SA VIE ET SON ŒUVRE XXV
forces combatives, tandis que l'autre s'amollit et s'abandonne. Et comme il semble à Quinet que la France de la monarchie de Juillet déchoit de son rôle de nation civilisatrice, par dédain de l'idéal et par grossier attachement à la prospérité et à la tranquillité, son patriotisme et ses convictions philosophiques s'unissent pour lui dicter un langage cinglant, impitoyable, à son pays.
Malgré les motifs de défiance qu'il avait donnés à Louis-Philippe et à ses ministres, Quinet dut à sa ^ réputation littéraire, devenue incontestable, la nomina- =, tion à une chaire d'université, en 1839. Il avait le choix entre Strasbourg et Lyon. Il choisit Lyon, parce qu'il pensait pouvoir plus sûrement exercer dans cette ' grande ville l'influence morale et politique qui lui semblait le véritable objet de l'enseignement, et parce qu'il espérait de Lyon passer plus vite à Paris, au grand foyer de la pensée et de l'action françaises en ces jours d'agitation spéculative et politique. De la chaire de Lyon, il fut en efïet nommé, en 1841, au Collège de France, comme professeur des 'Littératures et Institutions comparées du Midi de l'Europe,' et à ce titre devint le collègue de son ami Michelet, avec lequel il allait unir ses efforts, en pleine période de réaction absolutiste et cléricale, pour maintenir vivant l'idéal moral et politique de la Révolution.
Ses cours furent des harangues passionnées qui, à propos du passé ou du présent, combattaient les doctrines d'autorité et d'obéissance, et exaltaient les principes de liberté et de démocratie. Il attira autour de sa chaire une jeunesse ardente, lasse de la médiocrité