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Journal des Débats, 16 août

2. La princesse de Lieven à lord Grey, 23 août 1829 {op. cit.).

3. « L'histoire des rapports de la France et de TAngleterre est celle de la rivalité nationale la plus longue et la plus soutenue que présente l'histoire des temps modernes. Fox, celui des hommes d'Etat de l'Angleterre qui avait le plus cherché à mettre un terme à cette lutte souvent si fatale à l'un et à l'autre peuple, ne croyait cependant pas pouvoir désigner la France sous un autre nom que celui d'ennemie naturelle de son pays. C'est qu'il y a dans la nature des choses, des principes d'opposition plus forts que les circonstances et que les hommes qui ont essayé successivement de les dominer. La France, en ralliant autour d'elle les intérêts maritimes de l'Europe, semble particulièrement appelée à combattre la prépondérance navale de l'Angleterre, et à défendre contre cette puissance la cause de la liberté des mers. Le sentiment que le cabinet de Londres a de cette situation fait qu'il ne nous trouve jamais assez abaissés ; qu'il s'est opposé surtout avec une constance infatigable et une ardeur passionnée à tout ce qui peut nous rendre des forces, et qu'il a toujours considéré le moment où nous pourrions compléter notre renaissance politique, comme celui qui marquerait sa propre décadence. Aussi a-t-on vu l'Angleterre, en 181o, malgré l'alliance secrète que nous venions trois

LA QUERELLE d' ALGER LES PRÉLIMINAIRES S3

En outre il ne fallait pas ôtre grand politique ni grand psychologue pour prévoir que M. de Polignac, véhémentement accusé « d'avoir oublié le français en Angleterre », n'aurait rien de plus pressé que de se tailler un succès facile en donnant à ses ennemis un démenti éclatant. C'est ce qu'avait deviné M. de Barante qui, souhaitant ardemment une entente solide avec l'Angleterre, ne tarissait pas en récriminations sur la « méprise grossière» du gouvernement britannique. « Ils n'ont pas vu, disait-il, que nous donner un ministère était le meilleur moyen de ne rien obtenir de nous ^ » En fait, les illusions du cabinet anglais furent de courte durée, et il ne tarda pas à s apercevoir qu'il avait patronné un redoutable adversaire. Dans toutes les questions que les deux gouvernements eurent à débattre ensemble en Grèce, en Turquie, à Alger, M. de Polignac apparut en défenseur habile et hautain des droits et des prérogatives de son pays. Il ne céda rien, et rarement ministre français suivit une politique plus nationale et plus ferme. Aussi la colère fut-elle vive en Angleterre d'autant que l'engouement avait été plus prononcé. On ne se pardonnait pas d'avoir été dupe, et Wellington racontait sa déconvenue à qui voulait

mois avant de former avec elle et avec TAutriche contre Tempereur Alexandre, insister fortement à Paris dans les conseils des alliés pour un nouvel afTaiblissement, on pourrait presque dire un démembrement de la France. Dix ans plus tard, lorsque la situation de l'Orient parut susceptible de provoquer une nouvelle organisation de l'Europe, le cabinet de Londres faisait entendre à la fois à Vienne et à Pétersbourg qu'il se résignerait à toutes les chances plutôt qu'à un agrandissement de la France. Un de ses représentants au congrès de Vienne avait déclaré qu'il fallait, sur toute chose, ne pas permettre que nous reprissions un rôle en Europe. Nous savons que plus d'un ambassadeur d'Angleterre a reçu pour instructions d'agir, lorsqu'il serait dans le doute, dans un sens opposé à la France, comme le plus sur moyen de servir son pays, et la conduite de la plupart des agents britanniques sur tous les points du globe prouve combien ils sont imbus de celle pensée... » (Instructions pour M. le duc de Laval, août 1829 {Affaires étrangères].)

1. M. de Barante à M. Guizot, 22 octobre 1829 (Souvenirs et correspondance du baron de Barante).

Tentendre *. L'année suivante nous verrons môme qu'il alla jusqu'à intriguer à Paris pour provoquer la chute de son ancien protégé. Il conserva contre lui une animosité profonde : « Je considérais Polignac comme borné mais loyal, disait-il plus tard ; c'est en réalité un des hommes les plus habiles et les plus faux que J6 connaisse ^ » ; et lorsque la révolution de Juillet Teut débarrassé de son antagoniste, il marqua son soulagement et sa rancune par un mot cruel, un véritable cri de haine qu'on regrette de trouver sous sa plume : « Polignac est pris, dit-il ; je pense bien qu'ils vont Texécuter ^. »

Après M. de Polignac, c'est au prince-duc de Laval- Monlmorency que la France est redevable du succès de sa campagne diplomatique de 1830. Notre ambassadeur à Londres était un homme accompli, d'une haute valeur et d'une loyauté irréprochable. Cruellement traité par la nature qui l'avait, avant l'âge, accablé d'infirmités *, il rachetait ses disgrâces physiques par une intelligence ornée et délicate, qui, bon gré mal gré, lui faisait, partout oîi il entrait, décerner le premier rang. De chétive apparence, la démarche hésitante et la parole embarrassée, il disposait dès l'abord assez mal en sa faveur, mais l'instant d'après, son espritvif et enjoué, une conversation familière, semée d'anecdotes qu'il racontait de la façon la plus spirituelle, une inlassable bonne humeur, lui avaient conquis tous les suffrages. Il avait, disait-on à Londres, des manières un peu archaïques et dignes du grand siècle. C'était en effet un Français de la vieille école, un peu naïf, un peu léger, mais avec des vues saines et un grand bon sens; par-dessus tout une exquise politesse, ce cette urbanité simple des anciennes races, cette distinction d'allures et

1. La duchesse de Broglie à M. de Barante, 8 septembre 1829 {op, cit.). — Correspondance de lord Grey et de la princesse de Lieven, passim.

2. Voir Ollivier, l'Empire libéral^ t. I, p. 202etsuiv.; Pasquier, t. VI, p.208etsuiv.

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