Wellington à lord Nugent (op. cit
4. Outre un défaut de prononciation très accentué, il était très sourd et presque aveugle.
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de pensée qui souvent font illusion sur la médiocrité, mais qui jointes au vrai mérite sont d'un charme incomparable * ». Au moral, c'était un beau caractère et un noble cœur, le modèle des chevaliers français, disait de lui Mme de Staîil. Depuis quinze ans il avait fréquenté plusieurs des grandes cours de TEurope et, à deux reprises, le roi avait voulu l'appeler dans ses conseils, mais il avait refusé une charge qu'il sentait trop lourde pour ses épaules. En Espagne, à Rome, en Autriche, il avait tenu sa place, toujours avec honneur, souvent avec finesse et habileté. Â Vienne, « où il n'avait pas voulu ramper devant M. de Mettemich », il comptait à son actif sur le puissant chancelier un succès d'amour-propre qui fit quelque bruit 2. Aussi sa nomination à Londres au moment où on allait avoir de si graves questions à débattre fut-elle favorablement accueillie par tous. Il était d'ailleurs fort bien vu du roi Georges IV avec lequel il s'était lié d'amitié lors d'un long séjour qu'il avait fait en Angleterre à l'époque de l'émigration.
Cette haute protection n'allait pas lui ôtre inutile, car la situation qui l'attendait à Londres était des plus délicates. La cour et le cabinet anglais étaient plutôt mal disposés pour notre pays. Si le vieux roi nous était sympathique et n'avait pas oublié les relations étroites qui l'avaient uni aux princes de la maison de Bourbon ^, par contre, l'héritier de la couronne, le duc de Clarence, nous était notoirement hostile. Or son avènement était imminent, et tout
i. Voir Pasquier, t. VI, p. 179; Coulmann, Réminiscences, t. II, p. 250, et la Correspondance de la princesse de Lieven, notamment en octobre et novembre 1829.
2. M. de Mettemich ayant imaginé défaire à Berlin et à Pétersbourg une démarche quasi officielle pour attirer l'attention des deux cours du Nord sur l'état des affaires en France, le duc de Laval lui avait réclamé des explications avec une telle raideur, que le chancelier embarrassé n'avait eu que la ressource de nier le fait (Voir Pasquier^ t- VI, p. 173 et une lettre de la princesse de Lieven à lord Grey, 26 octobre 1829).
3. C'est de lui que Louis XVIII disait en 1814 : « Après Dieu, c'est au prince régent d'Angleterre que je dois d'avoir recouvré ma couronne. »
le monde Tescomptait, en raison de Tàge et des infirmités de Georges IV *. En outre, sa popularité et son influence étaient considérables. Son alliance ouverte avec le parti whiget les brillants succès de sa longue carrière maritime lui avaient conquis tous les suS'rages populaires. II se posait volontiers en champion de la vieille Angleterre belliqueuse et dominatrice des mers, et par une singulière contradiction, ce prince libéral et éclairé, qui Tun des premiers en Europe avait compris le côté généreux de notre révolution de 1789, et n'avait pas craint d'entretenir des rapports suivis avec les principaux membres de l'Assemblée constituante, était devenu le représentant de ce qu'on aurait appelé aujourd'hui l'impérialisme britannique. C'est ainsi que lui et ses amis ne cessaient d'accuser le cabinet d'avoir laissé humilier l'Angleterre en toute occasion, et d'avoir gâché la haute situation militaire et politique qu'elle avait acquise en 1815, au prix de son or et de son sang répandus à flots pendant vingt-cinq ans. Peut-être étaient-ce là, pour les grands leaders libéraux, qui suivaient le sillage de l'héritier du trône, des arguments de combat et des polémiques d'opposants : lord Grey en efl^et ne fit. Tannée suivante, ni plus ni moins que Wellington, si bien qu'il fut à son tour accusé par les tories de compromettre l'honneur anglais sur le continent ; mais le duc de Clarencé était certainement sincère, car des témoignages non suspects le montrent jusqu'à sa dernière heure vibrant encore au souvenir des grandes gloires d'antan et de l'apothéose de Waterloo 2.
i. Le roi Georges ÏV mourut le 26 juin 1830 et le duc de Clarencé monta sur le trône sous le nom de Guillaume IV.
2. Sur les sentiments du duc de Clarencé, et la défiance que son avènement inspirait au cabinet des Tuileries, voir la correspondance de M. de Laval, passim, et notamment la dépêche du 27 juin 1830, la coiTespondance de M. de Polignac avec le général de Bourmont, la correspondance de M. de Rayneval, etc. Voir également une curieuse lettre de lord Beaconsfield à sa sœur, en date du 19 juin 1837 : « Le roi (Guillaume IV) meurt comme un vieux lion. Il dit hier à ses médecins : « Tâchez seulement que je voie encore ce glorieux jour (l'anniversaire de Waterloo). » Ces mots suggérèrent à Munster d'apporter le drapeau tricolore (un drapeau de la Garde pris sur le champ de
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Dans le cabinet composé de toutes les illustrations du parti tory, M. de Laval ne pouvait compter sur aucune sympathie. Le vainqueur de Waterloo aurait volontiers gardé la France en tutelle. Il incarnait toutes les préventions des hommes qui, après avoir écrasé la France en 4814 et 1813, avaient suivi avec inquiétude les progrès de son relèvement, n'hésitant jamais, quelles que fussent ses entreprises, en Espagne, en Grèce ou à Alger, à se jeter à la traverse. Quanta lord Aberdeen, qui avait débuté sur la scène en 1814, à Fépoque où toutes les forces vives de l'Angleterre étaient tendues contre nous, il n'avait rien oublié de ses premières leçons. C'était un adversaire dangereux, mais il manquait de mesure, ce qui permettait à un interlocuteur de sang-froid comme M. de Laval de prendre sur lui des avantages marqués. 11 s'emportait souvent jusqu'à la violence et n'arrivait pas toujours à réprimer des écarts de langage qui étonnaient notre ambassadeur, sans l'intimider ' .
Ce défaut de pondération chez le ministre, qui n'était pas fait pour faciliter les rapports des deux gouvernements, s'aggravait encore par l'attitude de l'ambassadeur anglais à Paris. Lord Stuart de Rothesay, qui représentait la Grande-Bretagne auprès de la cour des Tuileries, avait déjà été accrédité une première fois sous le règne de Louis XVIII, et les souvenirs qu'il avait laissés étaient, si l'on en croit la chronique, d'une nature plutôt fâcheuse. 11 avait été à son retour fraîchement accueilli par le gouvernement et la société. « 11 fait son métier d'Anglais, disaiton de lui dans l'entourage du roi, en cherchant à nous nuire de toutes les façons, mais est-ce donc pour nous une raison d'accepter et de ménager une pareille mission ^ ?»
bataille) que venait justement d'envoyer le duc de Wellington, et de le montrer au roi. Guillaume lui dit : « Bien, bien » et ensuite : a Dé- € ployez-le et faites-le-moi toucher. » Alors il pressa l'aigle contre lui en prononçant ces mots : « Glorieux jour I »
1. Voir la correspondance du duc de Laval avec M. de Polignac, notamment les dépêches du 18 avril, des 8, 10 et 17 mai 1830, etc.