SA VIE ET SON ŒUVRE XXXI
qu'il s'est élevé à la contemplation du vrai, en soi et dans ses manifestations à travers l'histoire. Ainsi Quinet se relève de l'abattement où la faillite de la Révolution et la débâcle de l'Empire l'avaient jeté avec toute sa génération, en recherchant par où la Révolution s'était écartée de la vérité, et en préparant ses contemporains à un nouvel eiïort, soutenus par ce qu'il y avait de fécond dans la foi révolutionnaire, mais mis en garde contre ses égarements.
La Révolution portait en soi un vice, qui condamnait d'avance à l'impuissance partielle la générosité de sa doctrine et la grandeur de ses sacrifices : elle tentait d'accomplir la réforme extérieure des institutions avant d'avoir accompli la réforme intérieure des consciences. La masse des Français en 1789 était encore sous la domination de la pensée catholique : or le catholicisme, par certains traits acquis au cours des temps, était la négation même des sentiments chrétiens primitifs, de cette élévation de l'âme vers plus de liberté et d'amour, ; dont la Révolution française sous une forme moderne était un puissant renouvellement. L'Eglise triomphante, aux premiers siècles, avait fait peser sur la chrétienté une domination spirituelle et temporelle, dont les caractères fondamentaux, l'absolutisme et la centralisation, lui avaient été fournis par l'empire des Césars. Sans doute, à l'origine, cette souveraineté avait été nécessaire et féconde, mais elle ne s'était pas modifiée avec les progrès de la civilisation et elle écrasait le monde moderne d'un fardeau intolérable. Contre les tentatives d'émancipation, l'Eglise s'était faite intolérante et impitoyable : elle avait versé le
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sang. La Réforme avait été étouffée en France par les efforts combinés de l'Église et du pouvoir civil formé . à son image. C'est à cet échec du protestantisme en 1 France que Quinet fait remonter la cause originelle de la faillite de la Révolution. Car partout où il a triomphé le protestantisme a préparé les âmes à la liberté. i Quinet avait une haute idée des institutions anglaises et ' de l'esprit public d'un pays, où royauté ne signifie pas absolutisme, où aristocratie ne signifie pas domination égoïste, où démocratie signifie efforts coordonnés et patients pour réaliser dans les faits des principes qui ont déjà pris possession des âmes.
Il pesait donc sur la Révolution française cette fatalité, qu'elle n'avait pas pu — pas su peut-être — effacer le stigmate catholique de son front. Elle s'était continuellement débattue dans une contradiction : les pratiques de l'intolérance s'étaient heurtées en elle aux principes de liberté et avaient rendu ses réformes éphémères. La Terreur s'était montrée plus incohérente qu'odieuse : car elle avait appelé à son service les moyens de l'Inquisition pour faire triompher une doctrine qui était l'opposé de celle de l'Inquisition, et elle avait eu l'opprobre de souiller de sang la liberté sans recueillir le fruit de ses attentats. Quoi qu'on pense de la valeur intrinsèque de cette thèse de Quinet, il faut reconnaître qu'elle l'a conduit à une appréciation de la Révolution française si nouvelle, qu'elle lui valut, à l'heure où il l'exprima, les reproches violents des amis de la liberté ; si féconde, qu'elle a triomphé depuis de toutes les autres opinions. Les partis d'opposition à la monarchie de Juillet, et plus