SA VIE ET SON ŒUVRE XXXIX
historien philosophe et comme théoricien delà politique. Quinet s'est rarement élevé à la poésie pure (sauf peutêtre dans Le Rhi?i de 1840, que nous publions plus loin), parce qu'il manquait du sens plastique, du goût de la beauté particulière et de la faculté de concentration verbale. Il -sentait son insuffisance et s'est peu servi du vers. En revanche, son éloquence se distingue presque toujours par des qualités poétiques de sensibilité et d'imagination. Il ne lui suffisait pas, comme aux orateurs de notre époque pratique, réaliste et scientifique, d'exposer des faits, d'user sobrement des généralisations, et de ne laisser transparaître l'émotion que dans quelques épithètes ou quelques expressions imagées. En romantique et en disciple des grands tribuns de la Révolution, il se hâtait de dépasser les faits pour atteindre les principes, il ne touchait la réalité médiocre que pour prendre son élan vers les régions de l'idéal. Discours ou articles, leçons magistrales ou chapitres de livres, se déroulaient en périodes vibrantes, colorées d'images, rehaussées de comparaisons ou d'antithèses, entrecoupées d'appels passionnés, parcourues d'un frémissement d'enthousiasme ou d'un frisson d'infini. Autant il réussissait peu, en poésie, à resserrer une pensée dans un trait ou à exprimer un sentiment d'un mot, autant il excellait, en prose, à construire une allégorie, à figurer une situation ou un événement historique par un symbole, à entraîner le lecteur au galop de ses sentiments ardents. Son style — qui n'est plus de notre temps et que nous avons peine à ne pas trouver excessif — est celui d'un homéliste ou d'un rhapsode. Il se laisse entraîner par la
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' lecination du verbe ; on éprouve parfois, en le lisant, le sentiment que tel mot a été choisi pour sa valeur sonore, pour sa chaleur d'émotion, pour sa couleur oratoire ; on rencontre telle image qui correspond mal à l'idée, tel trait construit de toutes pièces pour l'effet. Mais il faut dire d'autre part que, dans les dernières années, surtout lorsque le triomphe de Napoléon III lui eut appris les dangers de l'enthousiasme, son style s'apaisa et gagna en force et en pureté ce qu'il perdait en éclat et en passion. Le chapitre Après Sadozva, de 1867, ^^^^ le présent volume, donnera un exemple de cette seconde manière où l'expression émue et pourtant sobre, instante et pourtant contenue, est à la hauteur de la gravité de la situation et de l'imminence du danger qui menaçait la France.
La pensée de Quinet porte la marque de son temps, comme son style. Il est de l'école des libéraux de 1830 et de 1840, disciples des révolutionnaires de 89 qui mettaient dans l'intellect humain la foi que les générations d'autrefois avaient mise dans la révélation divine. De 1789 à 1830, l'appareil des formules s'était transformé, le caractère et la portée des doctrines n'avaient guère changé; les bases d'argumentation avaient oscillé, l'axe de la pensée était resté le même. A la rigueur juridique de la philosophie des ' droits de l'homme,' s'était substitué le point de vue historique, riche, ample, curieux des faits, sympathique au passé, largement humain. Mais l'idéalisme politique avait pénétré les nouveaux principes, comme les anciens : on voulait faire servir les généralisations encore incertaines de l'évolution historique à la réforme des institutions, à la
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direction des mouvements populaires et à la refonte du système européen. L'esprit humain, incontestablement mieux instruit du passé, nourrissait encore des illusions dangereuses sur l'avenir. Il n'avait pas encore gagné le sens de la relativité des prévisions humaines et de la complexité des faits sociaux ; il n'avait pas encore appris à ne se servir des formules compréhensives que comme conseillères, dont les avis doivent être sans cesse contrôlés par l'expérience et soumis à la revision de l'enquête scientifique. Il construisait une philosophie de l'histoire avant que tous les matériaux n'en fussent réunis et soumis à l'élaboration de la recherche, et il érigeait cette doctrine fragile en norme de l'État et de la société. Il abusait des nouvelles méthodes d'activité intellectuelle, comme on avait fait des anciennes : aux excès de la logique et du mécanisme succédaient une confiance exagérée dans l'intuition et dans la divination, une tendance à substituer à la rigueur du raisonnement l'imprécision du symbole, un recours trop fréquent et souvent décevant à l'analogie.
Si la méthode de Quinet a vieilli, si ses assertions ne doivent pas être acceptées sans examen, il faut dire par contre — et soutenir contre ses détracteurs — que son génie l'a maintes fois admirablement guidé, et qu'il y a peu de réformateurs ou de théoriciens politiques dont les prévisions aient été en aussi grand nombre et si exactement réalisées. S'il s'est laissé parfois emporter par l'enthousiasme, il a pour excuse d'avoir vécu à une époque où, dans la vie privée et dans la vie publique, dominaient un égoïsme étroit, une prudence mesquine et le culte exclusif de l'argent. Il a osé proclamer de
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grandes, de nobles idées dans le silence lourd de la politique du * juste milieu ' et du matérialisme bourgeois. De nos jours, alors que l'égoïsme n'a pas abdiqué et que la pensée, trop défiante des généralisations, court le danger de s'émietter dans une poussière de faits, il n'est peut-être pas inutile de relire Quinet et de méditer ses principes, auxquels nous n'attribuerons plus une valeur absolue et éternelle, mais qui pourront servir de puissants stimulants pour élever les cœurs. C'est donc moins comme philosophe de l'histoire que Quinet mérite une place éminente parmi les maîtres de la pensée française au xix® siècle, que comme moraliste, comme conseiller d'une génération et, peut-être, comme guide d'autres générations à venir. La science sociologique peut se contenter du relatif et suspendre son jugement jusqu'à ce qu'elle ait pu l'appuyer sur un grand nombre de faits. La pratique a besoin de certitudes au moins provisoires ; l'action appelle à son aide le génie qui formule l'hypothèse et trace la ligne d'approche vers le mieux. A la France épuisée par l'exaltation de la Révolution, découragée par la faillite de l'Empire, inclinée à s'accommoder de la réaction politique dans la prospérité matérielle, Quinet a rappelé l'idéal du progrès et de la liberté, le devoir de l'effort intellectuel et moral. Il a rattaché la Révolution aux traditions nationales et, par delà, aux traditions de l'humanité ; il a montré la justice politique et sociale en puissance dans la religion des ancêtres et en acte dans leurs tentatives partielles d'émancipation ; il a spiritualisé le rationalisme, et ajouté à la force de conviction de la logique la puissance de persuasion de
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l'imagination historique et cosmique, et la force d'élan de la conscience ; enfin il a traduit sa doctrine en quelques règles précises de politique, qui pouvaient devenir le programme d'un parti d'avant-garde. Sans doute c'était un idéaliste qui ne se préoccupait ni des tempéraments ni des atermoiements qu'exige la pratique ; c'était un polémiste qui s'est laissé parfois entraîner par la chaleur de la lutte jusqu'à l'utopie ou à l'intransigeance. Mais l'histoire de la France depuis 1870 proclame que sa doctrine, qualifiée par les ennemis de la liberté de rêveuse ou de dangereuse, avait une réelle valeur de suggestion et de direction. Il est mort en 1875 à la veille du triomphe de son parti. Le temps lui a assuré depuis ce titre de gloire que les trois grandes mesures qu'il mettait au premier plan de la politique libérale : séparation de l'Église et de l'État, instruction laïque et obligatoire, république démocratique, sont entrées morceau par morceau dans la constitution de la France, et que leur réalisation complète demeure la tâche de demain.
Il nous reste à présenter au lecteur l'ouvrage, ou plutôt le recueil d'articles, que l'éditeur de la ' Higher French Séries ' a choisi comme spécimen caractéristique de l'œuvre d'E.Quinet. On retrouvera dans ces pages sur la France et V Allemagne les qualités et les défauts que nous avons signalés chez l'auteur ; on Y reconnaîtra la doctrine fondamentale de l'historien philosophe et les applications qu'il en faisait, soit à la
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politique d'un Etat particulier, soit aux relations des États entre eux. Au surplus on remarquera l'abondance
, et la sûreté de la documentation, jointes à un sens pénétrant de la réalité historique. Ce -fut pour Quinet une tâche de toute la vie que de faire connaître à la France
; l'Allemagne, dans sa grandeur et dans ses défaillances, dans la vigueur de sa pensée et la violence de ses convoitises, dans l'ampleur de ses créations poétiques et l'étendue de ses ambitions, dans la stabilité de ses mœurs et la ténacité de ses haines, dans son rôle noble de nation civilisatrice et sous son aspect menaçant de nation conquérante. Il a été le premier, et longtemps le seul, à comprendre la transformation de l'Allemagne moderne; il a fait entendre dans le désert un cri d'alarme, et il a répété cet appel dans la solitude jusqu'à la veille de la catastrophe, qui devait, trop tard, ouvrir les yeux de la France et démontrer la justesse, trop certaine, de ses sombres avertissements.
Les circonstances de la jeunesse d'E. Quinet, les événements de sa carrière littéraire et les tendances de son esprit le mirent à même de bien comprendre l'Allemagne, tandis que son patriotisme et son attachement aux principes de la Révolution lui firent pénétrer les différences qui séparaient la France de sa voisine d'Outre-Rhin.
Nous avons décrit l'enthousiasme que provoqua, chez le jeune littérateur, en 1824, la découverte de Herder. Il cherchait alors les moyens de renouveler et d'appuyer sur une base élargie la notion de progrès. Déjà, de lui-même et sans guide, il s'était tourné vers l'histoire
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et avait nourri par d'énormes lectures sa sympathie pour le passé : Herder lui avait soudain donné la clef des relations mystérieuses du présent avec les générations disparues, et avait déroulé à ses yeux la marche processionnelle de l'humanité vers le mieux. Grâce au penseur allemand — dont il avait enrichi et prolongé la doctrine — son idéalisme politique n'était plus entravé, et comme assombri, par des prémisses négatives ; il n'avait plus le regret d'assurer l'avenir au prix de la rupture avec ce qui avait été ; le progrès se développait harm.onieusement des origines mêmes de la société jusqu'aux formes parfaites que l'esprit seul peut entrevoir. La conviction rationnelle du philosophe était soutenue par l'émotion du poète, animée par le spectacle splendide de l'humanité une et par le frisson de sentir en soi la pulsation de la vie des siècles écoulés. Comment Quinet n'aurait-il pas été reconnaissant à l'Allemagne, dont la science et la philosophie lui ouvraient cette immense perspective?
Le poète, qui chez Quinet doublait le philosophe, n'était pas moins attiré et fasciné par la sensibilité allemande, telle qu'elle se révélait dans la littérature d'Outre-Rhin. S'il avait appris de Mme de Staël à révérer les principes de la Révolution, il n'avait pas moins profondément reçu la leçon de son livre De r Allemagne. Sa correspondance, son autobiographie ^ sont pleines d'allusions enthousiastes et de tributs passionnés à Werther, à Faust, à Wallenstehi. La littérature allemande exerçait surtout son empire sur lui par la conception de l'amour grave, profond, dévoué ^ Histoire de mes Idées (1857).
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jusqu'au sacrifice, et par son spiritualisme fortement empreint de panthéisme. L'inclination naturelle de son esprit l'entraînait de ce côté, mais, sous l'influence de Mme de Staël et de ses lectures allemandes, il y penchait de plus en plus. Quelques mois après avoir publié son premier livre, Les Tablettes du Juif errant (1823), dans la manière ironique et sur le ton de persiflage de Voltaire, il se désapprouvait lui-même et pensait à donner au même sujet la dignité de l'émotion et la beauté du symbole — projet qu'il devait réaliser par la composition de son Ahasvérus. Les mêmes influences, vers cette époque, le faisaient aspirer à quelque grande passion, comme au but suprême de la vie : il se dépensait à un travail acharné de lecture et de recherche avec l'espoir de se rendre digne d'une femme à l'âme noble, qu'il ne désespérait pas de rencontrer. Combien la société qui l'entourait répondait peu à son idéal ! Non seulement la Restauration avait étouffé les aspirations politiques, mais les salons avaient repris l'air de frivolité brillante de l'ancien régime. Les femmes y avaient trop d'esprit pour être capables d'aimer.
Son admiration attendrie pour l'Allemagne et la nécessité de surveiller l'impression de sa traduction de Herder, confiée à un éditeur de Strasbourg, attirèrent Quinet, en 1826, d'abord en Alsace, puis à Heidelberg.
S'avançant dans un rêve éveillé, il aperçut toutes choses à travers la brume dorée de l'imagination. ' Sous chaque arbre et sous chaque buisson de la Forêt Noire, je m'attendais à trouver un poème tout entier... Sous les amandiers en fleurs du Neckar, je n'ai jamais entendu une voix de jeune fille que je n'aie
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reconnu Marguerite, Claire, Mignon, et surtout là-bas, à ses joues pâles, Lénore de la ballade de Bûrger.' Les circonstances se prêtèrent d'abord merveilleusement à entretenir ses illusions. Le lieu de sa résidence était une ville de ce duché de Bade qui avait subi profondément l'influence de notre Révolution et qui entretenait de vives sympathies pour la France. Quinet y arrivait avec le titre de ' traducteur de Herder ' et était assuré d'avance d'un chaleureux accueil. Il fut reçu dans des familles patriarcales dont la simplicité de mœurs, la gravité sentimentale, le goût inné de la nature et de la musique le séduisirent aussitôt. Les femmes, alors qu'il leur était presque inconnu encore, l'entourèrent d'attentions maternelles, qui lui allèrent au cœur. Il entendit avec ravissement des chœurs de jeunes filles exécuter des pages religieuses de Hândel, de Haydn, de Mozart, de Pergolese. Avec ces jeunes filles et leurs frères, il entreprit des excursions romantiques à la forêt, aux bords gracieux du Neckar, aux vieux châteaux qui dominent le fleuve. Il fut présenté à un certain M. More, notaire de la petite ville de Grùnstadt, en Bavière rhénane, qui, par la frugalité pastorale de sa vie, par sa dignité simple, par le calme et la paix de son bonheur domestique, lui sembla réaliser l'idylle du Vicaire de Wakefield. Il fut souvent reçu dans cette famille et il conçut pour l'aînée des filles, Minna, un attachement profond, qui après des fiançailles de sept ans, et malgré des traverses, conduisit en 1834 à une union ardemment désirée.
L'Allemagne, terre promise de la philosophie spiritualiste, ne se fit pas moins accueillante pour le jeune
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voyageur que l'Allemagne, ' pays de l'âme.' Il se lia, dès son arrivée, avec Creutzer, l'auteur de la Symbolique^ vénérable vieillard qui avait connu intimement Schiller, Goethe et Kant. Par lui, Quinet eut ainsi la bonne fortune — avant d'apprendre à connaître les changements qui, dès cette époque, s'accomplissaient rapidement dans la pensée et dans les sentiments allemands— d'entrer en contact avec un représentant de l'âge héroïque de la philosophie et de la littérature d'Outre-Rhin, de cet âge qui avait exercé de loin sur lui une si puissante attraction et qui lui avait fait vouer un véritable culte à l'Allemagne érudite, poétique, généreuse, civilisatrice. Il ne se lassait pas d'interroger Creutzer sur tous les grands hommes qu'il avait fréquentés, et de l'écouter parler de ses propres études, de la signification profonde des mythes antiques et de l'unité du sentiment religieux sous la diversité des symboles. Il écrivait à sa mère : ' Le génie de Creutzer est le vrai génie de l'Allemagne. C'est un mélange d'une prodigieuse science avec l'imagination et la poésie d'un Schiller.'
Quinet prolongea ce premier séjour du mois de septembre 1826 au mois de janvier 1829. Tout en s'abandonnant, tête et cœur, à tout ce qui, dans les mœurs et l'esprit germaniques, avait toujours exercé sur lui une étrange fascination, il ne perdait pas de vue le souci de sa culture personnelle, les nécessités de sa carrière, et les préoccupations qui l'avaient toujours possédé comme Français et comme disciple de la philosophie révolutionnaire. Il mit à profit sa connaissance plus complète de l'allemand pour pousser
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dans toutes les directions ses lectures. Il voyagea ; et, au cours de ses excursions, se ménagea des entrevues avec des personnages marquants, avec Niebuhr, A. W. Schlegel, Tieck. Il ne fut empêché que par une circonstance fortuite de rencontrer Goethe. A mesure que le temps s'écoulait et que son information devenait plus précise, son jugement, encore très favorable, perdait sa rigidité primitive. Il comprenait que l'Allemagne, telle qu'il l'avait connue de loin, n'était pas toute l'Allemagne. Il en venait à se considérer comme ' une sentinelle ' à un poste d'avant-garde, chargée de se renseigner exactement sur le mouvement philosophique et littéraire, l'état politique, les sentiments nationaux du pays. L'étude de la philosophie aUem^ande qui, par l'intermédiaire de V. Cousin, avait pris pied à la Sorbonne et s'était répandue dans la société cultivée ' de Paris, ne lui semblait pas sans péril, transportée hors du milieu où elle avait pris naissance, et accueillie avec ; une admiration servile. En ce qui concernait Hegel, par exemple, ne fallait-il pas comprendre les conditions historiques et sociales d'où sa doctrine était sortie et prendre garde, en le naturalisant chez nous, de fausser les grandes traditions que la France ne pouvait renier depuis la Révolution ? Cet éclectisme dont on s'engouait à la suite du brillant professeur de la Sorbonne n'était-il pas, au fond, une désertion de l'esprit français ; et n'avait-on pas besoin d'être éclairé sur les origines et les conséquences de quelques-unes des théories dont on nourrissait son dilettantisme intellectuel? Le livre de Mme de Staël, aussi, apparaissait bien incomplet et, par certains côtés, bien suranné, quand on considérait le