L'UNIVERS. FOUS
« Deux chantres à î^rosse voîx annonçaient ensuite ie coinmencement de roffîce par ces trois vers :
Hkc est clara dies, clararum clara dienUB, Bec est fcsU difl», fettaraia fesU dienim, HoUte nolMliaiiit nitilni» dicdenui dMium.
«Les trois vers, selon la rubrique, devaient être chantés in Jalso. Si !a rubrique était bien observée, cela devait taire un terrible charivari ; mais ces roots pourraient aussi indiquer ce que nous appelons faux-bourdon. Nous .verrons toutefois par l'intimation faite au clergé , lors de la suppression de la fête des fous , de chanter mélodieusement et sans dissonance, que le chœur devait s'étudier à fausser réellement le plus qu'il était possible , et profitait de la permission.
« Ce jour-là l'office entier étaitune véritable rapsodie de tout ce qui se chantait pendant le cours île Tannée. On y retrouve des fragments des autres ofiices : les morceaux tristes sont mêlés avec les morceaux joyeux; c'est Tassembiage le plus bizarre qu'on puisse imaginer.
Cet office devait durer deux fois plus longtemps que ceux des plus grandes fêtes : il était bien nécessaire que les chantres et les assistants se désaltérassent de temps eu temps ; aussi n'y manquaient-ils pas.
Tout l'office était entremêlé de morceaux en prose et d'autres en vers léonins , au milieu et a la lin. Dans les intervalles des leçons , ou faisait manger et boire l'âne ; enfin, on le menait dans la nef, où tout le peuple , mêlé au clergé , dansait autour de lui , ou tâchait d'imiter son chant. Lorsque la danse était finie, on le recondoisaitau chœur, où le clergé terminait la féte. Pendant que l'on conduisait l'âne, on chantait le morceau suivant, qui, dans le i\Iisael , a pour titre Conductus ad iudos :
ffattts Mt» nattti est, natns est hiodto Dimiiqiu,
Qui miindi dilnit facinus,
Queiii patrr factor uinuiiua
In boc uïWn cxiliuin,
Ut facturau rediuirret,
Et pandiM redderet.
Mec, aMi a«e ninait qmmi tm/t»
Âunmmm quoi noo anitt
Sed, cantis siiropto pallio
In virginîs jt.il.itio, 0,
TTt S|it)risus (j tli.j l.iiiio, 0^
Proce«sil e« utero, O i
Flos de Jeue virgial*
A frMta Mpifft «anila, A.
Hune prcdixit |«ophtti« Naaeitiinin ex Mena t
Qnnnrio flo< isl« na<^cîtur, Oiabolus confuiiditar, Btunritarinor!», « l moritur mnrs, «tBOrilWBMia.
Te Dc'uiu laudamus.
« Il est né, il est né, il est né aujour- « d'hui le Seigneur qui efface les péchés
• du monde , que le Père , créateur de « tout , a envoyé dans ce lieu d'exil a pour racheter sa créature et la rendre « au paradis. Il n'a pas , il n'a pas , il « n'a pas diminué ce qu'il était, en de* « venant ce qu'il n'était pas ; mais en « prenant l'enveloppe de chair (un corps) « (fans le palais (le sein) de la Vierge , « comme répoux sort de la chambre « nuptiale , il est sorti du sein de sa « mere; la fleur de la branche de Jessé « remplit les siècles de son fruit. C'est « lui que la prophétie a prédit devoir « naître de Marie : quand cette fleur « paraîtra, le diable sera confondu, et a la mort mourra , et la mort mourra , « et la mort mourra. Ifous te louons, « Seigneur. »
«Après les premières vêpres et les complies , le prédiantre de Sens conduisait dans les rues la bande joyeuse , précédée d'une énorme lanterne : on allait au jrrarjd tbé;ltre dressé devant l'église; on y repétait les farces les plus inclécentes. Le chant et la danse étaient terminés par des seaux d'eau que l'on jetait sur la tête du préchantre. On rentrait pour les matines, où quelques hommes nus recevaient aussi plusieurs seaux d'eau sur le corps.
«L'office de la messe est du même genre que celui de la veille de TSocl ; le prêtre disait à l'introït : I^uer iMlua est} cantate ewivsp*
«La rubrique Jdprandlum,qix\ termitic tout cet ofHce , prouve qu'après vêpres on allait se mettre a table. Le répons contient une invocation à Jesus- Christ et à la sainte Vierge , pour exciter à la bonne chère et inspirer des propos joyeux.
«Si Ton y invitait à bien manger, les libations n'étaient pas non plus ou* bliées, ainsi qu'il parait par cette autre rubrique, Conductus ad pncidum . \ .e.
répons était daus le même sens que ie précédent.
«Maurice, évêque de Paris, qui mourut vers 1196, avait travaillé à détruire
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