‹ France et Angleterre: Cent années de rivalité coloniale. L'affaire de MadagascarChapitre 21 sur 31 · RÉSULTATS OBTENUS PAR M. DE VILLERS · texte numérisé non relu

RÉSULTATS OBTENUS PAR M. DE VILLERS

convainquait, chaque jour, que ni Fappui de l'Angleterre, ni même celui de la London Society ne lui permettrait d'éluder l'application du traité de 1885. A la confiance illimitée qu'il témoignait jadis aux prédicants, le premier ministre substituait insensiblement une méfiance non moins caractérisée, soit que l'attitude du capitaine Haggard l'eût blessé au vif, soit que les événements eussent détruit le crédit qu'il accordait jadis à la parole de ses conseillers. De cet état d'esprit qui s'accentuait chaque jour, M. de Vilers profitait habilement, et le jour vint où le découragement se glissa jusque dans les rangs de la London Society,

Vers la fin de 1887, chaque courrier d'Europe emmenait quelques membres de la corporation fuyant le peuple ingrat qui se détachait d'eux *. D'autres restaient, il est vrai, dont le dépit décuplait l'humeur combative, et parmi ceux-là, Parrett et Pickersgill, les deux inséparables, demeuraient fermes sur la brèche. Leur journal, le Mada gascar Times continuait la campagne avec une vigueur croissante et, dédaignant les voies détournées, prêchait ouvertement le recours à la violence, pour rendre à la civilisation hova son ancien lustre et son antique indépendance.

Un jour même, peu après le rappel du capitaine Haggard, Parrett ne craignit pas de faire appel à l'assassinat, déclarant hautement que l'avenir de Madagascar et de la London Society dépendait de la disparition de M. de Vilers. Celui-ci porta plainte, mais le consul Pickersgill, qui seul avait qualité pour recevoir cette plainte, refusa naturellement d'intervenir contre son ami et associé. Seul, Rainilaiarivony fit preuve, en cette circonstance, d'une parfaite correction. Il se sépara publiquement de ses anciens alliés, et inséra sa protestation dans son journal,

1. M. de Vilers au Département, 28 mai 1887. Correspondance inédite.

le Progrès de Vlmérina. L'affaire n'eut pas de suites, M. de Vilers ayant jugé que les résultats matériels obtenus par lui, le dispensaient d'exiger des excuses platoniques. Quant au gouvernement anglais, il négligea de s'occuper de l'incident et conserva toute sa confiance à son vice-consul*.

Cette colère aveugle était la meilleure preuve qu'il y avait quelque chose de changé à Madagascar. Aussi M. de Vilers voyant l'horizon serein et sans nuages, se disposat-îl à prendre un congé que son long séjour à Tananarive rendait indispensable. Il put, en s'embarquant, se rendre cette justice que ses deux années de résidence n'avaient pas été perdues pour le bien du pays (février 1888).

Avec l'année 1887 prit fin l'opposition systématique de l'Angleterre à notre établissement à Madagascar. Elle avait duré près d'un siècle, et ce long espace de temps est plus que suffisant pour montrer que la politique anglaise ne pèche pas toujours par manque de suite dans les idées.

Ce n'est pas assurément que lord Salisbury et ses collègues, eussent sur la question d'autres idées que celles de leurs nombreux prédécesseurs aux affaires. Comme eux, ils n'auraient, le cas échéant, rien négligé pour nous tenir à l'écart ou même pour nous expulser d'une terre, où notre présence constituait, pensaient-ils, un danger pour leur pays. Mais, pour la première fois depuis cent ans, des ministres anglais s'étaient heurtés, à Tananarive, à une politique nette, ferme et active. Ils cédèrent car, ainsi que devait plus tard le dire un des leurs, et non des moindres, « ils n'avaient pas à faire la guerre pour Madagascar, étant donné le peu d'importance des intérêts britanniques engagés »2; déclaration significative, qui

1. M. de Vilers au Département, 25 janvier 1888. Correspondance inédite,

2. Discours de lord Selborne, sous-secrétaire d'État aux colonies, à Bradford, mai 1898.

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