XX EDGAR QUINET
d'incomparables tableaux de la nature dans la diversité des lieux et des climats, et déroulait le panorama de l'histoire universelle dans la diversité des temps et des civilisations. Avec la profondeur d'un grand esprit, il donnait une expression puissante à deux vérités nouvelles : la notion de l'unité de l'être et la notion du développement graduel et continu. Avec les dons rares d'un poète, il chantait l'hymne de l'âme qui entre en communion avec tout ce qui est et tout ce qui vit, et disait l'émotion de l'homme individuel prenant conscience de sa solidarité avec les générations innombrables du passé. Quelle révélation ce fut pour E. Quinet, lorsque, instruit par Herder, il comprit qu'un homme de son temps, que lui-même, était redevable de la moindre de ses pensées à des milliers d'hommes qui l'avaient précédé. ' Je m'arrêtais, dit-il, pour écouter au fond de mon âme le sourd retentissement des siècles passés.' Il entreprit la tâche pieuse de traduire les Ideen (1826) ; il les fît précéder d'une Introductiofi et suivre bientôt d'un Essai sur les Œuvres de Herder (1827).
U Introduction n'est pas un simple péristyle destiné à conduire au monument central : c'est une œuvre originale, marquée de caractères accentués, qui distinguent la doctrine du disciple de celle du maître. Quinet se montre fermement, ardemment fidèle au principe d'évolution impliqué dans l'œuvre de Herder. Mais il ne confond pas, comme le fait l'auteur des Ideen, la loi du progrès graduel et continu avec la volonté divine toujours présente, toujours active, toujours prête à intervenir dans la marche des événements.