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LES PRÉLIMINAIRES

I. — Conflit d'intérêts soulevé par la question d'Alger entre la France et l'Angleterre. — Politique do la France dans la Méditerranée ; politique de l'Angleterre.

II. — La querelle d'Alger ainsi engagée se prolonge pendant vingt-quatre ans. — Période aiguë du conflit. — Belle campaguo diplomatique de la France. — Ses principaux acteurs : le prince de Polignac, le duc de Laval, le duc de Wellington, lord Aberdeen, lord Stuart. — Le roi Charles X et le gouvernement de la Restauration.

m. — Premiers engagements sur la côte barbaresque entre la France et l'Angleterre. — M. Read et M. do Lesseps à Tunis. — M. Warrington et M. Rousseau à Tripoli. — M. Saint-John, consul d'Angleterre à Alger.

IV. — La combinaison égyptienne. — M. de Polignac essaye de négocier avec l'Egypte une alliance contre les régences barbaresqucs. — Missions du capitaine Huder au Caire. — Négociations avec la Porte pour obtenir un firman d'autorisation. — Vive opposition del'Angleterre. — Attitude des autres cours . — Devant le peu de faveur obtenu par son projet d'alliance, M. do Polignac abandonne toute idée de coopération égyptienne. —Rupture des négociations avec Mehemet-Ali. —L'expédition purement française est décidée.

Le 30 juillet 1829 le vaisseau du roi, la Provence^ battant pavillon parlementaire, entrait dans le port d'Alger. Son commandant avait Tordre de porter au dey Hussein les dernières propositions d'accommodement que la France avait jugé pouvoir faire à l'ennemi audacieux qui avait osé la provoquer. Le lendemain, noire envoyé, le commandant (le la Bretonnière, fut reçu par le dey : il lui exposa le but de sa mission, le prévenant que si Tultimatum dont il était porteur était repoussé, la France était bien décidée à recourir aux armes pour venger ses injures. Le dey était hésitant, et son entourage très divisé. Les uns voulaient qu'on cédât : « Si jamais tu es en guerre avec l'empereur (les Francs, lui avait dit un de ses vieux conseillers, no manque pas de faire la paix avant même de songer à ta

prière du soir. » Les autres, au contraire, prêchaient la résistance, et parmi ceux-là, les clients et les créatures du consul anglais, M. Saint-John, étaient le^ plus ardents. « Veux-tu donc déshonorer les croyants ? disaient-ils. N'as-tu pas entendu le consul affirmer que l'Angleterre était avec nous et que jamais la France n'oserait attaquer? » — Hussein, incertain et anxieux, remit sa réponse au surlendemain. Elle fut catégorique : J'ai de la poudre et des canons, déclara-t-il à M. de la Bretonnière. Puisque nous n'avons pu nous entendre, tu peux te retirer. » Le commandant revint à son bord et donna Tordre d'appareiller. Mais lèvent était extrêmement faible; la Provence avançait à peine et défilait lentement devant les formidables batteries qui défendaient l'entrée du port. Soudain un coup de canon partit de la casbah. A ce signal, les batteries ouvrirent le feu et criblèrent de leurs boulets le bâtiment parlementaire. Déjà nos matelots indignés avaient couru à leurs pièces, mais le commandant défendit de riposter. « Nous ne sommes pas venus en ennemis, dit-il ; on ne tire pas le canon sous le drapeau blanc, et si des barbares violent la foi jurée, ce n'est pas pour les marins du roi une raison de les imiter. » Durant une demiheure, le noble vaisseau, meurtri mais impassible, demeura ferme sous l'outrage. Cependant, les équipages des navires étrangers mouillés en rade, émus de cette inqualifiable agression, et transportés par la fierté dédaigneuse qui l'accueillait, faisaient retentir l'air de leurs acclamations. Sur la corvette anglaise Pelorus^ les marins montés dans les haubans poussaient des vivats, et son commandant, le capitaine Quin, « dans un état de surexcitation inexprimable », criait dans son porte-voix: Hurrah for y ou, boys! DonU fire^ by Jove, Don't fire ! Keep the wind"^ ! Tant il est vrai qu'en dépit de la politique, les braves gens de tous pays savent se reconnaître et s'honorer 2.

1. c Hourra pour vous, mes enfants ! Ne tirez pas, par Jupiter, ne tirez pas I Serrez le vent ! »

2. Voir les rapports du commandant de la Bretonnière {Archives

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