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LA QUERELLE D ALGER — LES PRÉLIMINAIRES

Cet épisode célèbre est en raccourci Timage fidèle de la querelle diplomatique et militaire dont les rives de la Méditerranée allaient être le théâtre. Tous les personnages y figurent dans l'attitude qu'ils garderont jusqu'au bout. — D'un côté la France, patronne antique de cette mer, prolectrice de toutes les populations chrétiennes du littoral, qui, depuis les croisades, était toujours restée aux yeux des musulmans la puissante et prestigieuse nation de FOccident, la nation des Francs. De Tautre, un pirate insolent et cruel, fier de sa longue impunité, parfois forcé de courber la lôte sous les orages qu'il avait provoqués, mais toujours prompt à la relever dès que les flottes vengeresses avaient quitté ses rivages inhospitaliers, et lançant de nouveau ses corsaires sur tous les navires qui passaient à sa portée. — En face, l'Europe attentive ; tous les peuples applaudissant aux promesses de la France qui garantissait la délivrance des esclaves, la liberté des mers, et la sécurité du commerce ; les gouvernements le plus souvent sympathiques, quelques-uns anxieux des conséquences possibles de l'événement, tous observant une stricte neutralité. Seul, le cabinet anglais, jaloux et hostile, voyait avec dépit se rétablir la suprématie de la France dans le bassin méditerranéen, sa marine renaître et son influence s'accroître.

C'est là en efi'et qu'est le nœud de la question, et qu'il faut chercher la cause de l'hostilité passionnée que souleva en Angleterre notre entreprise algérienne, hostilité qui laisse loin derrière elle, à l'exception peut-être de l'épisode de Fachoda, tout ce qu'elle fera plus tard dans les cinq parties du monde pour entraver l'extension de la « plus grande France ». Dans la guerre d'Algérie, le cabinet de Saint-James voyait moins une expédition coloniale, que l'afiîrmation de la prépondérance française dans la Méditerranée, la consécration glorieuse d'un patronage séculaire, qui jusque-là n'avait eu pour lui que le prestige moral et la magie des souvenirs, mais qui

de la marine ), du commandant Quin ( Record Office^ Londres ) et la correspondance du comte d'Attili {Affaires étrangères).

désormais s'appuierait sur la force et un état de possession redoutable.

En jugeant ainsi, TAngleterre voyait parfaitement juste. Les préoccupations coloniales ne dominaient pas dans Fesprit des hommes d'Etat, qui en France décidèrent le départ de l'expédition et le maintien de nos troupes à Alger. On ne s'occupait guère en ce temps-là de la question si brûlante aujourd'hui des débouchés commerciaux, et la mode n'était pas aux entreprises lointaines. Au contraire, la nécessité pour la France d'affirmer et de consolider sa politique méditerranéenne éclate à chaque instant, soit dans les discussions qui précédèrent la décision du cabinet des Tuileries, soit dans les négociations qui la suivirent. C'est notamment ce que le roi Louis- Philippe écrivait quelques mois plus tard dans les instructions qu'il remit à M. de Talleyrand partant pour l'ambassade de Londres. Avec une intelligence remarquable de la situation, le roi définissait en ces termes la politique française dans le bassin méditerranéen : « En communauté de civilisation et de liberté avec l'Angleterre, la France s'entend moins bien avec elle sur certaines questions particulières qui touchent à la distribution actuelle des puissances dans le monde. L'Angleterre est intéressée à l'observation absolue du statu quo et la France à sa modification. Les affaires d'Orient, l'insurrection de la Grèce et l'expédition d'Alger ont soulevé la grande question de la distribution des puissances dans la Méditerranée, où elle avait été moins solidement fixée que sur le continent européen. La politique de la France ne pouvait être incertaine en cette occasion, malgré les habitudes peu nationales du gouvernement qui était alors à sa tète. » En ce qui regarde les questions méditerranéennes, explique le roi, il y avait pour la France deux systèmes d'alliance possibles : la Russie et la Prusse d'une part, l'Angleterre et l'Autriche de l'autre. La France a adopté le premier.

« La France, en effet, continue-t-il,a un intérêt pressant à diminuer la prépondérance de l'Angleterre dans une

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mer qui est la sienne et dont TAngleterre n'est môme pas riveraine. Elle doit chercher toutes les occasions de rendre l'occupation de Malte et des îles Ioniennes "^ moins dangereuse en y favorisant l'entrée de la Russie, en fondant sur les côtes des États nouveaux, en y favorisant les progrès maritimes des puissances secondaires et en groupant celles-ci autour d'elle... (De là Texpédition de Gr^ce.)

« L'entreprise d'Alger peut avoir des conséquences encore plus avantageuses pour notre avenir maritime. Sur CCS deux questions, dont Tune est presque entièrement résolue et l'autre à peine entamée, la France est en opposition d'intérêt et de politique avec PAngleterre et aura besoin de toute l'habileté de son ambassadeur 2. »

C'était en effet pour la France une nécessité impérieuse d'agir sans retard si elle voulait faire respecter la situation matérielle et morale à laquelle lui donnaient droit sa position géographique et une prescription plusieurs fois séculaire. Le temps n'était plus des capitulations obtenues par François I". Alors, Vempereur de France^ des plus grands princes chrétiens, le majeur, avait dans tout l'Islam une primauté indiscutable : ses ambassadeurs avaient le pas sur tous les autres. Les Français avaient le monopole du commerce dans tous les Etats du sultan, les étrangers ne pouvant y trafiquer que sous la bannière de France, Seuls, les Français et les étrangers amis de renipereur de France étaient autorisés à pratiquer leur religion en pays musulman et à se rendre aux Lieux saints ^. Mais dès la fin du dix-huitième siècle ces privilèges politiques et commerciaux avaient subi de rudes atteintes. Des rivaux étaient survenus pour profiter de la décadence de notre marine, ardents à se partager nos dépouilles ; et il fallait bien constater en 1830 que l'antique prépondérance de notre pays dans la Méditerranée était

1. On se rappelle que le congrès de Vienne avait attribué à TAngleterre toutes les îles Ioniennes.

2. Instructions pour M. le prince de Talleyrand, ambassadeur du roi à Londres, septembre 1830 {Documents inédits),

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