XXX EDGAR QUI NET
morales qu'il a mises en mouvement, le souffle d'espérance et d'action qu'il a fait passer sur les nations. L'idéal, pour le philosophe antique, n'était guère qu'un concept de laraison, absolu logique ou exemplaire moral, tout au plus objet de contemplation ou de spéculations théoriques. Il inspire au chrétien un amour ardent et le désir sacré de s'élever par la vertu agissante jusqu'à la perfection et au bonheur. Longtemps le terme ineffable aperçu par le chrétien était resté dans l'audelà ; mais à mesure que la pensée humaine devenait plus sûre d'elle-même, elle l'avait rapproché de la terre ; la Révolution française, s'enhardissant enfin jusqu'à la dernière audace, l'avait placé dans la réalité même d'ici-bas. ' L'Église a cessé de faire des miracles ; mais l'humanité, et la France en particulier, en ont fait à sa place ; c'est-à-dire qu'elles ont cru qu'un sentiment, une volonté de l'âme, pouvaient commander à la matière déchaînée... Pendant combien d'années de la Révolution, la France et ses armées n'ont-elles pas été rassasiées par cinq pains, que multipliaient l'enthousiasme et la religion d'une bonne cause ? '
Dès que l'idéal ne reste plus dans les régions supérieures, guide lointain de nos efforts, dès qu'il descend dans les faits et inspire les actes, les difficultés surgissent ; car il n'est pas delà nature de l'homme de voir clairement les applications de l'absolu ou de dominer les entraînements de ses préjugés et de ses passions, et il n'est pas de la nature des choses de se prêter à la réalisation facile et rapide du bien. Mais en présence même de l'erreur, au milieu même des ruines, le philosophe ne perd pas courage pour les tâches nécessaires, parce