‹ France et AllemagneChapitre 16 sur 48 · SA VIE ET SON ŒUVRE XXXIU · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XXXIU

tard à l'Empire, avaient pris en effet l'habitude d'invoquer l'exemple de 89 comme un précédent sacré. La doctrine du bloc, comme on l'appelait, qui ne voulait pas faire de distinction entre la Constituante et la Convention, entre Mirabeau et Robespierre, entre la première Fédération et la Terreur, était une doctrine de combat, qui pouvait tout au plus servir à continuer l'œuvre destructrice du renversement de la tyrannie. Quinet sut comprendre et proclamer, en pleine période de lutte, que la Révolution n'était pas un tout intangible, et que, pour s'inspirer d'elle sans courir à la même chute, il fallait faire le départ entre l'élan généreux, l'effort admirable de reconstruction politique et sociale, et les violences et les crimes. Sans doute, Quinet ne faisait pas la part assez grande à la pression des circonstances, au danger intérieur et extérieur qui avait déchaîné la Terreur ; mais il voyait clairement que dans la folie sanglante de 93 on pouvait reconnaître la persistance dangereuse de traditions monarchiques et catholiques, incompatibles avec le progrès de la civilisation. La Révolution avait accompli la réforme du gouvernement : elle n'avait pas changé les âmes.

De l'interprétation de l'événement qui domine toute l'histoire contemporaine de la France, et de la conception de la politique comme une forme de la morale, Quinet fait découler les opinions et les jugements pratiques, qu'il n'a cessé de répéter, en termes pleins de généreuse passion, aux hommes de son temps. Au mauvais vouloir des gouvernements personnels, aux timidités ou aux erreurs des gouvernements populaires,

Page 1