‹ France et AllemagneChapitre 5 sur 48 · SA VIE ET SON ŒUVRE XV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SON ŒUVRE XV

à l'endroit du despote, un exemple dont Quinet devait se souvenir plus tard. Quinet apprit à chérir l'idéal de la liberté et de la fraternité, à se passionner pour de vastes vues d'ensemble sur le progrès, à mettre au premier rang des objets de la pensée les questions morales et sociales. Chateaubriand séduisit son imagination et lui fournit un modèle de style : c'est Mme de Staël qui fut le premier guide de ses convictions.

Le souvenir des leçons reçues au foyer de famille et la lecture des Considérations sur les principaux événements de la Révolution française ^ avaient retenu Quinet, au lendemain de l'Empire, de donner son adhésion à la renaissance catholique et à la monarchie restaurée. Mais ces influences n'eurent pas d'abord la même efficacité contre le prestige de l'Aigle. Le culte de l'Empereur resta pendant longtemps une des forces dominantes de pensée et d'action chez le futur auteur du poème de Napoléon. Ce sentiment avait eu son origine dans l'entraînement irrésistible de tout un peuple, dans l'admiration pour l'héroïsme du vainqueur d'Arcole et pour le génie du vainqueur d'Austerlitz, dans l'exaltation du patriotisme et l'enivrement de la gloire nationale. Plus tard, à l'âge de la maturité et quand il eut pris conscience de son attachement à la liberté, Quinet analysa ce sentiment, qu'il devait concilier avec ses convictions raisonnées. Il se rendit compte alors — et il fut un des premiers à le dire — que la France révolutionnaire n'avait pas été aveuglément enthousiaste quand, après avoir confié à Bonaparte la tâche de la défendre contre l'aggression de * P»r Madame de Staël,

Page 1