Voir chap. ii, p
3. Il avait écrit précédemment que, pour lui, la France n'accueillerait jamais les propositions de Mehemet, et que M. de Polignac n'irait pas au delà d'un blocus.
partirent pour Vienne, Berlin, Pétersbourg et Londres. Des circulaires analogues furent adressées un peu plus tard aux autres puissances.
M. de Polignac avait rédigé non sans habileté cette communication importante. Elle débutait par Texposé de la question algérienne, et énumérait les tribulations que les puissances chrétiennes avaient toujours eues à souffrir de la part des deys ; puis elle exposait les outrages récemment subis, qui avaient déterminé le roi à rechercher les moyens de résoudre une situation devenue intolérable : « Tandis que le gouvernement du roi, disait-il, était occupé à préparer les mesures nécessaires pour rinvasion d'Alger, Mehemet-Ali s'est offert pour coopérer à nos desseins, et a proposé une combinaison, qui, en nous dispensant d'envoyer nous-mêmes une armée sur la côte d'Afrique, pouvait effectuer les mômes résultats d'une manière également avantageuse pour toutes les puissances de l'Europe. Voici quel est le plan de Mehemet-Ali. Il enverraitune expédition formidable contre les régences barbaresques sous le commandement de son fils Ibrahim. Le grand renom dont il jouit dans ces contrées, les nombreuses intelligences qu'il entretient parmi les peuplades arabes du littoral de l'Afrique aplaniront les difficultés que peut éprouver la marche de ses armées. Ibrahim soumettrait Tripoli, Tunis et Alger, détruirait le régime de gouvernement qui existe dans ces villes, et y rétablirait, avec une administration régulière, l'autorité de la Porte ottomane. Le sultan recevrait pour ces contrées, qui aujourd'hui ne l^ii fournissent aucun subside, un tribut annuel. La piraterie et l'esclavage seraient abolis sur toute la côte de la Méditerranée. Les droits des nations européennes dans les régences seraient scrupuleusement respectés, et les étrangers trouveraient dans ces contrées qui sont aujourd'hui un fléau pour la civilisation, la môme sécurité, les mômes relations faciles et bienveillantes que leur ofl*rent les autres provinces de l'empire ottoman. »
M. de Polignac passait ensuite aux objections que ce plan pouvait soulever. Il n'en relevait que deux. Sans
LA QUERELLE d'aLGER LES PRÉLIMINAIRES 83
doute, disait-il, la France était à l'heure actuelle en paix avec lesbeys de Tripoli et de Tunis. Aussi n'interviendraitelle pas dans ces régions où Mehemet-Ali agirait seul en représentant du sultan. Elle ne paraîtrait que devant Alger parce que Texpéditiou du vice-roi n'était qu'une coopéralion à sa propre guerre; et M. de Polignac observait que cette action limitée était un gage de notre modération, car le bey de Tripoli nous avait gravement offensés en la personne de notre consul, et lui-môme, aussi bien que son voisin de Tunis, étaient fidèles au système d'exactions et de piraterie désormais inconciliable avec la dignité de l'Europe.
Le gouvernement du roi, continuait le prince, avait écarté une autre objection. En acceptant les offres de Mehemet- Ali, la France renonçait aux avantages directs qu'elle aurait été en droit de recueillir d'une expédition dirigée par elle contre Alger, «mais cette considération, expliquait-il, rjui aurait pu être d'un grand poids si nous avions nourri des projets de conquête, a au contraire décidé le roi à prêter une oreille favorable aux ouvertures du pacha. C'est principalement dans la vue d'offrir encore à l'Europe entière un gage des sentiments pacifiques et désintéressés qui l'animent, que le roi est porté à se désister de toute invasion dans le royaume d'Alger, si l'expédition de Mehemet-Ali peut l'affranchir de la nécessité de recourir à ce moyen... Une expédition qui doit effectuer l'abolition de la piraterie et de l'esclavage des chrétiens est éminemment européenne. Elle résout de la manière la plus satisfaisante la seule difficulté politique qui a pu empêcher jusqu'ici la destruction des régences, la seule qui explique leur existence si contraire au bien-être de la chrétienté : la question de savoir ce qu'on ferait d'Alger, de Tunis et de Tripoli après avoir conquis ces villes. Dans le plan de Mehemet-Ali, elles rentrent dans l'otéissance de la Porte. Celte destination ne blesse aucun intérêt ; elle est avantageuse à tous. »
La dépêche retraçait ensuite les négociations entamées à Constantinople, et signalait la réponse évasive du sul-
tan : « Ce langage, déclarait le ministre, n'avait rien de nouveau de la part de la Porte. C'est celui dans lequel elle s*est longtemps renfermée à l'égard de la question grecque ; c'est la môme réserve qu'elle a gardée lors des expéditions analogues que Mehemet-Ali a précédemment faites en Arabie et en Nubie. Savoir à propos fermer les yeux est un des moyens ordinaires de la politique ottomane. Elle se résout rarement à accorder plus qu'un consentement implicite ou sous-entendu. Nous ne demanderons pas que la Porte s'écarte aujourd'hui de cette ligne. Tout ce que nous désirons c'est de la voir persévérer dans les dispositions qu'elle nous a montrées. »
M. de Polignac terminait en manifestant l'espoir que les puissances ne refuseraient ni leur assentiiment, ni leur concours moral à la réussite d'un plan dont l'heureuse issue devait tourner au profit de la grande société européenne. Quant à la détermination du roi elle était à l'heure actuelle irrévocable. La piraterie et l'esclavage devaient disparaître de la Méditerranée. Il ne reculerait devant rien pour atteindre ce but, et son ministre avait ordre de dire publiquement « que si la négociation avec Mehemet- Ali, quelque avancée qu'elle fût, venait à se rompre, ou si un obstacle quelconque faisait échouer l'expédition, en ce cas, le roi n'aurait plus qu'à prendre conseil de la dignité et des intérêts de sa couronne pour terminer l'affaire d'Alger de la manière qui lui paraîtrait le plus convenable ».
L'effet produit par cette dépêche fut considérable. Londres partit en guerre sans hésiter un instant. C'est qu'en effet les projets de M. de Polignac blessaient le cabinet britannique dans ses plus intimes susceptibilités. C'était déjà beaucoup pour lui de voir la France reparaître sur mer, fortifier sa situation dans la Méditerranée, relever le prestige et la force de sa marine. A tous ces sujets de mécontentement et de jalousie, M. de Polignac commettait l'imprudence d'en ajouter un autre. En mettant Mehemet-Ali dans l'affaire, il associait la question d'Orient à la question d'Alger ; il s'aventurait ainsi sur un terrain des plus dangereux, et en fait, de