‹ France et Angleterre: Cent années de rivalité coloniale. L'affaire de MadagascarChapitre 7 sur 31 · MADAGASCAR, LES JLES COMORES ET MASCAREIGNES · texte numérisé non relu

MADAGASCAR, LES JLES COMORES ET MASCAREIGNES

plus déroutant pour Thistoire que cette rivalité continue des deux grandes nations coloniales de l'Europe, qui montent jalousement la garde autour de Tîle, s'observent, se contrecarrent, mais s'obstinent également à ne jamais faire le pas décisif.

Entre la politique malgache de la France et celle de l'Angleterre, il y eut cependant une différence. Nos gouvernants ne renoncèrent jamais aux traditions qui, depuis le commencement du xvii® siècle, rattachaient vaguement Madagascar à la France. Ils ne cachèrent jamais que, si Madagascar devait un jour devenir colonie européenne, elle ne pouvait être que terre française, et en repoussant les empiétements des voisins, ils avaient conscience de défendre une partie du patrimoine futur de la nation. La Grande-Bretagne, au contra^^re, ne réclama jamais rien pour elle, elle ne songea jamais à s'établir dans la grande île, et cela est si vrai qu'à deux reprises différentes, en 1763 et en 1814, elle dédaigna de profiter du triomphe de ses armes pour trancher la question à son profit. A ses yeux, Madagascar parut toujours une conquête inutile, mais, si elle ne fît jamais rien pour s'y installer, elle s'appliqua sans trêve et de toutes ses forces à nous empêcher d'y entrer, et c'est précisément en cela que l'incident malgache est un chapitre si caractéristique de nos relations avec nos voisins.

Rien de moins compliqué en effet, quant à leur origine et à leur développement, que des questions comme celles du Nil ou du Niger. Français et Anglais jettent en même temps leur dévolu sur un riche bassin fluvial et sur une précieuse voie de pénétration. Ils se hâtent vers le même but, rivalisent d'ardeur et d'habileté, et de leur rencontre inévitable naît le choc prévu de longue date : ce sont là des faits très simples, conséquences normales de la concurrence universelle, mais à Madagascar, le cas est tout différent. L'objet en litige n'est pas un objet de compétition puisque la France

est seule à le réclamer. Il semblerait donc qu'aucune difficulté ne puisse surgir, et voici cependant qu'à chacune de nos tentatives, nous trouvons la route barrée par l'Angleterre. Pour que cette histoire ait un sens, il faut bien reconnaître qu'à Madagascar comme à Alger, « tout ce que l'Angleterre ne fait ou ne veut pas faire par elle-même, elle prétend empêcher les autres de le faire, qu'elle regarde chaque succès obtenu par ses voisins comme dirigé contre elle-même, comme un attentat contre ses intérêts w *.

Le premier Français qui eut l'idée de fonder un établissement à Madagascar fut Augustin de Beaulieu qui, en 1620, voulut y créer un port de relâche pour les vaisseaux allant aux Indes. Richelieu reprit cette idée, en 1642, et en confia l'exécution à la compagnie privilégiée des Indes orientales. Des établissements furent, dès cette date, créés à Sainte- Lucie et à Fort-Dauphin, mais l'entreprise échoua. Colbert voulut la recommencer, mais cette seconde tentative ne réussit pas mieux que. la première. Le manque de ressources et l'hostilité des indigènes entravèrent à ce point les efforts des colons que le gouverneur lui-même, M. de la Haye, leur proposa d'abandonner la partie et de se réfugier à Bourbon. En 1674, il n'y eut plus un seul Français dans l'île.

Il en fut ainsi pendant 75 ans, non pas que le gouvernement royal eût renoncé aux projets de Richelieu et de Colbert : à chaque occasion au contraire des actes législatifs prenaient soin de proclamer comme un fait accompli la réunion de Madagascar à la couronne 2. Mieux que ces arrêts du conseil un peu audacieux, et qui ne manquèrent

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