SA VIE ET SON ŒUVRE XIX
Il trouva au contraire en Herder un guide d'une sensibilité aussi ardente, d'une imagination aussi riche que sa pensée était suggestive et hardie. Les Ideen zur Philosophie der Geschichte der Menschheit lui fournirent une matière qui, vivifiée par son idéalisme révolutionnaire, devint le point de départ de son activité politique, historique et philosophique.
Herder avait exposé, dans ses Ideen, au milieu de descriptions amples et colorées, parmi une grande richesse de faits, d'émotions et d'images, une conception de l'univers qui venait à son heure, préparée par les récents progrès des sciences historiques et naturelles, rendue possible par la transformation de l'idée religieuse sous l'influence de l'empirisme et du scepticisme, et appelée ardemment par les esprits las de deux siècles d'abstraction. On aspirait à élargir l'horizon intellectuel au delà de l'analyse psychologique, qui depuis si longtemps faisait l'unique objet des spéculations philosophiques et des productions littéraires : et voici que Herder replaçait l'homme dans l'immense cadre de la nature, montrait ses relations avec le règne animal et avec la matière inanimée et rattachait la loi de son développement aux lois universelles du cosmos. La raison ne s'accommodait plus qu'avec peine de la religion anthropomorphique, des mystères et des miracles : et voici que Herder ouvrait au sentiment religieux un nouveau domaine en diffusant l'essence divine dans l'univers et en représentant toutes les formes de l'être comme des manifestations de Dieu. On avait soif de vérité concrète, de couleur, de beauté
particulière et locale : et voici que Herder traçait