‹ France et AngleterreChapitre 20 sur 100 · H. Heine, Lutèce, p · texte numérisé non relu

H. Heine, Lutèce, p

2. Comparer les sentiments du cabinet anglais en 1830 avec ceux de lord Palmerston durant la crise de 1840. « Est-ce que la France ne serait pas bien aise de voir fonder en Egypte et en Syrie une puissance nouvelle et indépendante, qui fût presque sa création et devînt nécessairement son alliée ? Vous avez la régence d'Alger ; entre vous et votre allié d'Egypte que resterait-il ? Presque rien : ces pauvres États de Tunis et de Tripoli. Toute la côte d'Afrique et une partie de la côte d'Asie sur la Méditerranée, depuis le Maroc jusqu'au golfe d'A-

lui donner communication officielle de la dépûche de son ministre, le cabinet anglais répondit par une fin de nonrecevoir absolue. « Mehemet-Ali est le sujet de la Porte, déclara lord Aberdeen ; il ne peut porter la guerre sur les côtes d'Afrique sans Tassentiment de son souverain. — Sans doute, répliqua M. de Laval, aussi nous sommes-nous empressés de solliciter cet assentiment, et si le sultan ne nous a pas répondu par une autorisation expresse, ce qui n'est guère dans les habitudes prudentes et réservées de la Porte, son langage a paru suffisamment explicite au pacha pour lever tous ses scrupules. » Là-dessus, le duc de Wellington intervint :« Voici précisément, dit-il, ce que je nie formellement, et je ne puis reconnaître aux paroles du Reiss Effendi la valeur d'un consentement tacite. Pour nous, le sultan, en refusant de donner le firman demandé, a suffisamment manifesté sa réprobation, et je ne doute pas que tel soit le jugement de l'Europe. L'alliance de Mehemet-Ali et de la France sera partout envisagée comme une combinaison fatale à l'empire ottoman, et le refus de cette puissance de légitimer l'emploi des armes de son sujet prouve qu'elle en sent elle-même le danger, et qu'elle n'est pas rassurée sur les résultats de cette conquête. On ne verra dans ce déploiement de forces extraordinaire qu'une manœuvre par laquelle on achèvera de sacrifier et de dépouiller la Turquie. Voilà pourquoi je me permets d'engager Sa Majesté très chrétienne à renoncer à ses projets. — Y renoncer, Mylord ! reprit l'ambassadeur. Je vois que Votre Grâce s'est méprise sur la nature de la communication que j'ai eu l'honneur de lui faire. En m'adressant ses ordres, le seul but du roi mon maître était de savoir si ses alliés étaient en situation, ou avaient le désir de lui prêter leur appui moral dans l'entreprise qu'il avait décidée, soit en lui faisant connaître leur

lexandrelte, seraient ainsi en votre pouvoir ou sous votre influence! C'est impossible. » (Conversation entre lord Palmerston et M. Guizot, ambassadeur de France, mars ISiO, citée par le général Fleury, Mémoires, t. II, p. 59.)

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approbation, soit en encourageant Mehemet-AIi dans ses desseins. Le roi recevra avec beaucoup de reconnaissance ce genre d^appui de la part de ceux qui voudront bien le lui prêter. Quant à ceux qui ne croiront pas pouvoir le faire, il le regrettera et attendra des circonstances plus favorables pour recevoir le témoignage de leur amitié *. » L'entretien prit fin sur ces paroles, mais le duc de Wellington ne se tint pas pour battu. N'ayant pu fléchir Tambassadeur il s'attaqua directement à Mehemet-Ali : « Il faut agir auprès de lui, mon cher lord, écrivit-il à Aberdeen, et le contraindre à la fidélité. Pour cela, nous avons besoin d'une bonne dose d'adresse. Insinuez lui que c'est sa seule chance de salut, la première condition de notre protection et du maintien de son pouvoir. Dites-lui que s'il ne se conduit pas bien, nous pourrions, de concert avec la Porte, lui tailler plus d'une croupière dans la Méditerranée, en Syrie et dans la mer Rouge. Prévenez-en aussi le gouvernement français 2. » Aussitôt des instructions impératives partirent à l'adresse du consul d'Angleterre en Egypte. « Soyez très prudent et très vigilant, lui disait-on. Surveillez avec soin tous les mouvements du consul de France, et servez-vous de tous les moyens en votre pouvoir pour savoir ce qu'il dit au pacha. Ayez soin de répéter au vice-roi que l'Angleterre est absolument opposée à son alliance avec la France, et qu'elle agit en ce sens à Constantinople ^. » En même temps l'Angleterre prévint les beys de Tunis et de Tripoli de l'orage qui les menaçait et les assura de sa protection : « Vous voulez nous envoyer Mehemet-Ali, dit M. Read, le consul anglais, à M. de Lesseps, nous verrons bien s'il osera venir * ! )>

1. Correspondance du duc de Laval, passim, et notamment dépêche du 24 janvier 1830 (Affaires étrangères ).

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