‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 58 sur 198 · VOUS · texte numérisé non relu

VOUS

• quoi inclinant, de l'avis de noire très-re- « doutable dame et mère, de notre certaine « science, coanoissance, puissance et auto- <r filé, mu tvtre infennalioii précédeote , à m pMi eonfianf S. A., avons kelie avec allé- « ejesse par cei présentes hurelu bereln, à •< bras ouverts et découverts , re^u et impa-

• troniié, le reeevons et impttronÎMiiM tà. « notre infanterie dijonnoise, en telle sorte « et manière, qu'elle demeure incorporée au « cabinet de Linteste, et généralement tant «que folié duren, pour, par elle y être» « tenir et exercer à son choix telle charge « qu'il lui plaira, aux honneurs, prérogati- « ves, préeminenoes, autorité et puissance, «t que le cid , sa naissance et son épée lui ont « acquis. Prêtant S. A. niaîu-forte à ce que M folie s'éternise el Jie soit empêchée , ains m ait cours et déconrs , débit de sa marcban-,

• diso , tr:ific et commerce en tout paya, aoît M libre partout el en tout privilégiée,

«Moyennant quoi, il est permis à 8. A.

• ajouter , tA foire h veut, folk sur foHe, franc

«sur frnnr, nnte , suh ante, per ante , sans « iaterroission, diminution ou interlocutoire M que le braide de la mâehoire; et ee aux « ^^eteCprixdesa valeur, qu'avons assignés m e! a-sipnons sur nos champs de Mars , et u dépouilles des eoncmis de la France, qu eiie ■■ le verra par ses mains sans en être compta* « bléf donné et souliaité à S* A*

A B'jon où elle a été.

Et ou l'on bdit ;> sa santé;

L'ail ^ix cent inil rivec Tingt-six ,

Que tous les fous étoient assis.

« Signé par ordonnance des redoutables

• seigneurs, buvant et fohtiqnes, eteimtren signé DeschoÊtfi, maire f et plus baSf /•

« Griffgn verd.r*

S'il arrivait dans la ville quelque événement singulier, comme larcins, meurtres, mariages bizarres, sédaetion, etc., alors les chariots et l'infanterie étnient sur pied, et l'on habillait une personne de la troupe , de manière à imiter ea charge les héros de Taventure : e*est ee qu'on appelait faire marcher ta Mère foUe, OU l^i^fanierie tlgo»nuise.

Les poésies et satires se récitaient devant h log^ du gouverneur, ensuite

devant la mnison du premier président du parlement, et enlin devant celle du mntre. Cette licence dépassa , à ce qu'il paraît, les bornes qui se devaient respecter sous une monarchie absolue.

Richelieu n'entendit pas plaisanterie à ce siyet. Par édit donné à Lyon , le 21

juin 1680 , Vinfanterîe dijonnaUiB fui

supprimée ; cet édit porte :

« Considérant anssi les ])luinte5 qui nous « ont été faites de la coutume scandaleuse « observée en ladite ville de Dijon , d'une « a';=;rnil)lée d"inf;mlen'e , et mère folie qui est m vraiment une mère et pure folie, des désor- «t dres et débauches qu'elle a produits , et 41 ^oduit encore contre les bonnes nMenn, « repos et tranquillité de la ville , avec man- •I vais exemples. Voulant déraciner ce mal et « empêcher qu*il ne renaisse si vite é favé* « nir, nous avons, de noire pleine puissance « et autorité royale, abrogé, révoqué et aboli, M etc., ladite compagnie. Deieiidons à tous «• nos sujets de s'associer sous le nom d*in* «c faiiterie ou mère folie, ni faire ensemble m festins à ce sujot , à peine d être déclarés « indignes de toutes charges de ville « «dont, dès à présent, nous les avons « déclrirés indignes et incapables d'y être « jamais appelés; et outre ce , à peine d'être • punis comme perturbateurs du repos pu- «nlicL»

J)epuis, la joyeuse confrérie ne s'assembla plus de son autorité privée, mais avec la permission des gouverneurs, comme en 1638, en 1650, eto.

La même société existait , sous lé nom (le f/r////arf/o«, dans d'autres villes de Bourgogne, à Chûlons, par exemple, où elle lut supprimée vers le même temps.

A Bouchain régnait , de par Momus, un Prévôt des étourdis; à Lille, uti Prince d'amour, un roi de ïépiiiette (voyez FÊTES) ; a Ham, un Prince cfof fiyu8y qui a fait passer à Tétat de sobriquet les mots (le fous de Jlam.

Valenciennes avait la féte du Priiwe de l'étrille} Cambrai , celle du Roi de$ Hboudsi Arras, celle de VAhbé é% liesse; Douai, la Fête aux ânesi Auxonne, la Société des ménétriers ; Avalon,lePa/^eoai;Laa^res, la JJanse aux sabots; Dole, \e Rôi de ta pie; Durenque, V Empereur des gaillards ; Harfleur, la Fête de la scie{*); Paris, les Enfants sans souci, le Régiment dê la calotte , la Confrérie de NahyaUé

(*) Les magistrats bai-iaieiit le^; dents de la scie , puis deux masques portaient le 6âton frtseux (montants de la scie) à un époux battant sa femme. L'association de la chevalerie d'Harfleiir existait dès le temps de U OODquéte de Guillaume* /

FOUS

FOUS

A Ronen, à Évreux, les fous reconnaissaient pour chef un abbé, qu'ils élisaient annuellement sous le titre d'Abbé des eoquehtûhters , plus tard, sons celui à' Abbé des comards ou conards. la fntnille de Buzot , le député, fut !on|»tcmps en possession de fournir des abbés à cette confrérie. La dignité suprême y donnait lieu, du reste, à- beaucoup de briî^ues, et changeait assea

souvent de titulaire.

Comards sont les Buzot et non les Rabyllis.

dit une espèce de poëme macaronique du seizième siècle , où figurent des noms de familles que Ton connaît encore aujourd'hui dans TEure.

Le cérémonial usité pour VAbbé des comards ne différait des autres divertissements du même genre que par le libretto, qui variait nécessairement en raison oes personnalités toutes locales, qu'il était, avnnt tntit, destiné à r«'^p<indre. Aujourd'hui ninne il se (iiantt^ encore à Evreux, parmi le peuple, des espèces de Nœls y qui ont fait, évidemment, partie de ce rituel grotesque. Le diîïnitaire se promenait par la ville, monté sur un âne, et autour de lui on chantait cette hymne /arcte, Cùomrvéd par le Mercure d'avnl 17M :

J)f asino hnnn iiostro Meiion et opfimo , Dehemui faire fe^-te.

En reveo«ol de Grminvia (*),

n lai eoapa la teste.

Kir monachui iit mensê juliv

Egrtssus est e monasterio ; C'est doin de la Biic.iille ('*).

Bgntsai est sine lierniia ,

P«Mir«ncr Toijf doua FmlsiUta Bt foire la ti|Miilau

En tMO , le cortège de VAhhê «Ma eoffucanU tut composé de 2.500 personnes, richement vêtues et masquées, figurant divers personnages allégoriques, tels que TAyaricf , infidélité , hl D^espoir; les acteurs jouaient puM2«quemcnt l'éîîlise, Injustice, la nohlesî^e, le p;ipe, le roi, l'empereur; récitaient des satires et se moquaient de toutes

{*) Gravïgny , terre dont ks cbartreiui étaient seigneurs.

(•*^ IVora d'un prieur de Saint-Taurûii lequel f au gré des conards , rendait de trop fréquentes visites à la dame de Veai$&e( prieure de Tabbaye de Saint-Sntvenr*

les institutions. L'abbé, crossé et mitre, était traîné sur un char superbe, au milieu d'un groupe de musiciens montés sur des chevaux ; d^autres chars le suivaient, et le cortège s*avançait en distribuant aux dames des dragées et des couplets. Au pont de Robec était dressé un théâtre , où un orchestre nombreux attendait Tabbé; on y jouait encore des nllé;:ories satiriques', et la journée se terminait par des festins, des danses et des illuminations.

Quelques savants da dernier siècle se sont fort escrimés pour trouver une étymologie docte et pudique au titre de ÏAbbé des cornards ; mais il n'en est pas moins certain que ce titre était emprunté à cette partie des prérogatives de ce dignitaire, qui s'exerçait contre les infortunes conjugales. 'C'était le jour de la Saint-Barnabé qu'il exerçait sa redoutable royauté, et, par une singulière coïncidence, ce jour était le même oii se faisait , à Lisieux , une cavalcade ecclésiastique dont le programme n*ofTrait rien de très-édiflant.

Plusieurs chapitres de France avaient en outre leur abbé des fous , dont les fonctions consistaient à signaler certaines inadvertances cléricales.

Rodez avait son prieur de la mal' gotp'erne, dont le titre indique les abus qu'il était appelé à châtier ; le Quesnoy, son prieur du nlat d'argent ,• Viviers , son abbé du clergé , élu par les membres du bas-chœur. Le récipiendaire était porté, sur les épaules de ses mandataires , dans une salle où tout le chapitre, y compris Tévéque, était ras-, semblé, et devait se lèvera son arrivée. Une collation copieuse y était disposée ; lorsqu'elle avait mis en gaieté les assistants , ils se divisaient en deux bandes, le haut-chœur d'un côté, le bas-chceur de l'autre, et s'apostrophaient de paroles , de chansons et de lazzi , jusqu'à ce que la victoire restât , comme cela arrive souvent encore, à ceux qui criaient le plus fort et le plus longtemps.

Le jour de Saint-Étienue paraissait un jeune clerc décoré do titre d'^^tis fou ( episcopus stultus ) , et qui , pendant les trois jours de Saint- Étienne, de Saint-Jean et des Innocents , occupait le siège épiscopal, Nvétu des om0*

VOUS L*DNrVERS. FOUS

ments pontificaux , à l'exception que la mitre était remplacée par ane sorte de toorreiet. A la fin de rofBce , où il re-

cevait Ips mêmes honneurs que le véritable prélat, son aumôniei' disait à haute voix :

Sitete ! iiltte l siltntimm kahete i Le chœur Hpoadait : Dec grattas.

VéiJéque fou , après avoir dit Vadjutormm^ donnait sa bénédiction, suivie de ces grotesques indulgences que prononçait gravement son aumônier :

' De par moussenhor Tévesque , que « Dieu vous donne mal au bescle (foie), « avec une plene banasta (banne) de « pardons, et dos dès de raycha dessos « lo mento (et deux doigts de teigne « sous le menton). »

Ou bien encore :

«MotMnhor quel ayssi pmcM

« Vos doua xx ban.iiila.s de ninl de dtW

« £ a TOS auiras douas a tressi

« Doom naa cm dt BomI (*). n

«La fête des fous, dit Miilin (**), donnait lieu à des cérémonies extrêmement bizarres. On élisait un évéque^ et même dans quelques églises, un pape des fous. Les prêtres étaient barbouillés de lie , masqués ou travestis de la manière la plus foile et la plus ridicule ; ils dansaient en entrant dans le chœur , et y chantaient des chansons obscènes ; les diacres et les sous -diacres mangeaient des boudins et des saucisses sur Tautel devant le célébrant, jouaient sous ses yeux aux cartes et aux dés , mettaient dans Tencensoir des morceaux de vieilles savates pour lui en faire respirer Todeur. Ou les traînait ensuite tous par les rues , dans des tombereaux pleins d*ordure8, où ils prenaient des postures lascives, et faisaient des gestes impudiques. Plusieurs monuments rappellent encore ces bouffonneries dégoûtantes. Il existe des crédences de stalles, sur lesquelles on voit des moines avec une marotte et des oreilles d âne : on a voulu y représenter , sans doute , des personnages de la féte des fous ainsi travestis.

« Cette farce impie recevait des mo-

(*) Mémoîra* de TAcadémie des

et belles-IeWres, t. VII, p. a54.

(**) Moaumenu inédit», t. II, p. 345 et

8uiv.

difications dans les divers pays où on la célébrait ; elle a eu différents noms , à cause de quelques cérémonies bizar»

res qui y furent ajoutées : ainsi , on l'appelait la féte des sous-diacres y c'està-dire , des diacres soûls , la féte des eomards , la féte d€s innocents.

« Le chant de la prose de l'âne était une des principales cérémonies de la féte des fous, qui avait lieu le iour de la Circoncision, et dont l'objet était d'honorer l'humble et utile animal qui avait assisté à la naissance de Jésus-Christ , et l'avait porté sur son dos lors de son entrée dans Jérusalem.

«L'Église de Sens était une de celles ou celle où cette solennité se faisait avec le plus d'iippnreil. Avant le commencement des vêpres , le clergé se rendait processionnelleroent à la porte rincipale de l'église , et deux chantres grosse voix chantaient, dans le ton mineur , ces trois vers , avant lesquels on lit cette rubrique : Circumeklo Do* mini in famds eeeUUm :

J.UX hoJie, lux /,'.'■/;'//<;■ ' mi- /utiic'. tri.itii,

Quitjmit «lit, nmovendus ent solemnibus Utit,

« Ce jour est un jour dejoie ! Croyez-

« moi, qu'on éloigne de ces solennités « quiconque sera triste! Ceux qui célè- « brent la fête de l une , ne veulent que « de la gaieté. »

« Ils continuaient 8ur le même ton les vers suivants :

SÎRt Aodie procul iwidim, procul omnia masUt»

« Loin d'ici les sentiments d'envie , loin d'ici tout ce qui est triste.

« le! on lit en rubrique : Conductusad tabulam. Deux chanoines , députtfo, se

rendaient alors auprès de l'Ane, pour le conduire à la table, qui était le lieu oii le préchantre lisait l'ordre des cérémonies, et proclamait les noms de ceux qui devaient y prendre part. A Beauvais , l'nne portait sur son dos, jusqu'à la porte , une jeune lille , qui figurait la vierge Marie tenant le petit Jésus entre ses bras. On couvrait le modeste animal d'une belle chape , et on le menait au lutrin , en entonnant la C^èbre prose qui a été publiée tant de fois, et toujours avec des variantes, parce qu'elle se rhantnit différemment dans les églises de 1^ rance } car ces Uif-

vous FRANCE. FOCS

férences sont trop considérables et trop nombreuses pour les attribuer seulement, comme on Ta fait, à des fuites de copistes. Cette çrose se chantait sur on ton majeur. Voici celle de Sens :

Orîentît partUMM*

AdrPMtavit asinus PnlcIiPi- et forti.ssiinus, S.ircinis aptissiinui.

Ile», tire an*, ha!

Hic in eotlilnu SIcImii, Eimtrltus sub Ruben, Transiit ppr Jonlanem, Saliit iii licllilcem.

Ilei, sire due, het!

Saltn vincît Unnulnf , Damas et capirolos, Snpcr drometlarios Velox Madiancos.

Un, tire âne, het!

Aartmi d« Arabi*, Thns et inyrrham je 8«Im Tulit iti eoclesia Virtus asinaria.

Het, sire dne, het!

Mulla cum sardnula» Illiijs inandibuU Dura terit pabula.

Het, tire dne, heti Can ariatit hordcnni Com«dit et cardauoa* Tritîcam a palea Segregat in area.

Het, tire dite, het!

Amm dicta, atliie^ Jaia fatur ex gramine, Am«n, aracn, itrra, Aspernare yclera.

Hez , sire âne, hczl

« Des contrées de l'Orient , il est ar- « rivé un âne beau et fort , et propre à « porter des £airdeaux. Hez, sire âne, « nez!

« Cet âne a élé nourri par Ruben, «sur les collines de Sichen; il a tra « versé le Jourdain et a sauté dans Beth-

« leem. Hez , sire .lue , liez !

« Il peut vaincre à la course les faons, « les daims et les chevreuils; il est plus « rapide ^ue les dromadaires de Madian. « Hez, sire âne , hez !

« La vertu tle cet âne a porté dans «l'église l'or de l'Arabie, l'encens et « la myrrhe du pays de Saba. Hez , sire « âne , hez!

a Pendant qu'il traîne les dinriots « remplis b agnge, sa mâchoire broie « un dur tourrage. liez, sire àne, hezi

• Il mange l'orge avec sa tige , il se « repaît de chardons , et dans l'aire il r. sépare le froment de la paille. Hez , « sire âne, hez!

« Ane déjà sodt de grain , dîtes «amen, dites amen, amen derechef, « et méprisez les vieilleries. Hez , sire

« ùiip , hez ! »

«Après la première strophe, on trouve, dans les copies de cette prose , le cou* plet suivant , qui se chantait peut-être dans quelques églises :

Lentus erat pedibus, Kisi foret bnculos, Et eum in clunibas l'ungerct.

Hez, sire linr, hfz!

« Sa marche était lente, si l'on ne « faisait usage du bâton , et si on ne « lui en faisait sentir Taiguillon sur les « fesses. Hez , sire nne , liez ! »

«Après la seconde strophe, on trouve encore dans les mêmes copies cet autre couplet :

Bcoa magnis aaribui Subjugaiis filins, Asinus ej^regius, Asinomm deminoa.

tin dn^ Am.'

« Voici ce beau fils aux grandes oreil-

« les, qui porte le joug, une superbe « et seigneur des ânes. Hez , sire âne « « hez ! »

« Du Cange donne ainsi le refrain :

Nez sire dne car thante».

Belle bouche rethignet.

On itura J» foin astex^

El l'mofnr à plfinlfr.

« Ce refrain paraît plus moderne que celui de Sens, qui est aussi plus simple. Voici encore , selon du Gange , le refrain du dernier couplet :

Un M.' he* tw.' Ae» va ht»!

Kabt Urt dne, eartUtn, BtUt tanche car chaitU»*

* Cette prose était suivie d'une antienne composée de commencements de psaumes , où , de deux en deux vers , on répétait Texclamation bachique et profane , evovœ , qui revenait plusieurs fois dans le cours de l'office.

«Ensuite le cclébranl lisait les tables et entonnait vêpres. Il chantait le Deus in adjutorhim , et le chœur le terminait par un AlUlma coupé de la manière suivante :

Au«^ reaonent omnea eeelcdai,

Cum dutci melo syinphonix, ete« Unde Mto dicamus, ~ Lvta.

« j4Ue:=, que tontes les églises dian*

« tent, îiu son d'une douce symphonie..., « afin que n^s puissions dire à Dieu, « = Luia. »

Digiiiztxi by LiOOgle

FOUS

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