue offensive et défensive, soutenir « inviolabiement, garder et maiuteuir folie en m tous ses pmnis , s*en aider el servir à toute « fin, requérant lettres à œ «mvenables. A

FQua

Page 1