‹ France et Angleterre: Cent années de rivalité coloniale. L'affaire de MadagascarChapitre 5 sur 31 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. — Madagascar, les îles Gomores et Mascareignes. Leur importance stratégique et économique , cause de la rivalité franco-anglaise à leur égard. Inconséquence et faiblesse de notre action à Madagascar au XIX* siècle. Étrange caractère de la rivalité franco-anglaise à Madagascar.

II. — Premiers établissements des Français à Madagascar. La situatioji en 1803. Guerres de l'Empire et traité de 1814. Exécution du traité. Sir R. Farquhar et ses prétentions. Farquhar, désavoué par lord Bathurst, soulève les Hovas contre nous. Traités anglo-hovas de 1817 et de 1820. Tentative de la France pour réoccuper ses anciens postes de Madagascar repoussée par Badama I et Hastie (1820-1824). Nouvelle tentative du commandant Gourbeyre, suivie d'un nouvel échec. La chute de Charles X arrête les opérations.

III. — Politique malgache du gouvernement de Juillet et de l'Empire. Prise de possession de Nossi-Bé et de Mayotte. Traités avec les Sakalaves. La reine Banavalo I. Intervention franco-anglaise de 1845. MM. Laborde et Lambert et le prince Rakoto. Le cabinet français refuse d'agir. Intervention de l'Angleterre. Le Révérend Ellis et les événements de 1857. Le roi Radama II et la charte Lambert. Inaction du gouvernement impérial. La mort de Radama et M. Ellis. Traité francohova de 1868.

IV. — Retraite complète de la France de 1868 à 1881. Activité de l'Angleterre durant cette période. Les missionnaires de la London Society. Leur propagande anti-française et leur intime union avec le gouvernement hova. Ce qu'il faut penser de leur œuvre et de l'état moral et social du peuple hova.

S'il est un point du globe où notre pays ait profondément ancré son influence et ses traditions, c'est à coup sûr ce groupe d'îles qui émerge de l'océan Indien, au large de la côte sud-est d'Afrique. Autour de Madagascar, vaste continent insulaire, plus grand que l'ancienne Gaule, sa pressent plusieurs systèmes d'archipels, qui, à distance variable, lui font une ceinture ininterrompue de hautes terres montagneuses, profilant au-dessus des flots des cimes de 3.000 à 3.500 mètres. Grâce aux pluies diluviennes de la saison humide, et aux ardeurs fécondes d'un soleil tropical, beaucoup de ces îles sont d'une incomparable richesse, et comme en même temps leur altitude permet à la race blanche de s'y acclimater facilement, elles ont offert aux colons d'Europe un champ d'expansion de premier ordre. Au xviii® siècle, l'Ile de France, aujourd'hui Maurice, était tenue pour l'Eden des mers du sud, et Bernardin de Saint-Pierre, ambitionnant, comme il le dit luimême, la gloire de devenir le Virgile et le Théocrite des habitants de l'autre hémisphère, ne crut pas pouvoir donner à sa charmante idylle de cadre plus enchanteur que le quartier des Pamplemousses, les mornes abrupts et les savanes de la banlieue de Port-Louis.

Non loin de Maurice est la Réunion, jadis Bourbon puis Bonaparte, véritable île sœur de sa voisine. Plus au Nord l'île Sainte-Marie, puis les Glorieuses, les Aldabra, les Amirantes, les Seychelles. A l'ouest, Nossi-Bé, Mayotte et le groupe des Gomores, dont les pentes volcaniques sont couvertes d'une merveilleuse végétation. Au centre de la circonférence, «la grande terre » développe ses 600.000 kil. carrés, sur une longueur de 14 degrés géographiques; vaste pays encore fort mal connu, chaud et malsain sur les côtes, tempéré et facilement habitable dans l'intérieur;

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