‹ France et AllemagneChapitre 12 sur 48 · XXVI EDGAR QUINET · texte numérisé non relu

XXVI EDGAR QUINET

et de l'arbitraire du gouvernement, impatiente de réaliser les promesses de la République, que la France n'avait possédée qu'un instant. Chaque année, des livres nés de son enseignement propageaient au loin sa pensée et demeuraient comme la condamnation permanente d'un régime qui portait en soi la contradiction d'être né d'une révolution et de tendre à l'absolutisme. Ces livres furent : Les Révolutions d'Italie ^, Les Jésuites (en collaboration avec Michelet, 1843), L^Ultramontanisme ou L^ Église romaine et la Société moderne (1844), ^^ Christianisme et la Révolution française (1845).

L'orage que Quinet amoncelait sur sa tête par l'audace de sa pensée et le retentissement de son éloquence éclata en 1846. Son cours fut suspendu, comme celui de Michelet devait l'être en 1847. La Révolution de 1848 ramena les deux professeurs dans leurs chaires. Mais avant de reprendre sa place parmi les combattants de la pensée Quinet s'était mêlé aux combattants de la rue et avait fait le coup de feu aux barricades. Il fut élu représentant du peuple à l'Assemblée Constituante et appelé ainsi à collaborer directement à l'organisation de cette République qu'il avait si ardemment souhaitée. Pourtant l'élévation même de son idéal le préparait mal à jouer un rôle utile dans la pratique des affaires publiques, où même un républicain ne peut échapper à la nécessité des compromis. Il eut la douleur de voir la deuxième République entreprendre, malgré son éloquente opposition, l'expédition de Rome, contre le gouvernement révolutionnaire de

* Cours professé en 1842, qui ne fut publié qu'en 1848-51.

SA VIE ET SON ŒUVRE XXVll

Mazzini et en faveur du Pape, qui représentait à ses yeux la négation même de la liberté. Aussi bien, le parti qui, en 1849, avait décidé la campagne de Rome, était celui qui venait d'étouffer dans le sang les revendications populaires aux journées de juin et de porter' à la Présidence Louis Bonaparte, dont le nom sonnait le glas de la liberté. Quinet lutta courageusement, obstinément, dans les rangs de l'opposition contre le courant aveugle qui entraînait la nation vers une restauration de l'Empire. Peut-être avait-il conscience qu'il n'était pas sans une part de responsabilité dans la formation de la légende impériale, qui maintenant portait ses fruits. Aux heures sombres du Coup d'Etat du 2 décembre, son attitude fut admirable. Comme V. Hugo, il prit le chemin de l'exil. Il n'accepta jamais dans la suite, quelle que fût sa douleur de rester éloigné de la patrie, de bénéficier de l'amnistie qui lui fut offerte. Il ne rentra en France qu'après la proclamation de la troisième République pour s'enfermer dans Paris investi.

Il composa pendant l'exil, outre un grand nombre d'articles et de brochures d'actualité, La Philosophie de VHistoire de France (1855) ^^ -^^ Révolution (1865). Ces deux ouvrages sont le couronnement de son œuvre comme historien philosophe. En les ajoutant aux volumes où il a consigné la substance de son enseignement au Collège de France, on possède l'expression complète des principes qu'il a dégagés de l'histoire pour les faire servir à la direction morale et politique du temps présent. Nous pouvons maintenant exposer brièvement sa doctrine dans son ensemble.

Page 1